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Full text of "Congrès universel pour l'amélioration du sort des aveugles et des sourds-muets, 1878 (sept., 21-30) Paris : Comptes rendus sténographiques"

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INTERNATIONAL 

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 PARIS 



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CONGRES UNIVERSEL 



POUR 



L'AMÉLIORATION DU SORT DES AVEUGLES 



ET DES SOURDS-MUETS. 







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MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE. 



EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878 A PARIS. 



CONGRÈS ET CONFÉRENCES DU PALAIS DU TROCADERO. 



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COMPTES RENDUS STÉNOGRAPHIQUES 

PUBLIÉS SOUS LES AUSPICES 

DU COMITÉ CENTRAL DES CONGRÈS ET CONFÉRENCES 

Kl LA DIRECTION DE M. CH. THIRION, SECRÉTAIRE DU COMITÉ, 
AVEC LE CONCOURS DES BUREAUV DES CONGRES ET DES AUTEURS DE CONFERENCES. 



CONGRÈS UNIVERSEL 



POUR 



L'AMÉLIORATION DU SORT DES AVEUGLES 
ET DES SOURDS-MUETS, 

TENU À PARIS, OU 23 AU 30 SEPTEMBRE. 



N° 29 de la Série. J%& 

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PARIS. 

IMPRIMERIE NATIONALE. 



M DCCC LXXIX. 



I 












' 



CONGRÈS UNIVERSEL 



POUR 



L'AMÉLIORATION DU SORT DES AVEUGLES 

ET DES SOIRDS-MliETS, 

TENU À PARIS, l)U 23 AU 30 SEPTEMBRE 1878. 



—>«-<- 



ARRETE 

DU MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE 
AUTORISANT LE CONGRES. 



Le Ministre de l'agriculture et du commerce, 

Vu notre arrêté en date du 10 mars 1878, instituant huit groupes de Con- 
férences et de Congrès pendant la durée de l'Exposition universelle interna- 
tionale de 1878; 

Vu le Règlement général des Conférences et Congrès; 

Vu l'avis du Comité central des Conférences et Congrès, 

Arrête : 



Article premier. Un Cong 


'es international pour f 


améliora ti 


on du sort 


des 


aveugles est au 


torisé à se tenir 


au palais du Trocadéro, 


du 2 3 au 


3o septem 


bre 


1878. 












Art. 2. M. 


le Sénateur, Commissaire général, est 


chargé de 


l'exécution 


du 


présent arrêté 












Paris, le i l 


■•juillet 1878. 














Le Minisire de l'agriadt 


ire et du commerce, 








TEISSERENC DE BORT. 






N° 29. 








1 





2 



BUT DU CONGRES. 






La société n'est pas restée indifférente au sort des aveugles; elle a voulu 
qu'ils fussent admis, comme les autres enfants, aux bienfaits de l'instruction 
primaire, et s'est imposé pour cela de grands sacrifices, mais sans atteindre le 
but qu'elle se proposait. 

La plupart sont encore, comme dans l'antiquité, comme dans le moyen âge, 
condamnés à l'ignorance, et si ceux qui profitent des largesses publiques ne ti- 
rent pas de l'enseignement coûteux qu'on leur donne tous les avantages qu'on 
doit en attendre, c'est que les méthodes, très ingénieuses d'ailleurs, adoptées 
dans ce genre d'enseignement sont toutes entachées de quelque vice radical. 

De nobles efforts ont été tentés pour opérer des réformes reconnues urgentes 
dans l'essai et l'application de tous les procédés spéciaux imaginés pour initier 
les aveugles à telle ou telle branche de nos connaissances. Mais ces efforts, 
pour la plupart, sont demeurés infructueux, car il n'y a eu jusqu'à présent que 
des relations accidentelles entre, les divers instituts d'aveugles. Privées d'un 
moyen de communications régulières et complètes, d'un échange perpétuel 
de notions et de procédés nouveaux qui tourneraient à l'avantage des aveugles 
de tous les pays et avanceraient singulièrement leur instruction, il arrive fré- 
quemment que certaines institutions sont livrées à la routine et restent sta- 
tionnâmes. 

Le nombre des instituts spéciaux fùt-il doublé, triplé même, ce qui impo- 
serait à la société une lourde charge, qu'ils seraient encore insuffisants pour 
recevoir tous les jeunes aveugles susceplihles d'éducation. Autant eu dirons- 
nous assurément des adultes aptes à exercer une industrie. C'est un fait cons- 
tant que les ressources resteront toujours ici au-dessous des exigences , à moins 
qu'on ne se place à un autre point de vue, qu'on ne modifie profondément le 
système adopté. Et d'abord, est-il de toute rigueur que l'enfant aveugle ne 
puisse chercher quelque développement moral et intellectuel ailleurs que dans 
un institut spécial? Toutes les personnes qui ont sérieusement médité la ques- 
tion sont loin de répondre par l'affirmative. 

L'enfant aveugle est la plupart du temps, dans l'étal présent des choses, 
repoussé de l'étude commune, comme il sera repoussé plus tard de l'atelier 
commun. L'action d'un Congrès pourrait s'exercer utilement à combattre le 
préjugé qui est l'origine de cette répulsion. 11 est un nombre considérable de 
communes rurales où n'a pas encore pénétré l'idée qu'il soit possihle d'ins- 
truire des aveugles, et qui ignorent par conséquent le parti qu'on peut tirer 
des aveugles et les principes, si simples après tout, qui servent de base à leur 
éducation première. 

11 faut faire participer les enfants aveugles aux bienfaits de l'instruction pri- 
maire, leur offrir les moyens d'arriver, quand il y aura lieu, à l'instruction 



— 3 — 

supérieure iulellecluelle, musicale ou technologique , clans les écoles spéciales, 
où ils seraient initiés également à certains travaux manuels, ouvrir des asiles 
exclusivement consacrés à former des travailleurs, dans lesquels on serait admis 
jusqu'à trente ans, avec l'adjonction de quelque instruction intellectuelle ou 
musicale en faveur des jeunes gens qui y seraient admis sans avoir passé par 
l'école spéciale. Ces asiles, qui suffiraient à eux seuls dans nombre de locali- 
tés, admettraient le principe de l'externat et en favoriseraient même le déve- 
loppement. 

Rendre les aveugles à la famille et leur offrir simplement un lieu où ils 
peuvent employer leur temps en commun à des travaux lucratifs, tel est après 
tout le but après lequel on doit tendre. Là est le moyen d'obtenir le double 
avantage de rendre les établissements moins onéreux à la société qui en sup- 
porte le poids, en même temps qu'ils procurent de meilleures conditions d'exis- 
tence à ceux qu'on y admet. 

Ainsi s'établirait également la transition difficile à opérer de l'instruction 
théorique à la pratique industrielle, soit dans l'atelier commun, soit dans le 
domicile respectif des individus. Il y a , sans doute, de grands obstacles à sur- 
monter à cet égard; ils ne sont pas toutefois invincibles. C'est un résultat qu'il 
faut essayer d'obtenir; car, enfin, ce n'est pas indéfiniment que doit se prolon- 
ger dans les asiles le maintien des adultes qui y sont admis. Autrement, le 
bienfait devrait être limité à un petit nombre d'individus, par l'impossibilité 
de donner aux asiles, faute de ressources, une extension suffisante. 

Si, maintenant, nous tournons notre attention sur les moyens de réaliser 
ces utiles et bienfaisantes institutions, d'opérer ces précieuses réformes, nous 
croyons utile de solliciter le concours des hommes compétents de tous les pays : 
philanthropes, administrateurs d'institutions d'aveugles, instituteurs, etc. , pour 
organiser, en septembre prochain, un Congrès universel pour l'amélioration 
du sort des aveugles et créer une société d'aveuglophiles chargée d'assurer la 
réalisation des vœux et des décisions du Congrès de 1878 et des Congrès qu'elle 
réunirait ultérieurement. 

Dans ce Congrès seront contradictoirement débattues toutes les questions 
qui touchent au sort des aveugles en général, et de reces discussions ressorli- 
rontla mise en lumière de points restés obscurs, la solution de questions en- 
core incertaines, l'affirmation de règles et de principes féconds, l'unification 
d'efforts que leur isolement rendait infructueux». 

Le Congrès a donc à la fois un but scientifique et un but philanthropique 
intimement liés, son objet, étant considéré en même temps comme matière 
d'intérêt spéculatif et matière d'intérêt d'humanité. Ce n'est pas seulement à 



ceux que concerne directement ou indirectement la question que le Congrès 
offre quelque intérêt, car il a aussi pour but d'éveiller puissamment l'opinion 
publique en faveur des aveugles; de montrer ce qu'ils sont, ce qu'ils peinent 
être si une volonté intelligente préside à leur destinée; d'attirer l'attention du 
monde sur cette classe d'êtres peu connue, mal appréciée, et qui appelle sous 
tant de rapports les regards et les générosités de notre siècle; de combattre un 
préjugé funeste, malheureusement trop accrédité dans le monde, et qui ne 
voit pour ainsi dire en eux que des mendiants obligés. 






I 



— à — 



Le Congrès s adresse donc à tous les dévouements, à toutes les bonnes vo- 
lontés, car son programme prouve éloquemment qu'il y a non seulement quel- 
que science à acquérir, mais qu'il y a surtout beaucoup de bien à faire. 



COMITÉ D'ORGANISATION DU CONGRÈS. 

Présidents d'honneur. 

MM. Dollfus (Jean), ancien maire de Mulhouse. 

Anatole de m Force, directeur de la presse et des journaux officiels au 
Ministère de l'intérieur. 

l 'ice-vritidenU ef honneur. 

MM. Engel-Dollfis, à Domar.h (Alsace }. 

Johnson (Edmund-C.), member of Committee and deiegate from School 

for indigent blind, London; trustée of day charily for the blind, and 
aullior of several works on llie éducation and training of llie blind. 

Hiktzel, directeur de l'Asile des aveugles de Lausanne (Suisse). 

Matthias (le D r L.-Ch.), docteur en philosophie, magistcr des beaux-arts, 
directeur de l'Institution des sourds-muets de Fricdbcrg, rédacteur 
de Y Organe des institutions d'arcuglcs et de sourds-muets. 

Tiiirion (Ch.), secrétaire du Comité centrai des Congrès et Conférences de 
l'Exposition universelle de 1878. 






1 



Président. 

M. Nvdault de Bufkon , ancien avocat général, président de chambre hono- 
raire, avocat, président des Hospitaliers sauveteurs bretons, etc. 

Vire-présidents. 

MM. Appia (le D r ), ancien président de la Société médicale de Cenève, membre 
du Comité international de la Croix-Rouge, etc. 

Arnoul (Honoré), président de la Société libre pour l'instruction et l'édu- 
cation populaires, secrétaire général de la Société nationale d'encou- 
ragement au bien, etc. 

Ciraud (Henri), député des Deux-Sèvres, président honoraire du tribu- 
nal civil de Niort, vice-président de la Société nationale d'encourage- 
ment au bien. 

Piras, directeur de l'Institution nationale des jeunes aveugles de Paris, 
inspecteur général des établissements de bienfaisance, etc. 



Secrétaire général. 

M Lavanchy (F.-R), promoteur du Congrès, délégué de l'Égyple au premier 
Congrès européen des institutions d'aveugles, à Vienne, en i8 7 3, membre 
honoraire du Conseil d'administration de l'Institut des aveugles de 
Hohenvvarte, près Vienne, membre honoraire de l'Académie de Reims. 

Secrétaires généraux adjoints. 
MM. Levitte (J.), censeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, à 



Paris. 
Ogée (P.-A.), professeur. 



Secrétaires. 



MM 



POURTALÈS (Aiph. DE). 

Molreau (Jules-Gustave), secrétaire général de la Société de secours mu- 
tuels des ex-militaires, membre fondateur de la Société d'encourage- 
ment au bien et de la Société libre d'instruction et d'éducation popu- 
laires, 22, avenue Victoria, à Paris. 

Membres honoraires. 

MM. Anken (J.), directeur de l'Institution des aveugles, à Berne, délégué. 

Armitage (le D r ) , secrétaire général de la Britisk andfomgn blind Associa- 
tion, vice-président du Royal normal Collège and AcaOerny of musicfor 
the blind, président du Comité de la Indigent blind visiling Society,* 
Londres, délégué. 

Borg (le D r E.-O.), ancien directeur de l'Institution des aveugles de Ma- 
nilla, à Stockholm, délégué. 

Bost (J.), fondateur des asiles de la Force (Dordogne). 

Colucci-Pacha (Son Exe), au Caire (Egypte). 

Don Miguel Villabrille, directeur de l'Institution des aveugles, à Ma- 
drid. 

FRANK L (le D'L.-A.), fondateur de l'Institut des aveuglesde Hobenvvarle, 

près Vienne. 
Holden (Isaac), manufacturier, à Reims. 

Kochlin (A.), directeur de l'Asile des aveugles, à lllzach (Alsace).^ 
Meyer (J.-H.), directeur de l'Institut des aveugles d'Amsterdam, délègue'. 
Moldenhaver, directeur de l'Institution des aveugles de Copenhague. 

délégué. 
Mongis (de), ancien procureur général, vice-président d'honneur de la 

Société nationale d'encouragement au bien. 
Normand, directeur au Ministère de l'intérieur. 
Pablasek, directeur de l'Institut impérial et royal des aveugles, à Vienne . 

délégué. 



— 6 — 

MM. Paplonsky, conseiller d'Étal, directeur de l'Institution des aveugles de 
Varsovie, délégué. 

Rajneri(B.), ancien directeur de l'Institution des aveugles, à Milan, dé- 
légué. 

Beinhard (G.), directeur de l'Institut royal des aveugles de Dresde, dé- 
légué. 

Wait (William), directeur de la New-York Institution for the éducation of 
the llind, à New- York. 



Membres du Comité. 

MM. Ballu (V.) , professeur à l'Institution des jeunes aveugles, à Paris. 

Braun (Th.), inspecteur général des écoles normales belges, membre du 
jury de l'Exposition internationale de 1878, à Paris. 

Bucquet (C), inspecteur général, président du Conseil des inspecteurs 
généraux des établissements de bienfaisance. 

Claisse (le D r ), médecin de l'Institution nationale des jeunes aveugles, à 
Paris. 

Denis (Th.), sous-chef de bureau au Ministère de l'intérieur, membre de 
la Société des gens de lettres, délégué. 

Df.rp.ien (G.), directeur de l'hospice national des Quinze-Vingts. 

Durand (E.), rédacteur en chef du Livre d'or, secrétaire adjoint de la So- 
ciété nationale d'encouragement au bien. 

Fieuzal (le D r ), médecin de l'hospice national des Quinze-Vingts. 

Gréard (0.), de l'Institut, inspecteur général de l'instruction publique, 
directeur de l'enseignement du département de la Seine. 

Guadet, ancien chef de l'enseignement à l'Institution nationale des jeunes 
aveugles, à Paris. 

Jacqz (Gustave), président delà Société de secours mutuels la Philanthropie 
commerciale et industrielle du département de la Seine, vice-président de la 
Société libre d'instruction et d'éducation populaires, membre du con- 
seil d'administration de la Société d'encouragement au bien. 

Perrin (le D r ), médecin en chef et professeur au Val-de-Gràce, memhre 
de l'Académie de médecine. 

Pictet (le D r Raoul), de Genève. 

Bogers (E.-J.), ancien consul général d'Angleterre en Syrie et en 
Egypte. 

Siou, professeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, à Paris. 

Turettini (Th.), ingénieur, à Genève. 

Vernes (Félix), président de la Société pour l'encouragement de l'ins- 
truction primaire en France. 

Vernes d'Arlandes (Théodore), censeur de la même Société. 

Wecker (le D r de), médecin oculiste. 









COMMISSION EXECUTIVE 



MM. Appia. 

Arnoul (H.). 
Lavanchy. 



MM. Levitte. 

Nadault de Buffon. 

PlRAS. 



RÈGLEMENT GÉNÉRAL DU CONGRÈS. 

I. — Institution f,t bot nu Congrès. 

\rt.cle premier. Un Congrès universel pour l'amélioration du sort des 
aveugles se tiendra à Paris, avec le patronage du Gouvernement français, 
du 93 au 3o septembre 1878. (Arrêté ministériel du t" juillet 1878.) 

Art 2. Le but de ce Congrès est de réunir à Paris, au moment de l'Expo- 
sition universelle, les directeurs et le personnel enseignant des institutions et 
des asiles d'aveugles, les médecins oculistes, les pédagogues, les délègues des 
Gouvernements, les philanthropes, en un mot toutes les personnes qui vou- 
dront étudier et discuter les questions qui se rattachent a létal physique, 
moral et intellectuel des aveugles, aux systèmes d'éducation au moyen des- 
quels Us peuvent être rendus aptes à reprendre leur rang de membres actifs de 
la société et améliorer leur condition . jusqu'à présent si imparfaite eUi pré- 
caire, ainsi qu'aux établissements spéciaux ouverts à l'enfance, a 1 adoles- 
cence à l'âge adulte et à la vieillesse des aveugles. 

Les Gouvernements, les administrations, les sociétés philanthropiques et 
d'enseignement, les écoles normales, etc., sont invités à prêter leur concours 
à cette œuvre et à s'y faire représenter par des délégués. 

11. — Travaux du Congrès. 

Art 3 Le Comité d'organisation a résolu d'appeler particulièrement la dis- 
cussion sur un certain nombre de questions dont le programme est annexé au 
présent règlement. 

Les membres adhérents qui désireraient présenter un rapport sur ces ques- 
tions devront en aviser le Comité avant le i5 septembre. 

Art. à. Néanmoins, des mémoires sur d'autres questions intéressant le sort 
des aveugles pourront être soumis aux délibérations du Congrès. Les auteurs 
seront tenus d'envoyer leurs mémoires au moins huit jours a 1 avance; le 
Comité d'organisation demeurera juge de l'opportunité de chacune de ces com- 
munications. 

Art. 5. Le Congrès formera trois sections spéciales qui seront chargées 
d'étudier et de présenter un rapport sur les questions qui n'auraient pu trou- 
ver place dans le programme des séances générales. Chacune de ces sections se 



I 



— 8 — 

constituera en choisissant dans son sein un président, un secrétaire et ses rap- 
porteurs. 

Art. 6. Les séances générales du Congrès auront lieu de neuf heures à 
midi, au palais du Trocadéro. 

Les séances des sections auront lieu de deux à cinq heures, au palais des 
Tuileries, pavillon de Flore. 

Art. 7. Les travaux du Congrès seront recueillis et puhliés par les soins du 
Comité d'organisation. 

III. — Composition du Congrès. 

Art. 8. Le Congrès se compose : 

De membres honoraires; 

De membres adhérents; 

De délégués. 

Art. 9. Les membres adhérents et les délégués pourront être de toute 
nationalité. Aucune restriction ne sera imposée quant à remploi des langues 
étrangères. 



PROGRAMME DU CONGRÈS. 



I.-É 



DUCAT10N DE L AVEUGLE. 



i° De la nécessité d'une statistique générale. 

2° Psychologie des aveugles. 

3° Rapport sur l'état actuel de l'éducation des aveugles. 

4° Rôle de la famille dans les soins du premier âge. 

5° Le jeune aveugle peul-il être admis dans les écoles publiques de \oyants? 
Quels sont les résultats obtenus, les avantages ou les inconvénients cons- 
tatés ? 

6° Des établissements de sourds-muels et aveugles. Fusion ou séparation 
de ces deux classes d'infirmes sous une même direction. 

7° Des écoles primaires spéciales pour les enfants de quatre à douze ans. 

8° Des écoles secondaires et professionnelles pour les jeunes gens de douze 
à vingt et un ans. 

II. — Enseignement. 

n. Intellectuel. — b. Professionnel. 
t° Ordre et discipline. 



a° Méthodes et systèmes ; leur unification. 

3° Plan d'études. 

4° Livres scolaires, 

5° Musique. 

6° Admission des deux sexes dans un même établissement. 

7° Recrutement des maîtres. 

8° Des maîtres aveugles. 

9° État actuel de renseignement. 



I 



III. — Carrières ouvertes au\ aveugles. 
Pédagogie. — Musique — Industrie. 

Comment préparer et assurer l'indépendance et l'entretien des aveugles à 
leur sortie des instituts ? 

Quelle est la proportion des aveugles qui se suffisent entièrement par leur 
travail et à quoi attribuer la différence considérable qui existe sous ce rapport 
entre certains pays ? 

Quelles sont les institutions les plus propres à aider les aveugles à mettre 
leur savoir en œuvre ? 

Mariage des aveugles. 

IV. — Asiles d'aveugles. 



i° Patronage. 

2° Création d'ouvroirs; leur régime. 

3° Conditions d'admissiou aux hospices. 

h" Mendicité, vagabondage; comment les éteindre? 



i° L'enfant aveugle. 
2° L'adulte. 



V. — Hygiène. 



VI. — Mihliogiupiue. 



i° Création d'une littérature à bon marché à l'usage des aveugles. 

a Piecueil bibliographique de tous les ouvrages sur renseignement, l'édu- 
cation et le sort des aveugles: traités, mémoires, publications périodiques. 

3° Ouverture de concours pour provoquer la publication de certains ou- 
vrages concernant les questions les plus importantes de renseignement et de 
l'éducation des aveugles. 

h" Quelles sont les causes pour lesquelles on n'a pas obtenu jusqu'ici un 
résultat général satisfaisant de l'enseignement des aveugles? 



— 10 — 

ADJONCTION DUNE SECTION 
RELATIVE AUX SOURDS-MUETS'". 



Le Comité d'organisation a reçu un certain nombre de demandes auxquelles 
il désirait ne pas demeurer indifférent; elles concernaient l'amélioration du 
sort du sourd-muet. 

Considérant surtout que dans un certain nombre d'institutions les aveugles 
et les sourds-muels sont réunis sous une même direclion, le Comité a pensé 
qu'il y aurait lieu de créer, au sein du Congrès, une section spéciale qui étu- 
dierait les questions se rattachant à l'enseignement des sourds-muets. 



COMMISSION SPECIALE 

CHARGÉE D'ORGANISER CETTE SECTION. 



MM. Vaïsse (Léon), directeur honoraire de l'Institution des sourds-muets à 
Paris, président, 1 3g , boulevard Pereire. 

Grosselin, sténographe reviseur de la Chambre des députés, vice-prési- 
dent de la Société pour l'enseignement simultané des sourds-muets et 
des entendants-parlants, vice-président, t/t, quai de la Mégisserie. 

La Rochelle (Ernest), de la Bibliothèque nationale, secrétaire, 58, rue de 
Richelieu. 

Hément (Félix), inspecteur primaire, à Paris, i 36 , boulevard Males- 
herbes. 

Houdin, officier d'académie, directeur-fondateur de l'École des sourds- 
muets, 72, rue de Longchamps (Passy), à Paris. 

Magnat, directeur de l'École des sourds-muets, 9^, avenue de Villiers, 
à Paris. 

Matthias, docteur en philosophie, magister des beaux-arts, directeur 
de l'Institution des sourds-muets, à Friedberg (grand-duché de Hesse). 

Pereire (Eugène), fondateur de l'École des sourds-muets, g4, avenue 
de Villiers, 84, boulevard Malesherbes. 

Rigault (Eugène), conseiller municipal de la ville de Paris et conseiller 
général de la Seine, g3, avenue de Villiers. 



(l ' Sur la demande du Comité d'organisation du Congrès universel pour l'amélioration du 
sort des aveugles, l'adjonction au Congrès d'une section spécialement chargée de l'étude des 
questions relatives à l'enseignement des sourds-muets et à l'amélioration de leur sort a été auto- 
risée par le Comité central des Congrès el Conférences de l'Exposition de 1878. 



— 11 



PROGRAMME DES QUESTIONS 

PROPOSÉES PAR LE COMITE D'ORGANISATION. 

I. — Éducation. 

i° De la nécessité dune statistique générale. 
9° Psychologie du soui'd-muel. 

3° Rôle de la famille dans les soins à donner au jeune sourd-muet. 
4° Le jeune sourd-muet peut-il être admis dans les écoles publiques des en- 
lendants-parlants? 

II. — Enseignement. 

r Méthodes et procédés; leur unification. 
2" Plan d'études. 
3° Livres scolaires. 

k" Admission des deux sexes dans le même établissement. 
5° Recrutement des maîtres. 
6° État actuel de l'enseignement. 

7" Quelles sont les causes qui, jusqu'ici, ont empêché d'obtenir des résul- 
tats satisfaisants dans l'enseignement des sourds-muets? 

III. — Carrières ouvertes aux sourds-muets. 

i° Comment préparer et assurer l'indépendance et l'entretien des sourds- 
muets à leur sortie des institutions? 

a" Quelle est la proportion des sourds-muets qui, parleur travail, suffisent 
à leurs besoins? 

3" Mendicité, vagabondage; comment les faire disparaître? 



LISTE GÉNÉRALE DES MEMBRES Dl CONGRÈS. 



MEMBRES D'HONNEUR. 



MM. 

Aarifi-Pacha (Son Excellence), nmbassa- 
sadeur extraordinaire et ministre plé- 
nipotentiaire de la Turquie, 17, rue 
Laffitte, à Paris. 

Adelsward (le baron), envoyé extraordi- 
naire et ministre plénipotentiaire de 
Suède et Norwège , 2 -i , rue Rovigo , à 
Paris. 



MM. 

Artola (Jose-Maria), consul de la Répu- 
blique de Bolivie, -27, rue d<> l'Echi- 
quier, à Paris. 

Balcaroe. envoyé extraordinaire et mi- 
nistre plénipotentiaire dp In Confédéra- 
tion Argentine, 5, rue de Berlin, à 
Paris. 

Ballen (Clément), consul général de 



12 — 






MM. 

l'Equateur, A6 , boulevard Haussmann , 
à Paris. 

Beyejss (le baron), envoyé extraordinaire 
et ministre plénipotentiaire de Bel- 
gique, i53, rue du Faubourg-Saint- 
Honoré , à Paris. 

Blest-Gana, envoyé extraordinaire et mi- 
nistre plénipotentiaire du Chili, 5i ,rue 
de Monceau, à Paris. 

Bloch (Léonce), consul de la République 
Dominicaine. 16, rue d'Enghien, à 
Paris. 

Bruc (le duc de), chargé d'affaires de la 
République de Saint-Marin, 39, rue 
Pergolèse, à Paris. 

Callimaki-Catargi, agent diplomatique de 
la Roumanie , 85 , rue de Morny, à Paris. 

Gialdini (le général), duc de Gaëte, am- 
bassadeur d'Italie ,119, rue Saint-Do- 
minique, à Paris. 

Crisanto-Médina , envoyé extraordinaire 
et ministre plénipotentiaire de Guate- 
mala , 3 , rue de Copenhague , à Paris. 

Delyanni (N.-P.), premier secrétaire 
(chargé d'affaires par intérim) de la 
Grèce, 17, avenue de Messine, à Paris. 

Diaz (Juan J.). lieutenant-colonel, chargé 
d'affaires et consul général de l'Uru- 
guay, 34, rue Pigalle, à Paris. 

Galitzin (le prince), attaché à l'ambas- 
sade de Russie, 79, rue de Grenelle- 
Saint-Germain, à Paris. 

Goyrneche yGamio (S. M. de) , envoyé ex- 
traordinaire et ministre plénipotentiaire 
de la République du Pérou ,19, avenue 
de Friedland, à Paris. 

Gréhan (Amédée), consul du Royaume 
de Siam, 18, rue d'Amsterdam, à 
Paris. 

Harychkine, attaché à l'ambassade russe, 
79, rue de Grenelle-Saint-Germain, à 
Paris. 

IIohenlohe-Scmllingsfûrt (le prince), 
ambassadeur extrordinaire et ministre 
plénipotentiaire d'Allemagne, 78, rue 
de Lille, à Paris. 

Huard (Adolphe), consul de la Répu- 
blique de Libéria, 7, rue de Furstem- 
berg, à Paris. 

Itajdba (le vicomte d'), envoyé extraor- 



MM. 

dinaire et plénipotentiaire du Brésil, 
i3 et 17, rue de Téhéran, à Paris. 

Jonas , chargé d'affaires du Luxembourg. 

José da Silva Mendès Léai. , envoyé extra- 
ordinaire et ministre plénipotentiaire 
du Portugal, 3 0, avenue de Friedland, 
à Paris. 

Kern, envoyé extraordinaire et ministre 
plénipotentiaire de la Confédération 
suisse, 3, rue Blanche, à Paris. 

Kuefstein (le comte), conseiller à l'am- 
bassade d'Autriche, rue Las-Cases, à 
Paris. 

Kue Ta Jeu (Son Excellence), envoyé ex- 
traordinaire et ministre plénipoten- 
tiaire de S. M. l'Empereur de Chine, 
5, avenue du Roi-de-Bome. à Paris. 

Lardy, conseillera la légation suisse, 3, 
rue Blanche , à Paris. 

Lyons (S. E. lord), ambassadeur extraor- 
dinaire et plénipotentiaire d'Angleterre , 
3g, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à 
Paris. 

Machaïn (Eusebio), ministre plénipoten- 
tiaire du Paraguay, 75 , rue de Morny, 
à Paris. 

Maéda, attaché à l'ambassade du Japon. 
75 , avenue Joséphine, à Paris. 

Mausaiiré-Beufvier, ministre plénipoten- 
tiaire de Monaco, 56, rue Basse-du- 
Bempart, à Paris. 

Molins (S. E. le marquis de), ambassa- 
deur extraordinaire et ministre pléni- 
potentiaire d'Espagne , a 5 , quai d'Or- 
say, à Paris. 

Moltke-Hvitfeldt (le comte de), envoyé 
extraordinaire et ministre plénipoten- 
tiaire du Danemark, 29, rue de Cour- 
celles, à Paris. 

Mosenthai. (le chevalier Julius de), consul 
de l'Afrique du Sud , s k, rue d'Enghien . 
à Paris. 

Navarro d'Andrade, conseiller honoraire 
de la légation portugaise, 3o, avenue 
de Friedland, à Paris. 

\azare-Aga (le général), envoyé extraor- 
dinaire et ministre plénipotentiaire du 
Boyaume de Perse, ao5, boulevard 
Pereire, à Paris. 

Noyés (le général), envoyé extraordinaire 



16 - 



MM. 

et minisire plénipotentiaire des Etats- 
Unis d'Amérique, 45, avenue José- 
phine, à Paris. 

Orloff (le prince) , aide de camp général . 
ambassadeur extraordinaire et ministre 
plénipotentiaire de Russie, 79, rue de 
Grenelle-Saint-Germain, à Paris. 

Pelletier (Eugène), consul général de 
la République de Honduras, 47, rue 
des Sablons, à Paris. 

Petitdidier (Arthur), consul général 
chargé d'affaires de la République de 
Nicaragua, 34, rue de Provence, à 
Paris. 

Pizi, consul général de la République de 
Costa-Rica, 16, rue Auber, à Paris. 

Rapnis (le comte L.), conseiller d'ambas- 
sade de l'Empire de Russie. 79, rue 
de Grenelle-Saint-Germain, à Paris. 

Reither, chargé d'affaires de Bavière, 5, 
rue de Berri, à Paris. 

Rothschild (le baron Gustave de), consul 
d'Autriche, ai, rue Laffitte, à Paris. 

Roux (Hilarion), consul général de Ma- 
dagascar, 77, boulevard Haussmann, à 
Paris. 

Roux (Hilarion), consul général de Zan- 
zibar, 77, boulevard Haussmann, à 
Paiis. 

Suiesiiima (Son Excellence), envoyé ex- 
traordinaire et ministre plénipoten- 



MM. 

tiaire du Japon, 76, avenue Joséphine, 

à Paris. 

Sah-Mistol (le comte de), premier secré- 
taire de la légation portugaise, 00, 
avenue de Friedland, à Paris. 

Santa-Maria (Andrès de), secrétaire 
(chargé d'affaires par intérim) de la 
Colombie, 1 03, boulevard Haussmann , 
à Paris. 

Thirion (Eugène), consul de Venezuela, 
3a, rue au Faubourg-Poissonnière, à 
Paris. 

Torrès-Caïcedo, ministre plénipotentiaire 
de Salvador, ■>.'], boulevard Haussmann. 
h Paris. 

Wesdehlex (le comte de), conseiller à 
l'ambassade d'Allemagne, 78, rue de 
Lille, à Paris. 

Wotewaal de Stoetwege.^ (le chevalier) . 
conseiller à la légation du Royaume 
des Pays-Bas. 

Wimpffen (S. E. le comteDE), ambassadeur 
extraordinaire d'Autriche, rue Las- 
Cases, à Paris. 

Vi'siLAvn (le prince), envoyé extraordi- 
naire et ministre plénipotentiaire de la 
Grèce, 17, avenue de Messine, à Paris. 

Zcylkn de Nyevelt (le baron de), envoyé 
extraordinaire et ministre plénipoten- 
tiaire du Royaume des Pays-Bas. 



MEMBRES HONORAI Ill'S. 



MM. 

Arago (Emmanuel), sénateur. 

Arentzen (H.-C), 0, Holmens Kanal, 
à Copenhague (Danemark). 

Baecumann (Ch.), secrétaire de la Com- 
mission russe à l'Exposition univer- 
selle de 1878, à Paiis. 

Barnhill (Alex.), formerly superinten- 
dent of the Glasgow Mission to the 
Blind and author of ^A New Era in 
the éducation of blind children or 
Teaching the Blind to read in ordinary 
schools", Religious Institution Rooms, 
à Glasgow, délégué. 

Barthélémy Saint-Hilairk, sénateur, 39 
bis, rue d'Astorg, à Paris. 



MM. 

Rergeron (le D' Jules), membre de l'Aca- 
démie de médecine, médecin de l'hô- 
pital Sainte-Eugénie, membre du Co- 
mité consultatif de l'hygiène publique 
de France, 70, rue Saint-Lazare, à 
Paris. 

Berti (Dominico), professeur de philoso- 
phie à l'Université de Rome, député 
au Parlement italien, ancien ministre 
de l'instruction publique en Italie, 4. 
rue Guichard, à Paris. 

Rertillon, professeur à l'Ecole d'anthro- 
pologie de Paris, ao, rue Monsieur- 
le-Prince, à Paris. 

BertoRA, commissaire général de Monaco 



16 



MM. 

à l'Exposition universelle de 1878. 

Billot (le général), sénateur, 35, rue 
Bellechasse, à Paris. 

Bistolfi (Jean), professeur à l'Institut des 
aveugles de Gênes, délégué. 

Blaib (fîév. B.-H. ), directeur honoraire 
du Collège pour 1rs (ils de famille. 
àYAorcesler (Angleterre), délégué. 

Boysset, député de Saône-et-Loire, i3, 
rue Bréa, à Paris. 

Bozérian, sénateur de Loir-et-Cher. ti. 
rue de Tournon, à Paris. 

Brisson (Henri), député de la Seine, 9, 
rue Mazagran, à Paris. 

Bubun (\l lu fierthe), nohle de Rhajecz, à 
Presbourg (Hongrie). 

Bussières (le baron Edmond de), à Belle- 
vue (Seine). 

Bussières (M"" la baronne Edmond de). 
à Bellevue (Seine). 

( 1 ucbdo , commissaire général du Syndicat 
américain à l'Exposition universelle de 
1878. 

Galon (Paul), commissaire général du 
Danemark à l'Exposition universelle de 
1878. 

C antaclzènt. ( le prince coin te Spéransky ) , 
délégué du Ministère de l'instruction 
publique de Russie à l'Exposition uni- 
verselle de 1878. 

Chai.lemel-Lacour. sénateur des Bouches- 
du-Rhône, 38, rue Fontaine -Saint- 
Georges, à Paris. 

Charton. sénateur* de l'Yonne, 3i, rue 
Saint-Martin, à Versailles. 

CiiiRis, député des Alpes-Maritimes, 61. 
avenue d'Iéna, à Paris. 

Choisedl (Horace de), député de Seine-et- 
Marne, 9, rue d'Aguesseau. à Paris. 

Christophersen, commissaire général de 
la Norwège à l'Exposition universelle 
de 1878. 
Comité de l'institution des jeunes aveu- 
gles, 26, rue Montplaisir, à Toulouse. 
Correnti (Cesare), député au Parlement 
italien, ancien ministre de l'instruction 
publique, commissaire général d'Italie 
à l'Exposition universelle de 1878, 



MM. 

5, rue Galilée, a Paris, délégué. 
Coster, commissaire général des Pays- 
Bas à l'Exposition universelle de 1 878. 
Coster (Martin), commissaire délégué de 

la section néerlandaise. 
Couvreu-Micheli (M"'Mathilde),à Veve\ 

(Suisse). 
Cunliffe-Oven, commissaire général de 
l'Angleterre à l'Exposition universelle 
de 1878. 

Dawit.lt, commissaire général de la 
Suède à l'Exposition universelle de 
1878. 

Deglaire (l'abbé), chanoine, curé-archi- 
prêtre de Notre-Dame, président de 
l'Académie de Beims. 

Delvanm, commissaire général de la Grèce 
à l'Exposition universelle de 1878. 

Del Be (François), trésorier de l'Insti- 
tution des aveugles, à Gênes, délégué. 

Dickson (David), délégué (Angleterre). 

Donald Matiieson, Queen's Gâte, à Lon- 
dres. 

Dréo, député du Var, 45, rue Saint-Roch , 
à Paris. 

Di clerc, sénateur, 44, boulevard Hauss- 
mann, à Paris. 

Du Pasquier (M. et M""), négociants, au 
Havre. 

Ferry (Jules), député des Vosges, 37, 
rue Billaull, à Paris '■''. 

Fiai.la (le D' Louis), chef du service chi- 
rurgical à l'hôpital rPhilantropie- , à 
Buenarest 

Fi liiol (l'abbé), chanoine honoraire, officier 
d'académie, 6, quai de Billy, à Paris. 

Floquet. député de la Seine, /17, rue Bo- 
naparte , à Paris. 

Forster (Samuel Strong, M. A.), joint 
secretary cheap literature Society Blind 
collège, à Worcester (England), délégué. 

Foucher de Careil , sénateur, 9 , rue Fran- 
çois-Premier, à Paris. 

Galesloot (Jac P. B.), membre du Co- 
mité exécutif de la section néerlandaise. 

Gavotti (le marquis), président du Con- 
seil d'administration de l'Institut des 
aveugles de Gênes (Italie). 



d) 



Aujourd'hui ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. 



15 — 



MM. 

Gerando (le baron de). 

Gévelot, député de l'Orne, 10, rue de 

Clichy, à Paris. 
SiBERT^eD'), auHavre (Seine-Inférieure). 

Giédroyé (le prince) , délégué du Ministère 
de l'instruction publique de Russie. 

Girault, député du Cber, 7, rue d'Angi- 
villiers, à Versailles. 

GivoTovsKY (N. de), délégué du Minis- 
tère de la guerre de Russie (section 
pédagogique) à l'Exposition univer- 
selle de 1878, à Paris. 

Goldtammer, commissaire généra 
Maroc à l'Exposition universel] 



du 
de 



107c 
Grbhais 

Siain 



commissaire général de la Suisse 



(de), Commissaire général de 
à l'Exposition universelle de 
1878. 

Griffiths (Tbomas), membre de la So- 
ciété des arts, à Silverdale (Chesbire. 
Angleterre). 

Gubler (le D r ), professeur à la Faculté de 
médecine de Paris, membre de l'Aca- 
démie de médecine, médecin de l'hô- 
pital Beaujon, 18, rue du Quatre - 
Seplembre, à Paris. 

Guier 

à l'Exposition universelle de 1878 

Harris (William), bon. Secrelary l:o tbe 
Blind Association at Leicester. Joint, 
autbor of irGuide to tbe cbarities and 
Institutions l'or Ibe Blind in tbe United 
KingdoniJi.Wescoles. à Leicester (En- 
gland), délégué. 

Hart (James), commissaire général de la 
Chine à l'Exposition universelle de 1878. 

Hérold, sénateur de la Seine (l) , 80, rue 
de Bennes, à Paris. 

Hess (M™), 6/1, rue Neuve-des-Pelits- 
Champs, à Paris. 

HiRAMAYo, membre de la Commission ja- 
ponaise à l'Exposition universelle fie 
1878, à Paris, délégué. 

Honoré (Adolphe), chef de division au 
Ministère de la justice, à Bruxelles. 

Horkan'ï (de 
la Hongrie à 
de 1878. 



commissaire général de 
l'Exposition universelle 



MM. 

Hormxo (d'), commissaire général de 
l'Autriche à l'Exposition universelle 
de 1878. 

IcmwARO, membre de la Commission ja- 
ponaise à l'Exposition universelle de 
1878, à Paris, délégué. 

Jackson (M. et M""), i5, avenue d'Antin, 
à Paris. 

Joanovits (VasileC), 172.3 Kerepese ut 
à Stcinbriick, près Budapest (Hongrie). 

Joanovits (M"'"), Herngasse, Steinbriick . 
bei Pest (Hongrie). 

.Ioiins Bennett (therev.), cbaplain lo tbe 
Corporation of Ibe school (or indigent 
Blind, à Londres, délégué. 

Joli.ocol'b (comte), délégué du Ministère 
de l'instruction publique de Russie à 
l'Exposition universelle de 1878. 

Joli (Albert), député de Seine-et-Oise. 
8, rue Montbauron, à Versailles. 

Jozox, député de Seine-et-Marne, rue de 
Babylone, à Paris. 

Ji'xou (L.), pasteur, àNice (Alpes-Mari- 
times). 

Kachovsky (le général) , délégué du Mi- 
nisire de la guerre de Russie (section 
pédagogique) îi l'Exposition universelle 
de 1878, à Paris. 

Kanématru, membre de la Commission 
japonaise à l'Exposition universelle 
de 1878, à Pai'is, délégué. 

Kennedv (James), fellow of Ibe royal 
physical Society ol'Edinburgh. délégué. 

Klerck (le chevalier G.-F. -(!.), président 
de la section néerlandaise. 

koxKJswARTLU ( le baron de) , fondateur de 
l'Institut Israélite des aveugles à Ho- 
beuwarte, près Vienne (Autriche). 

Kum (S. E.), secrétaire général du Mi- 
nistère de l'instruction publique du 
Japon, 55 , rue de la Tour, Paris-Passy. 

kuwKr.ERG, délégué du Ministère de l'ins- 
truction publique de llussie, délégué 
spécial du Grand-Duché de Finlande à 
l'Exposition universelle de 187 8, à Paris. 

Laboolaye, sénateur, directeur du Collège 
de France, place Cambrai, à Paris. 

Lai'.ourcade, pasteur, à Reims, 



I 



I 






Aujourd'hui préfet &e la Seine. 



— 16 — 



MM. 



I 



Lagneau ( le D' ) , membre de la Société d'an- 
thropologie , 38, rue de la Chaussée- 
d'Anlin, à Paris. 
Lamberto-Demarchi, commissaire général 
de l'Italie à l'Exposition universelle de 
1878. 
Laroche-Joubert, député de la Charente, 

67, boulevard Malesherbes, à Paris. 
Lasalle (Eugène de), attaché au cabinet 
de M. le Ministre de l'instruction pu- 
blique, des cultes et des beaux-arts, 
10, rue Castiglione, à Paris. 
Laserve, sénateur de l'île de la Réu- 
nion, 16, avenue de Villiers, à Paris. 
Lebacdy, député de Seine-et-Oise , 81, 

rue d'Amsterdam, à Paris. 
Leblond, dépulé de la Marne, 7, rue Ab- 

batucci, à Paris. 
Lerche (de), délégué du Ministère de 
l'instruction publique de Russie à l'Ex- 
position universelle de 1878, à Paris. 
Lesseps (de), commissaire général de la 
Tunisie à l'Exposition universelle de 
1878. 
Lien-Fong, attaché à la légation de Chine, 
5, avenue du Roi- de-Rome, à Paris, 
délégué. 
Liouville, député de la Meuse, 9, rue 

Mazarine, à Paris. 
Lockroy, député des Rouches-du-Rhône, 

in, rue Truffa ait, à Paris. 
Logerotte, député de Saône-et-Loire. 

99, rue du Rac, à Paris. 
Mac-All (révérend R.-W.), lauréat de 
la Société nationale d'encouragement 
au bien et de la Société d'instruction 
et d'éducation populaires, 3a, rue 
Eessart, à Paris. 
Mac-All (M"' c ), lauréat de la Société na- 
tionale d'encouragement au bien et de 
la Société d'instruction et d'éducation 
populaires, 3a, rue Fessart, à Paris. 
Ma Kie Tchong, attaché à la légation de 
Chine , 8 , rue Troyon , à Paris , délégué. 
Malsabrier (de), commissaire général de 
Saint-Marin à l'Exposition universelle 
de 1878. 
MA>SFiELD,Turner Coll., author of a work 
on the several Rlind institutions, à 
Londres, délégué. 



MM. 

Mariette-Rey, commissaire général de 
l'Egypte à l'Exposition universelle de 
1878. 
Marjolin (leD r ) , chirurgien honoraire des 
hôpitaux de Paris, délégué au Congrès 
de Rruxelles, 1 6 , rue Chaptal , à Paris. 
Marmottas, député, 3i, rue Desbordes- 

Valmore, à Paris. 
Marsten (le chevalier C), vice-président 

de la section néerlandaise. 
Martin Tait, secretary to the Home 
teaching Society for the Rlind, à 
Londres, délégué. 
Martin (Henri), sénateur de l'Aisne , 7/1 , 

rue du Ranelagh, à Paris. 
Martin (J.), rue des Rois, à Paris. 
Masson (L.), ingénieur civil. 
Médal, député de l'Aveyron. 'J9, rue 

Jacob, à Paris. 
Méline, député des Vosges, 84, bou- 
levard Saint-Germain, à Paris. 
Memer, député de Seine-et-Marne, 5, 

avenue Van-Dyck, à Paris. 
Mercier . député de l' Ain , 9 , boulevard de 

la Reine, à Versailles. 
Mevmer (Th.), commissaire général delà 
Perse à l'Exposition universelle de 
1878. 
Mirza Djavad-Kiian (le général), commis- 
saire général de Perse à l'Exposition 
universelle de 1878,3 Paris. 
Monod ( le D r Gustave) , 1 1 h , rue Lalii yette . 

à Paris. 
Moon, director of the Rlind Institution. 

io5, Queen's Road, à Rrighton. 
Monby (Frédéric), secrétaire général de 
la Wilberforce school for the Rlind, à 
York (Angleterre), délégué. 
i\aef (F.), pasteur, membre du Comité 
de l'Asile des aveugles de Lausanne 
(Suisse), délégué. 
.Naef (A), pasteur, membre du Comité 
de l'Institut des aveugles à Zurich 
(Suisse), délégué. 
Noël (Rév. Horace), White Rose Grange 

(Sussex, Angleterre). 
Nolcken (le baron G. de), commissaire 
général de la Commission russe à l'Ex- 
position universelle de 1878, à Paris. 
Ogée (P.-A.), professeur, à Reims. 



■ ■ 



17 - 



MM. 

Oldart, inspecteur général des établis- 
sements de bienfaisance et des asiles 
d'aliénés du Royaume de Belgique, 
délégué du Gouvernement belge. 

Ocltremont (D'), commissaire général de 
la Belgique à l'Exposition universelle 
de 1878. 

Pascal -Dupiut, dépulé (Seine), 8/1 , 
avenue des Ternes, à Paris. 

Pasijuet (P.), pasteur, directeur-fonda- 
teur des asiles de Ferney (Ain). 
Pauiuier, pasteur, à Beims. 
Percheron (le D'), secrétaire général de 
la Société protectrice de l'enfance, à 
Reims (Marne). 

Pereire (Eugène), fondateur de l'Ecole 
des sourds-muets, 96 , avenue de Vil- 
liers, à Paris. 

Petit, commissaire général des Etats- 
Unis à l'Exposition universelle dei878. 

Piiilbrick (le D 1 John), chef du départe- 
ment d'Education des Etats-Unis, dé- 
légué des États-Unis. 

Piiilippoteaux, député (Ardennes), i3, 
place Hoche, à Versailles. 

Pourtalès (le comte Albert), G-2. boule- 
vard Malesherbes, à Paris. 

Polrtalès (la comtesse Augusta de), à 
Metlen, près Berne (Suisse). 

Peaux, pasteur, .'i-j, boulevard de Stras- 
bourg, au Havre. 

Pugh (P.), commissaire général de la 
République d'Andorre à l'Exposition 
universelle de 1878. 

Renaclt (Léon), député (Seine-et-Oise). 
77, boulevard Haussniann, à Paris. 

Revneao, député (Saône-et-Loire), 3g, 
rue de la Faisanderie, à Paris. 

Rieder, trésorier de l'Asile des aveugles 
d'Illzacli, à Bixheim (Alsace). 

Robin, sénateur (Ain), (j4, boulevard 
Saint-Germain, à Paris. 

Roesner, directeur de l'Institution royale 
des aveugles de Sleglitz , près Berlin , 
délégué. 

Roussel (le D' Théophile), dépulé, mem- 
bre de l'Académie de médecine, rue 
INeuve-des-Mathurins, à Paris. 



MM. 

Bucoet (L.), ancien conseiller d'Etat. 

Santos (de), commissaire général de 
l'Espagne a l'Exposition universelle de 
1878. 

Sauveur , membre de la Commission belge 
à l'Exposition universelle de 1878. 

Schneider (M n ' e ), au Creuzot. 

Sée (Camille), député (Seine), S, boule- 
vard Malesherbes, à Paris. 

Société des Hospitaliers sauvetecrs de 
Toulouse. 

Spuller, députe (Seine), -i, rueFavarl, 
à Paris. 

Thal (R. de), vice-président de la Com- 
mission russe à l'Exposition universelle 
de 1878. 

Tiiulié (le D r ), président du Conseil mu- 
nicipal de Paris. 

Tirard, député' 1 ' (Seine), y, boulevard 
Sébaslopol, à Paris. 

Tolaik, sénateur (Seine), 
Rennes, à Paris. 

Turigny, député (Nièvre), 
vin, à Paris. 

Turquet, député - 2) . 

Underwood (M.), trustée 
inen's Society, Basinghal; 
London, 18, rue du Mail, à Paris, 
délégué. 

Versignv, député (Haute-Savoie), 56, 
rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris. 

Voûte (W.), membre de la Commission 
néerlandaise. 

Waddixgton (Richard), député (Seine- 
Inférieure), rue Gluck, hôtel Claren- 
don , à Paris. 

Ward-Hove (Julia), h , rue des Deux- 
Gares, à Paris. 

\V AiisiiARSkv (L.), délégué du Ministère 
de l'instruction publitjue de Russie à 
l'Exposition universelle de 1878 de 
Paris. 

\\ msiiAW (Alexandre), membre actif de l'U- 
niversité d'Oxford, chapelain de l'Ecole 
des aveugles h Liverpool et membre du 
Comité de cet Institut, délégué. 

Wolfhagex, commissaire du Danemark à 
l'Exposition universelle de 1 878, à Paris. 



i3q, 


•ue d'' 


ù 'i , rue Va- 


ut' the 


Blind 


street 


E.C., 



(l) Aujourd'hui ministre de l'agriculture et du commerce. 

*' Aujourd'hui sous-secrétaire d'Etat an Ministère de l'instruction pu 

N° 29. 



1 n 



lilim I. des beaux-arts 



I 






— 18 — 



MEMBRES ADHÉRENTS. 



MM. 

Abonneau, professeur de musique, h , bou- 
levard du Port-Gaiilon, à Poitiers 
(Vienne). 

Adam, membre de l'Académie nationale 
de musique. 

Adams Etta E. (Miss), Royal normal Col- 
lège for the Blind, Norwood, London, 
déléguée. 

Adelson-Monteaux, 19, rue de Luxem- 
bourg, à Paris. 

Administration des hospices réunis de 
Chartres. 

Alexandre (M'""), à Villeneuve-sur- 
Yonne. 

Alings, directeur de l'Institution des 
sourds-muets, à Groningue (Hollande). 

Allard, professeur à l'Institut des sourds- 
muets, à Paris. 

Amagnos (Michel) , director of the Perkins 
institution and Massachussett's school 
for the Blind, Soulh-Boslon, Massa- 
cbussetls (America). 

Andrault (P.), pasteur, à Châlons-sur- 
Mnrae. 

André (Edouard), pre'sident de l'Union 
centrale des beaux arts appliqués à 
l'industrie, 1 58, boulevard Hauss- 
mann, à Paris. 

Andromen (frères), avenue de la Ro- 
quetle, Paris. 

Ange d'Église (M"" 1 ), 35, rue Godot-de- 
Mauroy, à Paris. 

Archambacd, négociant, rue de Paris, 
au Val-Meudon (Seine). 

Archambaud, commissaire de l'Exposition 
scolaire de la province de Québec, 27, 
rue Jacob, à Paris. 

Arnaud (Ernest), secrétaire particulier 
de l'Institut prolecteur de l'enfance, 
1 a , rue de Lacondamine, à Paris. 

Arnodx (le vicomte G. d'), secrétaire de la 
Commission impériale de Chine à l'Ex- 
position universelle, 2 3, rue de Mon- 
ceaux, à Paris. 

Aobert (G.), 137, avenue de Wagram, 
à Paris. 



MM. 

Ayau (Denis), marchand de vins, au Val- 
Meudon (Seine). 
Back (du), membre du Conseil d'admi- 
nistration de la Société nationale d'en- 
couragement au bien et de la Société 
libre d'instruction et d'éducation popu- 
laires, directeur provisoire de l'OÈuvre 
Vacassy, 16, boulevard des Invalides, 
à Paris. 

Bainbrigge (Philip), général du corps du 
génie britannique, Blackheath, Lon- 
don, S. C. 

Balestra (l'abbé Séraphin), professeur de 
physique, directeur-président de l'Ins- 
titution des sourds-muets, à Côme 
(Italie), délégué. 

Beauhé, organiste, a Laval (Mayenne). 

Beauvais (le D' Gustave de), ancien chef 
de clinique de la Faculté à l'Hôtel- 
Dieu, médecin en chef à Mazas, secré- 
taire général de la Société de méde- 
cine de Paris, 3g, rue de Trévise, à 
Paris. 

Béguin (Eugène), publiciste, membre de 
nombreuses sociétés savantes, humani- 
taires et de bienfaisance , rue de la Porte- 
Neuve, à Béthune (Pas-de-Calais). 

Benard, aspirant, à l'Institut îles jeunes 
aveugles, 56, boulevard des Invalides, 
à Paris. 

Bequet (M"' Marie), vice-présidente de 
la Société nationale des Amis de l'en- 
fance, i5, rue du Dragon, à Paris. 

Bernard (Fi ère), directeur de l'Institut 
des sourds-muets, à Toulouse. 

Bernus, professeur de français à l'Institu- 
tion des jeunes aveugles, 56, boule- 
vard des Invalides, à Paris. 

Bebthélemy, organiste, à Saint-Maxenl. 

Bertheville (de), membre de la Com- 
mission administrative des hospices de 
Chartres. 

Berthier, organiste, à Orléans. 

Biollay (Paul-Émile), conseiller référen- 
daire à la Cour des comptes, membre 
de la Commission consultative de fins- 



— 19 — 



MM. 



titul des jeunes aveugles, 7/1, boule- 
vard Maleslierbes, à Paris. 

Blanc, i5, route de Carolige, à Ceuève. 

Blaivchet (Pierre), organiste-professeur 
chez les frères Sainl-Jean-de-Dieu . 9 9 3 
rue Lecourbe, à Vaugirard. 

Blandv (Stella), membre de la Société 
des gens de lettres, 18, rue de La- 
bruyère, à Paris. 

Blondel, professeur à l'école Turgol. 
i'i, quai de la Mégisserie, à Paris. 

Blondot, attaché au cabinet du sous-secré- 
taire d'Étal au Ministère de l'intérieur. 
38. rue du Mont-Thabor, à Paris. 

Blott, aumônier de l'hôpital Necker, 1 5 1 . 
rue de Sèvres , à Paris. 

Boissicat, maître d'études à l'Institut des 
jeunes aveugles, . r >6, boulevard des 
Invalides, à Paris. 

Boivi\ , organiste , à Beaune (Côte-d Or). 

BnwAKOM (J.-P.), docteur en médecine, 
membre de la Société des sciences de 
Versailles, membre de la Société d'en- 
couragement au bien , 3 , rue Moga- 
dor, à Paris. 

Bonnefoy (le IV), membre de plusieurs 
sociétés savantes, 3a, rue Vernier. à 
Paris. 

Borbora (le D'), médecin de la famille 
royale de Portugal, i3, rue du Helder. 
à Paris. 

Borsat (Emile), directeur des postes et 
télégraphes, membre île la Société de 
géographie, commissaire du Gouver- 
nement, à Marseille. 

Bodcard (Ad.), commissaire délégué du 
Guatemala, i3, rue (Juy-Labrosse, à 
Paris. 

Bourges ,18, rueDupetit- Thouars, à Paris. 

Bourgeois, membre du Conseil de la So- 
ciété libre d'instruction et d'éducation 
populaires. 3o, rue Erard, à Paris. 

Bourguin, vice-président de la Société 
d'éducation et de protection des sourds- 
muets, 129, avenue de Neuilly. 
Bourse ( l'abbé ) , chanoine titulaire , direc- 
teur de l'Institution des jeunes aveu- 
gles de Saint-Médard-lès-Soissons, 
délégué. 

Bousson, dentiste de l'Institution des 



MM. 

jeunes aveugles, 1 85 , 



in 1 



Saint-Ho- 



Boiitray, aide-typographe à l'Institut des 
jeunes aveugles, 56, boulevard des 

<>.' Invalides. » Paris. 

Bouvier (Paul), directeur de l'Institut 
des sourds-muets, à Saint-Hippolyte- 
du-Forl (Gard), délégué. 

Brès, professeur de violon à l'Institut des 
jeunes aveugles, boulevard des Inva- 
lides, 56, à Paris. 

Briouei. (Camille), avocat, conservateur 
au Muséum, membre des Sociétés 
d'encouragement au bien , d'instruc- 
tion et d'éducation populaires, 3a , rue 
de Villers, à Lunéville. 

Buoi.o (Frédéric Saucias. duc de), à Pa- 
ïenne (Italie). 



Biiciière (Firmin). 



1 . rue des 



Vignes. 



au 



Val-Meudon (Seine). 

Buckle (Anthony), director of the Wil- 
berforce School for the Blind . Manor 
Hou se, York (England), délégué. 

Burgess (M"" Francesca-B.) , Harenwood 
Elen Selkirch (Angleterre). 

Bussi.m . professeur de chant à l'Institut 
des jeunes aveugles, 50, boulevard 
des Invalides, à Paris. 

Butter, professeur à 1 Asile des aveugles 
de Lausanne (Suisse). 

Caranee, 8, rue de Vigny, à Pans. 

Caii.ue (M"° Maiie), institutrice à l'Insti- 
tution des jeunes aveugles, 5(5, bou- 
levard des Invalides, à Paris. 

Callixte, organiste, à Bé thune ( Pas-de- 
Calais). 

Gàmpbbll (F.-J.), director of the Royal 
normal Collège and Academy of music 
for the Blind, Norwood, London, S. E. 

Car , maître d'études à l'Institut des jeunes 
aveugles, 56, boulevard des Invalides, 
à Paris. 

Carmont (Philippe), lauréat du Conser- 
vatoire, rue de Bernay, à Pont-Aude- 
mer (Eure). 

Caron (Anne-Angèle), professeur à l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, 56, boule- 
vard des Invalides, à Paris. 

Castanié d'Anglars (Louis), 1 , rue Boni- 
bon-le-Chàteau, à Paris, 



I 



— -20 - 



MM. 

Castro ( 'Abraham), ministre thi culte 
Israélite de la Gironde, officier d'aca- 
démie , a , rue Bragard , à Bordeaux. 
Catteverte (Emmanuel), organiste, ac- 
cordeur de pianos. 11, rue Dupuis. 
h Paris. 
Gazeaux, ancien inspecteur général de 

l'agriculture, 8, rue Biot. à Paris. 
Célestin (Frère), à Paris. 
Cellières, médecin adjoint à l'hôpital des 

Quinze-Vingts. 
Cézanne, organiste à l'église Saint-Louis. 

à Toulon (Var). 
Chambon (Casimir-Louis), membre de la 
Société d'instruction et d'éducation po- 
pulaires, 4i, rue Bichat, à Paris. 
Cuampmas, professeur- bibliothécaire à 
l'Institution nationale des sourds-muets, 
16, rue Delambre, à Paris. 
Chantrot, membre de la Société natio- 
nale d'encouragement au bien, 3, rue 
du Vingt-Neuf-Juillet, à Paris. 
Ciiarreire, organiste, à Limoges (Haute- 
Vienne). 
Ciiavagnat, ancien élève de l'Institution 
des jeunes aveugles, à Ver-sur-Mer 
(Calvados). 
Clarke (Miss. J.-E.), Clarke's Terrace , 

Hadleigh, Suffolk (Angleterre). 
Clément, organiste, à Saint-Irain, par 

Bouray (Seine-et-Oise). 
Coure (de la), membre de l'Académie 
de Caen , place Saint-Martin , à Caen 
(Calvados). 
Cofeet, professeur de mathématiques à 
l'Institut des jeunes aveugles, 56, bon- « 
levard des Invalides, à Paris. 
Colfavro (J.-C.), ancien représentant, 
ancien membre du barreau de Paris, 
avocat h la Cour d'appel d'Alexandrie, 
98, rue de Vaugirard, à Paris. 
Comité de l'Institution des jeunes aveu- 
gles de Toulouse. 
Commelin, organiste, au Palais (Mor- 
bihan). 
Commission de l'Institut des jeunes aveu- 
gles de Rome (M. Rainer], délégué). 
Conolly (Daniel), Gower-Street , 116. 

Loiidou, N. C (Angleterre). 
Conseil général du Rhône. 



MM. 

Conseil général de Seinb-et-Uise. 
Conseil général de Vaucluse. 
Conseil général de l'Algérie. 
Conseil général de la Sarthe. 
Conseil général de la Manche. 
Conseil général de la Seine-Infériei m. 
Conseil général de l'Oise. 
Conseil général de Loir-et-Cher. 
Conseil général de la Loire. 
Coquet, facteur de pianos, a et 4, rue de 

Babylone, h Paris. 
Cordier (Justin), organiste de l'église 
Saint-Nicolas, à Buironfosse (Aisne). 
Coudray (M" c Adélaïde), professeur à 
l'Institut national des jeunes aveugles., 
56, boulevard des Invalides, à Paris. 
Couvert (Louis-Joseph- Victor), sauve- 
teur médaillé, 90, rue Saint-Denis, à 
Puteaux (Seine). 
Crozet (Jules), président de la confé- 
rence de Saint- Vincenl-de-Paul, admi- 
nistrateur de la caisse d'épargne de 
Charenton. 90, boulevard Mazas. à 
Paris. 
Dabert, économe à l'Institut des jeunes 
aveugles, 56 . boulevard des Invalides, 
à Paris. 
Dailly de Laloe (Juvéual-Antonien-Cléo- 
mène). 91, boulevard de Port-Royal, 
à Paris. 
Dantoine (Alphonse), à Limoux (Aude). 
Dassy (l'abbé Louis), secrétaire perpétuel 
de l'Académie des sciences, lettres et 
arts, directeur de l'Institut des jeunes 
aveugles, à Marseille. 
Dumas (le D'). oculiste de l'Institut des 
jeunes aveugles, 97, rue Saint-Antlré- 
des-Arts, à Paris. 
Degneusse, organiste, à Évreax (Eure). 
Deiieppe (M"" Barbe), professeur à l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, 56, boule- 
vard des Invalides, à Paris. 
Dejean, organiste, à Canejan ( Gironde j. 
Delaby, organiste, à Lecelle (Nord). 
De Lachannelle, directeur honoraire de 

l'hôpital des Quinze-Vingts. 
Delacroix (J.), sénateur, maire de Char- 
tres, président de la Commission ad- 
ministrative des hospices réunis de la 
ville de Chartres. 



21 — 



MM. 

Delaplace, aumônier de Sabt-Médard- 
lès-Soissons (Aisne). 

De Laluxière, organiste, à Tours (Indre- 
et-Loire). 

Delaussi: (M"' Claudine), professeur à 
l'Institut des jeunes aveugles, 56. bou- 
levard des Invalides, à Paris. 

Dalkchamps, 36, avenue de Paris, à liueil 
(Seine-et-Oise). 

DllEBEVATr ( M" "). <|(j. rue de Home, à 
Paris. 

Delpirrrr, organiste à Capocure. Rou- 
logne-sur-Mer (Pas-de-Calais). 

Del He (François), trésorier de l'Institu- 
tion des aveugles, à Gênes, délégué. 

Dri.tour (Félix), inspecteur général de 
l'instruction publique, membre de la 
Société d'encouragement au bien . mem- 
bre de la Société Franklin. 4a, rue 
\bhalucci. à Paris. 

Dri.uz (Elie), pasteur, secrétaire de4a 
Fédération internationale pour l'obser- 
vation du dimanche, 43, roule de Ca- 
rouge, à Genève. 

1)kmoi,i,ik\s. président de la Société de 
secours mutuels, à Lignières- Châte- 
lain, canton de Poix (Sommet. 

Df.paris, propriétaire, 12, rue Pial . a 
Paris. 

De PnÉconniv , garde-mines en disponibi- 
lité. 5, avenue Lowendal,à Paris. 

Deouatremare, organiste, à Ivry (Seine). 

Desboeuf (Léonard), membre honoraire 
de l'Institut de France, 5o, rue Le- 
berlbon, à Bordeaux (Gironde). 

Df.sci.ees (Prosper), s, rue du Val . au Val- 
Meudon (Seine). 

Descors ( François) , conseiller municipal à 
Savigny-sur-Orge, membre du Conseil 
supérieur de la Société libre d'instruc- 
tion et d'éducation populaires, membre 
du Conseil administratif des sauveteurs 
de la Seine, membre de la Société de 
topographie, 10. rue Gaillon, à Paris. 

Dr Seuil, conseiller référendaire à la Cour 
des comptes , secrétaire de la Commis- 
sion consultative de l'hospice national 
des Quinze-Vingts. 

Desgrwges. organiste, à Bergerac (Dor- 
dogne). 



MM. 

Desharest. 979 , rue Saint-Denis, à Cour- 
bevoie. 

Desmaze, conseiller à la Cour d'appel, 
membre de la Commission consultative 
de l'Institut national des jeunes aveu- 
gles, i3. rue d'Auiualc. à Paris. 

Desmihul ( Pierre-François- Amédée). a 6. 
rue du Colysée, à Paris. 

Desormeaux (le D'), chirurgien de l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, 1 1. rue de 
Yerneuil, à Paris. 

Desrueli.es (Charles), docteur en méde- 
cine, ex-interne des hôpitaux, membre 
de la Société anatomique, 26,-rueGo 
dofc-de-Mauroy, à Paris. 

Des vaux (Françoise-Euphémie), rentière, 
membre de la Société d'encouragement 
au bien, ■>, , rue Nollel, à Paris. 

De\ vux (Théophile), rue Neuve-Sainl- 
Nicolas, il Cambrai (Nord). 

Devii.i.exeuve (Etienne), membre de la 
Société d'encouragement au bien, 16, 
rue Pétrelle, à Paris. 

Devres (A.), directeur de l'Institut des 
jeunes aveugles, conseiller à la Cour 
d'appel, rue Montplaisir, à Toulouse. 

Diuira (H.), organiste à la paroisse Sainl- 
Jean- Baptiste, à Arras ( Pas-de-Calais 1. 

Diei nowi'. ( Frère), professeur à l'inslitui 
des sourds-muets de Poitiers. 

Donvy (Maurice), vice-chancelier du con- 
sulat de Libéria, ia3, rue d'Ahonkir. 
à Paris. 

D01 mi.le-Mmli.efeii 1 de), dépoté, 6, rue 
Prony, à Paris. 

DoYEB (H.), professeur à l'iniversilé (le 
Leiden ( Hollande). t 

7 



Dreyfus (H.-N 

iiKinn, à Pans. 
))i bois, organiste, 



boulevard Hauss- 
ionchany (Haute- 



Saône) 

Dubois (Benjamin), professeur de sourds- 
muets enseignés par la parole , secré- 
taire perpétuel, avenue du Maine, à 
Paris. 

Dubois (M"" E.), professeur à ITnslitnl 
national des jeunes aveugles, 1 5 . rue 
May et, à Paris. 

Diiciiey, membre de là Cour desc pfes. 

27, rue Blanche, à Paris. 



' 






— 22 — 



MM. 






Ducy, organiste, à Villencuve-sur-Yonne. 

Dcelen (Van), 16, rue de Grenelle, à 
Paris. 

Dufesse (Sœur), supérieure à la Provi- 
dence Sainte-Marie, rue de Pieuilly, à 
Paris. 

Dufour, membre de l'Académie nationale 
de musique , professeur de violoncelle à 
l'Institut des jeunes aveugles , 56 , bou- 
levard des Invalides, à Paris. 

Du le y, organiste, à Arbois (Jura). 

Dumont, médecin consultant à l'hospice 
national des Quinze-Vingts. 

Duxkzat, professeur de violoncelle à l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, 55, boule- 
vard des Invalides, à Paris. 

Dupont, organiste, à Nemours (Seine-et- 
Marne). 

Dupont, professeur à l'Institution des 
aveugles d'Arras (Pas-de-Calais). 

Du Potet (Henri-Louis), ancien officier 
de marine , a , quai de la Joliette , à 
Marseille. 

Durand (Emile), directeur du Livre d'Or, 
66, rue du Faubourg -Montmartre, à 
Paris. 

Duval (Georges), homme, de lettres, ré- 
dacteur au journal l'Evénement, 20, 
avenue de Courbevoie, à Asnières. 

Duval (Victor), 60, boulevard Beaumar- 
chais, àParis. 

Duvignau (Emile), inventeur du cécirègle 
approuvé par l'Académie des sciences 
et membre de plusieurs sociétés sa- 
vantes , a5 , avenue d'Eylau , à Paris. 

Eidenschenk (Joseph-Biaise), instituteur, 
rue, Lepic, à Paris. 

Entlicher (Frédéric), directeur de l'Ins- 
titut des a\ eugles de OberDobling , près 
Vienne (Autriche). 

Entraygues (Jean), membre fondateur 
des Sociétés d'encouragement au bien 
et des crèches, 10, rue Neuve-des-Ca- 
pucines , à Paris. 

Epinette (Henri-Victor), organiste aveu- 
gle, place du Marché, à Nogeut-le- 
Botrou. 

Eschenauer (Auguste), ancien pasteur de 
Strasbourg , lauréat de l'Académie fran- 
çaise , membre de la Société des sciences 



MM. 

de Lille, membre de la Société des 
lettres de Strasbourg, membre du Co- 
mité d'administration des Amis de la 
Paix, 1/19, boulevard Saint-Germain, 
à Paris. 
Espent, organiste, à Marseille. 
Étignard de Lafaulotte, conseiller à la 
Cour de cassation , membre de la Com- 
mission consultative de l'hospice na- 
tional des Quinze-Vingts. 

Evrat (Eugène), organiste et professeur 
de musique, à la Charité-sur-Loire 
(Nièvre). 

Evre (Frère Marie), à Soissons. 

Farre (M.), ancien élève de l'Institution 
nationale des jeunes aveugles, accor- 
deur de pianos, à Marseille. 

Faguette, organiste, à Suippes ( Marne V 

Faynot ( Léon) , propriétaire , membre fon- 
dateur de la Société nationale d'encou 

• ragement au bien, membre titulaire de 
la Société libre pour le développement 
de l'instruction et de l'éducation po- 
pulaires , 8 , rue Magnan , a Paris. 

Febvrier (Arsène), io5, avenue de 
Neuilly. 

Ferrand, organiste, 
Calais). 

Ferry, maire du <)" 
Paris. 

Fertray fils (M me V"), au Mans (Sartheï. 

Foucher, accordeur de pianos, rue de 
Lafosse, à Saint-Quentin (Aisne). 

Fouquet (E.), organiste de l'église Sainle- 
Croix, à Saint-Lô. 

Fouquet, accordeur de pianos, rue de 
Charonne, à Paris. 

Fourcade (V.-M.), à Toulouse. 

Fournier (A.), pasteur, à Chambéry 
(Savoie). 

Fournier, organiste, à Evreu.x (Eure). 

Fournier (Bemy), chef de l'imprimerie 
de l'Institut des jeunes aveugles, 56, 
boulevard des Invalides, à Paris. 

Fowler (J.), hôtel des Flandres. 

Fowler (Th.), hôtel Suze, place du Châ- 
teau-d'Eau. 

Fraikin, organiste, à Longpont, par 
Monthléry (Seine-et-Oise). 

Franck, hh. rue Laffitte. à Paris. 



h Hesdin (Pas-de- 
arrondissement. à 






— 23 — 



MM. 



Freeland, Snfïolk Street, à Londres. 
Freydieb (l'abbé), 55 , rue de Vaugirard, 

à Paris. 
Gachedause, organiste, h l'hôpital de Lari- 

boisière. à Paris. 
Gatine, organiste, à Étampes. 
Gaddok (M"" A.), directrice de la salle 
d'asile, rue de l'Arbalète, 4i, à Paris. 
Gadret (Auguste), conseiller municipal, 

au Val-Meudon. 
Genot (François), vérificateur en chef du 
service des poids et mesures, première 
circonscription régionale, 7, rue des 
Lions-Saint-Paul, à Paris. 
Gcnot (M"*), à Chàlons-sur-Marne. 
(Jervais, receveur à l'Institut des jeunes 
aveugles, 56, boulevard des Invalides, 
à Paris. 
Giangiacomo (Philippe), secrétaire de 
l'Institut des jeunes aveugles , à Rome. 
Girard (Félix), directeur de la Caisse de 
secours mutuels, rue Beaubadat, 27, 
à Bordeaux. 
Girard (Henri), organiste professeur, à 

Saint-Remy ( Bouches-du-Rhône). 
(Iirouard (M"' e Marie), professeur à l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, 56, boule- 
vard des Invalides, à Paris. 
Glatz (M lle J.-A.), institutrice, à Saint- 

lmier (Berne). 
GoEDHtiïs (P.), directeur de l'Association 
en faveur des aveugles indigents, à 
Amsterdam, délégué. 
Glover (G.-B.), commissaire au minis- 
tère impérial maritime de Chine à l'Ex- 
position universelle, hôtel Mirabeau, à 
Paris. 
Glover (M"" G. ) . hôtel Mirabeau , à Paris. 
Godaht (Aimé), i45, boulevard Males- 

herbes, à Paris. 
Gomel, ancien conseiller d'État, président 
de la Commission consultative de l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, 176, rue de 
Rivoli, à Paris. 
Gondal (A.), organiste, à Vinwille (Pas- 
de-Calais). 
Gossido è Isidio (Angel), 56, Attocha, 

à Madrid. 
Grandjean, administrateur judiciaire, 26 , 
rue des Grès, à Sèvres. 



MM. 

Grahgnard (le D r ), 5a, rue Cauniartm, à 

Paris. 
Green (Miss), Royal normal Collège for 
theBind. Norwood, London, déléguée. 
Gridel (Nicolas), chanoine, directeur- 
fondateur de l'Institut des jeunes aveu- 
gles, à Nancy, délégué. 
Grimon , inspecteur, 62, boulevard Saint- 
Germain, à Paris. 
Griolet (Eugène), à Genève (Suisse). 
Grosjean, professeur de flûte et hautbois 
à l'Institut des jeunes aveugles, 56, 
boulevard des Invalides, à Paris. 
Grosselln (Emile-Auguste), vice-prési- 
dent de la Société pour l'instruction et 
la protection des sourds-muets, 126, 
rue de l'Université, à Paris. 
Grdbï (le D' ) , correspondant de la Société 
des médecins de Vienne (Autriche), 
66 , rue Saint-Lazare, à Paris. 
Gtjemffey. organiste, maître de chapelle 
à la cathédrale de Tulle, professeur de 
musique aux écoles normales et muni- 
cipales, membre honoraire de l'Aca- 
démie, à Tulle (Corrèze). 
Goérin, organiste, à Savigny-sur-Orge 

(Seine-et-Oise). 
Guérin (Louis), i54, avenue de Paris, 

plaine Saint-Denis (^Seine). 
Gdérin de Litteau, 38, rue du Chemin- 
Vert, à Chatou-sur-Seine. 
Guidon, organiste, à Coulances (Manche). 
Goii.beau, professeur d'histoire à l'Institut 
des jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 
Guii.leyhn- (Henry-François), accordeur 
de pianos , 1 55 , rue de Sèvres , à Paris. 
Guyot (Victor), membre fondateur de la 
Société d'encouragement au bien et 
des sauveteurs hospitaliers de Tou- 
louse, 8, rue de Lubeck, à Paris. 
HAïauNE (le D r de), ancien directeur de 
l'Institut des aveugles et sourds-muets 
de Bruxelles, membre de la Chambre 
des représentants, directeur de l'Insti- 
tut des sourds-muets, à Boston (Angle- 
terre), délégué. 
Hwter, 3a, rue Schomer, à Paris. 
Hémont, organiste, à Châtellerault 
(Vienne). 



■ 



— 24 — 



MM. 



Hentsch (Augustin), banquier, 81, rue 
des Sablons, à Passy-Paris. 

Héry, professeur de solfège et d'har- 
monie à l'Institution nationale des 
jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 

Hesselbein (M"° Hortense), professeur à 
l'Institut des jeunes aveugles, 56, bou- 
levard des Invalides , à Paris. 

Hippisley (A.-E.), attaché au commissa- 
riat du ministère impérial maritime de 
Chine à l'Exposition universelle, 96, 
rue Pasquier, à Paris. 

Hocmelle (Edmond), organiste, profes- 
seur de chant et de piano, ai, rue du 
Cirque, à Paris. 

Howaed (James), delegate of the York- 
shire Institution for the Deaf and 
Dumb, Duncaster (England). 

Hoart (Adolphe), consul de la Répu- 
blique de Libéria, rédacteur en chef, 
membre de l'Académie des sciences, 
arts et lettres de Caen ,71, rue Furs- 
temberg, à Paris. 

Hdbert (Frère), inspecteur des écoles de 
sourds- muets, à Saint -Laurent -sur- 
Sèvre (Vendée). 

Hibert-Vasseroux (le D r ), rue Mogador, 
à Paris. 

Hugentobler , directeur du pensionnat des 
sourds-muets, 77, chemin des Chou- 
lans, à Lyon. 

Hoguemn, 12, rue Billault, à Paris. 

Hdguet (le D r ), de la Faculté de Paris, 
ancien interne des hôpitaux, 64, rue 
Basse-du-Rempart, à Paris. 

Hogdony, organiste, rue des Blancs-Man- 
teaux , à Paris. 

Hdnter-Howard (J.-M.-A.), principal of 
the Ontario Institution for the éduca- 
tion of Ihe Blind, Brandford, Onlario 
(Canada). 

Imbert, secrétaire de la direction, à l'hos- 
pice national des Quinze-Vingts, à 
Paris. 

Isambert, membre de la Commission ad- 
ministrative des hospices réunis de la 
ville de Chartres. 

Jaillet, organiste, à Rennes (Ille-et- 
Vi laine). 



MM. 

Jahieson, commissaire du ministère im- 
périal maritime de Chine à l'Exposition 
universelle, 26, rue Pasquier, à Paris. 

Jard-Panviluer (le baron), conseiller 
maître à la Cour des comptes, membre 
de la Commission consultative de l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, io4, rue de 
l'Université, à Paris. 

Jeangdyot, organiste, a Ecole (Doubs). 

Jeannel, receveur-économe à l'hospice 
national des Quinze-Vingts. 

.Iervis (le chevalier Guillaume), conser- 
vateur du musée royal de l'Industrie, 
à Turin (Italie), délégué. 
Joachin (Frère), à Orléans. 

Jcnca (Jules-Joseph), ancien professeur, 
délégué français au quatrième Congrès 
des instituteurs belges, lauréat de la 
Société d'instruction et d'éducation po- 
pulaires, 17, rue de Loos, à Paris. 

Kahn (Zadoc), grand rabbin de Paris, 
17, rue Saint-Georges, à Paris. 

K.ALFFER (M" Constance), professeur à 
l'Institut des jeunes aveugles, 56 , bou- 
levard des Invalides, à Paris. 

Kauffer (Félix), 71, rue Mademoiselle, 
à Paris. 

Keefer (J.-C), commissaire du Canada à 
l'Exposition universellede 1878, àParis. 

Kennedy (James), fellow of the Royal 
Society of Edinburgh, delegate. 

kooKHLiN (Alphonse), directeur de l'Asile 
des aveugles, à lllzach (Haute- Alsace). 

Krebs (Charles), facteur de pianos, 
1 , rue de Sèvres , à Paris. 

Laboulais (Lucie), membre de la Société 
des gens de lettres et de la Société 
d'enseignement et d'instruction popu- 
laires, à Clicby-la-Garenne. 

Lacascade, député, rue Saint-Placide, à 
Paris. 

Ladmiradlt, organiste, à Orbec( Calvados). 

Ladiiit de Lacharrière (leD'), 17.ru? 
Bonaparte , à Paris. 

Lagache (Célestin), délégué du Conseil 
général de l'Oise. 

Lagoguey (E.), instituteur, 19, boule\ard 
Ornano, à Paris. 

Lamandé, organiste, à Vitré (Ille-et- 
Vilaine). 



25 



MM. 

Lambert (l'abbé), chanoine-aumônier de 
l'Institution nationaledes sourds-muets, 
a50, rue Saint-Jacques, à Paris. 

Landolt (le D r ), directeur adjoint du 
laboratoire d'ophtalmologie à la Sor- 
bonne, 10, rue de la bienfaisance, à 
Paris. 

Landry, organiste, à Gisors. 

Larciieyèque, chez M. Krebs, 01, rue de 
Sèvres, à Paris. 

La Rochki.i.e (Ernest). 76, rue Taitboul, 
à Paris. 

Larkiei , organiste, à Ponloux. 

Lau/.ier. organiste, à Meaux. 

Lavalotte, organiste, à Dijon. 

Lavanchy (J.-F.-E.), à Nice (Alpes-Mari- 
times). 

Lebel. organiste à Saint-Etienne- du- 
Mont. professeur d'orgue et chef d'or- 
chestre à l'Institut des jeunes aveugles. 
f>G , boulevard des Invalides, à Paris. 

Leheof, i, rue de I.afayetle, à Paris. 

Lebidois, organiste, à Morlagne (Orne). 

Lefkvre, membre de la Commission des 
hospices réunis, à Chartres (Eure-et- 
Loir ). 

Lejf.une, accordeur de pianos, 00, rue 
do la Charité, à Lyon. 

Lei.ko, aumônier au couvent des Oiseaux , 

88, rue de Sèvres, à Paris. 

Lenoib d'Alcantara, membre de la Com- 
mission consultative de l'hospice na- 
tional des Quinze- \ ingts. 

Léouzox (Emile), membre fondateur de 
la Société nationale d'encouragement 
au bien, i55, rue Legendre, à Paris. 

Leroux, directeur de l'École municipale, 
rue de la Guadeloupe, à Paris. 

Leroy (Adrien), président de la Société 
de secours mutuels ['Union des familles, 

89, rue Lecourbe, à Paris. 

Leroy (Edmond), 6, rue des Vignes, au 

A al-Meudon ( Seine ). 
Lesure, instituteur, 5, rue Mil ton, à Paris. 
Letalenet (Hippolyle-Henry), membre 

de sociétés de philanthropie, 8, rue de 

la Chaise, à Paris. 
Levasseur (Jean-Baptiste), directeur de 

la manufacture de MM. Gaudichaud el 

Girard, 9, rue Priant, à Paris. 



MM. 

Liiuiluer (Cuslave-Jean-Baptisle). ac- 
cordeur de pianos, Grand'iiue, à Sens 
(Yonne). 

LibansivY (Joseph), professeur à l'Institut 
des aveugles de Qber-Bôbling, près 
Vienne (Autriche). 

Libertdis (Frère), à Toulouse. 

Ling-t-Yoo, attaché à la mission chinoise 
en Europe, 1 1 ,rueSainl-Benoit,àParis. 

Lisch, architecte de l'hospice national des 
Quinze-Vingts. 

LoMBMiT, manufacturier, 75, avenue de 
Chnisy, à Paris. 

Losvm (Cesare F. de), inspecteur méde- 
cin de l'hôtel des Invalides d'Espagne, 
à Madrid, délégué. 

Louis (Frère), directeur de l'école dépar- 
tementale des sourds-muets, à Nantes 
(Loire-Inférieure). 

Lubansky (Alexandre de), académicien, 
membre de deux cent vingt sociétés 
savantes, etc. ( lîussie). 

Lucas (Eugène), fondateur de la Société 
nationale d'encouragement au bien. 
membre titulaire de la Société d'ins- 
truction el d'éducation populaires, , 
.'Î9. , rue de Paris, à Saint-Denis (Seine ). 

Mafraisd fds, marchand carrier, 77, rue 
de Ponceau, à Châtillon-sur-Seinc 
(Côte-d'Or). 

Magnat (Mariua), directeur de l'Ecole des 
sourds-muets, u'i . avenue de \ illiers. 
à Paris. 

Magnier, organiste, à Toulon ( \ ar). 

Magniez, député de la Somme, à ^Ires, 
par Combles (Somme). 

Maillard, de Nantea, passage Colbert. 
escalier B. 

Malizard, 37, rue de Buci, à Paris. 

Mu.m, secrétaire de la Société pour la 
protection des sourds-muets. 70, bon 
levard de Port-Boyal, a Paris. 

\1\i.vezi\, membre de l'Académie des 
poètes, 18, rue du Sentier, à Paris. 

Mvnessieb (A.), organiste, à Ardres 
(Pas-de-Calais). 

Maranghi (Maurice), professeur de géo- 
logie, membre honoraire des Sociétés 
libres de l'instruction el d'encourage- 
ment au bien, à Milan 1 Italie). 



I 



— 26 — 



à Nanteuil-le-Hau- 



I 



MM. 

Marot, organiste, 

douin (Oise). 
Marston (H.-J.-R.-B.-A.), fellow of Du- 
rharn University, second master at tire 
Blind Collège, Worcester (England), 
délégua. 
Martin (Georges), médecin oculiste, à 

Cognac (Charente), délégué. 
Martin (Léon), délégué cantonal pour 
l'instruction primaire, 19, rue de la 
Nativité, à Paris. 
Martin (Paul), lauréat de l'Académie 
française, prix Montyon, membre des 
Sociétés d'encouragement au bien, 
d'éducation, de la tempérance fran- 
çaise, de l'Institut Jean-Baptiste Vico, 
de Naples, section des sciences, mé- 
daille d'or de 1" classe, 77, rue de 
Lille, à Paris. 
Martin, 3o, rue de Villiers, à Paris. 
Martusceli.i ( Ch. ) , fondateur et directeur 
de l'Institut Principe di Napoli pour 
les aveugles des deux sexes , à Naples 
(Italie), délégué. 
Masion (L.-J.), 20, rue Laffitte, à Paris. 
. Masson (Elie), docteur-médecin de la Fa- 
culté de Paris, 28 , rue Jouberl, à Paris. 
Mathieu (Joseph-Hilaire), pharmacien, 
inspecteur de canton de l'Association 
normande, élève de M. Gridel, direc- 
teur de l'Institut des jeunes aveugles de 
Nancy, à Ponl-1'Évêque (Calvados), dé- 
légué. 
Matteï, aide-typographe à l'Institut des 
jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 
Matthes (A.-J.), membre correspondant 
du Bureau d'administration de l'Insti- 
tut des jeunes aveugles , à Amsterdam 
(Hollande), délégué. 
Matthias (L.-Ch.), docteur en philosophie, 
magister des beaux-arts, directeur de 
l'Institut des sourds-muets, à Friedberg 
(grand-duché de Hesse), délégué. 
Madchei. , organiste, à Vernon (Eure). 
Maugain ( J. ) , ancien professeur à l'Institut 
national des jeunes aveugles et orga- 
niste de la cathédrale de Meaux, lau- 
réat du Conservatoire, membre corres- 
pondant de l'Académie libre des arts, 



MM. 

sciences et manufactures de Paris, or- 
ganiste et professeur de musique à la 
Pointe-à-Pître (Guadeloupe), ancien 
professeur d'harmonie et d'orgue au 
Sacré-Cœur de Paris. 
Maurice de la Cizeranne, au château de 

Marges, par Saint-Donat (Drôme). 
Méderic (Frère), directeur de l'Institu- 
tion des sourds-muets, à Poitiers 
(Vienne), délégué. 
Mellerio ( J.-F.) , 9, rue de la Paix, à Paris. 
Menalda (P.), à Deventer (Hollande). 
Mknière (le D r ), 10, boulevard des Ca- 
pucines , à Paris. 
Mëricant fils (Louis), professeur et créa- 
teur d'un atelier de tour à l'Institut 
des aveugles, 23, rue de la Pomme, à 
Toulouse, délégué. 
Mesmin (Frère) , directeur de l'Institut des 
sourds-muets et jeunes aveugles du 
département du Nord, à Ronchin-Lille 
(Nord), délégué. 
Messin, 20, rue d'Alésia, à Paris. 
Metzger, 27, rue Brochant, à Paris. 
Meunier, professeurà l'Ecole des aveugles, 

à Nancy, délégué. 
Meyer (J.-T.), membre correspondant de 
la British and Jorcign Blind Associa- 
tion , à Londres , membre trésorier de 
la Société des professeurs des gymnases 
et écoles moyennes supérieures des 
Pavs-Bas, directeur de l'Institut des 
jeunes aveugles , à Amsterdam ( Pays- 
Bas), délégué. 
Mignan, organiste, à Orléans (Loiret). 
Millon (H.), ancien maire de Chaville. 
membre fondateur de la Société d'en- 
couragement au bien, membre fonda- 
teur de la Société d'instruction et d'é- 
ducation populaires, 60, boulevard de 
Sébastopol, à Paris. 
Mollet, accordeur de pianos, 16, rue 

Rennequin , à Paris. 
Morel (Xavier), organiste, délégué, 2 63 , 
rue Saint-Léger, à Carouge (Genève). 
Morin (A.), vicaire à la cathédrale 

d'Evreux (Eure). 
Mouhot, mégissier, 5g, rue Croulebarbe , 

à Paris. 
Mouton (Auguste), docteur - médecin , 



_ 27 — 



MM. 



médaille d'honneur de France, lauréat 
de la Société d'encouragement au bien, 
trois fois lauréat de la Société protec- 
trice de l'enfance de Paris, médaille de 
vermeil de l'Institut Gonfucius , à Bry- 
sur-Marne (Seine). 
Moi. lot, organiste, à Gournay (Seine-In- 
férieure). 
Muinbv (Frédéric), gênerai sécréta ry of 
Ihe Wilberlbrce school for tbe Blind, 
York, délégué. 
Miinoz (A. -S.), capitaine de navire, con- 
sul général de la République du Pérou . 
au Havre (Seine-Inférieure). 
N-aht, professeur de piano à l'Institut des 
jeunes aveugles, 66, boulevard des In- 
valides, -à Paris. 
Napias (le D' Henry) , membre de la Com- 
mission des logements insalubres de 
Paria, ho. rue du Hocher, à Paris. 
Nasri-Bey (Franco-Cussa), premier se- 
crétaire à l'ambassade de Turquie, 17. 
rue Lallitte, à Paris. 
Nayïbbob (Jules), vice-président de la 
Société libre d'instruction et d'éduca- 
tion populaires, membre du Conseil 
supérieur de la Société d'encourage- 
ment an bien, vice -président de la 
Société de topographie, président 
d'honneur de sociélés scienliliques, 
philanthropiques et philotechniques, 
1 a 4, boulevard llaussmann. à Paris. 
Nibotot (Eugénie), femme de lettres, 
membre de la Société d'utilité géné- 
rale, auteur d'un ouvrage couronné 
sur l'éducation des aveugies, 8a, rue 
d' tmsterdam, à Paris. 
Nicado de Landa, membre correspondant 
de l'Académie royale de médecine de 
Madrid, à Pampelune, délégué. 
INicaty ( Jean-Louis) , négociant . secrétaire 
de la Société de secours mutuels des 
Suisses', 1 3 1 , rue Montmartre , à Paris. 
Nicktis, professeur de sourds-muets, rue 

Saint-Roch, à Paris. 
INovion, commissaire du ministère impé- 
rial de Chine à l'Exposition universelle, 
a5, avenue d'Anlin, à Paris. 
O'Conneli. (le comte Francis), membre 
protecteur et lauréat de la Société 



MM. 

d'encouragement au bien, président 
d'honneur de la Société libre d'instruc- 
tion et d'éducation populaires et de 
plusieurs sociétés philanthropiques et 
scientifiques, 68, avenue du Bois-de- 
Boulogne, à Paris. 
0\sy, directeur-fondateur de l'Institution 
khédiviale des aveugles, rue Margoush. 
au Caire (Egypte), délégué. 
OiuoL (M"" - ), fondatrice de l'OEuvre de 
l'institution enfantine, médaillée de la 
Société d'instruction et d'éducation po- 
pulaires. 7a, rue Lafontaine, Paris- 
Auteuil. 
Pages (M"" la baronne), membre de la 
Société d'encouragement au bien el 
d'éducation populaire, membre de 
l'Académie du Gard, 3o, place de la 
Madeleine, à Paris. 
Pvnnetier (Théophile), organiste, profes- 
seur de musique, ancien élève de l'Ins- 
titut des jeunes aveugles, à Saintes 
(Charente-Inférieure). 
Paris (Paul). 06, rue de Vaugirard, à 

Paris. 
Paroz (Jules), directeur de l'Ecole nor- 
male Peseur, à Neufchàtel (Suisse). 
Passa (M""), artiste lyrique, à Paris. 
Paschb (Louis), vice-président de la So- 
ciété de secours mutuels des Suisses à 
Paris, agent de la Société protestante 
du travail . g a . rue d'I lauteville , à Paris. 
Pascboou (Henri), pasteur, à Coruens. 

Vaud (Suisse). 
Passï (Louis), 15, rue de Cliehv, à 

Paris. 
Pau, (V.), maître de chapelle et profes- 
seur de piano à l'Institut des jeunes 
aveugles, 56, boulevard des Invalides, 
à Paris. 
Pei.lard, organiste, à Joigny (Yonne). 
Perdu (Arthur-Anatole), organiste aveugle, 

à Dourdan (Seine-et-Oise). 
Pbbdd (A.), accordeur de pianos, a , rue 

Picot, à Paris. 
Përrin , accordeur de pianos, 1 oh , rue de 

Sèvres, à Paris. 
Pekson, professeur de piano à l'Institut 
des jeunes aveugles, 56 , boulevard des 
Invalides, à Paris. 



ri. I 



■ 



— 28 — 



MM. 

Pesse, organisle, à Bunay (Seine-et-Oise). 

Petit, maître d'études à l'Institut des 
jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 

Picard, organiste, 36 , rue Ménilmontant, 
à Paris. 

Picard père, organiste, 6. rue Garcel, ii 
Paris. 

Picard (ils, organiste, 6, rue Garcel, h 
Paris. 

Pierre (Eugénie) , h , rue des Deux-Gares, 
à Paris. 

Pierre (Frère Géleslin), directeur du no- 
viciat préparatoire des frères, 97, rue 
Oudinot, à Paris, délégué. 

Pinet (François), président de la Société 
de secours mutuels de la cordonnerie, 
membre de la Société de géographie. 
h fi, rue Paradis-Poissonnière, à Paris. 

Pisxy, organiste des Quinze-Vingts, h 
Paris. 

Plonqtet (Jean-Louis), médecin, lauréat 
et membre de plusieurs académies et 
sociétés savantes nationales et étran- 
gères, à Ay-Champagne (Marne). 

Poissant, 43, avenue Bosquet, à Paris. 

Poli.ack (le D r S.), founder and 011e of tbe 
directors of the Missouri Institution for 
the éducation of tbe Blind , Saint-Louis . 
member of tbe Britisb Association for 
the advancement of science, of tbe 
American scientitic Association , etc. 

Portai.et (Hedwige), supérieure de l'Ins- 
titution des jeunes aveugles, à Tou- 
louse. 

Portalis (le vicomte), conseiller maître à 
la Cour des comptes, président de la 
Commission consultative de l'hospice 
national des Quinze-Vingts. 

Potin (Léon), organiste à Saint-Nicolas 
d'Arras (Pas-de-Calais). 

Potonié (Edmond), 7, rue des Lions- 
Saint-Paul, à Paris. 

Prajon, organiste, à Vitry-sur-Seine. 

Prat (le D r ), 18, rue Neuve-des-Petils- 
Ghamps, à Paris. 

Preschez, 5, rue du Mont-Thabor, à 
Paris. 

Privât, professeur, à Soissons. 

Proust, professeur de piano à l'Institut 



MM. 

des jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 

QcÉRii (L.), 1 54, avenue de Paris, plaine 
Saint-Denis (Seine). 

QiiiLi.ir.o (Caroline), membre fondateur 
de la Société d'encouragement au bien 
et de la Société d'éducation et d'ins- 
truction populaires, 3o. rue Lemer- 
cier, à Paris. 

Rabier, négociant, 69, boulevard Ménil- 
montant, à Paris. 

Rattes, accordeur de pianos, 9i3, rue 
de V augirard , à Paris. 

lÎAvisi (Victor de), ancien élève de l'Ins- 
titution nationale des jeunes aveugles, 
professeur au Conservatoire, à Nanles. 

Iîaynvld, organisle. à Montauban. 

Rebeirot, ai, rue Sainte Philomène, à 
Marseille. 

Régnier (Marie - Aimée), professeur à 
l'Institution nationale des jeunes aveu- 
gles, 56, boulevard des Invalides, à 
Paris. 

Reiffevrerg (le baron Frédéric de), 
membre de la Société de l'histoire de 
France, historiographe militaire, 19, 
rue des Chantiers, à Versailles. 

Reinh\rdt (Louis-Frédéric), membre de 
la Commission d'hygiène, 27. rue de 
la Paix, à Paris. 

Ressejac (Paul-Emile), secrétaire général 
des sauveteurs médaillés de Cognac, 
membre de la Société libre d'instruction 
et d'éducation populaires, membre de 
l'Académie Christophe-Colomb, à Co- 
gnac (Charente). 

Reverony (M" de), lectrice aux Quinze- 
Vingts, 9, rue Moreau, à Paris. 

Richard, organiste à l'hôpital Saint- 
Louis, rue Bichat, à Paris. 

Riche (P.), propriétaire à Nancy, mem- 
bre de la Société d'encouragement au 
bien, 45, rue de Lille, à Paris. 

Rieffel (l'abbé), à Saint-Laurenl-du-Poiil 
(Isère). 

Rigault (Eugène), conseiller municipal 
de Paris, conseiller général de la 
Seine, 93, avenue de Villiers, à Paris. 

Rivier (Charles), hôtel de Londres, 3, 
rue Bonaparte, à Paris. 



— m 



MM. 



Iîobebt (Emile-Jean), professeur-orga- 
niste de la cathédrale de Sninl-Malo. 

Robineau, organiste, à Gosne (Nièvre). 

Roesner, directeur de l'Institution royale 
des aveugles de Steglilz, près Berlin, 
délégué. 

Roqueblave (M™"), membres et deux 
fois lauréats de la Société d'encourage- 
ment au bien ,26, rue Bergère à Paris. 

Rosenfeld (Jules), 33, rue Gondorcet, à 
Paris. 

Rossard de Mianville, membre de la 
Commission administrative des hos- 
pices réunis de Chartres. 

Roïer (Henri), organiste aveugle, à An- 
glure (Marne). 

RiiENCY, organiste, à Fraissant (Jura). 

Sackoski (Oscar), accordeur, ancien élève 
de l'Institution nationale des jeunes 
aveugles, à Romescamps, par Aban- 
court (Oise). 

Saflet (Paul), capitaine de chasseurs à 
pied en retraite, ex-commandant du 
5 e bataillon de mobiles de la Sarthe, 
trésorier delà Société des ex-militaires, 
A3, rue de Constantinople, à Paris. 

Saflet (Olympe), 43, rue de Constanti- 
nople, à Paris. 

Saxtory (M"" 1 ), q3, quai Valmy, à Paris. 

Sasportas, membre de la Société J.-R. 
Pereire d'enseignement pour les sourds- 
muets, h. rue de la Paix, à Paris. 

Siiadwell ( John-L.), member ot' llie exe- 
cutive Committee ol' the British and i'o- 
reign Rlind Association. iNottingham 
place, Marylebone, 21, à Londres. 

Schickleb (le baron F. de) , président de la 
Société de l'histoire du protestantisme 
français et de la Société biblique de 
Paris, 17, place Vendôme, à Paris. 

Scuiff (Th.), avocat, membre du Bureau 
d'administration de l'Institut des jeunes 
aveugles, à Amsterdam, délégué. 
Schimper (W.),à Adoua (Abyssinie), dé- 
légué. 
Sciilumbebcer (Alphonse) , manufacturier. 

à Mulhouse (Alsace). 
Scumidt (J.-VV.) , Institution for the Blind, 
East Broaduay, Boston, Massachus- 
selts (America). 



MM. 
Sciioew (Daniel), à Mulhouse (Alsace). 
Scolari (le D' A.), directeur de l'Institu- 
tion centrale vénitienne des aveugles, 
à Padoue (Italie) , délégué. 

Sénamacd (Jean), président-fondateur de 
l'Institut Gonfucius de France et de l'A- 
cadémie ethnographique de la Gironde . 
sauveteur médaillé du Gouverneuienl 
français, citoyen d'honneur de Nieotera 
et de Philadelphie, 116, rue de Tou- 
louse , à Bordeaux. 

Siauve (Pierre-Gustave), membre de la 
Société d'encouragement au bien, 
membre de la Société d'instruction et 
d'éducation, membre fondateur des 
écoles de Bois-Colombes, 8, avenue 
Saint-Germain, à Bois-Colombes. 

Sicard (Adrien), docteur eu médecin'' 
président de la Commission scientifique 
.du Comité médical des Bouches-du- 
Rhône, vice - président de la Société 
protectrice de l'enfance de Marseille, 
membre de la Société d'encouragement 
au bien, 4, rue d'Arcole, à Marseille. 

Simon (l'abbé), aumônier à I Institut des 
jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 

SnioNox (Léonard ), directeur de l'Institut 
des aveugles, à Narnur (Belgique ) , dé- 
légué. 

Srou (Jules), professeur à l'Institut des 
jeunes aveugles, 5(5, boulevard des In- 
valides, à Paris. 

Sleight (Villiam), secrétaire de l'Institu- 
tion des sourds- muets, à Brighton (An- 
gleterre), délégué. 

Société des hospitaliers sauveteurs di; 
Toulouse. 

Somniers, à Ilvesheim (Alsace). 

Soïer (E.-A.), agriculteur, 87, avenue 
d'Italie, à Paris. 

Specht, 79, rue de Sèvres, à Paris. 

Stone-Paciii (Charles-Pomray), général 
de di\ ision , \ ice-présidenl de la Société 
khédiviale de géographie du Caire, 
membre de l'Institut égyptien, au 
Caire (Egypte). 

Stortemueker, inspecteur en chef de la 
Commission royale des Pays-Bas à l'Ex- 
position universelle. 






I 



S : 



— 30 



MM. 

Tantelier, notaire, à Laventie (Pas-de- 
Calais). 

Tcheng-Ki-Tong , attaché à la légation de 
Chine, secrétaire de la Mission de 
l'instruction en Europe, 5, rue de 
Rome, à Paris, délégué. 

Teuton de IUvisi (Edouard), professeur 
au Conservatoire de musique , à Nanles. 

Theode, organiste, à Tours (Indre-et- 
Loire). 

Thiac (Eugène de), président de la So 
ciété d'agriculture, sciences, arts et 
commerce de ia Charente, ancien con- 
seiller général, membre et secrétaire 
de la Commission consultative de l'Ins- 
titut national des jeunes aveugles, 
26, rue Saint-Lazare, à Paris. 

TmoN, organiste, à Pithiviers (Loiret). 

Thomas, organiste, à Fontainebleau. 

Thcillant , professeur à l'Institut des 
jeunes aveugles, 56, boulevard des 
Invalides, à Paris. 

Tourinho (J.-V.), Rio-de-Janeirp (Bré- 
sil) , et a j , avenue des Champs-Elysées , 
à Paris. 

Tournaillon, organiste , à Orléans (Loiret). 

Trapu (Marc-Antoine), avocat, à Sartène 
(Corse) 

Tremblay (Paul), facteur de pianos, 
A 5 bis, rue des Saints-Pères, à Paris. 

Vacher . ancien avoué ,10, rue Labruyère , 
à Paris. 

Vaïsse (Léon-Auguste-Joseph), directeur 
honoraire de l'Institution nationale des 
sourds- muets, i3g, boulevard Pe- 
reire, à Paris. 

Vallée (l'abbé), aumônier à l'hospice na- 
tional des Quinze-Vingts. 

Vallette (Oscar), pasteur à Vaugirard, 
délégué cantonal , membre de la Com- 
mission des écoles du i5" arrondisse- 
ment, aumônier protestant à l'Instilu- 

• tion des jeunes aveugles de Paris, 
38, rue La Quintinie, à Paris. 



MM. 

Valls ï Ronquillo (François d'Assises), 
directeur de l'Institution des aveugles 
et des sourds-muets, à Rarcelone (Es- 
pagne). 

Valsini (Frédéric), avocat, directeur de 
l'Institut des jeunes aveugles de Flo- 
rence (Italie). 

Vasseur, organiste, à Evreux (Eure). 

Verd , secrétaire de la direction à l'Institut 
des jeunes aveugles, 56, boulevard 
des Invalides, à Paris. 

Verpeaux, maître d'études à l'Institut des 
jeunes aveugles , 56, boulevard des In- 
valides, à Paris. 

Vïgnaux. (Eug. de), consul de la Répu- 
blique de Libéria, au Havre, 3&, rue 
des Francs-Bourgeois, à Paris. 

Vildiec, organiste, à Argentan (Orne). 

Villabrille (Miguel), professeur doyen, 
directeur du Collège national des 
sourds-muets et aveugles , à Madrid. 

Vitati (Luigi), directeur de l'Institut 
des aveugles, à Milan, délégué. 

Warring-Wilkinson (M.-A), principal of 
the Institution for Deaf and Dumb and 
Blind, Berkeley (California), délégué. 

Watkins (Frédéric), B. D., archdeacon 
of York, Marston Rectory, York (En- 
gland). 

Widmer (M"'), professeur à l'Institution 
Pereire, à Paris. 

Witt-Hamer (J.-G. de), vice-président 
des Arregth te Leeuwarden (Neder- 
land), à Amsterdam. 

Vzac (Jules), ancien élève de l'Institut des 
jeunes aveugles de Paris, organiste, 
professeur de musique, 72, rue des 
Fourneaux , à Paris. 

Zéphirin, professeur des aveugles à Sois- 
sons, 29, rue de Lourmel, à Paris. 

Zurcher (Charles), docteur en médecine , 
membre de la Société de médecine et 
de climatologie, à Nice. 



— 31 — 



Ont écrit au Comité pour s'excuser de ne pouvoir assister au Congrès : 

MM. Dassv (l'abbé), directeur de l'Institution des aveugles, à Marseille. 

Sioc (J.), professeur à l'Institution des jeunes aveugles, à Paris. 

Paplonsky (J.), directeur de l'Institution des aveugles, à Varsovie. 

Joh. Anken, directeur de l'Institution des aveugles, à Berne. 

FEnnv (Jules), député'". 

Sakman (A.), directeur de l'Asile Nicolas, à Stuttgart. 

Reinhard (G.), directeur de l'Institution royale des aveugles, à Dresde. 

Silcheb, S. E. le Ministre de l'instruction publique et des cultes du Wurtemberg, à 
Stuttgart. 

Sicard (A.), docteur en médecine, à Marseille. 

Schebeb (Edmond), sénateur, à Versailles. 

Fialla, docteur en médecine, à Bucharest. 

Le Rover (E.), sénateur, à Lyon' 21 . 

Foucheb de Caiieil (A.), sénateur. 

Floqi'et (C), député. 

de Mongis (A.), ancien procureur général, vice-président de la Société nationale d'encou- 
ragement au bien, oflicier de l'instruction publique, à Paris. 

Claveau, inspecteur général des établissements de bienfaisance. 

Rogers (E.-F.), ancien consul d'Angleterre à Damas et au Caire. 

Fobsteb (S. -S.), professeur, supérieur du cullège pour les jeunes gens de bonne famille, 
à Worcester (Angleterre). 

Tiraud (P.), député- 3 '. 

Engel-Dollfus, négociant industriel, à Dornacli ( Alsace). 

Komgswarter (lebaron de), fondateur de l'Etablissement des aveugles de Hohenwarte, à 
Marienbad (Bohème). 

Ektlicheb (F.), directeur de l'Ecole des aveugles, à Ober-Dôbliiig, près Vienne. 

Hirzel (H.), directeur de l'Asile des aveugles, à Lausanne. 

RirrERT (Joseph), professeur à l'Institution royale et centrale des aveugles, à Munich. 

Reeeibot, à Marseille. 

Siegfbied (Jules), négociant, au Havre. 

Moon (M.), à Rrighton (Angleterre). 

Bozébian' (J.), sénateur. 

Valsim (Frédéric), directeur de l'Institut des aveugles, à Florence. 

Mabtin, à Fontainebleau. 

Delessert (D.), organiste de la cathédrale, à Lausanne (Suisse). 

Dicï, aveugle, organiste, à Paris. 

Baiîvbrigge (Philippe), général du corps du génie britannique, à Londres. 

Wimpffen (le comte de), ambassadeur d' Autriche-Hongrie à> Paris. 

Palmier, pasteur, à Reims. 

Fol'bkier (A.), directeur de l'Asile évangélique, à Aix-les-Bains (Savoie). 

Gbiffiths (Thomas), à Liverpool. 

Gasparin (la comtesse de). 

Rothschild (le baron Alph. de). 

Wallace (sir Richard), M. P. 

Robert (Ch.), directeur honoraire de l'Institution nationale des sourds-muets, à Bordeaux. 

Pirolx, directeur de l'Institution des sourds-muets, à Nancy. 

Mercier (Th.), député de l'Ain, à Nantua. 

Kbahmer (Ernest) , à Munich. 

Gladet, à Sainl-Emilion (Gironde). 

Rôssler (Ed.), directeur de l'Institution des sourds-muets, à Osnabrûck. 

1,1 Aujourd'hui ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. 
|! > Aujourd'hui garde des sceaux, ministre de la justice. 
1,1 Aujourd'hui ministre du commerce. 



I 









I 



sourds -muets et des aveugles, à 



— 32 — 

MM. ttmstii (D.), directeur de l'Institution des sourds-rouets de Rotterdam. 

John Bost, directeur des asiles de Laforce (Dordogne). 

Gemffev (Aut.), à Tulle. 

GiBiiiiT (le D'), au Havre. 

Gavotti (Jérôme de), à Albisola, Gènes (Italie). 

Robert (Émile-J.-M.), à Saint-Malo. 

Sizebanne (Maurice de la), à Tain (Dronie). 

Alih Roiget (G.), à Paris. 

Matthias (le D r ), à Friedberg (Hesse). 

Campbell (F.-J.), directeur du Collège normal et de l'Académie de musique, à Upper 
JNorwood, Londres. 

Shadwell (Jolm-L.), à Marylebone, Londres. 

Villabrille (M.-J.), directeur du Collège national des 
Madrid. 

1<*ram;l (le D r Ludwig-August), chevalier de Hochwart , fondateur de l'Institution des aveugles 
de Hohenwarle, président du Congrès européen pour les aveugles, à Vienne, en 187.3, à 
Vienne (Autriche). 

Sommées (S.), à Ilvesheim (Alsace). 

Descors (F.), à Paris. 

Helleb, directeur de l'Institution des aveugles de Hohenwarte, à Vienne (Autriche ). 

Rolssel (Théophile), député de la Lozère. 

Maigaik (J.), ancien professeur à l'Institut impérial des jeunes aveugles et organiste de la 
cathédrale de Meaux, ancien professeur d'harmonie et d'orgue au Sacré-Cœur, profes- 
seur de musique à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), à Paris. 

Libansky (Joseph), professeur à l'École des aveugles, à Dôbling, Vienne (Autriche). 

Zahn (L.), S. E. le Ministre de l'intérieur, à Dresde (Royaume de Saxe). 

HémoiM (Henri), ancien élève de l'Institution des jeunes aveugles de Paris, organiste au 
grand orgue de Saint-Hilaire, à Poitiers. 

Howabd HujiTER (J.), directeur de l'Institution des aveugles d'Ontario (Canada). 

Trefobt, ministre des cultes et de l'instruction publique de Hongrie. 

Ronqoillo (J.-Y.), directeur général de l'Institution des aveugles et sourds-muets, à Barce- 
lone. 

Scolari (P.-A.), directeur de l'Institution centrale vénitienne, à Padoue. 

Toi'Bnaillon (Henri), à Orléans. 

luRG* (leD r W.-A.), directeur de l'Établissement des sourds-muets, à Groningue (Hollande). 

Sleigiit (W.), directeur de l'Institution des sourds-muets, à Brighlon (Angleterre). 



COMPOSITION DU BUREAU DU CONGRES. 



' Président honoraire. 
M. Dollfus (Jean), ancien maire de Mulhouse. 

Président, 

M. Nauaijlt de BiiFKON, ancien avocat général, président de chambre hono- 
raire, avocat près lu Cour d'appel de Paris, président des Hospitaliers 
sauveteurs bretons. 

Vice-Présidents. 

MM. Appia (leD r ), ancien présidentde la Société médicale de Genève, membre 
du Comité international delà Croix-Rouge, etc. 



MM 



M. 



— 33 — 

Arnoul (Honoré), président de la Société libre pour l'instruction et 
l'éducation populaires, secrétaire général de la Société nationale d'en- 
couragement au bien, officier de l'instruction publique. 

Giraud (Henri), député des Deux-Sèvres, président honoraire du tribunal 
civil de Niort, vice-président de la Société nationale d'encouragement 
au bien. 

Piras, directeur de l'Institution nationale des jeunes aveugles de Paris, 
inspecteur général des établissements de bienfaisance, etc. 

Secrétaire général. 

Lavanchy (F.-H.), promoteur du Congrès, délégué de l'Egypte au premier 
Congrès européen des institutions d'aveugles, à Vienne, en 1873, 
membre honoraire du Conseil d'administration de l'Institut des aveu- 
gles de Hohenwarte, près Vienne (Autriche). 






Secrétaires généraux adjoints. 

MM. Levitte (J.), censeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, à Paris. 
Ogée (P.-A.), professeur. 

Secrétaires. 

MM. Moureau (Jules-Gustave), secrétaire général de la Société de secours inu- 
tels des ex-militaires, membre fondateur de la Société d'encourage- 
ment au bien et de la Société libre d'instruction et d'éducation popu- 
laires, 22, avenue Victoria, à Paris. 
Bret (Achille). 

PoURTALÈS (Alph. DE). 



^ I 

; I 



N° -29 



■ 



H 



PREMIERE PARTIE. 



CONGRES 
POIR L'AMÉLIORATION 1)1 SORT DES AVEUGLES. 



■ 






^^m 



— .35 



SÉANCE D'OUVERTIRE, LE LUNDI 23 SEPTEMBRE 1878. 



PRESIDENCE DE M. VUMULT DE UUFFOiY 



Sommaire. — Discours d'ouverlure, M. Nadault de Buffon. — Communications diverses par le 
Secrétaire général. — Lettre de M. Ducy. — Convocation des sections aux Tuileries. — Fixa- 
tion de Tordre du jour de la séance du a'i. — Nomination du bureau. 

M. Nadaclt de Bvffoîi , président. Nous déclarons ouverte la session du 
Congrès international pour l'amélioration du sort des aveugles et des 
sourds-muets. 

Messieurs, un homme de cœur, un homme de bien, M. Lavanchy, qui 
s'est occupé toute sa vie des aveugles, a eu la généreuse pensée de provo- 
quer à Paris, à l'occasion de l'Exposition universelle, la réunion d'un 
Congrès international pour l'amélioration du sort des aveugles. . 

Il s'agissait de continuer l'œuvre commencée à Vienne et à Dresde. 

Ce projet élait grand et généreux; aussi sa réalisation a-t-elle rencontré 
de nombreuses et sympathiques adhésions en France et à l'étranger. Les 
principaux Etats ont envoyé des délégués; des hommes éminents, renom- 
més pour leur savoir et leurs travaux, sont accourus des points les plus 
éloignés, sans tenir compte ni de la fatigue ni de la distance. 

11 n'y a pas de distance lorsqu'il s'agit de faire le bien. (Applaudisse- 
ments.) 

Nous les remercions au nom de la France et de l'humanité. 

Nous devons aussi des remerciements au Gouvernement français pour 
la sympathie qu'il nous a témoignée, pour les encouragements qu'il nous 
a prodigués, pour l'assistance qu'il nous a promise. 

Je suis spécialement chargé de transmettre au Congrès les excuses de 
M. le Ministre de l'intérieur et de M. le Directeur de la presse, qui devaient 
honorer de leur présence notre séance d'ouverture. 

Us ont promis de nous dédommager. 

Messieurs, les questions que le Congrès va avoir à examiner sont de 
celles qui préoccupent vivement les esprits; elles sont de premier ordre: 
leur solution importe à l'avenir social de tous les pays. 

Ceux dont vous améliorerez le sort sont dignes de l'intérêt de toute ôme 
qui sent et qui sait compatir à des souffrances imméritées. 









I 



1 






— 36 — 
Frappé dans ce qu'il y a de plus indispensable à la vie, l'aveugle, privé 
du spectacle des choses extérieures , sent s'accroître ses besoins intellectuels , 
et, pour peu qu'il ait reçu du ciel une belle intelligence, sa pensée s'élève 

par la méditation. , . 

Buffon, écrivant presque aveugle les Epoques de la nature, répondait a 
ceux qui s'en étonnaient : s Je vois par les yeux de l'esprit. » 

Les yeux de l'esprit, tels sont bien, en effet, les yeux de l'aveugle. 

L'aveugle, c'est une lumière qui n'a pas cessé de briller, mais qui a 
perdu son reflet. (Applaudissements.) 

Donnons à cette intelligence latente le moyen de se manifester, et tachons 
que l'article des compensations fasse oublier l'étendue de l'épreuve. 

Le monde physique échappant entièrement à l'aveugle, il faut lui ouvrir 
des horizons nouveaux sur le monde moral et intellectuel. 

Vous rechercherez quelless ont les carrières que l'on peut fructueusement 
ouvrir aux aveugles en leur assurant le travail qui fait vivre et l'instruction 
qui occupe l'esprit, vous fortifierez leur âme par la philosophie et par la 

religion. 

Vous vous demanderez quels sont les meilleurs moyens de leur appren- 
dre à travailler de la tête et des bras, en vous pénétrant de cette pensée 
que le travail doit être tout à la fois productif et moralisateur. 

Trois facultés puissantes se développent chez l'aveugle : la réflexion, la 
comparaison, la concentratiou des idées; — et, comme les ennemis ordi- 
naires du progrès intellectuel chez l'enfant sont la légèreté et la dissipa- 
tion, le jeune aveugle a sur le voyant cette supériorité qu'il n'est pas léger, 
parce qu'il n'est pas distrait. 

Il peut y avoir là, comme dans certaines mines inexplorées, des tré- 
sors dont la société serait coupable vis-à-vis d'elle-même de ne pas t.rer 

profit. „ 

L'Europe renferme près de a millions d'aveugles; il y en a oo,ooo en 
France à peu près dépourvus de toute instruction. 

Les représentants de l'étranger nous diront bientôt si cette situation est 
la même dans leur pays. (Sensation.) 

Qui sait si, parmi tant d'aveugles ou privés de toute instruction, ou aux- 
quels des systèmes incomplets n'ont pas permis de tirer parti de leurs dons 
naturels, il ne se trouvait pas quelqu'une de ces puissantes intelligences 
capables de devenir une des gloires de leur temps? 

Dans l'état actuel des choses, les aveugles sont placés parles institutions 
dans une infériorité relative. 

Ils ont besoin d'une plus grande assistance, et cependant on tait moins 

pour eux que pour les voyants. 

A vous, Messieurs, de protester contre cet état de choses et de provo- 
quer une réforme dont les premiers résultats seront l'organisation pour les 



— 37 — 
aveugles de tous ies pays d'un système complet d'enseignement, de pro- 
tection et d'avenir social. 

La nature en a fait des infirmes; il appartient à la société d'en faire des 
citoyens utiles. — et, qui sait? peut-être de grands citoyens. 

Les aveugles, de plus en plus nombreux, hélas! soit qu'ils n'aient 
jamais connu la lumière, soit qu'ils aient été atteints dans la première en- 
fance, l'adolescence, la jeunesse ou l'âge mûr, sont des citoyens comme les 
autres, ayant droit à la même instruction, à la même protection: j'ajou- 
terai qu'ils y ont un droit plus sacré, celui que donne le malheur. 

Si je parcours votre vaste programme, je trouve tout d'abord deux ques- 
tions d'un intérêt général: la fondation, à Paris, d'une société internatio- 
nale, l'établissement d'une statistique. 

Jusqu'ici, les institutions ont vécu dans un isolement à peu près complet 
les unes des autres, de telle sorte que ces établissements ne peuvent pro- 
fiter des expériences faites ou des améliorations réalisées dans d'autres 
établissements en France ou à l'étranger. 

La Société internationale établira entre les institutions d'aveugles du 
monde entier des rapports habituels, un courant d'idées, un échange de 
vues, une solidarité d'intérêts, une généreuse émulation, dont profiteront 
la science et l'humanité. 

Cette association comprendra îiulant de sections qu'il y aura de pays 
à entrer dans la fédération. Elle aura un insigne. Elle recevra communi- 
cation des expériences, des découvertes et des progrès réalisés sur un point 
quelconque du globe, les fera étudier par des commissions et les portera à 
la connaissance de tous les instituts. Elle mettra au concours les questions 
intéressant l'amélioration du sort des aveugles et des sourds-muets, et 
récompensera les auteurs de découvertes utiles ou de procédés nouveaux. 

Elle formera une vaste société de patronage pour protéger l'aveugle à 
tous les âges et dans toutes les conditions, afin d'assurer son bien-être ma- 
tériel et moral. Elle fera des avances en argent et en nature pour procurer 
au travailleur les outils, le métier ou la matière première. 

Elle ouvrira un musée où seront conservés et exposés tous les appareils 
et les systèmes servant à l'enseignement des aveugles et des sourds-muets; 
elle y annexera une bibliothèque, provoquera l'impression de nouveaux 
ouvrages et la création d'une littérature à bon marché. 

Le musée et la bibliothèque des aveugles seront accessibles au public. 

Le Congrès ne se séparera certainement pas avant d'avoir posé les bases 
de celte utile et philanthropique institution dont la fondation était déjà 
demandée au Congrès de Vienne en i873 (1) , et dont un étranger'-', — 

(l) Proposition de l'honorable M. Lavanchy, délégué de l'Egypte au Congrès de Vienne. 
l2 > M. Meyer, directeur de l'Institut des aveugles d'Amsterdam. 






f 



— 38 — 
remercions-le de sa délicate et courtoise attention, — a proposé que Paris 

devînt le siège. 

11 résulte des communications qui nous parviennent qu'il n'existe nuhV 
part de statistique générale des aveugles et des sourds-muets ,— lacune dif- 
ficile à comprendre en France tout au moins, où l'on pousse l'amour de la 
statistique jusqu'à demander aux maires combien il se pond chaque année 
d'œufs dans leur commune. (Sourires.) 

11 suffira pour la France que le Congrès prépare un tableau et qu'il en 
obtienne l'annexion à la statistique générale fournie par les préfets au Mi- 
nistre de l'intérieur. 

Certains établissements signalent que, malgré les avantages qu'ils pré- 
sentent, malgré le bien qu'ils font, les places vides ne sont pas occupées, 
faute de demandes. 

La statistique permettra aux instituteurs d'aller aux familles, sans atten- 
dre que les familles viennent aux instituteurs. 

Il en est de la bienfaisance comme de l'instruction : il faut quelquefois 
faire violence à ceux qui en profitent. 

Si je pénètre dans le vif des questions soumises au Congrès, la pre- 
mière par ordre d'importance est celle du choix d'une méthode d'ensei- 
gnement. 

Vous aurez à vous prononcer sur celles qui sont actuellement en usage, 
vous signalerez les plus pratiques, vous verrez s'il est possible de procla- 
mer l'unification des systèmes de lecture et d'écriture, afin de permettre 
aux aveugles du monde entier de communiquer entre eux. 

Vous rechercherez s'il y a utilité à donner aux aveugles des professeurs 
voyants de préférence à des professeurs aveugles qui peuvent paraître, à 
certains poinls de vue, plus aptes que les voyants à enseigner à ceux dont 
ils subissent les privations le moyen de suppléer à ce qui leur manque. 

Vous vous demanderez si les deux sexes peuvent être instruits en com- 
mun, si les aveugles et les sourds-muets doivent être réunis sous une 

même direction. 

Vous rechercherez quelle est, en ce qui concerne ces derniers, la meil- 
leure méthode, du geste ou de l'articulation. 

Vous désignerez les industries qui peuvent être le plus utilement ensei- 
gnées aux aveugles. ^ 

Vous vous occuperez tout particulièrement de l'enseignement musical, 
pour lequel l'ouïe délicate et sensible de l'aveugle semble développer des 
aptitudes particulières; vous rechercherez quel doit être le rôle de la 
famille dans le premier âge. 

Vous aurez à vous préoccuper des questions d'ordre , de discipline , 

d'hygiène, etc. 

Vous vous demanderez s'il n'y aurait pas lieu de provoquer la création 



— 39 — 

d'instituts pour recevoir l'aveugle jusqu'à l'âge de douze ans ou d'ateliers 
spéciaux à son usage, avec retour le soir au foyer domestique. Mais vous 
aurez surtout à vous poser la grave question de savoir s'il n'y a pas intérêt 
à ouvrir aux aveugles les écoles des voyants et si ce mode d'enseignement 
ne doit pas être préféré à tous les autres. 

Le champ est vaste, vous le voyez, Messieurs. Huit jours vous laisseront 
à peine le temps de le parcourir; mais il suffît d'une idée arrivant à son 
heure pour provoquer une réforme. 

L'idée est comme le grain, qui fructifie tôt ou tard lorsqu'il tombe 
dans un sol favorable. 

La proposition d'ouvrir aux aveugles les écoles des voyants contient à 
elle seule tout un plan de réformes, car si, en Angleterre, en Autriche, en 
Hollande, en Danemark, en Egypte, les aveugles suivent avec succès les 
écoles des voyants, en France ils en sont exclus. 

Comme l'âge réglementaire pour être admis dans les institutions est 
l'âge de douze ans, il en résulte que le jeune aveugle ne reçoit aucune ins- 
truction jusqu'au jour où il pourra entrer dans l'institut. Aussi y arrive-t-il 
généralement dans une ignorance absolue, ne sachant ni s'habiller, ni 
veiller aux premiers soins de propreté ni à son entretien. Il faut ouvrir 
l'asile à l'aveugle du premier âge de même qu'aux voyants. 

Quant au mode d'enseignement par les instituts, tandis qu'il y aurait 
intérêt à conserver les aveugles à leur famille et à la société des voyants 
avec lesquels ils sont destinés à vivre, on les en éloigne pour les réunir à 
d'autres individus atteints de la même infirmité, subissant les mêmes be- 
soins, affligés d'une égale impuissance, réclamant le même secours. 

Cet éloignement des voyants n'a-t-il pas pour résultat de priver l'aveugle 
de l'expérience qu'il tirerait de son contact journalier avec eux? 

D'un autre côté, les établissements d'aveugles sont désormais insuffi- 
sants. 

Or, il sera toujours plus économique pour les Gouvernements d'ou- 
vrir aux aveugles les écoles des voyants que de fonder de nouveaux ins- 
tituts; — et le jour où les pères et mères trouveront près d'eux, à leur 
porte, un moyen facile d'enseignement pour leur enfant aveugle, ils se 
hâteront d'en profiter. 

Des parents, à qui il répugne de se séparer de leur enfant infirme pour 
l'envoyer au loin dans un établissement au-dessus duquel se lit : Institution 
d'aveugles, n'hésiteront pas à lui faire suivre l'école communale, et il leur 
sera plus facile de payer une minime rétribution scolaire que de sub- 
venir à l'entretien de leur enfant dans un établissement spécial. 

Pour obtenir une bourse, il faut des démarches qui leur répugnent ou 
qu'ils ignorent, ou des protecteurs qu'ils n'ont pas. 

Puis, n'est-ce pas en proportion de l'infirmité de son enfant que s'ac- 



: il; 



II; 






I 
I 

I 



I 






— 40 — 
croît la tendresse d'une mère? Plus il est délicat, souffrant, disgracié, et 
plus elle le presse étroitement contre son cœur. 

Lorsqu'elle pourra lui conserver les soins et les prévoyantes tendresses 
de la famille, lorsqu'elle le verra traité sur le pied d'égalité avec les 
voyants, alors, Messieurs, je vous l'atteste, il n'y aura plus en France 
3o,ooo aveugles privés des bienfaits de l'instruction; il n'y en aura plus 
un seul. (Applaudissements.) 

Je ne vous parlerai pas , — il y a des hontes sociales auxquelles la pensée 
répugne, — de ces parents dénaturés qui remercient le ciel de leur avoir 
donné un enfant dont ils exploiteront l'infirmité. 

Au point de vue administratif, les établissements d'aveugles inscrits 
au budget de l'État, sur les budgets départementaux et communaux au 
chapitre facultatif des subventions aux établissements de charité, devraient 
être mis sur le même pied que les établissements d'instruction publique et 
recevoir une subvention fixe qui ne pourrait, dans aucun cas, leur être 
retirée. 

Non, Messieurs, les maisons consacrées à l'enseignement des aveugles ne 
sont pas des établissements de bienfaisance comme les hospices, les dé- 
pôts de mendicité, les maisons de refuge ou les maisons d'aliénés; ce 
sont des établissements d'enseignement public. 

Les enfants aveugles doivent participer comme tous les autres enfants 
aux sacrifices que fait le pays pour assurer et répandre l'instruction. 

Ils sont citoyens comme eux, soumis aux mêmes devoirs et aux mêmes 
charges, sauf une, — leur infirmité les dispensant du service militaire. 

C'est au nom de la justice, au nom de l'intérêt bien entendu du 
Trésor, au nom de l'égalité si chère à notre pays, que nous réclamons celle 
réforme radicale dans l'enseignement des aveugles. 

Nous demandons qu'on les mette sur le pied d'une égalité absolue avec 
les voyants. (Applaudissements.) 

Dans cette organisation d'un enseignement primaire et secondaire 
commun, les établissements spéciaux ne disparaîtraient pas. Ils devien- 
draient des écoles supérieures où l'aveugle qui aurait appris à l'école com- 
munale à lire, à écrire, à compter, qui aurait même pu suivre certains 
cours du collège, recevrait un enseignement technique plus élevé. 

Dans ces écoles, l'enseignement manuel et professionnel marcherait de 
front avec l'enseignement intellectuel. 

Il faut occuper les mains de l'aveugle au moins autant que son esprit. 

Un travail manuel, même vulgaire, un exercice quelconque, seront tou- 
jours une ressource puissante pour l'aveugle même le plus intelligent. 
L'occupation des doigts, le mouvement des bras et des jambes laissent à 
l'esprit la faculté de penser, la stimulent même, chassent la tristesse et 
l'ennui, ennemis redoutables de l'aveugle. 



— M — 

Un moyen sûr de ne jamais s'ennuyer, c'est de travailler des mainsl 

On dirait que la mise en mouvement de notre machine physique d 
l'impulsion au système intellectuel. 

Jean-Jacques Rousseau et Buffon composaient en marchant. 

Les industries usuelles, les arts peu compliqués, seraient enseignés à 
l'école communale. 

L'enseignement industriel supérieur serait donné par les instituts. 

Lorsque vous rechercherez par quel moyen pratique on pourrait arriver 
ù ce résultat „ vous reconnaîtrez que rien n'est aussi facile. 

11 suffira d'introduire cet enseignement spécial simplifié dans les écoles 
normales d'où sortent les instituteurs communaux. 

Il est surprenant combien les améliorations les plus considérables de- 

ndent peu d'efforts; il ne faut que de l'initiative, de la bonne volonté 




mandent p 
et de la persévérance. 
En voici un exemple : 



Depuis longtemps, les parquets se plaignaient de la manière incorrecte 
dont les registres de l'état civil étaient tenus par les instituteurs. 

Quelques recteurs d'académie eurent la pensée d'ouvrir dans les écoles 
normales des cours de droit élémentaire et demandèrent à des magistrats 
de s'en charger. 

Le résultat fut immédiat, sans qu'il en ait coûté une obole au budget. 

Que le Gouvernement ajoute aux cours des écoles normales une chaire 
pour l'enseignement primaire des aveugles, qu'il décerne des récompenses 
honorifiques aux instituteurs communaux qui se seront distingués par les 
soins donnés aux enfants aveugles qui fréquenteront leur école, que In 
Société internationale, que les sociétés fondées pour favoriser l'instruction 
et l'éducation populaires, encouragent de leur côté les instituteurs par des 
primes en argent et des médailles, — et la réforme sera accomplie. 

Après que h' Congrès aura tranché les questions concernant les mé- 
thodes et les systèmes, lorsqu'il aura trouvé le moyen de combler la la- 
cune qui existe en France dans l'enseignement des aveugles du premier 
âge jusqu'au jour où ils sont admis dans les instituts, il en arrivera, en 
suivant le développement logique de son programme, à étudier les ques- 
tions de patronage. 

Tout le monde est d'accord que la société qui a élevé le jeune aveugle 
n'est pas quitte envers lui. 

L'aveugle, qui sortira de l'école communale ou de l'école supérieure 
élevé et instruit, pourvu d'un métier, d'une profession ou d'un art capable 
de le faire vivre, ne peut pas encore se suffire absolument à lui-même. 

11 ne faut pas se contenter de lui mettre entre les mains un instrument 
de travail plus ou moins productif, puis lui ouvrir les portes de l'école ou 



II 



— 42 — 

de l'institut et l'envoyer dans la société sans protection et sans guide , ■ — 
lui qui a besoin d'une protection et d'une assistance de tous les ins- 
tants. 

11 ne suffît pas de l'avoir instruit, d'avoir fait d'une intelligence inculte 
une intelligence d'homme; il ne faut pas dire à l'aveugle : «Tire-toi du 
combat delà vie comme lu voudras, fraye-toi ta route comme tu pourras, 
je t'en ai fourni le moyen. » 

Au temps où nous sommes, avec le conflit des ambitions et des intérêts, 
la vie représente un combat où la victoire ne devient pas toujours le prix 
du travail et de la capacité. 

La lutte est longue et difficile; l'homme, devenu combattant, a besoin 
de toute sa présence d'esprit, de l'usage de toutes ses facultés. 

Je vous le demande, à vous, Messieurs, qui représentez si noblement ici 
les divers Etats de l'Europe, à vous qui êtes parvenus par votre travail, 
votre savoir et vos services à occuper des situations élevées dans vos pays 
respectifs, l'effort n'a-t-il pas été grand, la lutte n'a-t-elle pas été pénible, 
la victoire n'a-t-elle pas été longtemps disputée? 

Représentez-vous ce que doit être la lutte pour celui qui arrive dans 
la société en ayant contre lui une infériorité considérable. 

Donnez-lui des armes pour combattre. 

L'Institution nationale de Paris et la plupart des établissements d'a- 
veugles ont, je le sais, des sociétés de patronage; mais ces sociétés ne 
s'occupent que des élèves de l'institut, et je ne crois pas que, même dans 
cette action restreinte, elles aient donné jusqu'ici des résultats entièrement 
satisfaisants. 

H faut élargir leur cadre, développer leur action, y intéresser directe- 
ment le public, accroître leurs ressources. 

Certains établissements ont annexé à leur maison des asiles qui se pré- 
sentent à l'aveugle comme le dépôt de mendicité au vagabond. 

Lorsque l'aveugle consent à y chercher un refuge, il y entre comme 
le soldat blessé entre à l'hôpital ou aux Invalides. 

Vasile peut convenir dans certains cas ; mais il est loin de répondre à 
tous les besoins. 

Lorsque la société de patronage aura pris l'aveugle par la main; lorsque, 
dans le but de lui éviter des démarches toujours pénibles, elle l'aura pré- 
senté à ceux dont l'assistance lui est indispensable; lorsqu'elle se sera faite 
son avocat et son guide, si, malgré ce patronage, l'aveugle ne réussit pas, 
il y aura certainement de sa faute. 

Cependant, une faute même grave ne soumettant à une punition que 
si elle devient une contravention, un délit ou un crime, la société ne frap- 
pera pas l'aveugle coupable seulement de paresse, d'indifférence ou de 
découragement, — l'asile s'ouvrira pour lui. 






— m — 

Ne parlons pas d'asile à celui qni veut combattre, demandant seulement 
à la société de lui en fournir le moyen. (Très bien! très bien!) 

Les questions rentrant dans les attributions de la Commission de pa- 
tronage sont innombrables, et ne peuvent être qu'indiquées. Ce sera à 
la science, à l'humanité, à la bienfaisance d'en arrêter le programme. 

Toutefois, un des premiers soins de la Commission sera de dresser un 
tableau des carrières que peut suivre l'aveugle et des industries vers les- 
quelles il peut être utilement dirigé. 

Elle s'adressera aux chefs d'établissement et provoquera les communi- 
cations des chefs d'industrie. Elle ouvrira un registre où les demandes de 
travail seront inscrites en face des noms des travailleurs. J'ai la pensée 
que les carrières et les industries que l'on pourrait utilement ouvrir à 
l'aveugle sont innombrables. 

Sa situation physique est cause qu'il apporte à tout ce qu'il fait une 
méthode, un esprit d'observation, un esprit de suite, une persévérance, 
une finesse d'ouïe, une délicatesse de toucher qui le rendront dans bien 
des cas supérieur au voyant. 11 y a des aveugles médecins, avocats,^ pro- 
fesseurs, compositeurs, négociants, industriels, administrateurs. lYave/- 
vous pas parmi vous des aveugles qui ont fondé des établissements qu'ils 
dirigent avec éclat? L'éminent directeur d'une de nos plus grandes com- 
pagnies de chemins de fer est privé. de la vue. 

L'agriculture, le commerce, l'industrie, se plaignent du manque de 
bras. Les grèves, les chômages, les demandes incessantes d'augmentation 
de salaire, l'intempérance des ouvriers, sont une menace constante poul- 
ies chefs d'industrie. 

Le jour où la Commission de patronage aura démontré l'aptitude des 
aveugles préparés par un enseignement spécial à occuper les mêmes 
emplois et à rendre les mêmes services que les voyants, elle aura gagné- 
la cause des aveugles, et servi en même temps les intérêts de l'agriculture 
et de l'industrie nationale. (Applaudissements.) 

Il y a un préjugé contre l'aveugle; ce n'est pas lui qui peut en avoir 
raison. Ouvrez-lui des voies nouvelles dans le monde de l'intelligence et 
en même temps dans les carrières libérales, artistiques et industrielles, et 
vous serez surpris des résultats. 

Où le Congrès reconnaîtra surtout la nécessité d'une vaste société de 
patronage, s'inspirant tout à la l'ois d'un sentiment chrétien et humain, 
c'est lorsqu'il s'agira de venir en aide à ceux qui, nés voyants, ont été 
frappés en pleine santé, en pleine force de vie, en pleine activité. 

Interrogez les oculistes, ils vous diront que, pour des causes à la fois 
physiques, intellectuelles et morales, les maladies de la vue enlraînant la 
cécité chez les adultes ont augmenté dans une proportion effrayante. 
Il est vrai que la science a de son côté multiplié les découvertes; mais 






: 



— kh — 

tant que la loi de l'e.xpiation subsistera sur la terre, les progrès du mal 
seront toujours plus rapides que les progrès de la science. 

L'homme devenu aveugle dans la jeunesse, dans la force de l'âge, 
même dans la vieillesse, est peut-être plus à plaindre que l'aveugle de 
naissance. 

11 a connu des jouissances et des fêtes que celui-ci ignore, il admirai! 
le beau dans l'œuvre de Dieu et des hommes, dans la nature et dans 
l'art, lorsqu'une volonté supérieure lui a dit : «Tu ne verras plus, tu 
n'admireras plus! » — et il lui a fallu se résigner. 

Il avait lutté , il avait surmonté les obstacles; la carrière s'ouvrait large 
devant lui, le but élait là, il pouvait juger de la distance, elle élail courle, 
il le touchait. 

II est tombé comme le soldat sur le champ de bataille. 

Ceux que je plains. Messieurs, ce ne sont pas les morts, ce sont les 
mutilés! (Très bien!) 

L'artisan s'est vu arraché au travail qui le faisait vivre lui et sa fa- 
mille: il lui a fallu quitter l'usine ou l'atelier et se croiser les bras, en 
ayant en perspective l'oisiveté, la misère et l'ennui. 

- Si la Société de patronage ne vient pas à son secours, il ne lui restera 
plus qu'à se faire mendiant et à s'abaisser jusqu'à trouver dans son infir- 
mité même et dans la compassion qu'elle inspire une ressource contre la 
faim. 

Le fonctionnaire a été arraché à son emploi, l'industriel à son indus- 
trie, l'homme d'études à ses travaux, l'artiste à la fortune et aux succès. 
Ceux-ci seront, dans la plupart des cas, à l'abri du besoin; mais une édu- 
cation intellectuelle plus élevée, des goûts plus raffinés, des habitudes 
plus délicates, ajouteront à l'étendue de la privation; et, si la société ne 
trouve pas, en s'inspirant de la philosophie et de la religion, le moyen de 
leur venir en aide , ils tomberont promptement dans le désespoir. 

La Société de patronage s'ingéniera à leur venir en aide comme une 
mère près de son enfant malade. Elle leur servira de conseil, d'ami, de 
famille, car tous ne trouveront pas à leurs côtés un ange protecteur ou 
consolateur sous les traits d'une mère, d'une épouse, d'une fille, d'une 
sœur. 

Elle dira à tous, pauvres et riches, illettrés ou savants, artisans ou 
hommes de loisirs : « Ne vous découragez pas , ne désespérez pas ; ce qui vous 
manque, autant qu'il est en mon pouvoir de le faire, je vous le donnerai. » 

Elle apprendra à l'artisan une industrie capable de remplacer celle qui 
le faisait vivre, et, pendant son apprentissage, sa caisse de secours sub- 
viendra aux besoins de l'aveugle et de sa famille. 

Elle indiquera à l'homme de la classe élevée des occupations manuelles, 
artistiques ou industrielles, susceptibles de l'occuper, de l'intéresser, de 



■ 






— 45 — 

le distraire, afin de lui procurer le moyen de se suffire à lui-même dans 
la situation nouvelle et cruelle où il a plu à la Providence de le placer. 

De tous les supplices infligés à l'aveugle, le plus cruel est, sans con- 
tredit, l'isolement et la nécessité de soumettre sa volonté à une volonté 
étrangère, souvent tyrannique, son intelligence à une intelligence infé- 
rieure. 

L'homme est fait pour la société; ce qu'il appréhende le plus, c'est la 
solitude; on l'a bien vu lors de l'application du système cellulaire absolu 
dans le régime des prisons. 

Aussi, en même temps qu'un métier ou une occupation, la Société de 
patronage devra-t-elle donner à l'adulte devenu aveugle un guide, un 
entourage, des amis. 

Elle provoquera, chaque fois qu'elle le pourra, la fondation de cercles 
où l'artisan pourra se distraire honnêtement et où l'homme de la classe 
élevée rencontrera , en l'absence de ce qui s'adresse aux yeux, tout ce qui 
parle à l'ouïe, à l'intelligence, à l'âme et au cœur. 

Il faudrait <|ue, de son côté, la religion vînt en aide à l'humanité. 

11 y a des sœurs de charité qui se vouent au soulagement des malades; 
il y a des ordres qui se consacrent plus spécialement au soin de telle ou 
telle maladie. 

Pourquoi ne formerait-on pas un personnel capable de comprendre ce 
qui manque aux aveugles et d'y suppléer; pourquoi n'y aurait-il pas un 
ordre de femmes, — un cœur de femme a des délicatesses auxquelles le 
nôtre est le plus souvent étranger, — qui se voueraient spécialement à leur 
service, assez dévouées pour leur donner une assistance efficace, délicate, 
discrète et constante, assez intelligentes et instruites pour comprendre 
leurs besoins intellectuels et devenir, en même temps que leur conducteur, 
leur secrétaire, leur homme d'affaires, leur conseil, au besoin le défen- 
seur de leurs intérêts? 

C'est un nouvel apostolat du dévouement; signalez-le aux femmes, vous 
les verrez aussitôt accourir. 

Vous trouverez, au programme de vos travaux, la question du mariage 
des aveugles. 

Il y a là an sujet délicat louchant à la liberté individuelle; mais il est 
certain que là encore la Société de patronage peut venir efficacement en 
aide à l'aveugle. 

Les mariages ne se l'ont que par intermédiaires. L'aveugle éprouve des 
dilficultés particulières pour s'établir, et cependant il a plus besoin que 
tout autre d'un intérieur et d'un foyer. 

La Société de patronage, qui, dans bien des cas, lui tiendra lieu de 
famille, commencera par combattre ce préjugé que les enfants de l'aveugle 
sont menacés de la même infirmité; après quoi, elle lui choisira une 



I 



— 46 — 

compagne. Ce serait en même temps servir les jeunes filles pauvres ou laides, 
condamnées, — au plus grand dommage de la société, — à ne connaître 
ni les fêles de l'épouse , ni les joies de la mère. 

La beauté du visage importe peu à l'aveugle. Ce qu'il cherche, c'est la 
beauté de l'âme; ce qu'il lui faut, ce sont les chaudes inspirations du 
cœur. 

De son côté, une femme laide bénira l'infirmité du compagnon de sa 
vie qui ne lui permettra de ne connaître d'elle que la beauté de son âme. 

Ce qu'il faut empêcher à tout prix et par tous les moyens, c'est que 
l'aveugle de la classe inférieure ne se corrompe et ne s'avilisse, et que 
l'aveugle appartenant à la classe élevée ne désespère. 

La société, qui doit protection aux faibles, doit aussi veiller avec un 
soin jaloux à la conservation des forces intellectuelles qui font son honneur 
et sa puissance. 

Venise eut été privée d'une éclatante victoire si elle eût retiré au vieux 
doge Dandolo, aveugle, l'honneur de commander à la bataille de Zara et 
le droit de monter sur la brèche, soutenu par deux soldats. 

Le dernier roi de Hanovre n'a pas voulu céder son droit de commander 
à Langensalza. 

Les lettres anglaises et françaises eussent perdu des chefs-d'œuvre si 
Milton, Delille, Piron, Ségur, la marquise du Défiant, les poètes Autran 
et Emile Deschamps, Soumet, Amédée Thierry, Henri Heine, aveugles, 
se fussent laissés aller au désespoir. 

Telles sont, Messieurs, dans un aperçu rapide, les questions capitales 
qui s'imposent à vos délibérations. 

A quelque point de vue que l'on se place, au point de vue pédago- 
gique, administratif, intellectuel, physiologique, moral ou social, il s'agit 
de l'une des grandes questions humaines de ce temps, — et la valeur, l'ex- 
périence, la notoriété des hommes éminents de toutes les nations qui ont 
répondu au généreux appel de M. Lavanchy nous sont un sur garant que 
le Congrès de Paris de 1878 ne se passera pas en de stériles discussions. 
Il en sortira des résolutions importantes et une fondation utile à l'avenir 
des sociétés. (Applaudissements.) 

Nous arrivons les derniers après les nombreux Congrès qui se sont 
succédé dans cette enceinte. Tâchons que notre part soit la bonne et 
que le souvenir de nos travaux ne s'efface pas à l'heure où nous nous 
séparerons. 

Le moment parait bien choisi pour s'occuper de l'enseignement des 
aveugles et des sourds-muets et de la protection qui leur est due, à une 
époque où les questions d'instruction publique, de patronage et d'assis- 
tance préoccupent, à si juste titre, les Gouvernements. 



■ 



— m — 

Si la France a donné naissance au premier instituteur d'aveugles, 
Valenlin Haùy, au premier instituteur des sourds-muets, l'abbé de l'É|)ée, 
si toutes les nations civilisées n'ont l'ait que suivre notre exemple en fon- 
dant des institutions d'aveugles et de sourds-muets, la France a eu le tort 
de ne pas se faire représenter aux Congrès de Vienne et de Dresde, et 
il faut reconnaître, sans faux amour-propre national, que nous sommes 
en arrière des progrès réalisés à l'étranger. 

Nous montrons de l'entrain pour les questions nouvelles, mais nous 
sommes inconstants et légers, et il n'est pas rare de nous voir abandonner 
une œuvre inachevée pour d'autres entreprises. 

La France a à prendre une pacifique revanche; vous l'y aiderez. 
Messieurs. 

Si elle vient plus tard que les autres nations, il faut qu'elle fasse 
mieux et qu'elle marque son réveil par la conquête de nouveaux progrès. 

Messieurs, 

Dans quelques semaines, Paris clora sa troisième exposition universelle. 

Tandis que l'Exposition de 1867 aura été consacrée à tous les luxes, 
l'Exposition de 1878 aura eu un caractère plus sérieux. 

C'est que dans l'intervalle a passé sur la France un effroyable orage. 

Vous aurez bien vu, cette année comme en 18G7, les arls et l'industrie 
se donner rendez-vous au bas de cette colline; mais, sur celle hauteur, se 
seront rassemblés des Congrès inlernalionaux propres à cimenter l'union 
des peuples el à hâter la marche de l'humanité. La vaste salle du Troca- 
déro se sera ouverte pour des fêtes de bienfaisance qui auront tari bien des 
larmes. 

Aussi, le jour où sera frappée la médaille commémorativc de l'Exposi- 
tion universelle de 1878, sera-t-il juste d'ajouler aux figures allégoriques 
de l'art, de l'industrie et du commerce, celle de la paix donnant la main 
à la science et à la charité. (Applaudissements.) 

L'hisloire dira qu'en 1877, alors que l'Europe était troublée par le 
retentissement d'une guerre menaçante, la France a convoqué les peuples 
à une lutte pacifique. 

Du côté de l'Orient, on les appelait à se combattre; nous les avons 
invités à se tendre la main. (Vifs applaudissements.) 

On dira qu'en 1878, au milieu d'innombrables difficultés intérieures 
et extérieures, el tandis que la guerre décimait les armées, Paris a eu 
l'honneur, — cet honneur que je revendique bien haut pour mon pays, — 
de célébrer solennellement la fêle de la concorde et de la paix des peuples. 

C'est un triomphe qui en vaut bien d'autres. 

Pukse la France, instruite par le passé, rajeunie et régénérée, reprendre 
sa place à la tête des nations en tenant un flambeau, jamais une épée! 
(Bravo 1 bravo! Salves répétées d'applaudissements.) 



I- I 



■ 









— 48 — 

La parole est à M. Lavanchy, secrétaire général, pour l'aire une communi- 
cation au Congrès. 

M. Lavanchy, secrétaire général. Mesdames, Messieurs, vous ne sauriez vous 
représenter avec quelle joie intime, et en même temps avec quelle émotion 
j'assiste à la solennité de ce jour. 

Les Congrès en faveur des aveugles se sont succédé depuis 1871, et sont 
déjà assez nombreux. 

C'est en Amérique que l'on songea pour la première fois à réunir les efforts 
qui étaient tentés partout pour l'amélioration du sort d'une classe à laquelle 
la société croyait devoir beaucoup, car en Amérique on est plus avancé qu'ail- 
leurs sous ce rapport. Les directeurs des établissements d'aveugles se sont 
groupés pour former une association qui tient régulièrement ses séances tour à 
tour dans l'une ou l'autre des villes des États-Lnis. 

Plus tard, les pays Scandinaves ont institué une association semblable et 
ont tenu des réunions, pour délibérer sur les questions se rattachant à l'édu- 
cation, à l'enseignement et à l'amélioration du sort des aveugles, des sourds- 
muets et des idiots. 

Enfin à Vienne, en 1873, à l'occasion de l'Exposition universelle, M. le 
D r Erankl, aidé de quelques-uns de nos amis ici présents, entre autres de 
M. le directeur Pablasek, qui représente l'Institution impériale et royale de 
Vienne à ce Congrès, eut l'excellente idée de convoquer un premier Congrès 
européen, auquel assistèrent environ cent délégués des divers pays. 

Ce n'était pas uniquement un Congrès européen proprement dit, car celui 
qui a l'honneur de vous parler y représentait l'Egypte. 

H y avait aussi des délégués américains. 

Mais dans un Congrès de celte importance, lorsque l'on n'a, comme à 
Vienne, que cinq jours pour parcourir un programme aussi vaste et aussi 
complexe que celui qui avait e'té préparé, il est impossible de traiter à fond 
toutes les questions, de trouver la solution à tous les problèmes. Il fut décidé 
qu'un second Congrès européen se réunirait à Dresde en 1 876. 

Le Congrès de Dresde a continué avec succès l'œuvre commencée à Vienne. 

Un troisième Congrès doit se tenir à Berlin l'année prochaine, et c'est ce 
qui me faisait hésiter lorsque je conçus la pensée de convoquer un Congrès 
universel pour l'amélioration du sort des aveugles à Paris, à l'occasion de l'Ex- 
position. 

J'ai longtemps attendu , pensaut que peut-être des personnes plus autorisées 
prendraient l'initiative d'une organisation aussi considérable et qui me semblait 
bien au-dessus de mes forces. 

Mais, ne voyant rien venir et l'heure approchant, je me suis dit : Il est 
impossible qu'une Exposition comme celle de Paris puisse avoir lieu sans qu'un 
Congrès se réunisse pour l'amélioration du sort des aveugles. 

Bien plus, ici nous avions quelque chose qui n'existait pas à Vienne. 

Le Gouvernement français avait pris l'initiative de provoquer des Congrès 
pour étudier une foule de questions. En lisant l'appel de M. le Ministre de 
l'agriculture et du commerce, je me suis dit : H faut absolument y répondre. 



I 



— 49 — 

Tout dépendait de la manière dont je serais reçu au secrétariat du Comité 
central des Congrès et Conférences. 

Je me plais à rendre un public hommage à l'accueil bienveillant que fit à 
ma proposition M. Thirion, secrétaire du Comité central des Congrès et Con- 
férences organisés par le Gouvernement français. 

Vous ne sauriez croire, Mesdames et Messieurs, à quel point j'ai été cons- 
tamment aidé, encouragé, poussé eu avant en quelque sorte, lorsqu'il ni'arri- 
vait de douter du succès. 

Si le Congrès a réussi, on le doit autant à M. Thirion qu'à moi-même et au 
Comité d'organisation. (Très bien! très bien!) 

M. Thirion est le parrain du Congrès. 

Lorsque je lui ai demandé quel titre donner à ce Congrès, en lui faisant 
observer que je ne trouvais pas dans la langue française de mot rendant exac- 
tement ma pensée. — on ne pouvait pas dire Congrès des aveuglophiles, — 
SI. Thirion me dit : Appelez-le Congrès pour l'amélioration du sort des aveugles. 
C'est le nom qui lui est resté. (Applaudissements.) 

Je ne m'arrêterai pas à vous entretenir des détails de notre organisation. 
Il fallait rédiger un programme, il fallait inviter plus de deux cents institutions 
d'aveugles à se faire représenter; la tâche était rude. 

Il fallait décider les personnes les plus autorisées à nous présenter des 
mémoires, à nous adresser des travaux sur telle ou telle question du pro- 
gramme. En cela j'ai été véritablement encouragé par les réponses qui me sont 
parvenues de toutes parts. 

Lorsque le Comité d'organisation fut enfin institué, la tâche, je dois le 
dire, devint plus facile. Je pouvais désormais m'adresser aux Gouvernements 
étrangers, aux institutions, aux particuliers, non plus en mon nom, non plus 
comme un particulier, mais avec le patronage du Gouvernement et l'appui du 
Comité. 

Les noms honorables des personnes éminentes qui ont accepté de figurer 
dans le Comité d'organisation m'ont été d'un précieux secours, et je dois un 
témoignage de profonde reconnaissance à notre honorable président, M. Na- 
dault de Bufïbn, à M. Honoré Arnoul, à M. Piras, à tant d'autres qui m'oul 
aidé de leurs conseils, de leur travail, qui m'ont procuré des adresses aux- 
quelles j'ai pu envoyer des lettres d'invitation, etc. 

Le Congrès promettait un succès. 

Nous pûmes prévoir, par les réponses qui nous arrivaient des divers Gou- 
vernements, que les délégués seraient nombreux : l'Angleterre, l'Amérique, la 
Suède, la Norwège, l'Italie, l'Autriche, l'Espagne, la Hussie, la Suisse, le 
Danemark, la Belgique, les Pays-Bas, l'Egypte, la Chine, le Japon, l'Abyssi- 
nie, nous ont envoyé des représentants. 

D'un autre côlé, nous avons reçu de nombreuses et intéressantes lettres, 
quelques-unes arrivées à la dernière heure, de personnes qui s'occupent plus 
spécialement de la question de l'amélioration du sort des aveugles. 

Toutes ces lettres sont empreintes des sentiments de la plus vive et de la 
plus profonde sympathie. Nous étions à la veille de nous réunir, lorsqu'on 
vint me faire une nouvelle proposition. 

K* '29. h 



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1 



— 50 — 

Il s'agissait d'organiser un second Congrès pour l'amélioration du sort des 
sourds-muets. 

Le temps matériellement nécessaire pour organiser un Congrès distinct fai- 
sant défaut, il fut décidé qu'on réunirait les deux Congrès en un seul. 

Comme plusieurs délégués e'trangers, directeurs d'instituts d'aveugles, sont 
en même temps directeurs d'établissements de sourds-muets, — il existe un 
certain nombre d'établissements mixtes dans lesquels ces deux inGrmités 
sont réunies sous une même direction , — nous avons pensé qu'il serait bon 
de fournir à ces délégués le moyen de se réunir en dehors des séances géné- 
rales du Congrès, en section spéciale, dans une salle du palais des Tuileries, 
pour traiter les questions plus ou moins analogues à celles de notre programme 
concernant l'amélioration du sort des sourds-muets. 

Cette quatrième section vient d'être organisée; un bureau spécial a été dé- 
signé, et nous avons pu faire distribuer, en même temps que le programme 
des trois sections qui étudieront les questions relatives à l'amélioration du 
sort des aveugles, celui de la quatrième section, qui s'occupera spécialement 
des sourds-muets. 

Notre Congrès prendra ainsi un caractère plus général. Toutes les excel- 
lentes choses que vous venez d'entendre concernant la question des aveugles 
peuvent également s'appliquer aux sourds-muets. 

Nous attendons de ce Congrès les mêmes résultats pour les uns et pour les 
autres. Si, à notre bonne volonté, à nos efforts persévérants, à notre désir 
d'être utiles à la société en général, mais plus particulièrement à la classe de 
ces déshérités frappés d'une infirmité aussi cruelle; si au patronage du Gou- 
vernement vient s'ajouter la bénédiction de Dieu, le succès du Congrès est 
certain. (Applaudissements.) 

Ses résultats seront féconds, et l'œuvre du Congrès de Paris sera bénie par 
des malheureux qui n'avaient eu jusqu'alors que le désespoir en perspective. 
(Vive approbation.) 

Je ne puis m'empêcher de vous donuer lecture d'une lettre écrite par un 
aveugle, M. Ducy. Je pourrais vous en communiquer cinquante autres. 

J'ai reçu votre circulaire concernant le Congrès pour l'amélioration du sort des aveugles , 
et j'ai été vivement ému et pris de reconnaissance pour la tendre sollicitude dont vous 
voulez bien honorer mes frères d'infortune. 

L'éducation, en effet, est le plus grand bienfait qu'on puisse donner à tous les ci- 
toyens et surtout aux êtres privés de la lumière. Par l'éducation, l'aveugle peut non seu- 
lement se créer une position , mais encore se rendre utile à la société. 

Si depuis trente-cinq ans je suis organiste, professeur et directeur d'iuie société cho- 
rale, c'est grâce à l'éducation que j'ai reçue à l'Institution des jeunes aveugles. 

Si je suis souvent appelé dans les concours de musique comme membre du jury, si 
enfin j'ai composé plusieurs ouvrages de musique qui sont imprimés et qui ont mie 
certaine renommée dans le monde artistique, c'est toujours à l'Institution que je le dois. 

J'admire, Monsieur, votre sublime pensée de servir de prolecteur aux aveugles, car je 
sais par expérience tout le courage qu'il m'a fallu pour faire ma position, détruire les 
préjugés qui m'entouraient et m' attirer la confiance de tous. Né de parents pauvres, il 
m'a fallu briser tous les obstacles. En protégeant donc l'aveugle, ah! combien de 
luttes et de souffrances physiques et morales vous lui épargnerez ! 



— M — 

Et plus lard M. Ducy nous a envoyé un mémoire que je lui avais demandé 
et qu'il a fait précéder de celle comte introduction : 

Messieurs, la lâche que vous entreprenez est grande, noble el généreuse; en elfel . 
vouloir améliorer le sort d'une classe entière d'infortunés privés du sens le plus pré- 
cieux, c'est un sublime élan que le cœur des philanthropes n'avait pas encore ressenti. 
I.a cause des aveugles est sainte; honneur donc et reconnaissance aux âmes bienfaisantes , 
aux hommes généreux et bons qui veulent bien s'y dévouer! De tous les malheurs qui 
frappent notre pauvre espèce humaine, certes, Messieurs, la cécité est le plus terrible; 
devant lui, le cœur le plus dur s'incline et se sent pris de respect. 

Pour mener à bonne (in votre œuvre sublime, vous rencontrerez, Messieurs, bien 
des obstacles à vaincre, bien des difficultés à surmonter; mais, je vous en conjure an 
nom de l'humanité, ne vous découragez jamais, travaillez sans relâche à la construction 
de ce pieux édilice, et pour vous s'élèvera un concert immense de bénédictions. 

Permettez-moi, Messieurs, de vous soumettre les trois propositions suivantes : Com- 
ment pouvoir donner l'éducation et le travail à tous les aveugles? Comment secourir le 
malheureux qui perd la vue à un âge déjà avancé? Comment faire profiler l'aveugle 
du talent qu'on lui a fait acquérir? Trois questions qui préoccupent mon esprit et mon 
cœur. 

Il en est des aveugles comme des voyants : les uns sont favorisés par la nature pour 
les sciences et les arts; les autres sont doués de l'habileté des mains. Aux premiers, il 
faut l'éducation el l'instruction; aux seconds, le travail. 

^ Jusqu'à présent, ce bienfait n'est accordé qu'à un petit nombre, puisque dans notre 
France il n'existe encore, je crois, que quatre ou cinq institutions de jeunes aveudes. 
Le but n'esl donc pas complètement atteint. Il faudrait multiplier les institutions, 
choisir pour professeurs de ces nouveaux établissements les meilleurs élèves sortis des 
institutions mères, ce qui permettrait en même temps de placer un certain nombre! 
d'élèves. 

Il faut l'éducation, l'instruction, le travail pour lous. 

A certains jours, dans le cours de la vie, le malheur 
condition ni l'âge de la victime. 

^ Il n'esl malheureusement que trop vrai, Messieurs, que souvent un certain nombre 
d'honnêtes artisans perdent la vue, soit par maladie, soit par les inconvénients de leur 
profession. 

Que font alors ces pauvres ouvriers pour se nourrir eux et leur famille éplorée? Ils 
vont avec des larmes dans la voix tendre une timide main à la compassion publique . 
mendicité qui affecte péniblement celui qui donne et humilie celui qui reçoit. Car beau- 
coup de ces malheureux travailleurs ont conservé leur fierté et leur dignité d'homme. 

Pour mettre (in à ces scènes journalières et toujours déchirantes, que faut-il donc? 
Elever des maisons semblables à la maison des Quinze-Vingts de Paris, où ils seront 
libres, libres comme chez eux. 

Une seule maison des Quinze-Vingts pour la nation ne pourra jamais suffire à 
tant d'infortunes. 

Ma troisième proposition est de la plus haute importance; elle mérite d'autant plus 
d'attention qu'on peut la mettre en pratique de suile. 

Lorsqu'on accorde un bienfait, c'est avec le légitime espoir qu'il portera ses fruits , 
qu'il profitera entièrement à celui qui en est l'objet; eh bien! Messieurs, il n'en est pas 
toujours ainsi. 

L'Institution de Paris accorde au jeune aveugle une période de huit années pour 
laire ses classes de littérature, de musique el de travail; au bout de celte période de 
temps, on lance ce jeune infortuné hors l'Institution comme on lancerait un vase fra- 



frappe sans considérer ni la 






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— 52 — 

gile dans l'espace. Ce jeune homme lancé dans le tourbillon du monde peut tomber sur 
un terrain tendre, c'est-à-dire rencontrer des bienfaiteurs; alors il reste intact, sauve sa 
dignité' en se plaçant honorablement; mais il peut aussi, et cela arrive très souvent, 
tomber sur un terrain dur et ingrat, alors, comme le vase d'argile, il se brise. 

En effet, Messieurs, que fait le jeune aveugle en sortant de l'Institution? Il cherche 
ii se placer en utilisant les talents qu'on lui a donnés. Mais, hélas! presque toujours il 
ne trouve que le vide autour de lui et la commisération de bonnes âmes impuissantes 
à le protéger. 

Alors, sans appui, sans protection, seul avec son éducation qui lui fait mieux sen- 
tir son affreuse position, il se décourage, se démoralise, et, à l'aide de son talent, il 
descend dans la rue implorer la pitié d'autrui. 

Vous le voyez, Messieurs, le bienfait n'a pas produit tous ses fruits; maintenant 
qu'on voit la plaie, il sera facile de trouver le baume pour la cicatriser. 

Il faudrait, selon moi, établir une caisse protectrice des aveugles. Pour cela , faire ap- 
pel aux personnes riches et compatissantes, organiser des loteries, employer enfin tous 
les moyens possibles. J'ai l'intime conviction que, soutenu par le Gouvernement, on 
pourrait réaliser de belles sommes. 

On placerait ces sommes, et leur revenu servirait à soutenir l'aveugle, depuis le jour 
de sa sortie de l'Institution jusqu'au jour où il serait placé. 

Les souscripteurs deviendraient les bienfaiteurs et les protecteurs du jeune aveugle, 
et l'on se hâterait de le placer, dans l'intérêt même de la caisse. 

Voici, Messieurs, les pensées qui se présentent à mon cœur et à mon esprit. Si j'ai 
pu émettre une seule idée utile en faveur de mes frères d'infortune, je m'en estimerai 
très heureux, je serai comblé de joie d'avoir apporté mon grain de sable à l'édifice 
sacré de l'amélioration du sort des aveugles, et, par là. j'aurai accompli le plus noble 
des devoirs, celui de la fraternité. 

De pareilles lettres valent à elles seules toutes les récompenses; et je vous 
atteste qu'alors même que l'on est épuisé de fatigue, et que l'on rencontrerait 
les plus grands obstacles, on ne saurait abandonner une entreprise pour la- 
quelle on reçoit de tels encouragements. (Applaudissements et marques de 
sympathie.) 

Lorsqu'une commission aura proposé la lecture d'un mémoire en séance 
"■énérale, le Congrès sera consulté. 

Nous avons reçu des mémoires traitant des sujets spéciaux. Il ne pouvait y 
avoir aucune difficulté pour les répartir entre les différentes sections; mais il 
y a des mémoires qui ne sont qu'une sorte de paraphrase de notre programme 
général. 

Je me suis demandé s'il ne serait pas utile de "déposer ces mémoires sur le 
bureau pour les consulter chaque Ibis que la discussion portera sur les sujets 
dont ils traitent. 

D'un autre côté, les commissions qui se réuniront celte après-midi aux 
Tuileries pourront former une commission spéciale ou une sous-comtnissiou 
chargée d'étudier ces mémoires et d'en extraire ce qui pourra intéresser 
chaque section. 

M. le Président. M. le Secrétaire général vous propose de renvoyer à 
l'examen d'une commission spéciale les mémoires renfermant des considéra- 
tions générales, morales ou philosophiques et portant sur l'ensemble des 



— 53 — 

travaux du Congrès, ou de les déposer sur Je bureau pour yreeourir en cas de 
besoin. 

Je mets aux voix celle double proposition. 

Il faut, Messieurs, nous garder d'un écueil. Nous ne sommes pas ici pour 
faire un cours de philosophie ou de morale, mais pour faire sortir delà réunion 
d'hommes éminents et spéciaux des résolutions et des votes qui se traduisent 
par des faits. (Applaudissements.) 

(Le Congrès, consulté, se prononce pour le renvoi des mémoires à l'examen 
d'une commission. ) 

M. le Secrétaire général. Le temps manquant aux sections pour faire d'ici 
à demain leurs rapports, nous avons à fixer l'ordre du jour de la séance de 
demain. 

La lecture du mémoire de M. Moldenhaver, do Copenhague, ayant pour 
titre : Que faut-il faire pour les aveugles et que peut-on attendre d'eux? pourra utile- 
ment commencer la séance de demain et servir d'introduction aux travaux du 
Congrès. 

A la suite du rapport de M. Moldenhaver pourra venir un mémoire de M. le 
D r Marjolin sur la Fréquence des ophtalmies purulentes chez les enfants envoyés au 
dépôt de l'hospice des Enfants assistés , et sur ses conséquences pour la cécité. 

Cette communication permettra peut-être au Congrès de demander au Gou- 
vernement qu'il soit pris contre la propagation de l'ophtalmie chez les nou- 
veau-nés des mesures analogues à celles qui ont été réclamées dans tous les 
pays contre la petite vérole. 

Je demande aux diverses commissions de vouloir bien désigner chacune deux 
membres pour former une commission spéciale, chargée d'étudier tout ce qui 
ligure à l'Exposition au sujet de renseignement et de l'éducation des aveugles. 

La section IV est également priée de désigner des délégués pouf étudier, à 
l'Exposition, ce qui concerne les sourds-muets. 

(Celte proposition, mise aux \oix, est adoptée.) 

M. le Secrétaire général. Parmi les nombreux délégués étrangers, plusieurs, 
répondant à notre demande, ont apporté des appareils, des objets et des 
livres relatifs à l'enseignement des aveugles. Je les prie de bien vouloir faire 
remettre ces objets au secrétariat général, aux Tuileries. 

Ces matériaux seront précieux pour les travaux des commissions et leur 
éviteront des recherches et surtout d'inutiles discussions théoriques. 

Nous les remettrons à leurs propriétaires après le Congrès, à moins qu'ils 
ne désirent les laisser au musée de la Société internationale qui sera fondée 
pour continuer l'œuvre du Congrès. 

M. le Président. Ces dépôts auront lieu contre récépissé. Les objels déposés 
seront distribués aux diverses commissions. 

Si un dépositaire estimait que l'objet remis par lui n'a pas été envoyé à la 
commission compétente, il aura le droit de demander son renvoi à une autre 
commission. 



I 






: 



I 
I 









— 54 — 

Ces dépôts devront avoir lieu dans la journée, afin de ne pas relarder le 
commencement de nos travaux. 

M. le Secrétaire général. S'il est des membres du Congrès venant de loin 
qui n'ont pu arriver que pour l'ouverture de la séance, il y en a d'autres qui 
ne sont pas encore arrivés. 

Je vous demande de voter une acclamation à un vénérable et digne ami, 
déjà âgé, nommé dès l'origine membre honoraire de notre Comité, M. Borg, 
ancien directeur de l'Institution des aveugles et des sourds-muets de Manilla, 
à Stockholm. 

Je lui avais envoyé toutes les publications relatives au Congrès; mais comme 
il n'était plus dans cet établissement, il ne les a pas reçues. 

Lorsque M. Moldenhaver, de Copenhague, est arrivé, je lui ai dit : «Je ne 
comprends pas le silence de M. Borg. » M. Moldenhaver m'a répondu : n M. Borg 
n'est plus à Manilla. « Il ne restait que trois jours avant l'ouverture du Congrès! 
J'ai envoyé un télégramme. M. Borg est au milieu de nous. (Applaudisse- 
ments.) 

M. le Président. C'est avec un pareil zèle qu'on accomplit des révolutions 
dans le monde scientifique et dans l'œuvre humanitaire! 

M. le Secrétaire général. M. Roesner, de Berlin, très occupé par la cons- 
truction d'un nouvel établissement d'aveugles, craignait de ne pouvoir venir; 
mais, grâce à nos instances, grâce aussi à une certaine pression qu'a exercée 
sur lui notre ami M. Pablasek, de Vienne, il s'est décidé à la dernière heure, 
et il est ici en qualité de délégué de Berlin. (Applaudissements.) 

M. le Président. Le Congrès volera d'autant plus volontiers des remercie- 
ments à nos éminenls collègues, que nous voyons trop souvent, avec nos habi- 
tudes françaises, des hommes distingués reculer devant un simple dérangement 
et hésiter à quitter leur campagne ou à manquer une partie de plaisir pour 
apporter leur concours à des œuvres philanthropiques, humanitaires ou de 
bienfaisance. 

Nous citerons l'exemple de MM. Borg et Boesner à ceux de nos collègues 
qui, après nous avoir envoyé leur adhésion et ne pas nous avoir fait parvenir 
de motifs d'excuses, ne se trouvent pas parmi nous. 

L'abstention qui permet le mal empêche le bien. 

Les personnes qui auraient des communications à faire au Congrès sur l'or- 
ganisation générale de ses travaux sont priées de bien vouloir demander la 
parole. 

M. le Secrétaire général se tiendra tous les jours à la disposition des membres 
du Congrès au palais des Tuileries, pavillon de Flore, de deux à huit heures 
du soir. 

Votre bureau actuel, composé des membres du Comité d'organisation, est 
un bureau provisoire. 

Je consulte le Congrès pour savoir s'il entend conserver le bureau actuel, 
qui deviendrait définitif, ou en nommer un autre. 



''■;.■ 



— 55 — 

(Le Congrès, consulté, décide que le bureau provisoire deviendra le bureau défi- 
nitif du Contres.) 

M. lk Président. Le bureau est fier et reconnaissant du témoignage de con- 
fiance que vous voulez bien lui donner, el il s'efforcera de s'en rendre digne. 

Toutefois, il considère comme un devoir et comme un hommage rendu à la 
vérité de déclarer à cette séance d'ouverture que sa tâche a été jusqu'ici bien 
modeste. 

M. Lavancby a conservé pour lui seul le fardeau de l'organisation du 
Congrès. 

Il était, en vérité, bien modeste lorsqu'il vous parlait tout à l'heure de ce 
qu'il a fait. 

Il a fait tout, tout seul. 

Le promoteur du Congrès, c'est, lui; il en est à la fois le cœur et l'âme, et 
c'est à lui que doit revenir tout l'honneur du succès. (Applaudissements.) 






La séance est levée à une heure moins un quart. 



I 



— 56 -• 



SÉANCE DU MARDI 24 SEPTEMBRE 1878. 



PRESIDENCE DE M. NADAULT DE BUFKON. 



Sommaire. — Lecture du mémoire de M. Moldenhaver (Danemark) : Qle faut-il faire pour les 
aveugles ? Que peut-ox demander des aveucles ? — Discours de M. le D r Marjolin : De la fré- 
quence DES OPTHALMIES PURULENTES CHEZ LES ENFANTS ENVOYÉS AU DÉPÔT DE L'HOSPICE DES EnFANTS 

assistés, et sur ses conséquences poun la cécité. — Le Congrès décide d'adjoindre à ce travail 
les résolutions proposées par M. le D r Appia et le mémoire de M. le D' Daumas. 



I 



La séance est ouverte à dix heures un quart. 

M. le Président. La parole est à M. le Secrétaire pour la lecture du procès- 
verbal. 

M. Moureau, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 2 3 sep- 
tembre. 

M. Eugène de Thiac J'ai une observation à faire sur le procès-verbal. On y 
a justement signalé l'empressement avec lequel M. Borg, de Stockbolm, a 
bien voulu se rendre au Congrès. Je me bornerai à faire observer que tous les 
membres étrangers du Congrès y sont venus avec un empressement égal. La 
seule chose spéciale à M. Borg, c*est que, averti à la dernière heure, il s'est mis 
aussitôt en route. Mais si tous nos collègues étrangers ne se sont pas trouvés 
dans le cas de M. Borg, ils se sont tous empressés d'accourir pour nous éclairer 
de leurs lumières. 

M. le Président. Cette observation est juste; il en sera tenu compte au pro- 
cès-verbal. Au surplus, les remerciements adressés à M. Borg s'appliquaient, 
dans la pensée de notre honorable Secrétaire général, à tous les représentants 
étrangers qui ont répondu avec un égal empressement à l'appel de la France. 

M. le Secrétaire général. Je propose, de mon côté, une rectification au 
procès-verbal. 

Dans son remarquable discours, M. le Président n'a nullement fait allusion, 
ainsi que l'a constaté à tort le procès-verbal, à des ressources portées au Minis- 
tère de l'instruction publique, mais bien à des ressources du budget de l'Assis- 
tance publique. 

Je demande cette rectification, parce que M. Bardoux. ministre de l'instruction 



— 57 — 

publique, ne com prendrait guère que nous eussions parle' ici de son adminis- 
tration, qui, en France du moins, n'a pas à s'occuper des aveugles. 

M. le Président. Celte rectification sera pareillement laite au procès-verbal. 

Il n'y a pas d'autres observations? 

Le procès-verbal de la se'ance du a3 septembre est adopté. 

M. Moldenhaver, de Copenhague, a la parole. 

M. Moldenhaver donne lecture de son mémoire : 



■ 
I 






QUE FAUT-IL FAIRE POUR LES AVEUGLES '. 
QUE PEUT-ON DEMANDER DES AVEUGLES? 

Ces deux questions me semblent corrélatives, car en faisant quelque chose 
pour une classe quelconque de personnes, on l'oblige en même temps, je crois, 
à faire quelque chose en retour, à se montrer digne des bienfaits dont elle a 
été l'objet. 

On dira peut-être que ce n'est pas toujours le cas dans les rapports de 
l'homme avec Dieu. Eh! sans doule, aux plus hautes régions qu'il soit donné à 
l'âme d'entrevoir, domine le sentiment d'un amour sans bornes, d'un amour 
qui veut le bien de tous, qui laisse tomber la pluie sur les méchants comme 
sur les bons. Sans doute aussi ce sentiment quinléssencié, sublime, dont 
nous pénètre dans sa bonté infinie le dispensateur de toutes choses, fait ou- 
blier la restriction née des rapports de méfiance et d'incertitude qui divisent 
les hommes. Mais, comme on disait autrefois : tr Noblesse oblige^, on peut 
dire aujourd'hui : « L'indifférence corrompt et la corruption exclut la fraternité, s 

Qu'une classe rebutée arrive, par ses services, à conquérir le respect des 
autres classes de la société, et elle aura légitimement droit en même temps 
à leur reconnaissance et à tous les avantages attachés à son mérite; elle devra 
être élevée, à moins d'injustice flagrante, au niveau de ceux qu'on appelle do 
bons citoyens. Ainsi en est-il des aveugles, classe souffrante, jusqu'ici rebutée 
ou à peu près, mais intéressante et qui a occupé pendant des générations les 
pensées des savants, des philanthropes et des pédagogues. Malheureusement, 
on n'a pas sous la main tous les aveugles d'un pays. Ce n'est qu'un groupe qui 
se présente à nos yeux; là est la difficulté. Si pour le savant il suffit de con- 
naître et d'étudier quelques sujets, pour le philanthrope ce n'est pas assez; 
il lui faut aller au secours du plus grand nombre possible de ces pauvres déshé- 
rités. Cherchons donc les aveugles dans les cabanes et sur les roules; il s'agit 
de les rassembler autour de soi pour leur donner les deux plus grands biens 
qui existent: l'éducation, l'instruction! 

Honneur à la France qui a fait les premiers pas. C'est sur son sol que 
Valentin Haùy ouvrit le premier la porte du salut aux enfants aveugles, les 
initia aux sciences, les mit à même d'entrer dans la société de leurs frères et 
sœurs. 

Le début coûte toujours. L'éducation des aveugles a d'abord nécessité bien 
des peines et des essais. Mais les résultais sont actuellement satisfaisants, 



I 






I 



■ 






— 58 — 

quoique différents selon les pays. Le manque d'unité d'action n'est pas né 
seulement des divergences respectives des peuples; des circonstances acciden- 
telles sont devenues le point de départ d'observations sur les procédés à suivre 
et les succès à obtenir. Il est donc de la plus haute nécessité d'étudier non 
seulement les organisations et les plans d'enseignement des instituts d'aveugles, 
mais aussi leur histoire. 

Comparant ainsi les résultats obtenus, on pourra entrer dans des considé- 
rations générales répondant à des règles certaines sur les améliorations à 
souhaiter et à introduire. 

Disons d'abord, sans autre préambule, que l'éducation de l'aveugle doit être 
commencée de bonne heure, au même âge que pour les enfants voyants. C'est, 
bien gratuitement qu'on a supposé que celui qui est privé de la vue doit se 
contenter d'un enseignement comparativement restreint. Pauvres aveugles! ils 
ont été assimilés jusqu'ici et sont encore assimilés aux indigents qui se nouris- 
sent des miettes tombant de la table du riche. Il y a là un préjugé que rien ne 
justifie, par conséquent un tort social à dénoncer et à réparer. 

L'enfant aveugle est susceptible de la même instruction que celle qui, dans 
une commune bien organisée et bien administrée, est donnée à l'enfant voyant. 
Il faut ne pas la lui marchander. 

D'un autre côté, l'aveugle qui n'apprend rien devient un fardeau pour la 
commune comme pour la famille, et, ce qui est pire, un fardeau pour lui- 
même. 

Un voyant sans éducation peut du moins offrir sa force physique au tra- 
vail; il en est autrement pour l'aveugle. On a voulu rapprocher l'aveugle du 
voyant en lui donnant l'instruction dans les écoles des voyants; et les résul- 
tats obtenus ont été excellents. On a reconnu qu'il est bon qu'il fréquente ces 
écoles parce qu'il y apprend à vivre au milieu des voyants et qu'il se prépare 
ainsi plus sûrement aux luttes de la vie. 

Mais il va sans dire que l'éducation d'un aveugle, dans ces conditions, ne 
peut devenir aussi complète que dans un institut, où tout vise à suppléer à la 
privation de la vue. Et quant à l'avantage de s'accoutumer à vivre parmi les 
voyants, je crois que c'est une illusion. Dans une école de voyants, l'enfant 
aveugle est isolé, il ne dispose pas des mêmes moyens que ses camarades pour 
s'instruire. De plus, le point de comparaison nécessaire pour apprécier les 
progrès de l'élève manque au maitre comme à celui-ci. 

Bref, il me semble que la situation de l'enfant aveugle, dans une école de 
voyants, est trop anormale pour lui permettre de développer complètement 
ses facultés, même pour le rendre capable de gagner son pain. 

Au contraire, dans un institut, l'enfant privé de la vue vit au milieu de 
ceux qui ne sont pas mieux partagés que lui, il se trouve dans des condi- 
tions de développement intellectuel essentiellement semblables à celles du 
voyant à l'école. C'est pourquoi je conclus avec M. Guadet, l'ancien et digne 
chef de l'enseignement à l'Institut des jeunes aveugles de Paris, que la fré- 
quentation des écoles ordinaires par les aveugles ne peut être qu'un moyen 
transitoire auquel on recourra, faute de mieux, mais incapable de suppléer à 
l'institut. 



■ 






— 59 — 

Une outra question se présente. 

A quel âge doit-ou recevoir les aveugles dans les instituts? L'expérience ré- 
pond : à l'âge de six ou sept ans. 

Cependant il n'est pas nécessaire de les recevoir tout de suite dans ces 
grands établissements où, à côté de l'école, on a des ateliers pour l'enseigne- 
ment de différentes professions, des pianos, des orgues, etc., pour former 
des organistes, des professeurs de musique et des accordeurs de pianos. Pour 
les premières années, il sera plus économique et plus pratique d'employer 
de petites écoles préparatoires dans lesquelles les enfants aveugles pourront 
rester jusqu'à l'âge de dix ans. Si les jeunes aveugles continuent leur éduca- 
tion dans les instituts depuis l'âge de dix ans jusqu'à l'âge de dix-huit, et s'ils 
y reçoivent un enseignement conforme aux besoins de la vie, les résultats, j'en 
ai l'assurance, seront satisfaisants. Les élèves, en quittant ces établissements, 
se trouveront généralement dans les conditions les plus favorables pour pou- 
voir travailler et gagner leur pain. Mais il y a encore une difficulté à vaincre, 
une très grande dilficulté même : c'est de leur procurer une place dans le 
monde; car ce n'est pas assez de donner à l'aveugle les outils et les matériaux 
nécessaires pour sou métier, il faut lui tendre une main lutélairc pour qu'il 
puisse vendre avec profit son ouvrage et se procurer de bons matériaux à bon 
marché, pour qu'il obtienne une place d'organisle ou trouve à vivre comme 
accordeur de pianos. 

Pour assister les ouvriers aveugles après leur sortie des instituts, on a, en 
France et en bien d'autres pays, un fonds de secours. En quelques endroits, 
on a aussi fondé pour les travailleurs aveugles des ateliers, parfois avec des lo- 
gements et des magasins pour la vente de leurs ouvrages. 

Tout cela organisé méthodiquement est excellent, mais dans le cas con- 
traire ne présente qu'une utilité précaire. Ainsi les fonds de secours ne doivent 
pas alimenter des pensions fixe»; ils doivent simplement offrir les moyens 
d'assurer L'indépendance des aveugles, de favoriser le développement de leur 
industrie, de les assister en cas de maladie ou de faiblesse physique. Quant 
aux logements annexés aux ateliers, ils sont nécessaires pour les femmes qui 
doivent avoir leur chez-soi, et qui, sans y travailler, y mangeront, y dormiront 
et pourront aussi s'y occuper aux heures de loisir. Mais, pour les hommes, 
mieux vaut qu'ils cherchent eux-mêmes leurs logements. En tous cas, il ne 
faut rien faire au delà du strict nécessaire. 

Quand on parle d'un aveugle, le public pense de suite à un mendiant. Il 
s'est accoutumé à associer le mot « miséricorde » ou rt charité r à celui de 
rr cécités; l'aveugle est ainsi un receveur d'aumônes, sorte de fonction deve- 
nue aussi nécessaire que celle de distributeur d'aumônes; funeste charité qui 
ne s'exerce qu'à la condition d'avilir! 

11 existe un autre préjugé, qui consiste à regarder l'aveugle comme né musi- 
cien , comme tout spécialement organisé pour la pratique de la musique. Grande 
méprise qui a fait beaucoup de mal! 

C'est sous l'influence de ce préjugé que des personnes atteintes de cécité, 
au lieu de devenir des ouvriers respectables, n'ont fait que de mauvais musi- 
ciens, des musiciens des rues, des mendiants et même des vagabonds. Ceux 






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— 60 — 

qui veulent sincèrement le bien des aveugles les considèrent au contraire 
comme destine's à devenir des travailleurs. Le but de la vraie charité doit être 
de développer les capacités de chacun , de façon qu'il ait accès à ce qui lui con- 
vient le mieux et devienne, par ses capacités, artisan, musicien, accordeur de 
pianos ou professeur. 

Je n'hésite pas à dire que l'aveugle est fait tout spécialement pour le tra- 
vail. Je dis plus : il ne peut s'en passer, car sans travail ou sans occupation 
régulière, il est véritablement un être malheureux, dévoré d'ennui. 

Et, puisque des essais en vue de son éducation ont suffisamment démontré 
qu'il peut devenir un être utile, que, sans celte éducation au contraire, il reste 
misérable et à la charge du public, la question ne saurait être éludée. C'est un 
devoir pour la société de pourvoir à l'éducation de chaque enfant aveugle. 

Dans les petits pays, pourvu toutefois qu'ils aient quelque importance, une 
certaine centralisation s'opère naturellement, offrant ses avantages, et il est 
assez aisé de s'acquitter de ce devoir. La difficulté n'est réellement sérieuse que 
pour les grandes régions. Voyons comment elle peut être tranchée. 

Il existe, la plupart du temps, dans les grands centres, des instituts impo- 
sants contenant un grand nombre d'élèves; mais dans le rayonnement de ces 
centres, on ne trouve en général que de petits établissements, pas assez nom- 
breux et trop peu importants pour pouvoir remplacer l'institut central. Sou- 
vent même on ne trouve rien. Il faudra organiser sur une plus vaste échelle 
des instituts supplémentaires. Il faudra en créer là où il n'en existe pas, de 
manière que, dans tous les cas, il soit répondu d'une façon catégorique aux 
besoins du pays et que tous les enfants aveugles, sans exception, soient élevés 
convenablement. 

Quand on aura établi le nombre voulu d'écoles préparatoires pour les en- 
fants de six à dix ans et le nombre voulu d'instituts pour ceux de dix à dix- 
huit ans; quand on aura admis chaque enfant aveugle, pauvre ou riche, dans 
ces établissements, on se sera acquitté d'un devoir social vis-à-vis de ces en- 
fanls. Quand on aura fondé des caisses de secours pour les travailleurs aveugles 
et organisé une assistance capable de favoriser leur indépendance, on aura un 
système complet d'enseignement et d'éducation capable de mettre les aveugles 
de tous âges sur le même pied que leurs concitoyens voyants. En Danemark, 
nous avons une école préparatoire pour les petits enfants aveugles, fondée par 
la Chaîne, société de bienfaisance, et un institut public pour l'éducation des 
aveugles plus âgés, qui y sont reçus entre dix et douze ans, pour y rester jusqu'à 
l'âge de dix-sept ou dix-neuf ans, époque à laquelle leur éducation est ter- 
minée. Cet institut, qui a soixante-dix élèves et qui va être probablement 
agrandi, est du ressort du Ministère des cultes et de l'instruction publique. 
La rétribution scolaire est fixée proportionnellement aux moyens des parents; 
les enfants des pauvres y sont reçus gratuitement. 

Presque tous les enfants aveugles du pays y terminent leur éducation ou y 
reslent pendant quelques années pour apprendre un métier. 

Nous avons de plus un établissement de travail et d'entretien pour les filles 
aveugles, également établi par la Chaîne, et un atelier pour les artisans aveugles. 

A celui-ci est annexé un magasin pour la vente des produits manufacturés 



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— (12 — 

trouve un nioveu d'auiélioier le sort des aveugles et de les rendre aussi heureux 
que possible. Telle est la raison pour laquelle j'ai osé insister auprès de vous 
sur la nature de ces moyens et me suis efforcé de vous en donner l'esquisse. 
A la France, aux grandes nations incombe la mission d'offrir au plus tôt 
l'exemple d'une organisation capable de faire participer sur une grande e'chelle 
tous les aveugles aux bienfaits de l'instruction et du travail. (Applaudissements.) 

M. le Président. Je remercie au nom du Congrès M. Moldenhaver de son 
intéressante communication. 

Je demande à nos collègues étrangers de bien vouloir, à l'exemple de 
M. Moldenhaver, nous renseigner sur ce qui se fait dans leur pays et sur ce 
qu'ils ont fait eux-mêmes. C'est ainsi que ce qui se passe en Danemark vient 
de nous être appris par l'homme le mieux à même de nous renseigner et de 
nous instruire. 

La partie la plus intéressante des communications qui seront faites au Con- 
grès sera sans contredit celle qui se rattachera aux expériences et aux décou- 
vertes réalisées dans ces derniers temps à l'étranger. 

Des observations nées de l'expérience sont bien capables d'éclairer une dis- 
cussion d'où doit sortir un grand bienfait. (Très bien! très bien!) 

La parole est à M. le Secrétaire général. 

M. le Secrétaire général. Je propose que le mémoire de M. Moldenhaver 
soit inséré au compte rendu de nos séances. 
(Le Congrès adopte cette proposition.) 

Un Membre. La question soulevée par le mémoire de M. Moldenhaver est-elle 
épuisée? 

M. le Président. La lecture qui vient d'être faite représente une introduc- 
tion philosophique et physiologique aux travaux du Congrès. Le rapport de 
M. Moldenhaver soulève un grand nombre de questions techniques sur les- 
quelles le Congrès sera successivement appelé à se prononcer après le travail 
des sections. 

Le mémoire de M. Moldenhaver sera renvoyé à la section ou aux sections 
chargées d'exaniineHes questions dont il traite. 

La parole est à M. le D r Marjoliu. 

M. Marjolin donne lecture de son rapport : 






DE LA FREQUENCE DES OPHTALMIES PURULENTES 

CHEZ LES ENFANTS ENVOYES AU DEPOT DE L'HOSPICE DES ENFANTS ASSISTÉS, 

ET SUR SES CONSÉQUENCES POUR LA CÉCITÉ. 

Est-il possible, par de simples mesures d'hygiène, d'arrêter le développe- 
ment et la propagation de certaines affections contagieuses, désignées sous le 
nom d'ophtalmies purulentes, catarrhales ou granuleuses? 

Tel est le sujet dont je vais avoir l'houneur de vous entretenir. 

Bien que ce sujet ne soit pas compris dans les questions indiquées au pro- 



— 61 — 

par les aveugles vivant dans la capitale ou dans la province, ainsi que pour 
l'achat des matériaux. Ces deux institutions ont été fondées par une autre 
société' dans le but d'aider les aveugles, de les rendre indépendants par leur 
travail, et qui ne borne pas sa sollicitude à l'enfance et aux jeunes gens, car 
elle aide également les personnes atteintes de cécité dans un âge avancé, en 
leur apprenant une profession propre à les mettre à même de gagner leur pain. 
Knfin nous avons un fonds d'assistance pour les élèves qui quittent l'institut. 
Tous ces établissement, toutes ces associations dépendent d'une organisation 
unique dont les bienfaits se font depuis longtemps sentir. 

Du reste, ce que nous n'avons pas, en Danemark, je suis heureux de le pro- 
clamer, c'est une classe de mendiants aveugles. 

Chez nous, tout enfant aveugle reçoit l'éducation qui lui est nécessaire, et 
l'aveugle, même âgé, qui veut travailler, en a toutes les facilités. 

Les anciens élèves de l'institut considèrent comme un honneur de pouvoir 
se suffire sans l'assistance d'autrui; ils ne s'y adressent que lorsque la nécessité 
eu est urgente. Les secours sont ainsi exceptionnels et ne deviennent jamais 
une pension. 

Les résultats obtenus par cette méthode sont assez intéressants. Je vous de- 
mande la permission de citer deux exemples. 

Un cordonnier aveugle, âgé de dix-sept ans, devait travailler chez son père 
établi à Copenhague; mais à sa sortie de l'institut, comme le père avait aban- 
donné sa famille, le jeune homme dut travailler tout seul; d'un autre côté, 
sa mère devint d'une extrême faiblesse, et il lui fallut l'entretenir ainsi que sa 
petite sœur. Eh bien! il y a cinq ans de cela, et il a su si bien faire face à 
cette position onéreuse qu'il occupe à présent deux ouvriers. L'un d'entre eux, 
pauvre orphelin, aveugle aussi, demeure chez lui et lui paye son entrelien avec 
le produit de son travail. 

Pendant les cinq années que ce maître cordonnier a tenu les rênes, il n'a 
rien demandé à l'assistance publique, si ce n'est les outils et les matériaux 
nécessaires pour se mettre en train, et n'a reçu de la Société que de faibles 
sommes. La maladie de sa mère le contraignit à engager une domestique; pour 
l'occuper suffisamment, il dut acheter une machine à calandrer. Maintenant 
(jue sa mère est guérie, c'est elle et sa fille qui emploient cette machine pour 
augmenter leur bien-être; mais le fils aveugle leur tient toujours lieu de père 
de famille. 



Il 



I 



Un capitaine de navire perdit la vue, et sa famille se trouva sans moyens 
d'existence. Il apprit alors la fabrication des brosses. Mais, comme il avait 
navigué sur les côtes d'Islande et qu'il connaissait le commerce du poisson, il 
obtint aussi le nécessaire pour s'y adonner. Avec sa double profession il sou- 
tient à présent une grande famille et est un homme heureux. 

Je pourrais citer un grand nombre d'exemples analogues; mais le temps ne 
me le permettrait pas. 

Mon intention n'est pas d'affirmer que notre système soit le seul qui puisse 
conduire à des résultats satisfaisants. Ce que j'atteste, c'est que mon pays a 



— m — 

gramme du Congrès, il rentre tellement dans la pensée des personnes qui ont 
eu l'heureuse idée de l'organiser que je viens vous prier de vouloir bien m'ac- 
corder quelques instants d'altenlion. Remonter aux causes d'un mal, quel qu'il 
soit, c'est préparer les moyens d'en trouver le remède, et c'est pourquoi j'ai 
pensé qu'en vous parlant de quelques-unes des causes qui déterminent hop 
fréquemment la cécité, en vous indiquant par quels moyens ou peut arriver à 
les combattre, c'était en quelque sorte aller au devant de la pensée de tous 
ceux qui cherchent à améliorer la situation des aveugles. 

L'expérience journalière ayant démontré (pie la plupart des ophtalmies 
contagieuses ne se développent et ne se propagent que par notre négligence à 
Faire exécuter certaines mesures d'hygiène, c'est à nous, médecins, qu'appar- 
tient la mission de signaler les précautions à prendre pour atteindre le mal dans 
sa source, si nous ne voulons pas que ces maladies, qui dans certaines contrées 
constituent un véritable fléau, ne viennent un jour porter la désolation dans 
notre pays. 

Hier vous avez entendu. dire, par notre honorable Président, qu'il y avait 
dans la France seule plus de 3o,ooo malheureux atteints de cécité. Un pareil 
chiffre est bien fait pour nous attrister; mais si, au lieu de nous borner à l'en- 
registrer, il était possible d'avoir des dossiers bien faits, indiquant la véritable 
cause de la maladie, j'ai la conviction que, dans la plupart des cas, il serait 
établi qu'elle a été la suite d'une contagion que l'on aurait pu prévenir. 

Pourquoi, lorsqu'un nouveau-né dans une famille aisée est atteint d'oph- 
talmie purulente, voyons-nous cette maladie si contagieuse n'atteindre aucun 
individu, alors que dans une famille pauvre elle se communique parfois au 
père, à la mère et aux autres enfants? C'est que chez les premiers l'isolement 
a été possible, tandis que les autres, vivant entassés dans un réduit étroit et 
malsain et souvent partageant le même lit, n'ont pu échapper à la contagion. 

Quelle conclusion pratique tirer de ces faits? C'est qu'il faut, autant que 
possible, n'user du traitement externe (c'est-à-dire par consultation) que pour 
les affections qui ne sont pas contagieuses; autrement on s'expose à les voir se 
propager et former parfois dans ces maisons un véritable foyer épidémique. 

Le nombre de lits de mères-nourrices et d'enfants dont nous disposons 
dans nos hôpitaux à Paris est-il suffisant pour répondre à toutes ces exigences? 
Malheureusement non; aussi notre collègue de Sainte-Eugénie, M. le D r 
J. Bergeron, a-t-il eu raison de rappeler, dans sou rapport, au Congrès inter- 
national d'hygiène, que le corps médical demande avec instance l'augmenta- 
tion du nombre de lits pour les mères -nourrices et, qu'il soit permis d'ad- 
mettre au traitement interne les enfants réellement sevrés n'ayant pas encore 
atteint leur deuxième année révolue. 

Alin de vous mettre mieux au courant des périls de celte situation, je dois 
vous faire connaître qu'un enfant atteint de n'importe quelle affection, à moins 
peut-être que cela ne fasse scandale dans la rue, — triste chose! et cela est 
arrivé trop souvent, — ne peut être admis à l'hôpital des enfants que lorsqu'il a 
deux ans révolus. Au-dessous de cet âge, qu'il ait une ophtalmie contagieuse 
ou qu'il ait été blessé, il n'y sera pas admis. Il faut qu'il rentre dans sa famille, 
quelque pauvre qu'elle soit. 



m 



i 












— 64 — 

C'est une situation qui ne peut pas durer et contre laquelle nous récla- 
mons. (Applaudissements.) 

Notre but dans cette communication étant surtout d'indiquer par quelles 
mesures on peut arrêter le développement et la propagation des ophtalmies 
contagieuses, nous devons engager à imiter ce qui se pratique en Belgique 
relativement aux logements insalubres, recommander et exercer la surveil- 
lance la plus active dans tous les élablissemeuls publics ou privés consacrés à 
l'enfance. Ce n'est qu'à cette condition que nous pourrons arriver à diminuer 
le nombre de ces affections contagieuses qui amènent si souvent la cécité. 

L'ophtalmie, connue sous le nom d'ophtalmie d'EgypIe et à laquelle on as- 
signe diverses causes, est-elle la même que celle qui a été observée dans les 
écoles publiques de l'Algérie par le D r Gayat? Je ne saurais le dire, n'ayant 
été à même de l'étudier que dans trois on quatre circonstances, chez des colons 
revenant d'Afrique. Mais enfin , comme l'Algérie est une colonie française, il im- 
porte pour l'État de prendre les plus grandes précautions, afin de prévenir le 
développement d'une affection aussi dangereuse. 

Or, voici ce que disait, en 1876, à l'Académie des sciences notre honorable 
confrère qui avait reçu du Ministre de l'instruction publique la mission d'étu- 
dier cette affection désignée sous les noms divers d'ophtalmie contagieuse des 
écoles, de granulations ou de lymphômes de la conjonctive : 

«La cause la plus fréquente de son développement est la contagion par le 
moyen de la sécrétion qui l'accompagne et, ce qui est plus grave et ce que nous 
avons également observé plusieurs fois, c'est que la matière de cette sécrétion, 
maculée sur un œil sain, ne reproduit pas fatalement une conjonctive granu- 
leuse, mais souvent une conjonctive catarrhale ou purulente, c'est-à-dire celle 
qui amène si souvent la perte de la vue.n Pour les personnes étrangères à la 
médecine et à la chirurgie , puisque nous parlons de précautions, je dois ajouter 
ceci : 

Lorsque l'ophtalmie purulente, cette ophtalmie si dangereuse pour les 
adultes et pour les personnes qui soignent les enfants atteints, se déclare, on 
ne soupçonne généralement pas le danger, parce qu'il n'y a pas de sécrétion de 
pus; on voit seulement la face interne des paupières couverte de granulations. 

Au déclin, c'est la même chose, de telle sorte qu'il suffira de passer les 
doigts sur le visage d'un enfant, de l'embrasser, de l'essuyer avec un mou- 
choir et de porter ensuite ce linge à sa figure, pour qu'en vingt-quatre ou 
quarante-huit heures, l'individu qui se sera inconsciemment exposé contracte 
la plus effroyable des maladies, l'ophtalmie purulente, qui, en quarante-huit 
heures, peut entraîner la perte complète des yeux. (Sensation.) 

Vous jugez si nous devons attacher une importance considérable à l'isole- 
ment et demander que les enfanls qui sont traités pour cette maladie ne sé- 
journent pas dans leurs familles, instruits que nous sommes par le grand 
nombre de faits que nous avons eus sous les yeux dans les hôpitaux, où bien 
des fois des élèves, des sœurs, des infirmières, ont été victimes de leur dé- 
nuement. (Très bien! très bien!) 

Ici, je dois le dire, malgré l'imminence du péril, personne n'a fui; tout le 
monde est resté à son poste. (Applaudissements.) 






Voulez-vous savoir maintenant à quel chiffre effrayant se montait le nombre 
des enfants atteints de granulations dans les asiles et les écoles primaires de 
notre colonie? A Ao,à q5 o/o! 

Après avoir rendu compte de ses observations, notre honorable collègue 
a terminé son intéressante communication par la réflexion suivante, qu'il est 
bon de rappeler: 

«Le Gouvernement devra redoubler de soins, s'il veut épargner à l'armée 
d'Afrique les épidémies d'ophtalmie granuleuse, qui, sons des climats moins 
favorables à leur développement, ont causé de si grands ravages dans plusieurs 
armées d'Europe !n 

Il est évident que notre collègue faisait ici allusion aux épidémies qui ont 
sévi en Angleterre sur plusieurs régimenls, et surtout en Belgique, où cette ma- 
ladie a fait d'affreux ravages. 

Fort heureusement, jamais nous n'avons eu à observer en France, soit dans 
les crèches, les asiles, les écoles, les orphelinats ou les colonies pénilentiaires, 
une proportion aussi considérable d'ophtalmies. Cette différence doit tenir au 
climat, mais il n'en est pas moins vrai que très souvent nous avons été à même 
de constater l'existence d'ophtalmies qui n'avaient d'autre origine que l'insalu- 
brité des logements, la fréquentation de crèches, d'asiles ou d'écoles mal sur- 
veillés, et enfin ce séjour passager soit au dépôt des Enfants assistés, soit 
dans nos hôpitaux d'enfants, où, malgré bien des réclamations, on n'a pas 
encore pu arriver à isoler toutes les maladies contagieuses. La raison en est 
fort simple : c'est que, pour effectuer une pareille réforme, il faudrait des 
sommes considérables. 

L'honorable M. Lavanchy vous ayant annoncé dans la séance d'hier que je 
vous parlerais des ophtalmies contractées au dépôt, je dois d'abord vous ex- 
pliquer la signification de ce mol, qui n'a rien de commun avec la division de 
la préfecture qui porte le même nom. 

Le dépôt établi à l'hospice des Enfants assistés est une division de cet éta- 
blissement où l'on garde pendant un certain temps les enfants dont les parents 
sont ou à l'hôpital ou en prison; si je ne me trompe, ils sont admis jusqu'à 
l'âge de douze ou treize ans et ils restent dans rétablissement jusqu'à ce que 
leurs parents les réclament ou jusqu'à ce qu'ils soient placés par l'adminis- 
tration de l'Assistance. 

Maintenant que vous savez ce qu'est le dépôt, permettez-moi de vous pré- 
senter ses pensionnaires. 

Tantôt celui qui y a été admis est un pauvre petit être chétif, malingre, que la 
première affection intercurrente va enlever. Mais à ses côtés, voyez entrer ces trois 
beaux enfants : l'aîné a six ans; le dernier, âgé de dix-huit mois, est le type du 
bel enfant, il serait primé en Amérique; la mère ne s'est séparée de cette char- 
mante famille que les larmes aux yeux, mais elle va mettre au inonde un cin- 
quième enfant; il faut qu'elle entre à l'hôpital: son mari travaillant au dehors ne 
peut les garder; la petite famille sera désormais confiée à l'Assistance publique. 

Pendant les neuf jours réglementaires que la mère restera à l'hôpital, plus 
d'une fois, vous le pensez bien, sa sollicitude se partagera entre le nouveau- 
né et ceux dont elle n'a parfois aucune nouvelle, ou d'autres fois que des nou- 

N° 29. 



• 



■I 















— 66 — 

velles vagues, inquiétantes; aussi, à peine a-t-elle quitté la salle d'accouche- 
ment qu'elle court à l'hospice des Enfants assistés; quelles nouvelles l'y at- 
tendent? Le plus jeune est mort de la scarlatine ou de la rougeole; les deux 
autres ont contracté une ophtalmie purulente ! 

Ne croyez pas que j'assombrisse à dessein le tableau et que je dénature les 
faits. Que l'on consulte les dossiers de chaque enfant admis au dépôt et l'on 
verra combien, entrés en bonne santé, y sont morts ou en sont sortis aveugles. 

Notez, de plus, que dans cette communication ce ne sont pas seulement 
mes opinions personnelles que j'expose, mais, je puis l'affirmer sans crainte 
d'être contredit, ce sont également celles de tous mes collègues des hôpitaux, 
qui maintes fois ont été à même d'observer des faits analogues. 

En voulez-vous une preuve? Voici ce que je lis dans un mémoire présenté 
au mois d'avril 1869 à l'Académie de médecine par M. le professeur Gosselin, 
chirurgien de l'hôpital de la Charité; ce travail a pour titre : De l'origine par 
contagion des conjonctivites catarrhales. Apres avoir communiqué deux exemples de 
familles chez lesquelles l'ophtalmie purulente s'était déclarée depuis que leurs 
entants, entrés en très bonne santé au dépôt des Enfants assistés, en étaient 
sortis convalescents d'ophtalmie purulente qu'ils y avaient contractée, c'est- 
à-dire avec une conjonctivite granuleuse, il fait suivre ces observations de la 
note suivante : 

Le nombre des enfants qui contractent des ophtalmies graves au dépôt est assez 
considérable Est-ce parce qu'on oublie dans cette maison le caractère contagieux de la 
maladie? Est-ce parce que, ce caractère étant connu, on n'applique pas les moyens pro- 
phylactiques? Ou bien parce que la trop grande agglomération des enfants engendre 
des miasmes qui portent leur action sur les yeux , sans provenir d'autres yeux enflam- 
més ? Je ne suis pas en mesure de résoudre ces questions; je les soumets seulement à 
ceux de mes collègues qui sont appelés à observer dans cet hospice, et je me contente 
pour le moment d insister sur ce fuit que des enfants, sortant du dépôt avec un reste 
d'ophtalmie, la communiquent facilement à leurs parents. 

Après de pareils faits recueillis avec le soin que notre excellent collègue 
apporte dans tous ses travaux, vous devez comprendre, Messieurs, pourquoi 
nous ne cessons de réclamer avec instance l'isolement des maladies conta- 
gieuses dans les hôpitaux, et pourquoi nous avons raison de dire qu'il est dan- 
gereux de se contenter du traitement par les consultations des hôpitaux ou des 
dispensaires, car c'est le vrai moyen de propager ces affections dans des fa- 
milles pauvres, dont les enfants sont réduits à coucher trois ou quatre dans 
le même lit. 

La nécessité en pareil cas de soigner l'enfant à l'hôpital , si jeune qu'il soit, est 
tellement évidente que sans cesse nous recevions des demandes d'admission 
adressées, soit par les bureaux de bienfaisance, soit par ceux de nos confrères 
dirigeant des dispensaires pour les maladies des yeux. 

Il faut, pour comprendre l'opportunité de cette communication, avoir été 
témoin de la douleur des parents, lorsque, malgré tous nos soins, ils ont la 
Certitude que leur enfant est aveugle, sans aucun espoir de jamais recouvrer 
la vue. 

Mon enfant est aveugle! s'écrie la mère avec l'accent du désespoir. Que va- 



— 07 — 

l-it devenir? Et en effet, Messieurs, que peut devenir ce malheureux aveugle 
dès l'âge de trois ou quatre ans? Son avenir, le voici : si sa famille n'a pas les 
ressources suffisantes pour le faire élever, ou si elle ne trouve pas quelque 
protecteur pour lui faire obtenir son admission dans une maison d'éducation, 
si la société ne vient pas à son secours, c'est la misère et la mendicité qui l'at- 
tendent. 

Complètement étranger à la manière dont on procède dans l'instruction 
des aveugles, si je consulte le règlement d'admission des enfants à l'Institut 
national de Paris, je vois qu'aucun ne pourra être admis s'il n'est âgé de neuf 
ans accomplis, ou s'il a dépassé sa treizième année. Mais depuis la quatrième 
ou cinquième année, époque à laquelle reniant est devenu aveugle, — je 
prends exprès ce terme moyen, — que deviendra-t-il dans une famille d'ou- 
vriers qui est dans la gène, souvent même dans la misère? Voilà ce qui nous 
préoccupe; car en admettant même qu'un secours soit accordé par le bureau 
de bienfaisance, cet enfant n'en sera pas moins une charge pour ses parents, 
et- il est à craindre qu'ils ne l'envoient mendier pour leur compte, en atten- 
dant qu'il mendie pour le sien. 

Je lis bien sur le prospectus que les parents des enfants qui n'ont pas l'âge 
requis pour l'admission à l'Institut doivent s'adresser au directeur pour rece- 
voir les instructions nécessaires à la première éducation des aveugles. Cela peut 
convenir à des familles pouvant payer plus tard une pension de 1,000 francs, 
pendant les huit années réglementaires de séjour; mais pour les pauvres, — 
ce sont ceux qui doivent nous intéresser le plus, — il nous semble qu'il y a 
quelque chose de mieux à faire pour ces enfants que de les exposer à devenir 
des mendiants. 

Ici je ne fais nullement de la théorie; je ne parle que de ce que j'ai eu 
occasion d'observer, et c'est ainsi que j'ai vu suceessivemenl des eufanls aveu- 
gles, d'abord conduits dans les rues par leurs parents, et plus tard, devenus 
adultes, conduits par des enfants qui, au lieu d'aller à l'école ou à l'atelier, 
taisaient à leur tour l'apprentissage de la mendicité. 

Ce qui parait chez nous faire entièrement défaut, c'est une institution où 
l'on admettrait indifféremment le pauvre comme le riche, sans aucune distinc- 
tion; de plus, comme nous voyons dans le programme qu'il y a dans l'éta- 
blissement de Paris des sœurs chargées des infirmeries, de la lingerie et du 
vestiaire, nous croyons qu'il y aurait avantage à leur confier, comme cela se 
pratique dans plusieurs colonies pénitentiaires, les enfants trop jeunes pour 
être mêlés avec les grands. 

On m'objectera peut-être que quelques-uns de ces jeunes mendiants que 
nous rencontrons dans les rues ont été renvoye's pour inconduite des établis- 
sements publics ou privés où ils avaient été admis, ou même qu'ils ont été 
réclamés par leurs familles. Cela est possible, mais je n'en persiste pas moins 
à dire qu'il faut faire quelque chose pour ceux qui ne sont pas assez favorisés 
de la fortune pour élever et faire apprendre un état à leurs enfants. 

Ce fait avait tellement frappé M. Thiers que, dans son rapport sur l'assis- 
lance et la prévoyance publiques, rapport si remarquable par l'élévation du 
style et delà pensée , l'illustre homme d'État, parlant de nos instituts na- 



— 68 — 

tionaux des sourds-muets et des aveugles, termine pur la re'llexion sui- 
\ aille : 

«Rien ne serait ii désirer, si ces établissements, au lieu d'être des modèles 
justement admirés, étaient devenus des établissements usuels répandus dans 
toute la France I 1 '." 

Messieurs, pour connaître véritablement jusqu'à quel point les ophtalmies 
contagieuses sont fréquentes et graves, il faut avoir suivi pendant quelques 
années les services d'un hôpital d'enfants. 

Du reste, si vous voulez avoir une idée de la quantité d'ophtalmies admises 
au traitement interne dans les trois hôpitaux de Paris, dans l'espace de trois 
ans, je puis vous communiquer le chiffre otiiciel relevé par l'administration 
de l'Assistance pendant les années 1861, 1862, i863, et vous verrez com- 
bien le pronostic devient grave lorsque celte maladie se trouve compliquée 
d'autres affections. 



K :j 



ETAT DES OPHTALMIES TRAITEES DANS LES ETABLISSEMENTS D'ENFANTS DE PARIS 
PENDANT LES ANNEES l86l, 1862 ET 1 863. 



ENFANTS MALADES. 



HOSPICE DE L'EINFANT-JESIS. 



1861. 
1862. 

1863. 







OPHTALMIES 




OPHTALMIES 


OPHTALMIES 


SIMPLES. 

Décès. 


PO RU LE »T ES. 

Sorties. Décès. 


SANS AUCUNE DESIGNATION 


Sorties. 


Sorties. 


Décès. 


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II 


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1 


38 


1 



HOSPICE SAIATE-EIGEME. 









OPHTALMIES 




OPHTALMIE* 




OPHTALMIES SIMPLES. 


PURULENTES. 




SANS AUCUNE 


DESIGNATION 




Sorties. 


Décès. 


Sortie». Décès. 


Sorties. 


Décès. 


1861... 


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1862... 


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HOSPICE DES ENKAMS ASSISTES. 









OPHTALMIES 




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OPHTALMIES 

Sorties. 


SIMPLES. 

Décès. 


PURULENTES 

Sorties. 


Décès. 


SANS AUCUNE DESIGNATION 




Sorties. 


Décès, 


1861... 


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55 



<■' Thiers , Rapport général au nom de la Commission de l'assistance et de la prévoyance pu- 
bliques, Chambre des députés, 26 janvier i85o. 



I 



— 69 — 

Je donne ces chiffres tels qu'ils m'ont été remis; mais on ne peut vérita- 
blement pas les considérer comme une statistique bonne à consulter. La seule 
remarque que je crois devoir faire pour expliquer l'excessive modalité aux 
Enfants assistés, c'est que l'on y reçoit des entants de quelques jours, de 
quelques semaines, épuisés par les privations, la misère, tandis que dans les 
deux autres hôpitaux d'enfants, on n'est admis qu'à deux ans révolus. 

Si je ne vous donne pas le relevé de l'hospice des Enfants assistés, c'est que 
la statistique n'a établi aucune distinction entre les enfants admis provisoire- 
ment au dépôt et ceux qui sont abandonnes. Or, beaucoup de ces derniers 
ayant, avant leur admission, été soumis à toutes sortes de privations et en- 
trant dans un état de dépérissement très avancé, il n'est pas surprenant que 
chez eux la mortalité soit excessive. 

Ce n'est pas seulement parmi les enfants des crèches, des asiles et des écoles 
de Paris que nous avons été à même de constater avec quelle rapidité se dé- 
veloppent les ophtalmies granuleuses et purulentes; nous avons également 
observé ces faits dans des colonies pénitentiaires de jeunes détenus et dans un 
orphelinat considérable déjeunes garçons. 

En prenant des renseignements et en nous rendant compte des usages de 
ces établissements, il a été facile de voir que l'épidémie s'était développée 
aussitôt après l'arrivée de quelques colons atteints d'ophtalmie granuleuse, 
et que la contagion avait été d'autant plus rapide que, dans plusieurs de 
ces établissements, les enfants avaient un baquet commun pour se laver la 
figure. 

Celte communication n'ayant d'autre but que de vous entretenir des pré- 
cautions nécessaires pour prévenir le développement des maladies contagieuses 
qui amènent la cécité, je ne puis omettre une circonstance dont j'ai été frappé 
dans les dernières visites que j'ai dû faire, comme membre de la Société pro- 
tectrice de l'enfance. Dans plusieurs arrondissements, j'ai eu la preuve que 
les vaccinations dans les mairies étaient suspendues à certaines époques de 
l'année. Considéré au point de vue de la santé publique, c'est là un fait fâcheux 
que nous croyons devoir signalera qui de droit; considéré par rapport au sujet 
qui nous occupe, comme il arrive assez fréquemment que la cécité est une des 
conséquences de la variole, nous émettons le vœu que dans toutes les mairies 
le service des vaccinateurs soit, comme à l'Académie de médecine, continué 
toute l'année. 

Une fois que le public sera bien averti de celle mesure, on verra peu à peu 
diminuer et disparaître ce préjugé que les vaccinations ne réussissent que 
dans telle ou telle saison. 

Arrivé au terme de ce travail , qui n'est que le résumé d'observations recueil- 
lies pendant mon séjour dans les hôpitaux, \ous me demanderez peut-être 
s'il est au moins possible de prévenir, dans un certain nombre de circons- 
tances, le développement et la propagation de quelques-unes de ces ophtal- 
mies? A celte question, je crois que l'on peut répondre affirmativement; mais 
pour cela il faut mettre à exécution la circulaire de M. le Ministre de l'intérieur 
et que les Commissions de salubrité agissent avec énergie. 

Il faut que dans tous les établissements consacrés à l'enfance : crèches. 



— 70 — 

asiles, écoles, on redouble de surveillance, que clans les hôpitaux on isole 
tous les malades atteints d'affections contagieuses. 

Il faut surtout que tout enfant atteint d'une maladie contagieuse ne soit 
pas oblige', par suite du manque de lits dans nos services, de rester dans sa 
famille où il deviendra le point de départ de l'infection. 

Il faut, enfin, et c'est mon dernier vœu, que nous voyions se multiplier 
des établissements pour l'instruction professionnelle de l'aveugle pauvre. Il y 
a, pour un peuple qui se dit, civilisé, quelque chose de honteux, de voir un 
enfant, un adulte en être réduit à tendre la main pour vivre, alors que par 
une éducation convenable il aurait pu, lui aussi, comme le disait avec tant 
d'éloquence notre honorable Président, être un homme utile à son pays. 

Il n'est pas juste que la société, qui, en définitive, est responsable d'un mal 
qu'elle aurait le plus souvent prévenu par la prescription et l'exécution de 
quelques mesures d'hygiène, n'assiste pas des familles atteintes par un aussi 
grand malheur. 

Par ce mot d'assistance, nous n'entendons pas un secours en argent, une 
aumône distribuée chaque mois , mais bien une véritable tutelle et une in- 
struction professionnelle qui mettent l'enfant à l'abri de l'exploitation des fa- 
milles. H ne faut pas qu'après avoir servi à exciter la commisération publique, 
il devienne plus lard un mendiant et une charge perpétuelle pour la société, 
alors que, par l'éducation et une instruction convenable donnée à temps, elle 
aurait pu lui procurer une existence honorable. 

Quand on veut combattre un mal et, le vaincre, il faut savoir dire la vérité. 
(Applaudissements.) 

M. le Secrétaire général. Je propose l'insertion du mémoire de M. le D 1 ' Mar- 
jolin dans les documents du Congrès. 

(Cette proposition est, adoptée à l'unanimité.) 

Je propose de joindre au mémoire de M. le D r Marjolin les résolutions sui- 
vantes, soumises à l'approbation du Congrès par M. le D r Appia, de Genève : 

i° Assimiler la prophylaxie, dans l'ophtalmie en général, aux règlements sur la vac- 
cine, qui a prévenu beaucoup de cécités. 

a" Édicter une pénalité contre la mère ou la nourrice qui n'aura pas porté son enfant 
atteint d'inflammation chez le médecin du district, lequel sera assimilé au vaccinateur. 
payé pour traiter gratuitement les ophtalmies de son district, et qui, au besoin, don- 
nera un certificat de guérison jusqu'à la première année révolue. 

3° Joindre des instructions sur cette maladie à tout extrait de naissance. 

A° Eu rédiger à l'usage des sages-femmes et des gardes-malades, et les leur re- 
mettre avec leur diplôme. 

5° Recommander ce sujet d'enseignement aux docteurs chargés d'instruire les sages- 
femmes. 

6° Signaler la question aux sociétés fondées pour la protection de la première en- 
fance. 

7° Placer ces notices dans les asiles, mairies et ailleurs. 

8° Soumettre au Gouvernement un mémoire statistique faisant connaître combien 






— 71 — 

d'enfants atteints de cette maladie auraient pu conserver la vue s'ils eussent été soi- 
gnés. 

9° Mettre en relief les avantages qu'il y aurait pour le Gouvernement à payer des mé- 
decins plutôt que d'avoir à subvenir à l'éducation d'un plus grand nombre d'aveugles. 

Enfin nous proposons également au Congrès de joindre à ces propositions 
le travail important de M. le D r F. Daumas : 

Le nombre considérable des aveugles est bien fait pour inspirer la pitié ; mais elle 
redouble quand nous apprenons que, moyennant des soins entendus, l'immense ma- 
jorité auraient pu conserver la vue. 

Sur 56,391 personnes souffrant de maladies des yeux auxquelles j'ai donné des soins 
jusqu'à ce jour, 1,178 étaient atteintes de cécilé irrémédiable. Je ne comprends donc 
dans ce nombre ni les individus qui avaient encore l'usage d'un œil , ni les personnes 
ayant des lésions curables telles que la cataracte, les staphyiômes cornéens partiels, les 
occlusions de la pupille, etc. etc. 

Dans le tableau suivant, je classe les 1,178 aveugles en deux séries : la première 
comprend les cécilés à peu près incurables parce qu'elles ont eu pour causes des affec- 
tions dans lesquelles la science est malheureusement presque toujours impuissante; la 
seconde comprend les cas où il n'a manqué aux malades, pour éviter la perte de la vmp , 
que des soins convenables et un traitement conforme aux indications de la science. 



CECITES PU MALADIES INCUR IBLE S. 



Buphtalmos 1 • 

Microphtalmos a 

Conjonctivite diphthéritique 7 

Causes diverses '"> 

Rétinite pigmentai re i3 

Décollement de la rétine 3 

Atrophie des nerfs optiques 61 

t'anophtalmite 5 



] 08 



CECITES PAR MALADIES CDRABLES. 



Causes diverses 16 

Kérato-conjonctivile scrofnleuse '.17 

Kératite suppnralive -. '5 

Kéralo-siléro-irido-choroidite ou kéra t rite par enchymatatiae . ai 

Irido-choroïdites 29 

Irido-clioioïdite sympathique 3i 

Rétinites 1 à 

Glaucomes 'G 

Conjonctivite granuleuse sa 

Conjonctivite hlennorrhagique l3 

Conjonctivite purulente ag 

Conjonctivite purulente des nouveau-nés 817 



Total. 



1,070 



1,178 



1 



On voit par cette statistique que sur 1.178 aveugles incurables, 108 seulement 
étaient condamnés fatalement à ce sort malheureux. 

En effet, le buphtalmos et le microphtalmos (les deux cas que j'ai observés étaient 



<ê 






iïii : 






— 72 — 

nés de pères et de mères aveugles), la rétinile pigmentaire , le décollement de la rétine, 
les atrophies des nerfs optiques, la panophtalmite et la conjonctivite diphtliérilique ou 
ne donnent lieu à aucun traitement ou bien enlraînent la perte de la vue, malgré les 
soins les plus habiles. 

Mais les autres maladies constituent le vrai domaine de la thérapeutique. 

Dans la kérato-conjonctivite scrofuleuse, la kéralile suppuralive, la kératite paren- 
chymateuse, les irido-choroïdiles simples ou traumatiques, les nivrites, il faut combi- 
ner un traitement local très attentif avec une action sur l'état général, et parfois même 
il faut savoir, au moment opportun, sacrifier un œil pour sauver l'autre (iridochoroï- 
dite sympathique). 

Les soins quotidiens d'un ophtalmologiste compétent sont donc ici absolument néces- 
saires, car à tout instant il peut y avoir à modifier plus ou moins profondément le trai- 
tement, si ce n'est à recourir à des opérations chirurgicales. 

Quant au glaucome sous toutes ses formes, une iridectomie faite à temps, et surtout 
en évitant tout enclavement d'une partie quelconque de l'iris dans la plaie, arrête im- 
médiatement cette maladie qui, abandonnée à elle-même, ou malgré tous les antres 
traitements, entraîne fatalement la cécité. 

Pour ce qui concerne les conjonctivites, le jour où l'on appliquera universellemenl 
le traitement qui leur convient, l'humanité comptera une nouvelle victoire sur les maux 
qui l'affligent , une victoire presque comparable à celle que lui valut la découverte de 
Jenner, car ce jour-là le nombre des aveugles diminuera de près de 80 p. 0/0. 

La conjonctivite purulente des nouveau-nés (qui à elle seule cause la cécité des trois 
quarts environ des soi-disant aveugles-nés), la conjonctivite purulente simple, la con- 
jonctivite blennorrhagique et la conjonctivite granuleuse, au compte desquelles nous 
inscrivons 890 aveugles sur 1,178, sont toujours conjurées par le traitement suivant, 
qui est d'une simplicité extrême : 

Faire toutes les heures pendant trente minutes des compresses d'eau glacée. On prend 
des morceaux de toile fine plies plusieurs fois, on les trempe dans de l'eau glacée, puis 
on les applique sur les yeux pendant quelques secondes, après quoi on les replonge 
dans l'eau glacée, on les remet sur les yeux et ainsi de suite. Dans les cas les plus 
graves, il est nécessaire de faire les compresses pendant une bonne demi-heure, suivie 
d'une interruption d'une autre demi-heure. Une fois par jour, et deux fois lorsque la 
purulence est excessive, il faut faire des cautérisations avec le crayon de nitrate d'ar- 
gent mitigé (1 partie de nitrate d'argent pour 9 parties de potasse caustique). 

Ces cautérisations doivent être faites très soigneusement. On retourne aussi complè- 
tement que possible la paupière inférieure, on passe légèrement et régulièrement le 
crayon sur toute la conjonctive palpébrale et surtout dans le cul-de-sac conjonctival, en 
faisant bien attention de ne pas toucher la cornée. Immédiatement après, on verse sur la 
partie cautérisée de l'eau salée pour neutraliser le caustique en excès. On retourne en- 
suite la paupière supérieure et l'on agit de même que pour la paupière inférieure, en 
appuyant également davantage sur le cul-de-sac conjonctival. Aussitôt la cautérisation 
faite, on recommence les compresses glacées. 

Toute personne qui , atteinte de l'une de ces affections oculaires, sera traitée de cette 
façon et à temps, c'est-à-dire avant que la cornée soit ulcérée, guérira infailliblement, 
(Marques d'approbation. ) 

(Les propositions de M. le Secrétaire général sont adoptées.) 

M. le Secrétaire général. Je demande encore au Congrès de prendre une 
résolution tendant à obtenir de la presse de tous les pays qu'elle s'intéresse à 
cette question tout à la fois sociale et humaine. 



— 73 — 

La presse, en recueillant chaque jour de nouveaux faits, faciliterait singu- 
lièrement notre tâche, car la presse exerce une influence considérable sur l'opi- 
nion; elle parle aux masses qui nous échappent. (Adopté.) 

M. le Président. Les mémoires de M. Moldenhaver, de MM. les D" Marjolin, 
Appia et Daumas ont paru , par les considérations générales qu'ils renferment, 
par le point de vue élevé auquel ils se placent, mériter l'honneur d'une lecture; 
ils serviront de frontispice à nos travaux qui seront ainsi placés sous le double 
patronage de la philosophie et de la science. (Bravo! bravo!) 

M. Lavanchv, secrétaire général. En prenant connaissance du compte rendu 
des séances des sections, j'ai été frappé de cette circonstance que des membres 
du Congrès se sont fait inscrire dans plusieurs sections à la fois. J'ignore s'il 
y a parmi nous des personnes ayant le don d'ubiquité, mais je considère 
qu'il est absolument impossible de suivre avec fruit en même temps les travaux 
de trois ou quatre sections. 

Hier, les sections ne se sont pas conformées à leur programme. Elles avaient 
à constituer leurs bureaux, à fixer l'ordre du jour de la séance d'aujourd'hui, 
à nommer un ou deux délégués pour examiner les mémoires d'un intérêt 
général et à désigner deux membres pour étudier à l'Exposition loul ce qui 
concerne l'enseignement et l'éducation des aveugles. 

On a formé les bureaux dans une section, on a fixé l'ordre du jour; mais, 
landis que dans les trois sections on a omis de nommer les commissaires, par 
contre on a déjà commencé la discussion. 

Je demande aux trois sections de ne pas tarder davantage à nommer les 
délégués qui devront étudier tout ce qui concerne l'éducation etl'enseignemenl 
des aveugles à l'Exposition. 

M. le Ministre de l'intérieur me charge d'inviter les membres du Congrès 
à l'honorer de leur visite ce soir mardi et les mardis suivants. 

M. le Président. Les questions soumises à l'examen du Congrès sont telle- 
ment connexes qu'il n'est pas surprenant que beaucoup de nos collègues aient 
été incertains sur le choix d'une section. Les personnes de bonne volonté ont 
tranché la difficulté en se faisant inscrire dans plusieurs sections à la fois; on 
vous en a fait ressortir les inconvénients. 

Je propose aux membres du Congrès de se réunir, dans la journée, au pa- 
villon de Flore, en assemblée générale ayant un caractère plus intime que 
celle-ci, de façon à faire en commun le travail qui devait être distribué aux 
sections. 

(Cette proposition est adoptée.) 

M. le Président. Relativement à l'heure des séances au Troradéro, M. le Se- 
crétaire général propose qu'au lieu de se réunir à dix heures, ce qui a paru 
à certains membres du Congrès une heure un peu matinale et surtout gênante, 
on reporte les séances à onze heures. 

Un Membre. Il faudrait que l'ouverture eût lieu à onze heures très précises. 

M. le Président. Il est entendu que l'on sera exact. 






— 74 — 

M. le D r Marjolin. Je me permets une simple observation. Plusieurs 
membres du Congrès sont absents; lorsqu'ils se présenteront demain, ils au- 
ront le droit d'être surpris de trouver porte close. Dès l'instant qu'une heure 
a e'te' adopte'e au début de ce Congrès, je crois qu'il est plus sage de la main- 
tenir. D'un autre côté, il n'y aurait plus un intervalle suffisant entre les séances 
au Trocadéro et les réunions aux Tuileries. 

M. le Président. Quelqu'un demande-l-il la parole? 

(La proposition de M. le D r Marjolin, mise aux voix, est adoptée.) 

M. le Président. La fixation de l'ouverture des séances à dix heures est 
maintenue. 

Les réunions des sections auront lieu à trois heures, au palais des Tuileries. 

Je recommande l'exactitude aux membres du Congrès, afin que nous ayons 
le temps de parcourir dans son entier notre programme. 






La séance est levée à midi dix minutes. 






75 — 



SÉANCE DU MERCREDI 25 SEPTEMBRE 1878. 



PRÉSIDENCE DE M. NADAULT DE BLFFON. 



Sommaire. — Discours de M. M. Paldasek (Au I riche ) : Lbs mutiies avp.uqi.es; discussion. — 
Discours de M. le D r Appia : De la corrélation entre les cinq sens, et de i.eirs bapports 
avec les mouvements volontaires. — Application À indication des AVEUiii.Es. — Programme 
des sériions et des commissions-. 



La séance est ouverte à dix heures et demie. 

M. de Pourtalès, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 
si septembre, lequel est adopté sans observations. 

M. le Président. Nous avons considéré comme un devoir de témoigner 
publiquement à l'ouverture du Congrès notre gratitude envers les représen- 
tants étrangers qui n'ont pas hésité à entreprendre un voyage long, dispen- 
dieux et fatigant pour répondre à l'appel de la France. Je signalerai aujour- 
d'hui en particulier la délégation italienne, et à sa tête M. le sénateur César 
Correnti, deux fois ministre de l'instruction publique, et qui s'est occupé des 
questions concernant les aveugles. Sa présence parmi nous est un honneur 
et une garantie que nos délibérations bénéficieront de son expérience et de 
ses lumières. 

La parole est à M. Pablasek, de Vienne, pour un rapport sur les Institu- 
teurs aveugles. 

M. Pablasek. Messieurs, l'admission d'aveugles comme instituteurs dans 
les établissements d'aveugles rencontre ça et là des objections qui sont en 
contradiction avec les succès obtenus par ces instituteurs et avec les rapports 
qui en rendent compte. 

Quand, par hasard, on vous explique les motifs de celte exclusion, on re- 
connaît bientôt qu'ils se fondent bien plus sur des préjugés que sur une con- 
viction née de l'expérience. Un visiteur superficiel est frappé de ce que l'in- 
stituteur aveugle, dans ses rapports avec ses élèves aveugles, est privé des 
moyens dont dispose le voyant, avec autant de facilité que de promptitude, pour 
son enseignement ainsi que pour le maintien de la discipline. Cette privation, 
qui, en effet, rend les rapports plus lents et plus difficiles, devient à ses yeux 
une preuve que l'aveugle ne peut pas servir d'instituteur. 

Mais il oublie les preuves éclatantes du contraire qui ont été fournies par 



'M 






lïl 



— 76 — 

un Dufau, par un Guadet, un Knie, après une longue expérience recueillie 
dans l'enseignement. (Ce dernier était lui-même aveugle.) 

Ils oublient les succès obtenus par cette intimité entre maîtres et élèves, 
privés également de la vue. 

On ne doit pas s'étonner de cette appréciation de la part des personnes 
peu iniliées à ce genre d'enseignement. Elles envisagent, en effet, les choses 
au point de vue des écoles de voyants et ne savent pas se faire une idée de la 
situation où se trouvent les écoles d'aveugles. Mais on peut s'élonner de trouver 
cette opinion dans la bouche d'un instituteur d'aveugles; car il doit connaître 
la disposition et le goût de l'aveugle à communiquer et à enseigner ce que 
lui-même a appris, et l'habitude que ces écoliers ont de s'instruire les uns les 
autres, habitude dont on a profité pour l'ériger en méthode d'enseignement. 

On peut lire, dans X Organe fies institutions de sourds-muets et d'aveugles, en Alle- 
magne, année 187/1, page 1 52, la déclaration d'un instituteur vieilli dans 
l'enseignement des aveugles, qui affirme sans hésiter que l'instituteur aveugle 
le plus capable sera toujours dépassé par un voyant, même médiocre. 

Il ne fait pas connaître les raisons qui l'ont conduit à juger aussi rigoureu- 
sement les maîtres aveugles. Il nous laisse le soin de les deviner. Nous suppo- 
sons que ce sont les suivantes : 

i° Le maître aveugle ne peut immédiatement tirer parti des livres imprimés 
pour voyants; 

2 H ne peut faire les travaux d'écriture en usage dans les écoles; 

3° Il ne peut surveiller les élèves en dehors de l'école, comme le fait le 
voyant; 

4° II ne peut constater la malpropreté, la négligence et les mauvaises habi- 
tudes des écoliers; 

5° Comme le dit la Bible : tr Quand un aveugle est conduit par un autre 
aveugle, tous deux tombent dans le fossé. i> 

Très bien, mais il ne faut pas demander tout cela d'un maître aveugle; il 
ne faut pas l'ériger en lecteur ni le charger de faire des écritures adminis- 
tratives, de surveiller les élèves en dehors de l'école, de les servir et de les 
garder, enfin de les conduire dans les chemins où il y a des fossés ou d'autres 
obstacles ; il faut seulement le charger de l'enseignement dont il est capable, 
ne le faire agir que dans la sphère qu'il peut embrasser de la parole et des 
mains. Alors, sans aucun doute, il sera, dans une école d'aveugles, supérieur 
à un voyant médiocre. 

En Angleterre, la Société Charittj Organization Society a, en 1876, institué 
un comité spécial pour examiner les questions relatives à l'éducation des aveu- 
gles. Ce comité a proposé de préparer des voyants et. des aveugles pour devenir 
maîtres et maîtresses d'élèves aveugles; mais en même temps quelques-uns 
de ses membres ont protesté contre l'emploi d'instituteurs aveugles. Parmi nos 
autres adversaires, je ne vois plus que le directeur de l'Institut des aveugles 
de Dresde qui ait fait connaître les motifs de son opinion. Voici ce qu'il dit 
dans le rapport annuel de l'Institut de Dresde, année i863, page 12 : 

Dans le choix de la vocation d'instituteur, il faut se rappeler que ce n'est pas l'é- 






— 77 — 

tendue du savoir, mais bien le caractère individuel, qui fait L'instituteur. Or, l'indivi- 
dualité dépend essentiellement des influences qu'exerce sur l'individu le milieu ambiant. 
L'homme aussi est une fleur, et sa floraison se fait sous les influences intellectuelles qui 
agissent consciemment et inconsciemment sur lui. 

Si nous appliquons cette remarque très juste à L'individualité du maître 
aveugle, on ne pourra mettre en doule qu'elle ne se développe précisément 
sous des influences qui le rendent particulièrement apte à comprendre le ca- 
ractère et laviesoil inlérieure, soit extérieure des aveugles, et à stimuler, à 
diriger et à développer celle vie. 

Celte aptitude est due à ce que l'aveugle a l'ait lui-même l'expérience de ces 
particularités et a appris à s'en rendre compte d'une manière rationnelle et 
efficace. 

C'est pourquoi Guadet dit, dans son ouvrage : De la condition des- aveugles en 
France, page 52 : 

Les maîtres aveugles doivent être plus aptes que d'autres à instruire des élèves 
aveugles; car en les instruisant, ils ne font après tout que les guider dans des routes 
qu'eux-mêmes ont déjà parcourues, par des sentiers difliciles parfois, mais dont ils 
connaissent les moindres aspérités. Qui donc, par exemple, saura mieux que le pro- 
fesseur aveugle ce que l'on peut demander du tact, et quelles sont les limites de cette 
vue exceptionnelle ? 

M. J.-G. Knie, autrefois directeur de l'Institution des aveugles de Breslau, 
aveugle lui-même, s'exprime en ces termes dans son Pàdagogischen lieise durck 
Deulschland (Sluttgard, 1837), page 3 01 : 

Le non-voyant n'enseignera pas moins bien que le voyant , si on le laisse libre dans 
son activité, parce qu'il a une compréhension plus complète de l'étal intellectuel et phy- 
sique des enfants aveugles, et parce que ceux-ci lui accordent en général une plus 
grande confiance. 

Ce sont là des avantages qui compensent ceux dont jouit sou confrère voyant. 

On lit encore dans le rapport de Dresde, cité plus haut : 

Le maître voyant est pourvu de tous ses sens; quand il enseigne aux élèves privés 
du plus essentiel d'entre eux, il est en général disposé à leur en tenir compte et à excu- 
ser leur gaucherie et leurs fautes juvéniles. Le maître privé d'un sens n'aura plus la 
même indulgence envers des élèves placés dans les mêmes conditions que lui. Puis, 
combien la jeunesse n'est-elle pas habile à découvrir et à mettre à profit les impuissances 
et les ridicules d'autrui ! 

Le maître privé d'un sens es$ alors très disposé à voir dans ces espiègleries un parti 
pris d'exploiter ses propres défectuosités et à se croire personnellement oflènsé ; tandis 
que le maître pourvu de tous ses sens n'y voit rien de grave et se sent d'ailleurs armé 
de ce qu'il faut pour contenir ces actes d'indiscipline. 

Le rapport, on le voil, considère le maître voyant comme plus indulgent, 
parce qu'il estime que la vue de la cécité doit le disposer à la compassion. 

Est-ce que la conscience de partager la même infirmité, le sentiment de sym- 
pathie et de communauté d'infirmités ne prédisposent pas le maître aveugle 
à la même indulgence envers ses élèves? Et s'il juge plus sévèrement un acte 
d'indiscipline, son jugement, d'autre part, a chance d'être plus juste, parce 






■•■ 






1.1 



I 



— 78 — 

que l'aveugle comprend mieux laveugle et qu'il sait appliquer son indul- 
gence dans la juste mesure que re'clament le devoir de l'éducation et le vrai 
bien de son élève. L'opinion de ce rapport est en contradiction avec d'autres 
expériences; elle est fondée sans doute sur des insuccès tels qu'on les observe 
aussi bien chez les maîtres voyants que chez les aveugles quand il leur man- 
que le feu sacré de leur vocation. Ces insuccès sont des exceptions qui ne dé- 
truisent pas la règle. En général, l'affabilité et l'indulgence sont les traits du 
caractère de l'aveugle cultivé. Il a acquis ces dispositions dans la relation de 
dépendance sous laquelle il est des voyants, et il a appris par là à traiter lui- 
même avec indulgence ses jeunes compagnons d'infortune. 

Le rapport de Dresde dit plus loin que les élèves aveugles se consacrent en 
général avec plus de joie et de confiance à l'éducation et à l'enseignement 
donnés par des maîtres pourvus de leurs sens que par ceux atteints de la 
même infirmité qu'eux. 

Cette llièse également n'est fondée que sur des exceptions et n'est pas d'ac- 
cord avec les expériences générales. 

Si le maître aveugle traite ses écoliers avec bienveillance, ce que nous con- 
sidérons comme la règle, le résultat en sera tout naturellement que l'élève en 
retour lui témoignera une joyeuse confiance; la sympathie ne peut pas produire 
la répulsion. La communaulé de cécité rapprochera plutôt qu'elle n'éloignera, 
et l'exemple qu'offrira le maître du degré de développement que peut atteindre 
un aveugle sera de nature à le stimuler. Cette vérité est confirmée par le ving- 
tième rapport annuel de l'Institut des aveugles de New-York, où il est dit, 
page 1 a : 

Les maîtres aveugles travaillent avec enthousiasme, et leurs élèves rivalisent de zèle 
avec eux. Les relations entre maîtres et élèves sont des plus agréables et des plus affec- 
tueuses. 

Et le rapport annuel de l'Institut des aveugles de Stuttgart, de l'année i86i, 
page 5, parle de la manière suivante du maître aveugle décédé, Christian Kies : 

Par son habileté à enseigner et en particulier par ses succès obtenus dans l'enseigne- 
ment musical et dans l'éducation industrielle de ses élèves, de même que par son carac- 
tère aimable, il avait gagné l'affection de tous les hôtes de la maison et particuliè- 
rement des enfants aveugles. Sa mort est pour nous une perte sensible, difficile à 
combler. 

Enfin, dit le rapport de Dresde, il faut considérer que le maître doué de tous ses 
sens est à la fois chargé de l'enseignement et de la surveillance, tandis que l'aveugle, 
quelque bien doué qu'il soit pour l'enseignement, doit être complété par un voyant 
chargé de la surveillance. 

Cette assistance n'est pas aussi indispensable qu'on pourrait le croire au pre- 
mier abord. Le maître aveugle, il est vrai, ne voit pas ce qui se passe autour 
de lui, mais il l'entend et le reconnaît par le toucher. Si la chambre est ar- 
rangée de manière que chaque élève lui soit aisément accessible, il lui sera 
facile de s'assurer par le toucher, aussi souvent qu'il le jugera nécessaire, de 
la tenue de chaque écolier. Il saura soutenir l'attention de sa classe en adres- 
sant des questions tantôt à un seul, tantôt à tous. H suffira alors qu'un di- 



— 79 — 

recteur voyant ou un inspecteur paraisse de temps en temps; Voici, au sur- 
plus, ce que dit à ce sujet le rapport annuel de l'Institut des aveugles de New- 
York : 

Le maître aveugle n'est pas assis en permanence dans son fauteuil; il se meut 
librement dans la classe, et, au moyen de son ouïe délicate, il reconnaît aussitôt In 
moindre infraction à la discipline. 

Et M. P.-A. Dufau , dans un ouvrage couronné intitulé : Des aveugles ( i 85o) , 
dit, page 161 : 

Qu'on ne suppose pas surtout qu'il doive résulter de la condition du maître l'im- 
possibilité de maintenir l'ordre dans sa classe, d'empêcher les enfants de se livrer à la 
dissipation : ce serait méconnaître la puissance que peuvent exercer cette volonté forte 
et cette organisation subtile de l'aveugle sur les intelligences inférieures à la sienne. 

J.-W. Klein, le fondateur de l'Institut de Vienne, a reconnu, comme Dufau, 
la vocation des aveugles intelligents pour la fonction d'instituteur, et il en a 
parlé avant Dufau dans son Manuel d'éducation des enfants aveugles (Vienne, 
1 836), page 8. 

Son premier élève, Jacob Rraun, a été, après son éducation, employé de- 
puis 1 8 1 6 , pendant vingt-trois ans, comme maître à l'Institut de Vienne, et 
il jouissait du bénéfice d'un legs qu'un Parisien, nommé Frédéric Léo, rue 
Coquillière, 23, avait fait en 181 1 avec la destination qu'il servît à payer un 
maître aveugle qui aurait fait son éducation dans l'Institut de Vienne. (Bra\o! 
bravo!) 

Le 2 juin 1819, il a augmenté ce legs et y a joint un écrit des plus affec- 
tueux, que l'on conserve comme un précieux souvenir dans les archives de 
l'Institut. Voici ce qu'il dit entre autres : « Jamais je n'oublierai les attentions 
dont j'ai été l'objet en. Autriche pendant mon séjour, et toujours mon cœur 
reconnaissant reportera ses regards \ers l'Institut de Vienne.» 

Depuis lorS, des instituteurs aveugles ont continué à bénéficier de ce legs 
généreux. 

Nous trouvons de même des instituteurs a\eugles dans d'autres instituts 
d'Autriche-Hongrie, ainsi qu'en France, en Espagne, en Italie, en Angleterre, 
dans l'Amérique du Nord, et partout ils ont rendu des services, quelquefois 
signalés. Je nommerai, parmi les anciens, Braille, l'inventeur de l'écriture 
en points; parmi les modernes, Siou, maître d'accordage à l'Institut de Paris; 
Abren, maître de musique à l'Institut de Madrid. Le premier a une réputa- 
tion universelle et n'a pas besoin de nos louanges; le second a été couronné eu 
18G7 à l'Exposition de Paris; le troisième à celle de Vienne en 1873. 

Les instituteurs aveugles ont toujours été dignement représentés dans l'en- 
seignement scolaire, industriel et musical; je pourrais encore nommer: Moon, 
Baezko, Kies, Montai, Dupuis, Moulin, Knie, Kochlin, Zakreis, Pennisi, 
Gauthier, Moncouleau-Kies. 

L'article 61 du règlement général de l'Institut de Paris dit : 

L'enseignement dans les classes élémentaires est réservé aux professeurs et aspirants 
aveugles; l'enseignement dans les classes supérieures est confié à des professeurs voyants 
et à des professeurs aveugles. 






A 






I 






I 



— 80 — 

En conséquence de ce règlement, le personnel enseignant de l'Institut est 
compose' également, partie de maîtres voyants, partie de maîtres aveugles. 

Il en est de même des instituts de Milan et de Padoue, particulièrement 
pour la branche musicale. Parmi les douze maîtres de musique de l'Institut 
de Milan, que j'ai visité en 1871, se trouvaient cinq aveugles. 

Sur vingt- trois écoles d'aveugles en Angleterre, Alexandre Mitchell, dans 
son ouvrage The BUitd (Loiidon, 1860), en mentionne huit ou les maîtres sont 
principalement des aveugles qualifiés pour l'enseignement. 

Dans le rapport déjà cité sur l'Institut de New-York, qui est le plus con- 
sidérable après celui de Paris, on lit encore, page 12 : 

.Nos maîtres sont (i856), sauf une seule exception, des aveugles qualitiés pour l'en- 
seignement et élèves de notre école, et on peut affirmer que leurs classes sont mieux 
conduites qu'elles ne l'étaient par des maîtres voyants. 

Ce sont les maîtres de musique qui obtiennent en général les plus beaux 
succès; puis viennent les instituteurs scolaires et les accordeurs de pianos. 

Quant aux autres branches industrielles, voici ce qu'en dit J.-G. Knie dans 
son ouvrage cité plus haut, page 3 1 9 : 

Quant aux travaux manuels, s'il s'agit de les enseigner à uu grand nombre d'élèves, 
le maître voyant doit être préféré à l'aveugle , parce qu'il peut exercer une surveillance 
générale plus rapide; mais s'il s'agit d'un petit nombre d'élèves, l'aveugle a l'avantage 
de pouvoir les initier plus complètement à certains tours de main. 

Il va sans dire que l'aveugle, comme le voyant, doit fournir des preuves de 
capacité et d'aptitude à l'enseignement, et, pour y parvenir, les écoles ordi- 
naires d'aveugles ne suffisent pas plus que ne suffit pour la préparation du 
maître voyant la fréquentation d'une école moyenne. 

L'un, comme l'autre, a besoin pour se préparer d'écoles spéciales et d'un 
enseignement plus étendu. 

Il faut que l'aveugle subisse des examens sévères et fournisse des preuves 
de capacité avant d'obtenir une place de régent soit pour les branches scolaires, 
soit pour la musique. De même, pour l'enseignement d'une branche indus- 
trielle, il faut qu'il fournisse des preuves de capacité et qu'il fasse son chef- 
d'œuvre. 

Après les développements dans lesquels je viens d'entrer, je livre à l'hono- 
rable assemblée l'examen de mon opinion et de la question générale mise au 
programme : 

« Est-ce que l'aveugle qualifié peut être admis à l'enseignement dans les 
écoles d'aveugles? » (Applaudissements prolongés.) 

M. le Président. Je remercie M. Pablasek de sa communication qui soulève 
l'examen des deux questions suivantes : 

t° Les professeurs aveugles sont-ils aussi aptes que les voyants à donner l'enseigne- 
ment intellectuel? 

a" Peut-\>n confier aux aveugles, concurremment avec les voyants, la direction des 
établissements d'aveugles? 






— 81 — 
J'ouvre la discussion sur la première de ces questions. 

M. Johnson (de Londres). Je parle très mal le français et cependant je 
désire présenter quelques observations. En Angleterre, d'après le dernier recen- 
sement, nous avons 3o,ooo aveugles 

M". Piras, vice-président. C'est le même chiffre qu'eu France. 

M. Johnson. Pour la seule, ville de Londres, ils sont 2,000; presque tous 
appartiennent à la classe pauvre. En Angleterre, nous n'avons pas d'institu- 
tions qui soient exclusivement dirigées par des aveugles; les plus habiles élèves 
sont nommés sous-maitres. 

Eu 1877, la Charitij Organization Society a pris l'initiative d'un Congrès 
national dans l'intérêt des aveugles. Tous les grands personnages de l'Angle- 
terre y étaient représentés, et nous sommes arrivés à cette conclusion que les 
maisons de travail et même les écoles pour les aveugles doivent être dirigées 
par des voyants assistés de maîtres aveugles. 

Quelques Membres. Très bien ! très bien ! 

Un Membre. Vous n'excluez pas les maîtres aveugles? 

M. Johnson. Non, mais nous ne les admettons pas seuls. 

Le même Membre. Le Congrès anglais a reconnu l'aptitude des professeurs 
a\eugles? 

M. Johnson. Certainement. 

M. Armitage (de Londres). Je demande la parole. 

J'aurais gardé le silence si M. Johnson n'avait semblé affirmer qu'il n'existe 
pas en Angleterre d'institutions dirigées par des aveugles. Il y en a plusieurs. 

M. Johnson. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. 

M. Armitage. M. Campbell, le directeur du Collège normal d'aveugles près 
Londres, qui est peut-être la première des écoles anglaises, est lui-même 
aveugle; ses principaux instituteurs et sous-insliluteurs sont pareillement 
aveugles. (Vifs applaudissements.) 

Je n'entrerai pas dans des détails sur la manière dont est dirigée cette école; 
je me bornerai à faire connaître qu'au sortir de l'institution, 70 p. 0/0 de nos 
élèves sont aptes à gagner en moyenne 5o livres par an. 

Il y a encore un autre institut dont le directeur est aveugle et qui est éga- 
lement bien dirigé. Dans beaucoup d'autres, les directeurs sont, il est vrai, 
des voyants, mais les inslituteurs sont aveugles, comme à Paris. J'ajouterai que 
dans l'Institution d'Indianapolis, une des plus considérables et des mieux ad- 
ministrées de l'Amérique du Nord,Je directeur, M. Churchman, est aveugle; 
qu'à l'Institution de Boston, aux Etats-Unis, dont le directeur est voyant, le 
directeur de l'enseignement musical a été longtemps un aveugle, M. Camp- 
bell, aujourd'hui directeur du Collège normal. C'est grâce à lui que l'Institut 
de Boston est la première école musicale de l'Amérique. (Très bien! très 
bien ! ) 






F 29. 






*1 







■ 




M ■ 

t 





— 82 — 

J'en ai dit assez pour établir l'aptitude des aveugles à devenir instituteurs 
d'aveugles. (Applaudissements.) 

M. le D r Desrueli.es. Il me semble difficile que la direction des écoles puisse 
être exclusivement confiée à des aveugles. Je ne prendrai que deux exemples. 
Les exercices physiques sont plus indispensables aux enfants aveugles qu'aux 

autres. 

Comment un professeur aveugle pourra-t-il diriger des exercices de gym- 
nastique? Comment pourra-t-il surveiller les jeux des enl'anls? Ni l'ouïe ni le 
toucher ne suppléeront ici à la vue. D'un autre côté, comment ce professeur 
pourra-t-il combattre les mauvaises habitudes que les enfants contractent trop 
souvent entre eux? 

M. le Président. Toutes les fois que l'on parle de la direction des maîtres 
aveugles, il est sous-entendu qu'il devra y avoir à côté d'eux des maîtres voyants 
chargés de la surveillance matérielle. 

M. Lavanchy, secrétaire général. Les objections de M. le D r Desruelies trouvent 
leur réfutation dans le rapport de M. Pablasek. 

M. Edmond Hocmelle. Non seulement les aveugles sont d'excellents insti- 
tuteurs pour les aveugles, mais également pour les voyants. J'ai souvent sup- 
pléé M. Benoist dans son cours d'orgue au Conservatoire; j'ai donné beaucoup 
de leçons d'orgue et de piano; j'ai formé des élèves distingués : conséquem- 
ment l'aveugle est un bon instituteur pour les voyants; est-il également un bon 
maître pour les aveugles? Oui, avec la collaboration de voyants, comme en 
Angleterre. Dans ces conditions, les aveugles peuvent enseigner l'harmonie; 
mais il faut à côté d'eux des voyants pour la surveillance et la direction de, 
élèves. Les aveugles sont d'excellents maîtres pour les voyants, et les voyants 
d'excellents maîtres pour les aveugles; il faut les fusionner dans 1 enseigne- 
ment. 

M Colfavru (Egypte). Il v a deux questions distinctes : la question de la 
discipline el celle de l'enseignement; c'est la question de l'enseignement qu il 
faut mettre aux voix. 

M Piras, vice-président. L'unique question est de décider si les aveugles 
sont aptes à l'enseignement. Il ne faut pas confondre la surveillance et Ren- 
seignement. Une longue expérience m'a appris que l'enseignement peut être 
donné dans d'excellentes conditions par des aveugles : les résultats sont la pour 
l'établir. Mais pour la surveillance, il ne faut pas se faire d'illusions, des 
voyants sont nécessaires. 

M. le Président. Je mets aux voix la question suivante : 
Le Congrès est-il d'avis que les aveugles soient aussi aptes que les voyants 
à donner l'enseignement intellectuel, et entend-il proclamer à ce point de vue 
l'égalité entre les aveugles et les voyants? (Très bien!) 

(La première partie des conclusions du rapport de M. Pablasek est adoptée 
à l'unanimité.) 



— 83 — 

M. le Président. Je vais m élire aux voix la seconde partie des conclusions 
du rapport : 

Le Congrès est-il d'avis de proclamer que, dans certaines conditions déter- 
minées et avec des restrictions qui s'imposeut à l'esprit, l'aveugle est aussi 
apte que le voyant à diriger ou à surveiller les établissements d'aveugles, ou 
bien que la direction de ces établissements ne doit être accordée qu'à des 
voyants qui pourront se faire assister par des aveugles? (Non! non!) 

M. Colfavru (Egypte). C'est trop absolu. 

M. le Président. En présence des opinions exprimées par divers membres 
du Congrès, je considère que nous devons nous borner à poser ce principe que 
l'aveugle est aussi apte que le voyant à donner l'enseignement intellectuel, le- 
quel comprend nécessairement l'enseignement musical. La question de la direc- 
tion et de la surveillance sera renvoyée à la Commission d'enseignement. 

M. Eugène de Thiac. Ce qui me parait ressortir du rapport de M. Pablasek , 
c'est qu'il est impossible de décider d'une manière absolue que la direction 
d'un établissement d'aveugles ou d'une administration quelconque ne pourra 
jamais être confiée à un aveugle. 

Vous êtes, Monsieur le Président, un éclatant exemple du contraire. 

AI. Piras, vice-président. La question pourrait se poser eu ces termes : En 
dehors de l'enseignement, la direction d'un établissement d'aveugles peut-elle 
être confiée à un aveugle? 

M. le Président. On a cité des l'a ils indiscutables, et je ne connais, pour 
ma part, rien d'aussi éloquent que des laits. 

La question consiste à savoir si la direction d'une institution d'a\eugles 
peut être confiée à un aveugle concurremment avec les voyants. 

M. Moldenliaver a la parole. * 

M. Moldenhaver (Danemark). Relativement à la première question, ou ne 
peut pas exclure les aveugles des emplois que leur capacité les met à même de 
remplir. L'aveugle a les mêmes droits que le voyant à concourir pour les posi- 
tions qu'il peut occuper. Sur la seconde question, mon opinion est qu'il est in- 
dispensable d'avoir dans les institutions des voyants pour exercer la surveillance 
et que, dans la plupart des cas, la surveillance sera mieux placée entre les mains 
d'un voyant que dans celles d'un aveugle. 

M. Colfavru. Les droits des voyants et des uon-\oyants sont identiques. 
Il s'agit d'une question d'opportunité et de conveuance, et uon d'une question 
de principe. 

M. Piras. Et d'utilité. 

M. Colfavru. D'une question de convenance et d'utilité; je dirai même 
d'une question d'aptitude. 

La surveillance ne comprend pas seulement l'attenlion de la personne sur 
ce qui se passe à l'intérieur, mais elle comporte en même temps toule la série 






'!! 



M- 

m ■-■ 



— 84 — 

des rapports extérieurs. Or, il n'est pas possible que le directeur d'un établis- 
sement qui ne dispose pas du principal moyen de se mettre en rapport avec le 
inonde extérieur puisse rendre les mêmes services que celui qui jouit de tous 
ces avantages. 

Je demaude en conséquence que l'on ne mette pas l'aveugle sur le même 
pied que le voyant relativement à la question d'aptitude pour une direction ou 
une surveillance administrative. 

M. le Président. Relativement aux aptitudes de l'aveugle pour une direction 
ou une administration quelconque, je ferai observer qu'il se développe en lui 
par la concentration, qui est une des nécessités de sa vie intellectuelle, une 
suite de vues, d'idées, d'observations, d'intuitions qui le rendront dans la plu- 
part des cas apte à diriger l'établissement le plus considérable aussi bien qu'un 
voyant. Je connais des aveugles qui ont fondé et qui administrent avec habileté 
et sagesse des sociétés comportant un personnel considérable, et jamais je n'ai 
ouï dire que leur administration ait donné lieu à la critique. 

Je crois l'aveugle aussi apte que le voyant non seulement à donner l'instruc- 
tion, mais aussi à bien conduire une administration quelconque. 

Proclamer d'une manière absolue que l'aveugle ne sera jamais apte à diriger 
une institution d'aveugles serait commettre une erreur et aller contre le té- 
moignage des faits. 

C'est au Gouvernement et aux Conseils d'administration qui nomment les 
directeurs des institutions d'aveugles à apprécier s'ils rencontrent chez le can- 
didat aveugle les mêmes aptitudes que chez le voyant. 

Ce que nous pouvons dire et ce que le Congrès a bien fait de proclamer, 
c'est que, dans toutes les carrières intellectuelles, on trouve parmi les aveugles 
des hommes aussi capables que les voyants. 

M. Johnson (Angleterre) demande à être autorisé à s'exprimer en anglais. 

M. Meyer (Amsterdam). L'orateur qui demande la parole est le délégué de 
l'un des plus grands établissements pour les aveugles en Angleterre. Si le 
Congrès y consent, je traduirai ses paroles. 

M. Johnson n'estime pas, comme quelques-uns des membres du Congrès et 
du bureau, qu'un aveugle puisse devenir un bon directeur d'établissement. Il 
est d'avis qu'il faudra toujours qu'il soit assisté par des voyants. 

Les aveugles peuvent certainement rendre aux aveugles des services que les 
voyants seraient impuissants à leur rendre; mais il y a des circonstances où il 
est indispensable qu'un voyant les assiste. 

Il y a, il est vrai, des aveugles qui sont arrivés à diriger avec succès et 
même à fonder de grands établissements; mais c'est une exception. 

M. Eugène de Thiac. C'est une question de mesure. 

M. le Président. Nous sommes tous d'accord. 

M. Johnson. Alors même que l'aveugle serait uniquement chargé de la di- 
rection de l'instruction scientifique ou musicale, il y aura toujours des moments 



— 85 — 

où il aura besoin du concours d'un voyant; les directeurs les plus éminents 
ont été les premiers à le reconnaître. (Applaudissements.) 

M. Roesner (Berlin). Le directeur de l'Institut de Breslau était aveugle. 

M. James Kennedy (Ecosse). J'arrive d'Edimbourg-, où mon expérience m'a 
conduit aux mêmes conclusions que l'orateur. 

Au point de vue du professorat, les aveugles forment comme un pont jeté 
entre les voyants et les aveugles. 

M. Lavanchy, secrétaire général. Il serait oiseux de prolonger celle discussion. 
Nous tournons clans un cercle vicieux. Après avoir longtemps discuté, nous 
en arrivons à cette conclusion que nous sommes d'accord. 

C'est, je l'avoue, avec un sentiment pénible que j'ai entendu émettre cette 
opinion, qu'un aveugle est incapable de remplir les fondions de directeur d'un 
établissement d'aveugles. Jl faut avoir oublié les exemples que cite l'éniinent 
M. Pablasek dans son mémoire. N'avons-nous pas celui de M. Kœchlin, qui a 
fondé un établissement et qu'il dirige avec un soin, un zèle et une babileté 
admirables? Ne vois-je pas au milieu de nous M. Simonon, qui a fondé l'in- 
stitution de Braunschweig et qui est aujourd'hui, à Namur, à la tète d'un grand 
établissement d'aveugles? Je pourrais rapporter un grand nombre de faits 
analogues dans d'autres pays. Nous ne prétendons pas que tous les aveugles 
soient capables de devenir directeurs d'établissements, pas plus qu'ils ne de- 
viennent tous des professeurs de. musique distingués; seulement il se ren- 
contrera toujours parmi eux des hommes supérieurs, de même que chez les 
voyants. 

Proclamer l'aptitude ou l'inaptitude des aveugles à devenir chefs d'établisse- 
ments, c'est comme si l'on demandait au Congrès de voler que tous les aveugles 
peuvent devenir professeurs de musique au Conservatoire. Mais il y aura tou- 
jours des sujets supérieurs qui deviendront, professeurs de musique et d'autres 
qui deviendront directeurs d'établissements d'aveugles; si nous votions le con- 
traire, nous ferions de la théorie, presque de la fantaisie, et comme le passé 
nous aurait déjà donné un démenti, l'avenir nous en ménagerait de plus écla- 
tants encore. (Applaudissements.) 

M. Eugène de Thiac. Mieux vaut ne pas voler sur la question; notre pre- 
mier vote proclamant l'aptitude des aveugles à donner l'instruction est excel- 
lent; n'en diminuons pas l'importance. 

Quant à la direction et à la discipline, il faut les laisser de coté : c'est une 
question de mesure. 

M. Hocmelle. Retirez la question, Monsieur le Président, 

M. le Président. Je n'en ai pas le droit. Du moment où une question est 
soulevée dans le sein d'un Congrès, elle doit donner lieu à un vote. 

M. Colfavru. Nous demandons que le Congrès ne soit pas appelé à voler. 

M, le Président. La discussion est close. Je consulte le Congrès sur ia ques- 
tion préalable tendant à savoir s'il y a lieu de mettre aux voix la proposition 



— 86 — 

proclamant l'incapacité des aveugles pour diriger et administrer des établis- 
sement d'aveugles. 

(Le Congrès, consulté, décide que la question sera écartée.) 

M. le Président. La parole est à M. le D r 'Appia pour la lecture d'un mé- 
moire. 

M. le D r Appia donne lecture de son mémoire. 



DE LA CORREIATION PHYSIOLOGIQUE ENTRE LES CINQ SENS, 

ET DE LEURS RAPPORTS AVEC LES MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

APPLICATIONS À L'ÉDUCATION DES AVEUGLES. 

Messieurs, nous n'avons pas l'intention de vous présenter dans ce mémoire 
une étude physiologique comparée des cinq sens. Nous n'examinerons que 
les données qui trouvent une application à l'éducation des aveugles. 

Ce sujet, purement physiologique, rentre bien, si je ne me trompe, dans le 
programme d'un Congrès pour l'amélioration du sort des aveugles , car plus 
seront précises nos connaissances sur la vie des sens, et en particulier sur 
leur corrélation entre eux, plus rationnelle et vraiment efficace sera notre mé- 
thode éducative. 

I. — Irréductibilité des sens. 

La physiologie enseigne que les révélations que nous communiquent les 
cinq sens sont absolument irréductibles les unes dans les autres. Le sourd- 
muet ne pourra jamais se faire une idée de la nature d'un son; l'aveugle res- 
tera toujours incapable de se représenter une couleur. Pourquoi le sourd - 
muet ne se décide-t-il jamais de lui-même à parler? C'est qu'il n'entend pas 
sa voix, et que le cerveau, ne recevant aucune image auditive, ne provoque au- 
cun effort vocal. Quand le sourd-muet, apprend à parler, ce résultat est tou- 
jours très défectueux et obtenu par une voie artificielle. Cliez l'homme doué 
de l'ouïe, une relation normale s'établit entre les images auditives et la parole, 
celle-ci étant comme le reflet physiologique des premières. 

Chez le sourd, cette relation devra être remplacée par une association nou- 
velle bien moins naturelle, celle entre la vue et la parole. Les images produites 
par la vue des mouvements vocaux devront s'associer par voie de réflexion ner- 
veuse avec les efforts musculaires nécessaires pour reproduire les sons qui ac- 
compagnent ces mouvements. 

L'aveugle de même, ne recevant jamais d'images visuelles, ne pourra se re- 
présenter les couleurs que par comparaison avec d'autres sens. C'est ainsi 
qu'un aveugle définissait le rouge quelque chose qui ressemble au bruit d'une 
trompette; un autre le comparait à la sensation tactile que donnent les dents 
d'une scie. 

On a fait, quant aux aveugles, une expérience des plus intéressantes qui est 
de nature à jeter du jour sur notre sujet, je veux parler des premières impres- 
sions visuelles d'un aveugle-né qui recouvre la vue. Ces exemples sont assez rares 
et instructifs pour mériter d'être conservés : ils démontrent d'une manière bien 
frappante la loi d'irréductibilité dont nous parlons. 



■ 



— 87 — 

H y a quelques années, j'eus l'occasion d'opérer, avec plein succès, une 
jeune fille d'environ quatorze ans atteinte de cataracte congénitale. Curieux 
d'assister à ses premières sensations de la vue qu'elle venait de recouvrer, 
je lui présentai successivement un couteau, des ciseaux, une cuiller, sans 
lui permettre de les toucher. Elle ne put les nommer. Instinctivement, elle 
cherchait à y porter la main, mais j'avais eu la précaution de me placer à 
distance, et je la laissai quelques moments réduite à la vue seule; elle resta 
incapable de reconnaître ces objets qui, pourtant, lui avaient été depuis long- 
lemps familiers par le toucher. Mais à l'instant même où je lui permis d'y por- 
ter la main, elle les nomma sans hésitation. Depuis lors, des années se sont 
écoulées, et je commençai à éprouver quelque doute sur l'exactitude de cette 
observation, au point de me demander si je n'avais pas été peut-être victime 
d'une illusion. 

Je fus d'autant plus heureux de retrouver mon observation pleinement con- 
firmée dans un mémoire récent publié par le D r Louis Fialla, de Bucha- 
rest, sous le titre : «Guérison de six aveugles-nés, 1878.11 Tous ces cas con- 
firment mon expérience d'une manière complète. Ils sont assez remarquables 
pour mériter d'être relatés avec quelques détails; je citerai les paroles mêmes 
de l'auteur : 

Despa Christea , paysanne de dix-sept ans. — Chez mon sujet , le sens du toucher était le 
plus développé, et aujourd'hui qu'elle a commencé à se servir des yeux, elle ne recon- 
naît pas les objets jusqu'à ce qu'elle les ait touchés avec les doigts; il faut qu'elle manie 
une monnaie pour dire: C'est un franc ou un sou. Elle s'est vite accoutumée aux objets 
et aux personnes; au bout de quelques jours, elle connaissait tous les meubles de la 
salle et les personnes; mais si on lui présentait un objet nouveau qu'elle n'avait pas 
encore vu, elle le maniait d'abord, puis elle le nommait. 

J'étais présent quand les parents sont venus voir leur enfant après l'opération, et j'ai 
assisté au spectacle le plus extraordinaire qu'il soit pour un médecin. La malade a 
témoigné la plus vive émotion; elle a fixé d'abord son père, puis elle a tâté le visage 
de sa mère pour s'assurer de la forme de sa ligure; elle a regardé leurs vêtements, 
nommant les couleurs de chaque partie du costume. Elle tenait sa mère par la main , 
comme si elle eût eu peur de perdre des yeux un être qu'elle aimait depuis sa plus 
leodre enfance et qu'elle voyait pour la première fois. 

Joana Staricu, jeune fille de dix ans. — Après avoir pris toutes les précautions, j'ai 
permis à l'enfant de regarder, les yeux débandés ; je lui demandai ce qu'elle voyail , 
sans pouvoir obtenir de réponse. 

Je lui montrai certains objets, tels que des pièces de monnaie, un verre, une 
cuiller; mais elle ne m'a rien répondu. Je lui ai présenté ma main en lui demandant 
ce que c'était; elle l'a considérée longtemps sans dire un mot. Je pris alors sa main, 
je la lui mis sous les yeux; elle me dit, en faisant une inspiration profonde : rrC'esL ma 
main. » Un aveugle n'a même pas une idée exacte de la forme de son propre corps ; 
aussi fallut-il que je lui présentasse sa main pour qu'elle pût juger de la mienne. Je 
lui mis ensuite devant les yeux une pièce de monnaie, un verre, une cuiller qu'elle 
connaissait par le loucher; elle les considéra assez longtemps sans pouvoir les recon- 
naîlre ; mais , dès que je lui eus permis de palper les objets, elle les nomma aussitôt 
par leur nom. Le lendemain, je renouvelai l'expérience en lui présentant les mêmes 
objets que la veille; elle n'hésita pas à les reconnaître et à les nommer; ce qui me 
prouva, une fois de plus, que, à côté de la vue, la mémoire joue un très grand rôle. 






1 



I 



m 



— 88 — 

Nicolas Joan, âgé de vingt-cinq nus. — J'ai appris avec intérêt de sa bouche qu'il n'a 
pu reconnaître ses anciens amis jusqu'à ce qu'il ait entendu leur voix. Étant aveugle, 
il s'en allait seul par les rues, revenait à sa maison, se rendait sans difficulté dans tous 
les quartiers de la ville; quandjl put se servir de ses yeux, il ne se reconnut plus et 
se perdit; il fut obligé - de demander son chemin aux passants. 

Léanca ion, âgée de quinze ans. — Les objets que la jeune fille connaissait déjà par 
le toucher, elle ne put les reconnaître qu'après les avoir palpés. Je lui présentai une 
cruche et je lui demandai si elle savait ce que c'était. Elle eut une inspiration profonde 
et dit qu'elle ne savait pas; mais après avoir palpé l'objet, elle dit : rr C'est une cruche.» 
Voulant répéter l'expérience, je lui représentai la même cruche; elle répondit sans 
l'avoir palpée : a C'est la cruche de tout à l'heure. » 

Je ne connais pas de cas de guérison d'une personne sourde-muette depuis 
sa naissance; mais il est hors de doute, pour moi, qu'au moment où elle per- 
cevrait pour la première fois un son, par exemple le jeu d'une boîte à mu- 
sique, elle ne saurait pas l'associer dans son esprit avec le mécanisme qui lui 
est connu par la vue. 

La même vérité s'applique aux autres sens. 

Que conclure de ces faits qu'on pourrait multiplier? C'est qu'en effet les 
révélations dues aux cinq sens sont absolument irréductibles les unes dans les 
autres, et que sous ce rapport leur corrélation physiologique est nulle. 

Celte vérité doit être connue de l'instituteur d'aveugles. S'il en est pénétré, 
il renoncera à une méthode d'enseignement qui consiste à commencer par dé- 
crire un objet et à le remettre ensuite entre les mains de l'élève qui doit ré- 
péter la description qu'il vient d'entendre; bien au contraire, l'inslituteur aura 
soin de laisser l'élève faire la première description, qui est celle qui corres- 
pond physiologiquement le plus exactement avec son état de cécité. Par la 
première méthode, l'aveugle sera instruit plutôt du nom des choses, tandis 
que par la seconde il est mis en rapport avec les choses elles-mêmes. 

Il serait facile de citer d'autres exemples où l'instituteur sera utilement 
guidé dans son enseignement par la connaissance exacte de la loi dont nous 
venons de parler. 

Jusqu'ici, Messieurs, le résultat de notre enquête sur la corrélation pos- 
sible entre les sens est tout négatif, et il semble que nous devrions en rester 
à cette conclusion déjà fort instructive : qu'il n'y a, entre les cinq sens, aucune 
corrélation physiologique qui permette à l'un de remplacer l'autre. 



IL 



Vie propre des sens. — Idées innées. 



Quelque important que soit ce premier résultat négatif, j'espère néan- 
moins réussir à vous démontrer qu'il y a derrière les sens un centre organique 
dont la fonction est de relier ces derniers et d'établir entre eux une association 
physiologique qui n'est pas incompatible avec le fait de leur irréductibilité. 

Pour éclaircir le sujet, nous avons d'abord à élucider une question qui 
s'interpose entre le premier résultat obtenu et l'autre, auquel j'espère arriver. 
Celte question n'a jusqu'ici été traitée que dans les livres de psychologie; mais 



- 89 - 

en réalité elle apparlienl lout autant à la physiologie. Dans le langage psycho- 
logique, la question est celle-ci : 

Y a-t-il des idées innées? Mais dans le style de la physiologie, le pro- 
blème se définit de la manière suivante : Y a-t-il dans le cerveau une division 
spéciale correspondant à chaque sens externe, et qui soit en relation indépen- 
dante avec ce dernier? Cette partie est-elle le siège de virtualités sensorielles 
innées, prêtes à se réveiller sous forme de sensations proprement dites par 
faction des excitants extérieurs? Ou bien est-ce que cet organe sensoriel in- 
terne est dans un état absolument indifférent au point de vue des sensations, 
aussi longtemps que les sens externes ne sont pas entrés en activité? 

La solution de cette question n'est pas sans importance dans l'étude qui 
nous occupe; elle ne l'est pas non plus pour le pédagogue chargé d'éveiller 
le plus possible les facultés de son élève privé de la vue. 

En effet, si les idées ne sont pas préparées, si elles naissent de loules pièces 
de l'expérimentation, si l'homme à son origine n'est que la statue de Condillac, 
dépourvue de toute spontanéité, alors, Messieurs, il me semble que l'éducateur 
des aveugles ne saurait se défendre d'un certain découragement à la pensée 
que l'intelligence de son élève est à tout jamais écourtéc dans son essenee 
même, en proportion de l'importance du sens dont il est privé. Mais si, au 
contraire, l'homme en naissant est déjà pourvu d'une vie intellectuelle vir- 
tuelle qui va se réveiller sous l'excitation des sens externes, alors l'instituteur, 
encouragé par ce point de vue, poursuivra avec plus d'espérance la tâche si 
noble qu'il s'est donnée, d'évoquer chez l'enfant la vie intellectuelle qui y 
sommeillait encore, en lui ouvrant aussi larges que possible les voies d'inves- 
tigation dont il n'a pas été privé. 

Au point de vue de la corrélation entre les sens, cette question est également 
importante et nous ne pouvions éviter de la rencontrer dans notre discussion. 
En effet, si nous devons trouver quelque part un centre d'union entre les sens, 
cette association ne pourra se produire qu'au moyen d'organes cérébraux cor- 
respondant respectivement aux sens externes, et il faudra que ces organes 
soient susceptibles de garder les révélations reçues avant de les transmettre à 
ce centre d'association qui va faire l'objet de notre examen. 

Le temps ne nous permettra pas de traiter cette question d'une manière 
complète dans un discours ayant une destination pratique; nous nous bornerons 
à affirmer notre conviction en l'appuyant de quelques preuves : 

Quoique physiologiste ou même organicien , nous sommes convaincu de la 
préparation virtuelle des idées et opposé à une philosophie sensualiste qui 
n'attribuerait l'origine de ces dernières qu'aux causes extérieures. 

Au point de vue physiologique, nous ne saurions concevoir une idée sans 
son substratum organique ; l'acte de penser est toujours accompagné d'une 
modification correspondante dans l'organe qui lui sert d'instrument. 

Dès lors, quelle difficulté y a-t-il d'admettre que déjà, avant la naissance, 
les particules organiques des centres cérébraux aient été disposées de manière 
à préparer les idées sous la forme vague d'impressions, avant même que la 
vie extra-utérine vienne leur donner le caractère de sensations précises et 
conscientes? 



— 90 — 

Puisque l'idée est toujours liée à l'activité du tissu cérébral, pourquoi ne pas 
l'assimiler, au point de vue organique, à toute autre fonction? Or, Messieurs, 
vous ne faites pas difficulté d'admettre qu'avant tout acte réel de digestion, 
se développent les forces internes qui vont s'appliquer à cette fonction, que ce 
n'est pas l'aliment qui la crée , de même que l'impression de la faim se réveille 
chez le nouveau-né avant que celui-ci ait pu faire l'expérience de ce qu'est un 
aliment. Comment, dès lors, se refuser à la conviction qu'il en est de même 
de l'œil interne (des couches optiques), qu'il s'y manifeste une activité propre 
et sponlanée destinée à préparer la sensation consciente de la vue, avant même 
que cette sensation ait pu s'épanouir pleinement sous l'excitation de l'agent 
extérieur? 

Un exemple qui, sous ce rapport, a un caractère plus frappant encore, c'est 
la fonction génétique. Nierait-on que l'idée de l'amour préexiste, vague encore, 
mais réelle et d'une manière bien positive, souvent même avec une force im- 
pulsive des plus violentes, chez ceux qui ne connaissent encore cette fonction 
ni par une expérience personnelle, ni par celle des autres, et qui, sous ce 
rapport, n'en savent quelquefois pas plus que l'aveugle n'a conscience des 
couleurs ou le sourd des sons? 

Je crois qu'il n'est ni antiphysiologique ni antipsychologique d'affirmer 
que sur le théâtre des expériences sensibles dont l'homme, à sa naissance, de- 
vient le spectateur, il y a les coulisses où se prépare, comme derrière un ri- 
deau, le drame de la vie qui va commencer. 

Une belle parole de Platon me servira à mieux rendre ma pensée : 

La vue, dit-il, est une flamme qui s'allume au moment où le feu de la lumière du 
jour rencontre le feu intérieur qui procède de nous. 

Cette remarquable définition nous permet de considérer l'acte de voir 
comme un phénomène de conception dans lequel l'œil interne serait l'élément 
féminin et comme l'ovule qui s'épanouit et se réveille à la vie au moment où 
l'excitation externe l'a fécondé. L'organe cérébral a donc un mécanisme et une 
vitalité à lui que cet acte de fécondation ne crée pas. 

Du reste, sans une activité propre de cet organe intérieur, on ne saurait 
expliquer la permanence des sensations internes spontanées, après que l'or- 
gane extérieur a été détruit. Si le sens n'est absolument que l'organe réceptif 
de transmission pour les révélations des propriétés extérieures des corps, com- 
ment pourrait-il continuer à transmettre des communications qu'il ne reçoit 
plus? 

Nous rappelons ici les observations qui ont été faites sur la permanence des 
rêves visuels chez les aveugles et qui sont un exemple du phénomène dont nous 
parlons. 

Ces considérations nous permettent d'admettre qu'il y a, en effet, dans la 
partie du cerveau qui correspond au sens externe, une activité propre préexis- 
tant à l'expérience sensible et sans laquelle la plus forte action des causes ex- 
térieures resterait sans effet. Ne sommes-nous pas en droit de nommer cette 
activité interne: idée innée, ou du moins une préparation vivante à la naissance 
de l'idée? 



— 91 — 

On comprend l'application de cette thèse à l'éducation de l'aveugle. 

Si l'homme, en naissant, n'était qu'une statue inerte, si l'intelligence était en 
quelque sorte créée de toutes pièces par l'expérience seule, alors aucun aveugle 
ne pourrait, dans le sens le plus relevé du mot, devenir un homme. Mais votre 
expérience journalière, Messieurs, est là pour affirmer que vous n'êtes pas 
réduits à celte extrémité et que vos efforts ne restent pas infructueux. Vous 
ne remplacez pas la vue, sans doute, mais vous développez par tous les 
autres moyens d'observation les facultés intellectuelles et morales que le 
monde matériel ne peut pas produire, qu'il ne peut qu'éveiller I 1 '. Vous réus- 
sissez à faire de vos élèves des hommes, des hommes aveugles, mais des 
hommes. 

Une objection s'élève sans doute dans votre esprit, je dois y répondre. A 
quoi peut-il servir à un aveugle de posséder un organe préparateur corres- 
pondant au sens extérieur de la vue, puisque cet organe, n'étant pas stimulé à 
l'activité, ne pourra faire un pas vers son épanouissement? Loin de rendre 
des services, il subira, au contraire, un recul progressif par atrophie, feule 
d'exercice. Il est, j'en conviens, difficile de répondre à cette objection d'une 
manière satisfaisante aussi longtemps que nous n'aurons pas pénétré plus 
avant dans le mystère des rapports entre les propriétés réelles des corps et In 
vie nerveuse de l'organe chargé de les percevoir. Bornons-nous à rappeler 
que rien ne se perd dans le monde organique et qu'une force qui n'a pas été 
appliquée dans une direction pourra êlre mise à profit dans une autre. S'il 
est inadmissible que les sensations spécifiques se remplacent, il n'est pas 
défendu d'admettre que l'activité nerveuse puisse se laisser dériver d'un point 
de la masse cérébrale sur un autre. 

De plus, l'importance exclusive que l'ancien sensualisme attribuait aux sens 
extérieurs pour la formation de nos idées provenait de la conviction que les 
révélations qu'ils nous communiquent sur les propriétés des corps sont adé- 
quates avec ces dernières, ce qui n'est pas prouvé. 

En définitive, nous croyons pouvoir conclure comme réponse à cette seconde 
question, en affirmant l'existence d'un travail inné de préparation organique 
à l'épanouissement des idées. 






III. 



De lv corrélation interne entre les sens. 



Demandons-nous maintenant, Messieurs, s'il n'existe pas d'association or- 
ganique plus intime entre les cinq sens? 

Nous croyons que, tout en maintenant le principe de l'irréductibilité des 
sens, il est permis, il est nécessaire même d'admettre qu'il existe quelque part 
dans le cerveau un point commun où convergent les sensations diverses, où, 
en particulier, celles qui proviennent d'un seul et même objel se réunissent , 
sans se confondre, dans une image collective. 

'■' La question des idées innées a été traitée surtout par les philosophes; j'ai voulu nie borner 
à l'envisager au point de vue physiologique. Je rappellerai seulement ici que le philosophe Kant 
admet deux idées primitives préexistant à toute expérience sensible: celle du temps et celle de 
t 'espace. 



— 92 — 

Si nous réussissons à rendre évidente l'existence de cette fonction, que nous 
désignerons du nom de synthèse organique, nous aurons atteint le dernier terme 
possible de rapprochement entre les sens. Une union plus intime n'est plus 
possible sur le terrain de la physiologie. Ce qui se trouve au delà est du do- 
maine de l'activité intellectuelle proprement dite et de ['abstraction ■psycho- 
logique. Nous ne toucherons pas à ce domaine. 

Remarquons d'abord que nous ne saurions nous passer d'un organe collec- 
teur. S'il n'existait pas, comment nous expliquer la connaissance que nous 
acquérons des propriétés d'un même corps? Si des notions absolument irré- 
ductibles n'étaient reçues par aucun centre commun, comment serions-nous 
capables d'unir les expériences recueillies par plusieurs sens sous l'image 
collective d'un seul et même objet? De plus, ce centre doit être organique 
et ne peut se ramener à la faculté de synthèse psychologique. En effet, l'as- 
sociation qui a lieu ne s'opère point par un travail de raisonnement et de 
déduction, mais par la loi organique de l'expérimentation et de l'habitude. 

Le son que rend une trompette, l'image que l'œil en reçoit, la sensation 
froide au toucher du métal, toutes ces impressions s'unissent de telle sorte que 
l'image de l'une réveille aussitôt l'image de l'autre par voie d'association or- 
ganique ; et toutes ensemble dans leur corrélation forment l'image collective 
d'une trompette. 

Un psychoiogiste objecterait peut-être que cette synthèse s'opère par l'in- 
telligence, en particulier par la mémoire; quand nous associons dans une 
image commune les sensations diverses que nous avons reçues d'un même 
objet, c'est, dira-t-il, que nous nous souvenons qu'elles provenaient toutes de 
cette même cause. 

Cette objection ne porte pas, Messieurs ; elle ne fait que reculer la diffi- 
culté sans la résoudre. En effet, pour se souvenir que les propriétés diverses 
révélées par les sens appartiennent à un même objet, il faut commencer par 
apprendre qu'il en est réellement ainsi; or, cette révélation ne peut à son 
origine être le produit d'un acte de mémoire. Ni la mémoire ni le raison- 
nement ne nous apprendront que la voix que j'entends et la figure humaine 
que je vois appartiennent à une même personne; cette association suit la 
loi de toutes les associations nerveuses : elle doit par conséquent avoir pour 
base un instrument organique. L'image collective, nous le reconnaissons, doit 
rencontrer quelque part le moi psychologique; mais entre le sens et l'intelli- 
gence doit nécessairement se trouver un chaînon organique que nous tenons 
à constater. 

Cette constatation a également de l'importance au point de vue du but édu- 
catif qui vous occupe; car cet intermédiaire collectif sera pour l'instituteur un 
point de mire qu'il aura en vue dans son enseignement, quand même son élève 
serait appauvri d'un ou de plusieurs sens. 

Dans la vie ordinaire, nous faisons constamment application de celte loi, 
comme par instinct. Les investigations que nous portons sur les objets exté- 
rieurs n'ont pas d'autre but que d'associer les révélations qui nous arrivent par 
les divers sens. 

Citons quelques exemples : 



- 93 - 
Toucher et vue : 

i. L'enfant associe, quand il peut, le toucher à la vue, souvent à la grande 
désolation des parents. 

2. Le barbier suit de la main gauche le rasoir, pour s'assurer par le tou- 
cher que la vue ne l'a pas trompé. 

3. Le chirurgien en fait autant quand il extirpe une tumeur engagée dans 
les tissus sains. 

L'odorat et la vue : 

î. Un droguiste, un cuisinier, un marchand de vin, contrôlent par l'odorat 
les sensations de la vue. 

2. Le fumeur joint la vue à l'odorat; personne n'aime à fumer dans l'obs- 
curité. 

3. C'est la vue qui fait distinguer une essence en flacon du parfum d'un 
bouquet. 

La vue et l'ouïe : 

î. Le chirurgien qui l'ail une amputation se guide sur les cris du patient. 

a. Avant la découverte de l'auscultation par Laënnec, le médecin était très 
incomplètement renseigné par la seule vue de la poitrine. 

3. L'astronome associe l'observation par le télescope à l'audition de l'horloge 
qui lui indique le temps. 

Il est facile de multiplier ces exemples ; tout le monde en peut faire le ca- 
talogue à son choix, et associer ainsi à volonté les cinq sens, deux à deux, 
trois à trois, etc. Notre vie se passe en un échange de bons services entre les 
sens. 

Mais c'est chez l'homme qui recouvre subitement l'usage d'un sens que ce 
travail constant d'association prend un caractère plus frappant ; et nous assis- 
tions alors au phénomène, à sa naissance. Nous avons cité plus haut les cu- 
rieuses observations auxquelles ont donné lieu des aveugles-nés guéris par une 
opération : n'est-il pas é\ ident que le phénomène que l'on observe journellement 
chez le voyant, mais qui ne iixe pas notre attention, est le même que celui 
qui nous étonne chez l'aveugle devenu voyant? Partout l'association se fait 
par l'expérience, non parle raisonnement. 

N'en ressort-il pas avec évidence qu'il y a quelque part dans le cerveau un 
centre organique qui n'est pas celui de chaque sens isolé, et dans lequel 
se réunissent, sans se confondre, toutes les expériences de ces derniers et où 
elles sont appliquées respectivement aux objets auxquels elles appartiennent? 

Une autre expérience, curieuse par son caractère fantastique, semble con- 
firmer encore l'opinion que tous les sens ont un centre organique commun. Ce 
sont les observations faites sur les personnes enivrées par le hachich (extrait de 
chanvre oriental). 

Entre autres hallucinations, le hachiché confond les impressions produites 
par un sens avec celles provenant d'un autre, et il les associe involontairement 
dans une image commune. (Voy. Brière de Boimont, page klto.) 



— 94 — 

Théophile Gauthier raconte qu'entre autres fantasmagories qui lui appa- 
rurent, la vue et l'ouïe semblaient quelquefois se confondre. Tl croyait alors 
entendre le bruit des couleurs. Il voyait d'autres fois arriver jusqu'à lui des 
vagues sonores sous l'apparence de couleurs vertes, rouges, bleues, jaunes : 

Le D r N. . . s'élant mis au piauo, je vis, dit-il, les sons sortir de l'instrument 
comme des fusées, ou comme autant de rubans en spirale de différentes couleurs. 

D'énormes fleurs de passerose, des lis argentés ou dorés s'ouvraient devant mes 
yeux et faisaient un bruit comparable à celui d'un feu d'artifice. 

Chaque objet que je touchais donnait un son comme celui d'un harmonica ou d'une 
harpe éolienne , etc. 

Ces combinaisons sensorielles ne provenaient évidemment pas d'une véri- 
table transposition des sens, chose physiologiquement impossible, mais d'une 
association très rapide entre un sens et un autre, le poison accélérant et mul- 
tipliant en général les combinaisons nerveuses. Les sensations externes de l'ouïe 
réveillaient immédiatement, par association organique, des sensations internes 
de la vue et vice versa, de la même manière que se produit quelquefois chez 
le hachiché la superposition de deux sensations visuelles, par exemple la vue 
d'une tête de lion sur une assiette, ou bien un objet inerte se transformant 
sous les yeux du délirant en une personne vivante. 

Cette curieuse observation témoigne qu'il y a un lien organique entre les 
sens, et que c'est par son moyen que l'aveugle, au moment où il renaît à la 
vue, apprend à unir dans l'image d'un même objet les anciennes sensations 
provenant du toucher avec les nouvelles dues à la fonction visuelle. 

Ce centre organique commun à tous les sens n'est lui-même ni visuel ni 
auditif, ou plutôt il est tout cela à la fois : c'est l'organe collecteur de l'image 
d'ensemble. La fonction de cet appareil de synthèse physiologique se fera de la 
même manière dans toutes les éducations, mais avec plus ou moins de richesse, 
suivant le nombre des sens dont l'élève sera doué. 

Ce point de vue est de nature à éclairer la voie de l'instituteur et à encou- 
rager en particulier celui qui élève des aveugles. Ce sera en effet sur ce centre 
commun que pourront et devront toujours se porter ses efforts pédagogiques. 
Sous ce rapport, les méthodes éducatives ne pourront varier, et les différences 
que signalent les auteurs, suivant qu'il s'agit d'élever des aveugles ou des 
voyants, ne peuvent porter que sur les procédés différents à employer pour 
atteindre le même but. 

Peut-être est-il nécessaire, pour prévenir toute équivoque, de rappeler que 
la fonction collectrice que je cherche à établir sur une base organique est 
entièrement différente de la faculté qu'en psychologie on nomme l'abstrac- 
tion. Quand l'observateur conçoit sous une image collective la personne qu'il 
voit et qu'il entend, l'image reste concrète, sensorielle, et n'a rien de com- 
mun avec l'effort d'abstraction par lequel notre intelligence acquiert la notion 
tout intellectuelle d'un homme en général. Il m'importait de marquer la li- 
mite entre les phénomènes physiologiques dont je m'occupe et la psychologie 
dont je ne m'occupe pas. 

M. S. Heller, directeur de l'asile d'aveugles de Hohenwarte, près Vienne, 
confirme ce que je viens de dire, dans un mémoire intéressant sur ce qu'il 



— 95 — 

appelle le principe de l'enseignement intuitif (Prinzip der UmniUelbarkeit) , publié 
dans le compte rendu du Congrès de Dresde pour l'éducalion des aveugles 
(juillet 1876). Sou but est de montrer l'importance de mettre les e'coliers en 
contact imme'diat et continuel avec les re'alités sensibles plutôt qu'avec les des- 
criptions de ces dernières, afin d'établir une base solide d'observation et d'é- 
tude concrète. 

11 veut que l'on combatte par cette méthode la propension si prononcée 
chez l'aveugle à remplacer la connaissance des réalités par les produits d'une 
imagination sans cesse en travail. On comprend en effet que moins sont 
nombreux les moyens d'observation, plus il importe de les mettre on réqui- 
sition, pour développer le plus possible la vie de l'organe collecteur et pour 
éviter les efforts stériles d'une imagination qui pourtant ne parviendra jamais 
qu'à créer un monde artificiel fondé sur la mémoire des mots et non sur la 
connaissance des choses. 

Chez l'aveugle, dit l'auteur, les idées fondamentales qui servent à la vie de son in- 
telligence s'acquièrent comme chez le voyant au moyen de l'observation directe. C'est 
en observant lui-même qu'il acquerra le mieux la connaissance des qualités essen- 
tielles des choses. C'est ensuite en combinant les résultats de ces diverses études qu'il 
s'élèvera à des notions plus générales et d'un ordre plus intellectuel. 

Il est vrai que nous avons de la peine à nous faire une idée claire de ce 
que peut être, au point de vue organique, l'union en un tout de plusieurs im- 
pressions nerveuses qui restent séparées quant à leur nature propre ; mais 
cette difficulté s'applique également à toute autre association nerveuse ; nous 
assistons partout à ce phénomène; nous l'affirmons sans pouvoir en expliquer 
la cause ; une volonté succède à une sensation; les images des deux yeux s'as- 
socient stéréoscopiquement, sans se confondre, etc. 

Un autre fait qui prouve le lien organique qui unit les sens, c'est l'extrême 
acuité que prennent les autres sens chez celui qui a été privé d'un ou de plu- 
sieurs d'entre eux. Il semble que l'organe central aspire à la plus haute dose 
possible d'expériences et que ce qu'il ne peut acquérir par l'instrument dont 
il a été privé, il s'efforce de le parfaire par les instruments qui lui restent. 

Le but principal des sens n'est peut-être pas tant de fournir un grand nom- 
bre de connaissances des objets que d'éveiller dans l'organe central le plus 
de vie possible à l'occasion des excitants extérieurs. 

Enfin, la physique est venue à son tour enseigner que les manifestations 
des corps: chaleur, lumière, couleur, électricité, etc., sont réductibles à un 
phénomène de mouvement moléculaire variant de rapidité. 

Comment ces ondulations, semblables quant à leur nature, produisent-elles 
sur le nerf visuel la sensation de la couleur, sur le nerf auditif celle du 
son , etc. ? 

Quelle est dans l'impression spécifique d'un sens la part de l'agent extérieur 
et la part de la prédisposition de l'organe ? 

Le mystère est partout dès que nous abordons le problème des rapporls 
entre le moi sensible et conscient et le monde qui l'entoure. 

L'étude à laquelle nous venons de nous livrer démontre ainsi que, pour ar- 



■m 



— 96 — 

river à une corrélation entre les sens, il nous faut pénétrer jusque dans les 
profondeurs du cerveau et y admettre un organe spécial destiné à présider à 
cette corrélation. Les différentes étapes par lesquelles passe une sensation se- 
ront ainsi les suivantes : 

1 ° L'organe sensoriel externe ; 

2° L'organe sensoriel interne; 

3° L'organe sensoriel collecteur; 

4° La faculté d'abstraction de l'intelligence, qui seule s'élève à l'idée gé- 
nérale. 

Nous avons essayé de figurer cette progression par les dessins schématiques 
qu'on trouvera à la fin de ce mémoire. 

IV. — Associations entre les sensations et les volontés. 

Avant de terminer cette enquête, il me reste à vous parler d'un autre 
principe physiologique qui trouve une application des plus utiles à l'enseignement 
et qui en constitue une véritable loi. 

Jusqu'ici nous ne vous avons parlé que du lien qui unit les impressions 
sensitives entre elles. Il existe une autre association organique qui a une haute 
importance pour le développement de l'intelligence: je veux parler de celle qui 
relie les sensations et les volontés, ou, pour m'exprimer dans les termes du lan- 
gage médical, entre les courants sensitifs et les courants moteurs. 

En effet, après le principe éducatif de la méthode d'observation immédiate 
(Prinzip der Unmitlelbarkeit) , si utile dans tous les genres d'enseignement, si 
nécessaire dans celui des aveugles, il est un autre principe que l'instituteur 
n'aura garde d'oublier et qui complète le premier : c'est le principe du travail 
créateur. Ce n'est plus ici de la connexité organique entre les sens qu'il s'agit, 
mais du lien également organique entre les courants nerveux centripètes et 
centraux des sensations et les courants centrifuges des exercices volontaires. 

Cette association sera une source de développement pour l'intelligence de 
l'aveugle, plus riche encore proportionnellement pour lui que pour le voyant. 
Elle n'est autre chose en effet qu'un échange continuel d'action et de réaction 
entre le dedans et le dehors, entre le laboratoire interne de la pensée et le 
monde extérieur, qui est sa source continuelle d'alimentation. 

Cette association est la base du phénomène de Vhabitude. Quand une fois un 
aveugle s'est habitué à reproduire convenablement un objet par le dessin, le 
modelage, la menuiserie ou de toute autre manière, cette association entre 
l'image interne qui lui servait de modèle et l'imitation reproductrice qui était 
l'œuvre d'un effort volontaire sera très solide et contribuera pour beaucoup ù 
donner de la richesse et de la précision à la vie interne des idées. 

Les éducateurs sont, je crois, d'accord sur l'importance de ce second prin- 
cipe; mais peut-être n'était-il pas inutile de vous le présenter sous la forme 
des conceptions et du langage physiologiques. 

Nous le voyons, Messieurs, l'intelligence de l'aveugle comme du voyant, 
mais de l'aveugle surtout, a besoin, pour prendre tout son épanouissement, 



— 97 — 

d'un double et continuel travail d'association : celui des sensations entre ellt 
et celui des sensations avec les actes volontaires. 



CONCLUSION. 

Nous sommes arrivé au ternie de notre étude. Avant de finir, il sera utile 
que nous nous résumions, en rappelant les étapes successives par lesquelles 
nous a conduit -cette discussion. 

Le programme que nous nous sommes posé consistait à examiner les ques- 
tions suivantes : 

i° Y a-t-il une corrélation physiologique entre les cinq sens? 

9° De quelle nature peut-elle être? 

3° Quelle est la corrélation entre les sens et les actes volontaires ? 

/i° Quelle application doit-on faire de ces principes à l'éducation des 
a\eugles? 

I. Irréductibilité des sens. 

Preuve frappante fournie par les aveugles-nés recouvrant la vue. 

II. Vie propre des sens. 

Y a-t-il des idées innées 1 

En pénétrant jusqu'à l'origine interne et cérébrale des sens et en nous 
tenant dans les limites des considérations physiologiques, nous avons cru pou- 
voir répondre affirmativement. De là un encouragement pour l'éducation des 
aveugles. 

Les sensations subjectives prouvent la vie propre de l'organe interne. 

III. De la corrélation interne entre les sens. 
Organe collecteur. 

H existe une synthèse organique qui n'est point le résultat du raisonne- 
ment, mais de l'expérience et de l'habitude. 

Importance de ce centre organique pour toute éducation, mais particulière- 
ment pour celle des aveugles. 

Nous unissons constamment dans la vie ordinaire les sensations diverses 
pour les rapporter au même objet; mais cet apprentissage est plus frappant 
chez l'aveugle-né recouvrant la vue. 

La synthèse organique que nous avons cherché à établir n'a rien de com- 
mun avec la faculté psychologique de l'abstraction. 

L'énigme de la manière dont s'effectue cette association n'est qu'un exemple 
de l'énigme de l'association nerveuse. 

IV. Principe pédagogique d 'association entre les sensations et les exercices volon- 
taires. 

Ce principe si important pour le développement de l'intelligence est fondé 
sur la loi physiologique de l'habitude. 

La physiologie, comme vous le voyez, Messieurs, nous dévoile les lois qui 

N 29. 



— 98 — 

doivent guider l'instituteur, et spécialement celui qui se dévoue à Renseigne- 
ment des aveugles. Ce que la pédagogie conseille par suite de l'expérience 
pratique, la physiologie le motive par l'observation des lois naturelles. 

Permettez-moi d'exprimer en terminant un désir ou uii vœu : c'est que les 
philanthropes qui se dévouent à la noble tâche d'élever les malheureux privés 
d'un ou de plusieurs sens joignent à leurs recherches pédagogiques, d'ailleurs 
si utiles et si nécessaires, une élude des lois physiologiques des sens et du 
système nerveux en général. 

Ces connaissances d'un ordre plutôt médical compléteront utilement l'expé- 

TABLEAU SCHÉMATIQUE DD DEVELOPPEMENT DES IDEES CHEZ L'HOMME DOUÉ" DE SES CINQ SENS. 
V 0E . OME. TODCHEB. OEOB1T. GO|Jt. 

Organes externes 
des sens. 



Images collectives con- 
crètes 
du chêne, 
du sapin, 
du peuplier. 




Organes internes 
des sens sié- 
geant dans le 
cerveau. 



Organe collecteur faisant 
partie du cerveau et 
formant les images 
collectives concrètes 
auxquelles la vue peut 
concourir ici, la per- 
sonne étant voyante. 



Intelligence recueillant les images collectives concrètes du chêne, du sapin et du peuplier, 
les réunissant dans l'idée générale arbre, par la faculté de l'abstraction. 



rience qu'ils acquièrent par la pratique de l'éducation, et les aideront quel- 
quefois à éviter des erreurs ou à gagner du temps. 

Peut-être ne sera-t-il pas inutile de citer quelques exemples qui montrent 
que la physiologie peut en effet seconder utilement la pédagogie : 

i° Un sens ne pouvant jamais en remplacer un autre, l'instituteur com- 
prendra immédiatement pourquoi la description d'un objet donnée par un 
voyant, même en s'efforçant de se mettre à la place d'un aveugle, ne pourra 
jamais coïncider avec celle que ce dernier fera lui-même; pourquoi, par con- 
séquent, s'il commence son enseignement par la description donnée par lui- 



— 99 — 

même, l'aveugle risque de ne. taire que répéter les mois qu'il a entendue 
plutôt que de donner un compte rendu vraiment intelligent de ce qu'il a 
compris. 

2° Se rendant compte que derrière les organes des sens doit se trouver un 
centre organique qui les relie dans une synthèse commune, l'instituteur se 
préoccupera moins de supple'er, par des efforts le plus souvent stériles, au 
déficit causé par l'absence d'un sens, que de réveiller le plus possible l'organe 
central dont nous avons parlé, en multipliant les révélations provenant de.s 
sens qui restent à l'aveugle. 11 saura que par ce moyen il développera bien 

TABLEAU SCHÉMATIQUE DU DEVELOPPEMENT DES IDEES CHEZ L'AVEUGLE. 

vde abolie. ouïe. toucher. odorat. goCt. 

T Organes externes 
des 6enp. 



CD 



Images collective* con- 
crètes 
du chêne, 
du sapin , 
du peuplier. 




• Organes internes 
des sens sié- 
geant dans le 
cerveau. 



Organe collecteur faisaM 
pallie du cerveau et 
formant les images 
collectives concrètes 
auxquelles la vue, 
dans ce cas , n'a pu 
concourir, la personne 
étant aveugle. 



Intelligence recueillant les images collectives concrètes du chêne, du sapin et du peuplier, 
les réunissant dans l'idée générale arbre, par la faculté de l'abstraction. 



mieux l'intelligence de ce dernier et l'amènera en définitive, quoique moins 
parfaitement, à se mouvoir dans les mêmes idées qui sont communes à toutes 
les intelligences humaines. 

3° C'est la physiologie qui enseigne comment par une simple loi de déri- 
vation nerveuse et de nutrition des tissus, un sens, en l'absence d'un autre, 
acquiert une aptitude inaccoutumée, en quelque sorte supplémentaire, à la 
condition qu'on respecte toutefois les besoins du "repos et du renouvellement 
organique. 

!i° C'est la physiologie qui fait le mieux comprendre l'importance du travail 



— 100 =5. 

personnel de création pour Je développement des idées. Rattachant toujours 
les phénomènes psychologiques qui se passent chez son élève à un corrélatif 
organique, le maître se rappellera que l'acte volontaire du travail manuel et 
l'impression centrale de l'image qui le précède sont, comme toute association 
d'un phénomène sensible et d'un acte volontaire, soumis à la loi de l'habitude , 
qui peut devenir ainsi un puissant auxiliaire de l'enseignement. 

5° Dans un travail récent sur l'éducation des aveugles se trouve une asser- 
tion erronée assez naturelle chez une personne peu familiarisée avec les lois 
physiologiques. L'auteur dit que l'aveugle, par le moyen du toucher, prend 
conuaissance de l'essence des corps, tandis que le voyant, par la vue, se borne 
à en obseiver les propriétés accessoires de la forme, des couleurs, etc. 

Mais, Messieurs, la physiologie enseigne qu'aucun sens ne peut nous rap- 
procher-plus qu'un autre de l'essence des corps, les sensations ayant leur siège 
toutes indifféremment dans le cerveau, et la notion d'essence étant, d'ailleurs, 
du ressort de l'abstraction intellectuelle et non de l'observation sensible. 




qu 

dont le sujet est éducatii, et que 

aux connaissances pédagogiques, il examinât l'important sujet qui vous réunit, 

au point de vue et avec le langage de la physiologie. 

J'ai été heureux, dans le cours de cette étude, de trouver dans l'histoire na 
lurelle même de nouveaux motifs d'encouragement et d'espérance pour l'um 
des tâches les plus ardues, mais aussi des plus belles que puisse se donner la 
philanthropie. (Applaudissements prolongés.) 

M. Lavanchy, secrétaire général. Le travail des commissions nommées dans la 
séance d'hier, aux Tuileries, est prêt; il leur sera remis à deux heures - 
secrétariat (1) . 



ne 



au 



m PROGRAMME DES SECTIONS ET DES COMMISSIONS. — Section I. Education de 
l'aveugle en général. Commission A : i° De la nécessité d'une statistique générale; s Psychologie 
des aveugles ; 3° Rapport sur l'état actuel de l'éducation des aveugles. 

Commission B : i° Rôle de la famille dans les soins du premier âge. 

Commission C : 5° Le jeune aveugle peut-il être admis dans les écoles publiques de voyants . 
Quels sont les résultats obtenus, les avantages ou les inconvénients constatés? 

Commission D : 6° Des établissements de sourds-muets et d'aveugles. Fusion ou séparation de 
ces deux classes d'infirmes sous une même direction. 

Commission E : 7 Des écoles primaires spéciales pour les entants de quatre a douze ans; 8 Des 
écoles secondaires et professionnelles pour les jeunes gens de douze à vingt et un ans. 

Commission F : 9 Hygiène. 

Section II. Enseignement. Commission G : 1 ° Ordre et discipline. 

Commission H : 2 Méthodes et-syslèmes; leur unification; 3" Plan d'études; h' Livres sco- 

Commission 1 : 5" Musique; G Admission des deux sexes dans un même établissement 
Commission J : 7° Recrutement des maîtres; 8° Des maîtres aveugles; 9° Etat actuel de I en- 
seignement; io" Création d'une littérature à bon marché à l'usage des aveugles; 11 Recueil 
bibliographique de tous les ouvrages sur l'enseignement, l'éducation et le sort des aveugles; 
traités, mémoires, publications périodiques ; 12" Ouverture de concours pour provoquer la pu- 
blication de certains ouvrages concernant les questions les plus importantes de l enseignement 



— 101 — 

Les membres du Congrès sont invités par M. le Ministre de l'agriculture et 
du commerce à vouloir bien l'honorer de leur visite, ainsi qu'ils l'ont fait hier 
chez M. de Marcère. 

M. de Marcère, ministre de l'intérieur, M. Anatole de la Forge, directeur de 
la presse et des journaux officiels, M. Boucher-Cadart , directeur de la sûreté 
générale, assisteront à la séance de demain. 

La séance est levée à une heure. 






et de l'éducation des aveugles; i3° Quelles sont les causes pour lesquelles on n'a pas obtenu 
jusqu'ici un résultat général satisfaisant de l'enseignement des aveugles? 

Section III. Carrières ouverte» aux aveugle», asiles, hospices. Commission K : 1° Comment 
préparer et assurer l'indépendance et l'entretien des aveugles à leur sortie des instituts? a° Quelle 
est la proportion des aveugles qui se suffisent entièrement par leur travail, et à quoi attribuer la 
différence considérable qui existe sous ce rapport entre certains pays? 3° Quelles sont lesinslitu- 
linns les plus propres à aider les aveugles à mettre leur savoir en œuvre? h" Mariage des aveugles; 
f>" Patronage; 6° Création d'ouvroirs; leur régime; f Conditions d'admission aux hospices; 8° Men- 
dicité, vagabondage; comment les éteindre? 

Commission L, chargée de l'élude des expositions d'aveugles au Champ de Mars. 



I 






— 102 — 



SÉANCE DU JEUDI 26 SEPTEMBRE 1878. 



PRÉSIDENCE DE !i. DE MARCÈRE, MINISTRE DE L'INTERIEUR. 



Sommaiiie. — Discours de M. de Marcère, ministre de l'intérieur, et de M. Nadault de Buflbn. — 
Mémoire de M. le D r Bonnafont ; considérations psychologiques. — Lecture du rapport de 
M. le D r Marjolin. — Réponse de M. le Ministre de l'intérieur. — Sur la proposition du se- 
crétaire général, le Congrès vote en principe la fondation d'une Société internationale poui 
l'amélioration du sort des aveugles. 



La séance est ouverte à dix heures un quart. 

A l'ouverture de la séance, M. Nadault de Buffon, président, invite M. le 
Ministre de l'intérieur à prendre place au fauteuil; aux côtés de M. le Ministre 
prennent place M. Anatole de la Forge, directeur de la presse et des journaux 
officiels, et M. Boucher-Cadart, directeur de la sûreté générale. 

M. Nad\ult de Buffon. Monsieur le Ministre, je viens, au nom du Congrès, 
vous exprimer notre gratitude pour le témoignage de haut intérêt que vous 
voulez bien nous donner. (Applaudissements dans toutes les parties de la 

salle.) 

Les membres français et étrangers du Cowgrès savent combien voire esprit 
est élevé et généreux. Ils savent que votre nom est synonyme de liberté et 
d'humanité; aussi ne sont-ils nullement surpris de vous voir vous intéresser 
à une œuvre dont les résultats seront un progrès considérable pour l'huma- 
nité. 

Nous nous plaisons à voir dans votre présence la manifestation d'un autre 
sentiment : vous avez voulu témoigner que vous vous efforcez autant qu'il est 
en votre pouvoir de stimuler les efforts de l'initiative privée. En France, on 
demande beaucoup au Gouvernement, tandis que si, comme en Angleterre et 
en Amérique, nous nous accoutumions à faire davantage par nous-mêmes, 
nous déchargerions l'Administration de bien des dépenses et des responsabilités, 
et nous seconderions son action au lieu de l'entraver. Mais il faudrait que les 
hommes chargés de la direction des affaires eussent tous votre esprit libéral et 
qu'ils se montrassent comme vous disposés à encourager l'initiative indivi- 
duelle, tandis que c'est trop souvent le contraire qui a lieu. (Nouvelles mar- 
ques d'assentiment.) 

C'est à tous ces titres, Monsieur le Ministre, que nous vous remercions 
d'être venu. (Vive adhésion exprimée par les applaudissements de tout le Con- 
grès. ) 



— 103 — 

M. de Mabcère, ministre de Tintérieur. Messieurs, je remercie l'honorable 
M. Nadault de Buffon de ses paroles. Je ne saurais accepter ses félicita- 
tions sans réserve ; ma démarche est si naturelle que je me reproche de 
n'avoir pu venir qu'une seule fois au milieu de vous. J'aurais dû suivre 
tous vos travaux, et je l'eusse fait si les fonctions qui me sont confiées 
m'en avaient laissé le loisir. 

Je retiens pourtant des paroles de votre honorable Président ce témoi- 
gnage donné avec tant bienveillance, que je m'inspire, dans l'exer- 
cice du pouvoir, de l'amour de l'humanité et de la liberté. (Applaudis- 
sements.) 

Ce sont là, en effet, les sentiments qui me guident dans la direction 
que je donne aux affaires de mon pays, et vous ne devez pas être surpris 
qu'on obéisse à de pareils mobiles , vous qui n'êtes guidés que par eux. 
(Applaudissements. ) 

J'avais d'ailleurs un motif spécial pour me rendre parmi vous : je suis 
chargé de la direction de l'Institut national des jeunes aveugles ; c'était en 
conséquence un devoir pour moi de venir m'instruire et apprendre quelles 
modifications pourraient être introduites dans cet établissement qui n'é- 
chappe pas à ma sollicitude, pas plus d'ailleurs qu'il n'a échappé à la sol- 
licitude de mes prédécesseurs. 

Le Ministère de l'intérieur a toujours eu l'ambition de faire de cet 
Institut un établissement modèle; aussi veille-t-on constamment à y intro- 
duire les réformes indiquées par les progrès de la science. Plus que jamais 
aujourd'hui il est ouvert à tous les progrès. 

Nous sommes prêts à accepter toutes les réformes utiles et nous 
chercherons ensemble le moyen de les réaliser. Vous pouvez compter 
d'avance sur les pouvoirs publics. S'il faut de l'argent, les fonds néces- 
saires nous seront accordés, car la France ne recule jamais devant un 
sacrifice lorsqu'il a pour but d'accroître les connaissances humaines, ou 
de réaliser un progrès ou d'alléger des souffrances. (Vives marques de 
satisfaction. Très bien ! très bien !) 

Parmi les infortunes auxquelles l'humanité est exposée, celle qui vous 
occupe plus particulièrement a de tout temps intéressé les âmes généreuses 
et compatissantes. (Vif assentiment.) 

Si j'avais un vœu à exprimer au milieu d'hommes aussi compétents 
que vous l'êtes, ce serait de vous voir diriger vos efforts d'une manière 
loule spéciale vers l'enseignement professionnel des aveugles. Non, certes, 
que je dénie aux aveugles la faculté de se livrer aux plus hautes études, 
concurremment avec les autres intelligences; mais ce qu'il y a de plus in- 
téressant pour le plus grand nombre d'entre eux, c'est de leur assurer, à 
la sortie de nos établissements, le moyen de pourvoir à leur existence , de 
leur ouvrir des carrières appropriées à leur infirmité. Vos travaux nous 









— 104 — 

aideront à désigner les arts manuels qui conviennent aux aveugles et les 
industries les mieux appropriées à leur état physique. 

Vous m'excuserez de vous avoir signalé ce qui me préoccupe davan- 
tage dans la direction de l'Institut des aveugles. (Applaudissements.) 

Vous m'avez fourni, Messieurs, une occasion que je me garderai de 
négliger. Je remplis un devoir dont j'aime à m'acquitter en remerciant les 
hommes éminents qui de tous les points du monde ont répondu à l'appel 
de la France, et ceux qui sont venus visiter notre Exposition. 

Par le concours de plusieurs circonstances, celte Exposition a un carac- 
tère particulier que je tiens h signaler. Ce n'est pas seulement un splendide - 
étalage de richesses et de produits industriels ; elle est la démonstration 
éclatante du progrès de l'humanité et elle marque l'état actuel de la civi- 
lisation dans le monde. (Applaudissements.) 

Vous, Messieurs, vous nous donnez ici le précieux concours de vos lu- 
mières dans un ordre spécial de recherches qui tendent à la réparation 
de malheurs immérités ; vous êtes en quelque sorte le témoignage vivant 
des efforts faits sur tous les points du globe pour remédier à des maux que 
l'humanité renferme en elle-même, et vous nous donnez l'état général des 
progrès réalisés. Ces progrès sont immenses, puisqu'on relève presque au\ 
conditions communes ces intelligences qui , par la privation de la lumière, 
semblaient condamnées à une éternelle infériorité. C'est un grand bien- 
fait pour la société ; les aveugles en bénéficient ; ils en font bénéficier les 
autres. 

Ce sont là de ces progrès dont l'homme a le droit d'être fier, car ils 
procèdent du sentiment le plus généreux et ils n'ont pas de contre-partie 
douloureuse. (Applaudissements. ) 

Nous ne saurions donc trop vous remercier, Messieurs, de votre em- 
pressement à faire profiter la France des améliorations réalisées par cha- 
cun de vous dans son pays. Il sortira de ce Congrès quelque chose de 
fécond; il en sortira des éludes sérieuses, des améliorations utiles et un 
programme ou plutôt un système de législation et de réglementation géné- 
rale, ce qui est le but vers lequel nous tendons. (Approbation unanime.) 
Mais je voudrais qu'après que vous vous serez séparés il restât de ce 
Congrès quelque chose de plus que le compte rendu de vos travaux. Ces 
comptes rendus ont bien leur utilité, sans doute; mais ils ne portent pas 
avec eux la vie, le mouvement fécond qui naît de l'échange des idées et des 
rapports des hommes entre eux. Je voudrais vous voir instituer une sorte 
de Congrès permanent , une association internationale entre les hommes 
qui poursuivent le même but, se livrent aux mêmes travaux, se dévouent 
à la même idée. Ils se retrouveraient à des époques déterminées pour se 
rendre compte des efforts tentés et des améliorations réalisées. (Marques 
unanimes d'adhésion. Bravo ! bravo !) 



— 105 — 
Presque toutes les sciences ont trouvé cette forme nouvelle du travail 
en commun; toutes les spécialités scientifiques, artistiques et industrielles 
ont des associations ou congrès permanents qui se réunissent tantôt en 
France, tantôt en Italie, tantôt en Allemagne, en Belgique, en Espagne, 
et où des hommes que rapprochent des préoccupations identiques et des 
études communes apportent les résultats de leurs travaux et de leurs dé- 
couvertes. (Assentiment.) 

Ne pourriez-vous pas en faire autant ? 11 y aurait à cela un double avan- 
tage : ce serait d'abord de vous permettre d'appliquer, dans la mesure du 
possible, les réformes dont vous signaleriez l'opportunité; ce serait ensuite 
une association durable entre tous les hommes de bien ou de science qui 
recherchent le moyen d'améliorer le sort d'infortunés auxquels toute notre 
compassion est acquise. (C'est vrai! c'est vrai! Très bien!) 

Je ne sais si j'exprime une idée réalisable. Vous êtes mieux que moi à 
même de savoir si une telle association est possible. Cette pensée m'est 
venue à la vue d'associations de même nature qui me semblent inaugurer 
une forme nouvelle du progrès dans le monde. [N'est-ce pas, en effet, quel- 
que chose de nouveau que ces Congrès qui se réunissent de toutes parts et 
qui, par leurs résultats, inaperçus peut-être au premier abord, ne peuvent 
manquer d'imprimer une forte impulsion à la marche de l'humanité? 
Ainsi tous les peuples concourent au bien commun, et les progrès so- 
ciaux n'ont plus de frontière. Lorsqu'on voit à l'œuvre ces associations 
internationales , la pensée se porte vers un avenir qui serait dans tous les 
cas une belle chimère : l'union des peuples pour le progrès du genre 
humain. 

Mais j'abandonne ces vues peut-être lointaines, en vous livrant l'étude 
d'une association possible, et je termine en vous exprimant de nouveau 
toute ma gratitude pour l'honneur que vous m'avez fait en m'appelant à 
présider cette séance. 

Je ne veux retenir des éloges immérités dans leur forme trop bienveil- 
lante que m'a adressés M. Nadault de Buffon qu'une seule chose : c'est 
que je suis guidé par les mêmes sentiments que vous et animé de la même 
ardeur pour le bien. 

En m'associant à votre pensée, je m'élève à votre hauteur; et c est a 
cette seule condition que je puis accepter les paroles qui m'ont été adres- 
sées au commencement de cette séance. (Très bien ! très bien !) 

Je vous ai soumis de prime saut quelques idées que m'a suggérées ma 
présence au milieu de vous. Nous allons passer maintenant à quelque 
chose de vraiment utile, à la lecture des rapports préparés pour la séance. 
( Applaudissements prolongés.) 

M. Nadault de Buffon. Je me ferai encore une fois l'interprète des sen- 



■■ 



— 106 — 

timents de l'assemblée en adressant de nouveaux remerciements à M. le 
Ministre pour l'assurance qu'il veut bien nous donner que nos travaux 
ne seront pas infructueux. 

M. le Ministre , dans ce qu'il nomme une improvisation, qu'il nous sera 
bien permis d'appeler un éloquent discours, a parlé de la confraternité 
des peuples. Qu'il me permette de relever le mot et de lui dire que le 
sentiment avec lequel les nombreux représentants étrangers sont venus ici 
est un sentiment de profonde gratitude envers la France et ses hommes 
d'État (Applaudissements), envers la France qui, tandis que le monde était 
agité par des appréhensions de guerre, alors que les cabinets étrangers 
craignaient qu'obéissant à des excitations intéressées elle ne se jetât dans 
de nouvelles aventures, n'a jamais cessé de parler de paix. Tandis que les 
canons roulaient vers l'Orient, en France on édifiait le palais de la Paix : 
et le jour où la conflagration éclatait comme un effroyable orage, la 
France, confiante dans l'idée généreuse dont elle s'était faite l'apôtre, 
inaugurait solennellement sa troisième Exposition universelle. (Mouvement.) 

Le succès de l'Exposition universelle de 1878 sera une des gloires de 
la France républicaine et restera l'honneur des hommes qui y auront pris 
part ; car la France amie de la paix sera toujours plus grande parmi les 
peuples que la France champion de la guerre. (Applaudissements et bravos 
répétés.) 

M. Meyer, délégué de la Hollande. Je viens à mon tour, au nom de tous les 
honorables délégués étrangers, vous remercier chaleureusement et de bon cœur, 
Monsieur le Ministre, de vos bonnes paroles. Si nous nous sommes réunis ici 
de toutes les parties du monde pour apporter notre concours au Congrès, c'est 
dans le but principal de fonder une vaste association internationale ; nous 
sommes heureux de voir que vous en prenez l'initiative, et nous vous en remer- 
cions. Nous remercions la France de son accueil ; nous n'avons pas, croyez-le 
bien, oublié que c'est à la France qu'est due la fondation de la première école 
pour les aveugles. (Vive et générale approbation. Applaudissements.) 

M. le Ministre. Je vous remercie de vos chaleureuses et sympathiques pa- 
roles, et je vous prie d'exprimer à vos collègues étrangers toute ma reconnais- 
sance, non seulement en mon nom, mais au nom de la France, à laquelle je 
rapporte tout. 

M. Nadault de Buffon. Il est d'usage , le jour où l'on pose la première pierre 
d'un édifice, d'y placer une médaille commémorative. La présence de M. le 
Ministre à cette séance, les paroles qu'il vient de prononcer, fixeront la date de 
la fondation de la Société internationale pour l'amélioration du sort des aveugles, 
et la médaille du monument rappellera le nom de M. de Marcère, ministre de 
l'intérieur. 

Nous allons passer à l'examen des questions à l'ordre du jour. 



— 107 — 
La parole est à M. le D r Bonnafonl, médecin principal des armées, en retraite, 
membre correspondant de V Académie de médecine. 

CONSIDÉRATIONS MÉDICO-PSYCHOLOGIQUES 

SUR LES SOURDS ET LES AVEUGLES. 

M. Bonnafont. De toutes les infirmités qui peuvent atteindre l'espèce humaine 
à tout âge, mais surtout à une époque rapprochée de la naissance, la priva- 
lion de l'ouïe ou de la vue est la plus à redouter. C'est par elles que l'homme 
s'instruit, qu'il connaît et compare. C'est par elles qu'il peut apprendre de 
bonne heure à obéir, de même qu'elles lui servent plus tard à exercer son 
commandement et à dominer tout ce qui l'entoure. C'est à elles enfin qu'il doil 
les attributs de son indépendance intellectuelle, de môme que la source de^ 
nobles et généreux sentiments. 

Si le fonctionnement normal de ces deux sens donne à l'homme une telle 
supériorité, la privation de l'un d'eux doit nécessairement exercer une fâcheuse 
influence sur ses facultés; l'absence de tous deux le réduit à un état d'idio- 
tisme. 

Mais quel est le degré d'importance que chacun d'eux exerce isolément sur 
la condition intellectuelle et sociale de l'homme? 

C'est là une question que philosophes, psychologues et gens du monde se 
posent bien souvent. Chacun se préoccupe de savoir et d'expliquer pourquoi les 
aveugles paraissent généralement gais, contents et recherchent la société, 
tandis que les sourds, au contraire, malgré le sens de la vue qui leur permel 
de se suffire bien plus facilement à eux-mêmes, sont tristes et recherchent la 
solitude. .Cette différence, qui a lieu de surprendre et qui est en raison inverse 
de l'importance que nous attachons à ces deux sens, a été diversement expliquée. 

Montaigne a dit, à propos de l'importance des sens de la vue et de l'ouïe : 

Je vois plusieurs animaux qui vivent une vie entière et parfaite, les uns sans la 
vue, les autres sans l'ouïe. J'ai vu un gentilhomme de bonne maison aveugle-né, au 
moins aveugle de tel âge qu'il ne sait ce que c'est que de voir; il entend si peu ce qui 
lui manque qu'il use et se sert comme nous de paroles propres au voir et les applique 
d'une manière toute sienne et particulière. 

Quant à l'importance des sens, philosophes et psychologues paraissent bien 
unanimes à accorder cette prérogative au sens de l'ouïe. L'olfaction et la gus- 
tation se lient d'une manière aussi intime que la vue et le toucher. 

L'odorat prévient le goût et le dispose à rechercher ou à fixer les aliments 
suivant l'impression qu'il en reçoit. Les mêmes observations peuvent être faites 
pour la vue relativement au toucher; mais le sens de l'ouïe est plus indépen- 
dant, plus isolé, ses relations avec les quatre autres sens sont très faibles el 
peu communes; ni la vue ni le toucher ne peuvent recueillir les impressions 
qui lui échappent; on pourrait même dire, relativement aux attributs ultimes 
des sens, que, dans la plupart des cas où nos facultés les mettent en action, les 
cinq sens se réduisent en réalité à trois. 

Ainsi, à combien d'erreurs la vue ne nous induirait-elle pas si, à côté d'elle, 
nous n'avions le toucher pour les rectifier? Que les objets soumis à son influence 



w 



— 108 — 

soient rapprochés, elle nous donnera une idée assez juste de leur forme, de 
leur couleur, etc. ; pour peu qu'ils soient éloignés, l'ensemble du tableau échap- 
pera et les détails n'en seront transmis que confusément au cerveau ; puis en- 
core combien d'objets que, par leur forme symétrique et leur couleur allrayanle, 
la vue présente à notre esprit comme autant d'éléments de convoitise et qui 
sont bientôt repoussés tantôt par l'odorat, et plus sou\ent encore par le goût! 

Toutes ces relations, ou mieux cette communauté entre les quatre sens 
s'accomplissent sans aucune participation de l'ouïe, qui demeure complètement 
indifférente à toutes ces combinaisons, à tous ces échanges réciproques de bon 
voisinage. 

Placé un peu plus loin, l'appareil de l'audition agit avec une entière indé- 
pendance. Ce qu'il perçoit et ce qu'il entend, de loin comme de près, il le 
transmet seul, sans subir l'influence d'aucun modificateur. Qu'un son parcoure 
l'espace, quel que soit le point de départ, s'il arrive jusqu'à l'oreille, il sera 
perçu avec toutes les qualités qu'il avait au moment de son émission, seule- 
ment avec des intensités eu sens inverse de la distance parcourue. Ainsi, qu'il 
soit aigu ou grave, fort ou faible, le son sera entendu sans altération. Les autres 
sens, pas même la vue, cette grande rivale de l'ouïe, ne participent à l'accom- 
plissement de cette fonction, à laquelle ils ne peuvent apporter la plus légère 
modification. 

Pour celui de la vue, Montaigne ajoute: 

Combien le cercle de nos plaisirs et de nos connaissances resterait rétréci , si , bornés 
au toucher, nous étions privés des secours et des jouissances de la vue! Mais l'œil s'est 
ouvert , et soudain nos regards ont embrassé le ciel et la terre ; la nature est devenue 
pour nous un immense tableau paré de tout le luxe des couleurs, animé par le mouve- 
ment et la vie. 

Après ce panégyrique très juste de la vue, le savant philosophe continue 
ainsi : 

Cependant, malgré les brillantes prérogatives de la vue, l'ouïe est encore le plus 
noble de tous les sens, parce qu'il est celui qui sert le plus au perfectionnement des 
facultés intellectuelles. Sans l'ouïe, l'homme inuet serait réduit au langage d'action, et 
son intelligence aurait les mêmes limites que son langage. 

Ce ne sont plus seulement des bruits plus ou moins torts, des sons plus ou moins 
mélodieux, des symphonies plus ou moins harmonieuses que l'ouïe fait parvenir jusqu'à 
nous, c'est la pensée elle-même qui, transmise à travers les airs, s'échange ainsi entre 
tous les hommes. 

Lecat, après avoir fait ressortir les avantages et la délicatesse de l'appareil 
de l'audition , termine par ces belles paroles : 

L'ouïe est un des sens les plus précieux ; sa perte peut être comptée au nombre des 
plus grands malheurs , et comme une espèce de mort prématurée. 

La plupart des philosophes, tels que Locke, Condillac, etc., partagent cette 
opinion, quoiqu'ils soient moins explicites, et cela se conçoit; car aux méde- 
cins seuls est peut-être réservé le privilège d'approfondir et d'expliquer, autant 
que l'intelligence humaine le permet, ces phénomènes psychologiques dont 
la production se lie d'une manière si intime avec la perfectibilité de l'orga- 
nisation de l'homme. 



— 109 — 

La manière dont s'effectueut les sensations de l'ouïe et de la vue nous four- 
nira peut-être encore quelques arguments en faveur de noire thèse. Dans la 
vision, par exemple, que se passe-t-il? Un rayon lumineux part d'un point 
quelconque d'un objet éclaire, frappe la surface de l'œil, traverse toutes les 
parties qui composent cet organe, pour de là, eu suivant la direction des 
nerfs optiques, aller produire la sensation. 

Mais tout cela se fait simplement, sans secousse, sans produire aucun ébran- 
lement destiné, comme dans le sens de l'audition , à imprégner, qu'on me passe 
celte expression, toute la masse encéphalique du fluide qui constitue ce sens. Il 
résulte de ce mode de transmission qu'un obstacle le plus léger, un tissu très 
mince, suflit pour intercepter complètement les rayons lumineux, et, par suite, 
suspendre la fonction de l'organe visuel. C'en est l'ait alors de la sensation, 
l'individu restera plongé dans les ténèbres. Examinons maintenant si les choses 
se passent ainsi pour l'audition et si le sensorium commune, comme on est con- 
venu de l'appeler, n'est pas impressionné d'une manière plus complexe. Un 
coup étant donné sur un corps vibrant, les molécules aussitôt mises en mou- 
vement produisent le son; celui-ci, se détachant du point d'origine, parcourt 
l'espace, non comme la lumière, en ligne droite, mais en formant des spirales 
connues sous la dénomination d'ondes sonores. Ce mode de transmission nous 
démontre déjà que celles-ci occupent bien plus d'espace et que, dans leur pro- 
gression, elles déplacent une bien plus grande quantité d'air. Les rayons lumi- 
neux, en effet, agissent en perçant subtilement en ligne droite les couches at- 
mosphériques et sont le résultat d'une simple émission. 

Le son, au contraire, produit d'une percussion, semble agir lui-même en 
percutant tout ce qu'il rencontre et en imprimant une commotion à tous les 
milieux qu'il traverse, avant d'arriver à l'organe chargé d'en recevoir l'impres- 
sion. De cette manière de procéder de ces deux fluides doit résulter nécessai- 
rement une graude différence dans le mode de leur perception, ainsi que dans 
les effets qu'ils produisent. 

Professant cette opinion que le sens de l'ouïe a une plus grande part dans 
le développement de nos facultés intellectuelles, voici comment, après avoir 
longuement réfléchi à ce sujet, nous croyons pouvoir l'expliquer. 

Des deux sens qui président l'un à la vue, l'autre à l'audition, quoique tous 
deux d'uue importance majeure, il paraît évident que celui de l'ouïe en a une 
bien plus grande sur l'intelligence et qu'il pénètre plus profondément dans le 
sens intime de la pensée, à laquelle il s'associe inliniment mieux que la vue. 
N'est-ce pas l'ouïe qui préside à la parole, cet instrument puissant de toutes 
nos relations, el celui qui établit la plus grande distinction entre l'homme et les 
auimaux? Aussi pourrait-on dire que l'appareil de l'audition représente l'entrée 
principale des sensations intellectuelles et que la parole en est la sortie. 
Voyez la différence qui existe entre un aveugle de naissance et un sourd. 
Le premier sera privé, il est vrai, de la faculté de jouir de la forme et de la 
couleur des corps; en un mot, il ne pourra contempler l'admirable harmonie 
que le Créateur a mise entre tous les êtres qui couvrent la surface du globe; 
mais, si grande que soit cette privation, peut-elle se comparer à celles si 
nombreuses et si essentielles qu'entraîne la perle de l'ouïe ? 



I 



■ 



— 110 — 

Les neuf dixièmes de la vie ne se résument-ils pas dans les jouissances que 
l'esprit retire de la faculté d'entendre ce qui se passe ou ce qui se dit, et de 
pouvoir ensuite échanger ses pensées au moyen de la parole? 

Comparez la différence qu'il y a entre un sourd de naissance et un aveugle 
sous le rapport intellectuel, soit qu'ils aient été soumis à une éducation spéciale 
ou abandonnés aux seules influences de la société. Les facultés affectives 
u'existent en général chez le sourd- muet qu'à un faible degré, tandis que cbez 
l'aveugle elles acquièrent une délicatesse extrême. 

L'aveugle, à qui la forme et la couleur des objets sont inconnues, se résigne 
d'autant plus facilement à cette privation que ses autres sens ne peuvent 
rien connaître au delà de la limite tracée par l'organe de l'ouïe, dont l'inté- 
grité lui procure d'ailleurs des jouissances incessantes. Il n'y voit pas, c'est 
vrai; mais n'entend-il pas la voix d'une mère, d'un ami, d'une femme, et 
surtout celle de ses enfants? Puis, avec le secours de l'ouïe, ne peut-il pas 
prendre une part très active dans tout ce qui se dit et se passe autour de lui ? 
H y a mieux: ne jugeant les choses que par ce qu'il entend, son esprit reste 
étranger aux émotions plus souvent distractives qui nous viennent par les yeux. 
Voilà pourquoi, selon nous, l'aveugle qui entend est généralement moins mé- 
lancolique que le sourd qui y voit. 

En général , les aveugles qui ont eu le bonheur de recevoir de l'instruction 
peuvent s'adonner à un genre de travail en rapport avec leurs aptitudes; 
tous trouvent dans cette culture intellectuelle de tels attraits qu'ils finissent 
peu à peu, sinon par oublier, du moins par s'habituer à la perte d'un sens qui 
leur procurerait plus de distractions que de vraies jouissances. 

C'est que le sens de i'ouïe ne peut pas exercer sur celui de la vue une in- 
fluence aussi grande que celui de la vision sur celui de l'audition; car, si dési- 
reux que soit l'aveugle de voir ceux qu'il entend, cela ne peut être comparé 
au désir du sourd d'entendre ceux qu'il voit. 

C'est là une observation qui résulte de nombreuses comparaisons que nous 
avons été à même de faire sur un bon nombre de sourds et d'aveugles égale- 
ment intelligents. Tout le monde dit cependant qu'il vaut mieux être sourd 
qu'aveugle. Cela est vrai, car celui qui conserve la \ue peut se suffire plus fa- 
cilement et se passer physiquement du secours des autres. Mais cela ne dé- 
truit en rien la condition morale qui accompagne ces deux infirmités. C'est 
dans cette différence de sensations que nous trouvons l'explication de la quié- 
tude que conservent dans leurs relations intimes les aveugles qui entendent 
et de la mélancolie dans laquelle ne tardent pas à tomber les sourds qui ont 
conservé la faculté de voir. 

Le sourd, fatigué de ne pouvoir entendre ce qui se passe ou se dit autour de 
lui, s'éloigne peu à peu de la société et finit par ne trouver quelque jouissance 
que dans la solitude; tandis que l'aveugle, ne vivant que par les charmes de la 
conversation et de cette admirable harmonie que la parole répand entre tous 
les êtres parlants, trouve un bonheur ineffable là où le sourd ne rencontre que 
de l'ennui. 

Un l'ait constant qui mérite d'être pris en considération, c'est que la solitude, 
cette giaude instigatrice du travail , développe l'intelligence et décuple l'aptitude 



— m — 

intellectuelle chez l'aveugle qui entend, tandis que l'isolement all'aiblil peu à 
peu les facultés du sourd qui y voit. 

Si le sourd qui voit rencontre des jouissances assez grandes dans la con- 
templation des objets qui l'environnent, l'aveugle qui entend en trouve de plus 
vraies et surtout de plus durables, quoique plus restreintes, dans les impres- 
sions qui lui viennent des sens intimes. Les premières sont susceptibles de 
s'émousser et s'émousseut, en effet, avec l'âge, tandis que les secondes vont 
toujours en augmentant, si borné que soit le cercle qui l'entoure. Ou peut 
dire que le sourd qui y voit vit plus par le sens des relations, tandis que 
l'aveugle qui entend trouve l'aliment vital dans les sensations qui siègent au 
cœur et qui parlent à l'âme. 

Nullement détourné par les impressions du sens de la vue qui apporte avec 
lui des distractions vives, nombreuses et continues, son attention se concentre 
sur celles que l'ouïe lui permet de recueillir, et cela avec une énergie que 
nous avons peine à concevoir; d'où il serait peut-être permis de tirer cette con- 
clusion: que la vue, malgré les immenses services qu'elle rend à l'intelligence, 
sert plus spécialement les instincts, tandis que l'ouïe, tout en secondant par- 
fois les penchants instinctifs, est plus intimement liée et dévouée aux facultés 
intellectuelles. 

On pourrait peut-être trouver des preuves de celte proposition en étudiant 
le rôle que remplissent les sens de la vue et de l'ouïe dans les diverses condi- 
tions sociales de l'homme. Il ne serait peut-être pas difficile de prouver que 
plus l'homme s'éloigne de l'état de civilisation, plus il se sert de la vue pour se- 
conder ses besoins matériels, tandis que l'homme civilisé et instruit, dont les 
relations incessantes exigent l'emploi de la parole, se sert plus particulièrement 
de la faculté d'entendre. 

Ne voit-on pas, d'ailleurs, chez les animaux, la délicatesse de la vue être en 
raison de leurs instincts féroces? Tous les carnassiers, quel que soit le genre 
auquel ils appartiennent, passent pour avoir une subtilité et une portée dans 
ce sens qui sont toujours en rapport avec le degré de leur voracité; l'ouïe, chez 
ces animaux, ne joue qu'un rôle secondaire. 

L'aveugle est communicatif et sociable; son cœur a besoin de s'épancher; 
parce qu'il est sensible, il juge les personnes qui l'entourent sur la comparaison 
de leurs paroles avec leurs actions, et d'autant mieux que la nuit dans laquelle 
il est enseveli le dispose à la méditation. Les études les plus avancées d'un 
sourd-muet d'une capacité ordinaire pourraient à peine le mettre en état de 
comprendre une question compliquée ou l'instruire au point de lui faire aimer 
la lecture et la littérature. 

Il n'y a que deux sourds-muets, MM. Alexandre Berlhier et Pelissier, qui 
aient publié des ouvrages vraiment littéraires; de Laurent Clerc et de Massieu 
on ne peut citer que des discours et quelques lettres, tandis que parmi les 
aveugles on trouve un grand nombre d'hommes célèbres dans les sciences, les 
arts , la littérature et l'industrie. 

Je me plais, bien que ne partageant pas son opinion, à citer un plaidoyer, 
aussi remarquable par le raisonnement que par le style, de M. Berthier en 
faveur de ses coinfirmes. 



f 



— 1 12 — 

Il n'est pas un seul parlant , dit M. Berlhier, qui n'aime mieux être sourd-muet 
qu'aveugle. 

Effectivement , comment se défendre d'un sentiment douloureux en jetant un coup 
d'œil sur l'intérieur de l'aveugle? Le sourire a beau voltiger sur ses lèvres, l'incarnat 
briller sur ses joues, le sentiment vient s'ensevelir dans le silence de cette figure; tout 
en lui offre la triste image du tombeau; son existence est enveloppée de ténèbres éter- 
nelles, pas un rayon de lumière ne saurait percer .ses paupières engourdies. 

C'est une malheureuse victime que la mort accompagne au milieu des vivants, et 
même au milieu des plus vives clartés. Le sourd-muet, au contraire, jouit comme tous 
les hommes de l'éclat des cieux, des brillantes couleurs des fleurs, des richesses de la 
campagne, de ce qui fait le charme le plus attrayant de la nature et de la vie. Chez lui 
on voit la pensée comme dans une glace transparente. Sa figure n'est pas seulement par- 
lante, elle porte le sceau de la dignité humaine. Son attitude est celle de l'indépendance; 
ses yeux, c'est le sentiment dans toute sa délicatesse , dans toute son énergie, avec plus 
de vivacité même que chez l'homme qui parle; c'est enfin l'âme à découvert, à nu, car 
nous ne savons pas, nous, l'art de feindre et de dissimuler; nous avons beau nous ins- 
truire, la nature garde plus chez nous son empreinte que chez les parlants. Quel œil 
sera jamais assez pénétrant pour découvrir chez nous, au premier aspect, l'infirmité qui 
nous afflige? 

Dufau, l'ancien directeur de l'Institution des aveugles, dit que, malgré tous 
les obstacles qui entravent la marche de l'aveugle dans les sentiers de la vie, il 
n'est guère de carrière à laquelle il ne puisse se rendre apte, à la différence 
des sourds-muets, auxquels un si grand nombre de carrières restent forcément 
interdites; car l'Église, le barreau, l'Administration, ont compté tour à tour 
des aveugles dans leurs rangs. 

La plus grande partie des occupations où préside l'intelligence, dit-il, ne 
sont donc pas nécessairement défendues aux aveugles; leur infirmité n'est nul- 
lement un obstacle à ce qu'ils puissent en pratiquer les devoirs, parce qu'ils 
trouvent quelquefois, dans une subtilité exquise des sens, des moyens de com- 
penser la fatale disgrâce qui les afflige; dans le fait, il ne faut pour les re- 
placer dans tous leurs droits, pour les élever au niveau de ces conditions sociales 
qui semblent au premier abord incompatibles avec l'état de cécité, que se- 
conder leurs efforts. Pouvons-nous en dire autant des sourds-muets? 

Un aveugle privé d'instruction acquiert, rien qu'eu vivant eu société, une 
foule d'idées que les sourds-muets ne peuvent posséder qu'après un grand 
nombre d'années. Enfin, les aveugles instruits peuvent, dans l'adversité, trouver 
plus de ressources que les sourds-muets; c'est moins le travail matériel que 
l'intelligence qui contribue à nous tirer des situations pénibles. 

La vue, qui semble, au premier abord, un grand dédommagement pour les 
sourds, est précisément ce qui augmente la somme de leurs désirs. 

Le soUrd ne pourra jamais prendre sur lui de ne pas désirer entendre ce 
qu'il voit; son supplice est extrême quand nos yeux lui montrent un spectacle, 
un événement lointain ou des personnes absorbées par une conversation à la- 
quelle il ne peut prendre aucune part. Ce qui ajoute à son tourment, c'est 
que, ne pouvant rien entendre, il s'imagine sans cesse que l'on s'occupe de lui 
et de son infirmité. 

L'aveugle qui entend, au contraire, unit par se faire assez bien et même 



— 113 — 

assez vite à sa triste position, alors même que la cécité est accidentelle et sur- 
venue à un âge déjà avancé. 

Il doit suffire, pour étayer cette opinion psychologique, de tracer sommaire- 
ment la biographie de quelques aveugles qui ont joui d'une juste célébrité. 

Dydime, célèbre orateur chrétien (an 3o8), ayant un jour reçu la visite de 
saint Antoine et s'élant plaint au saint solitaire de la perte de la vue, celui-ci 
lui répondit : « Qu'il ne comprenait pas qu'il pût regretter un sens qui est 
commun à tous les animaux, tandis qu'il lui restait celui qui ne se trouve que 
dans les apôtres, et par lequel nous voyons facilement Dieu dans nous- 
mêmes, -n 

JNicaise de Wœrden, qui, après avoir été couronné par l'Université de Lou- 
vain, fut élu docteur, reçut ensuite la permission du pape de se faire ordonner 
prêtre et consacra le reste de sa vie à la prédication ( 1 65g ). 

Ferdinand Charles, musicien, philosophe, orateur, professa longtemps les 
belles-lettres à Paris et se fit ordonner prêtre, afin de satisfaire son goût pour 
la prédication; il mourut à Bourges en 1696 et laissa plusieurs ouvrages latins 
très estimés. 

Marguerite de Ravenne acquit tant de connaissances en théologie et en 
morale qu'elle était souvent choisie comme arbitre. 

Elle dicta à l'abbé Ferme, chanoine de Saint-Jean-de-Latran, le règlement 
de la Congrégation des clercs réguliers, qui, plus tard, servit de base à la 
Compagnie de Jésus (i5o5). 

Correntin Herman, auteur du premier dictionnaire politique et pratique 
qui, plus tard, a inspiré celui de Moreri. 

Scheckins, né à Schorendorf (Wurtemberg), professeur de philosophie et 
de médecine, devenu aveugle, fut si peu sensible à cette perte qu'il refusa les 
soins d'un oculiste célèbre qui offrait de lui faire recouvrer la vue, tant il 
trouvait que son ardeur pour le travail avait augmenté depuis sa cécité (1587). 

Jean le Jeune, né à Poligny, en 1082, devint un prédicateur célèbre; il 
publia des sermons où Massillon lui-même alla puiser des perles, pour en 
orner ses discours. 

Catelain, né à Waraich en 1 555 , devint si habile tourneur qu'il fabriqua 
toutes sortes d'instruments de musique et même des orgues dont les tuyaux 
étaient en bois. 

Biaise, comte de Payan, ayant perdu la vue très jeune, s'adonna à l'élude 
des mathématiques avec tant de succès qu'il devint un astronome des plus dis- 
tingués. 

Sanderson, né à Ehurlsto (comté de York), aveugle de naissance, devint 
un des plus grands mathématiciens de son époque; il a laissé plusieurs œuvres, 
entre autres sa méthode de calcul pour le sens du toucher que Montuclo a in- 
sérée, sous le titre d'arithmétique palpable, dans le tome F r des Récréations 
mathématiques. 

Comiers, né à Embrun, écrivit sur la médecine, les mathématiques, la 
physique, l'astronomie, etc. 

Meel Mœns, Hollandaise aveugle de naissance, acquit une telle instruction 
qu'elle fut couronnée à Gand pour son poème sur la bataille de Waterloo. 

N° 29. g 



— 114 — 

M" 8 Paradis , de Vienne (Autriche) , cantatrice ce'lèbre, vint à Paris en 1 78/1 , 
où sa belle voix la mit bientôt à la mode. Douée d'un grand talent pour la 
composition , cette virtuose avait trouvé le moyen d'écrire elle-même ce qu'elle 
composait, en traçant les accords sur des cartes piquées avec des épingles. 

L'aveugle des Puiseaux avouait parfois qu'il était fort à plaindre d'être privé 
de la vue, et qu'il aurait été tenté de regarder les hommes voyants comme des 
intelligences supérieures, s'il n'avait éprouvé plusieurs fois combien ils lui étaient 
inférieurs à d'autres égards. 

Mais l'aveugle le plus remarquable qui a prouvé combien l'esprit peut réaliser 
de merveilles sans l'intervention de la vue, même dans les choses où, chez les 
clairvoyants, ce sens paraît jouer le principal rôle, c'est Claude Montai. 

Aussi ne pouvons-nous résister au désir de donner quelques détails sur la 
vie de cet homme célèbre. 

Montai (Claude), né en 1800 à la Palisse, devint aveugle à l'âge de cinq 
ans; il fut envoyé à l'Institution de Paris, où ses progrès furent tels qu'il fut 
nommé bientôt répétiteur. Lié intimement avec son condisciple Tourasse qui 
était un bon menuisier,' il excella lui-même dans cet art; les deux jeunes 
aveugles, confiants dans leur expansive intelligence, conçurent le hardi projet 
de réparer les pianos à l'école; ils obtinrent un succès complet et furent en- 
suite chargés de réparer et d'accorder l'orgue de la chapelle. Montai ne s'arrêta 
pas là; Dufau, le savant directeur de l'Institution de Paris, nous apprend qu'il 
conçut le projet de conquérir à ses compagnons d'infortune la profession 
d'accordeur de pianos. 11 fit, en conséquence, une étude approfondie de tous 
les systèmes relatifs à cet art qu'il transforma radicalement; jusque-là les ac- 
cordeurs voyants n'avaient guère procédé que par routine, tandis que Mon- 
tai se servit de ses connaissances musicales et acoustiques pour concilier dans 
la pratique les différentes théories. 

L'Institution des aveugles ne lui ouvrant pas un champ suffisant pour don- 
ner un libre essor à ses connaissances, il quitta l'établissement en i83o. 
Que de difficultés l'attendaient 1 II ignorait encore combien le talent le plus ho- 
norable et le mieux acquis rencontre d'obstacles, même pour être mis à l'essai. 
Puis, comment faire croire aux voyants qu'un aveugle pouvait êlre un bon 
accordeur de pianos? Cependant un professeur du Conservatoire, M. Laurent, 
voulut, par simple curiosité, essayer le talent de l'aveugle et lui confia deux 
pianos qu'aucun accordeur n'avait pu maintenir au même ton. Montai réussit 
à dompter les cordes rebelles aux lois de i'uuisson. M. Laurent, étonné, ravi, 
prôna Montai comme le meilleur accordeur de pianos à Paris. A la protection 
de Laurent se joignit bientôt celle de deux célèbres compositeurs, Zimmer- 
mann et Adam. Sous l'égide de ces deux maîtres si autorisés, Montai acquit 
bientôt une position honorable, fit des cours publics d'accord de piano et 
publia en i83o un traité spécial sur la matière. 

Mais Montai, que son intelligence poussait toujours, après avoir conquis la 
position d'accordeur, ambitionna celle de facteur. 

C'est ainsi qu'en 1862, il prenait un brevet d'invention pour deux perfec- 
tionnements dans le mécanisme des pianos. II a été décoré de la Légion 
d'honneur, et, à l'Exposition de Londres, il a obtenu la médaille d'or. 



— 115 — 

Les voyants ont peine à comprendre qu'un aveugle puisse seulement mettre 
en place les pièces si nombreuses et si délicates qui entrent dans la composi- 
tion d'un piano; on se refuse à croire qu'il puisse les fabriquer. 

Quelle intelligence, quelle perfection dans le toucher pour atteindre à 
un pareil résultat! 

Plaingeon , célèbre mathématicien , est surnommé le Sanderson du xix° siècle. 

Fournier, élève de Plaingeon, devenu géographe habile et savant dans le 
calcul, acquit une surprenante aptitude en calligraphie. Haùy raconte que 
peu de personnes ont poussé l'écriture à un plus haut degré de perfection. 

M"" Osmont, fille de M mo Minette, du Théâtre-Français, s'occupa de litté- 
rature, devint habile musicienne; elle aidait beaucoup sa mère à apprendre ses 
rôles. M" e Mars la voyait souvent; et c'est eu étudiant cette jeune et si inté- 
ressante aveugle qu'elle parvint à jouer avec une si rare perfection et tant de 
naturel le rôle de Valérie, où elle obtint un si grand succès. Aussi M"° Mais 
envoya-t-elle un jour à Sophie Osmont un riche bracelet avec cette inscrip- 
tion : tr Valérie à Sophie." 

M rao Virnot, de Lille, qui acquit en peu de temps des connaissances très éten- 
dues en littérature, en histoire, en philosophie. 

Klinhaus, devenu aveugle à l'âge de cinq ans, fut un statuaire célèbre. 

A côté de Klinhaus, nous pouvons placer un sculpteur français de Paris, 
M. Vidal, qui, ayant complètement perdu la vue à quinze ans, exécute des groupes 
d'animaux d'une rare perfection. Nous avons visité son atelier rue d'Enfer, et 
en admirant certains sujets, entre autres une lionne déjà coulée en bronze el 
un groupe cynégétique, on se demande comment les mains seules, sans le 
secours de la vue, ont pu ménager une si grande pureté dans les proportions 
et dans la pose de l'homme, du chien, du lièvre, si remarquablement saisies. 

Augustin Thierry, ce bénédictin moderne, qui, malgré sa cécité, a produit 
des travaux si remarquables et si nombreux, répondait: «Si j'avais à recom- 
mencer ma route, je prendrais celle qui m'a conduit où je suis. Aveugle et 
souffrant, sans espoir et sans relâche, je puis rendre ce témoignage, qui dans 
ma bouche ne sera pas suspect. Il y a au monde quelque chose qui vaut 
mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la 
santé elle-même, c'est le dévouement à la science.'» 

Nous terminerons en disant quelques mots de cet aveugle qui, depuis la 
fondation du Gouvernement belge jusqu'à sa mort, a fait la gloire de son 
pays. Qui n'a entendu parler de Rodenbach, de cet homme qui, malgré sa 
cécité presque de naissance, acquit une solide instruction? Rodenbach, après 
avoir déjà publié plusieurs ouvrages didactiques sur les sourds-muets et sur 
les aveugles, tourne son intelligence du côté de la politique et, par la publi- 
cation d'un journal en 1828, prépare les esprits à la révolution belge de 
i83o, à laquelle il prend une part des plus actives comme chef de parti, investi 
d'une très grande confiance. 

Député à l'Assemblée nationale belge de i83i , Hodenbach s'y est fait re- 
marquer par la justesse de son jugement, par son talent oratoire et son patrio- 
tisme. C'est bien en parcourant les travaux politiques el littéraires de cet homme 
qu'on peut dire: Studieux, attentif, réfléchi et profond comme un aveugle. 

8. 



— 116 — 

On voit, par ce qui précède, que l'aveugle est communicatif et sociable, 
enclin à la méditation et généralement doué d'une mémoire prodigieuse. Cette 
aptitude a donné naissance au Japon à une congrégation d'aveugles-nés pré- 
posés à la garde des traditions historiques du pays qu'ils transmettent d'âge 
en âge. 

Voici l'opinion de Guadet, l'ancien et savant directeur des études à l'Institut 
des jeunes aveugles de Paris : 

Sous le rapport intellectuel, saut' quelques idées que l'aveugle ne peut acquérir, 
quelques notions qu'il ne peut avoir, il est, à peu de chose près , dans les conditions com- 
munes. Il acquiert, avec plus de facilité que nous ne pouvons le faire, les idées simples 
ou complexes que le tact, le goût, l'odorat, peuvent transmettre à l'esprit. Enfin, l'ouïe 
et la parole, ces précieux instruments de l'intelligence, le mettent en rapport constant 
avec le monde moral , et la conversation , source féconde de connaissances de toutes 
espèces, la conversation dont les aveugles sont si avides, n'a pour eux aucun mystère. 
Ici le sourd-muet reste bien en arrière. 

On pourrait donc se résumer ainsi : L'aveugle illettré est comme étranger dans le 
monde physique , le sourd-muet dans le monde moral ; le sourd-muet , face à face avec 
les difficultés matérielles, les surmontera beaucoup mieux que l'aveugle : en présence 
de difficultés morales, l'aveugle saura prendre un parti bien mieux que le sourd-muet. 
L'un tranchera le nœud gordien à la manière d'Alexandre; l'autre, comme OEdipe , 
domptera le sphinx en expliquant l'énigme. 

Mais l'organe le plus autorisé en celte matière, par l'étude et les expériences 
nombreuses qu'il a pu faire sur lui-même, c'est le célèbre aveugle de Roubers, 
Rodenbach, député de l'Assemblée belge, et aux travaux duquel je suis heu- 
reux d'emprunter les passages suivants : 

Les aveugles sont-ils plus malheureux que les sourds-muets? 

Cette question a été de tout temps l'objet d'une sérieuse controverse parmi les savants 
et les gens de lettres. Pour apprécier dans toute son étendue l'état de ces deux espèces 
d'infortunes, il faudrait, pour ainsi dire, avoir éprouvé successivement chaque infir- 
mité. Lorsque les aveugles ou les sourds-muets prennent part aux débats , il semble 
qu'ils y aient un intérêt trop direct, et l'on n'écoute volontiers personne dans sa propre 
cause. 

Il est presque impossible de parler des sourds-muets sans s'occuper des 
aveugles, et ces infirmités, si différentes en apparence, ont cependant beau- 
coup d'analogie, parce qu'elles offrent, des deux côtés, l'absence d'un sens 
principal et qu'on ne peut parler d'une classe de ces infortunés sans que le 
sujet vous amène naturellement à parler de l'autre. 

Les aveugles, dit Rodenbach, sont naturellement gais et peuvent éviter l'isolement. 
Les plus pauvres trouvent toujours à qui parler, ils se recherchent les uns les autres , et , 
en se communiquant leurs peines, ils les atténuent; tandis que les sourds-muets sont 
toujours isolés au milieu de la société, car peu de personnes connaissent leurs signes 
pour converser avec eux. L'écriture n'offre qu'un moyen long et fatigant pour les indif- 
férents, puis bien des gens pensent que c'est une sottise de s'ennuyer pour les autres; 
il n'y a guère que des parents ou des amis intimes qui soient disposés à cette extrême 
complaisance. 

Cet inconvénient est bien diminué pour les sourds-muets qui ont appris 



_ 117 — 
à parler et à lire sur les lèvres; mais on conçoit que ce langage, utile poul- 
ies besoins de la vie, devient presque nul en société et ne peut guère servir à 
une conversation prolongée. Ajoutons que des idées acquises avec tant de peine 
ne peuvent jamais arriver à un grand développement; ainsi, tandis qu'au 
milieu d'un cercle le sourd-muet est triste, soutirant, l'aveugle est gai; il 
oublie son malheur dans le charme de la conversation. 

Si l'on étudie attentivement l'état moral des sourds-muets, on voit que leur 
âme est en quelque sorte enchaînée avec leur langue, dont tous les efforts 
ne parviennent à faire entendre que des sons monotones et désagréables. 

Il est permis d'espérer que le perfectionnement apporté dans les différentes 
méthodes d'enseignement, le zèle et le dévouement des personnes chargées 
de les appliquer élargiront le cercle de l'instruction des sourds-muets. 

Je ne connais pas de mission plus ingrate, plus digne et qui exige plus de 
patience et d'abnégation, que celle, non pas de taire parler, mais seulement 
d'obtenir d'un sourd-muet l'articulation de quelques phrases intelligibles pour 
tout le monde; je dis avec intention : intelligibles pour tout le monde, parce 
qu'un sourd-muet classé parmi les parlants ne peut converser avec quelqu'un 
qu'autant qu'il a acquis l'habitude d'étudier et de lire sur le mouvement de ses 
lèvres. J'ai toujours trouvé les sourds-muets parlants embarrassés pour com- 
prendre un interlocuteur étranger. 

On a observé qu'autant les sourds-muets sont dociles quand on les traite 
avec douceur, autant ils sont insoumis quaud ils se croient victimes d'une injus- 
tice. 

Il n'est pas rare, dans les cours d'assises, de rencontrer sur le banc des ac- 
cusés des sourds-muets coupables d'infractions à des lois qu'ils ne connaissent 
pas, tandis qu'on y voit rarement des aveugles. 

Il y a aussi fort peu d'exemples d'aveugles qui soient devenus fous ou idiots ; 
le contraire se voit fréquemment chez les sourds-muets, dont un quarantième 
environ se compose d'idiots. 

Lors de la visite de l'empereur du Brésil à l'Institution des sourds-muets de 
Paris (1872), une grande dame qui l'accompagnait raconta ce fait, à l'abbé 
Lambert, le digne et savant aumônier de l'établissement : 

Il y a quelques années, je me trouvai en présence d'un aveugle et lui demandai 
pourquoi l'aveugle en général était toujours gai quand on l'abordait, tandis que le 
sourd-muet était triste. 

Il me répondit : « Madame, la raison en est simple; c'est que lorsque vous venez à 
l'aveugle pour causer avec lui, vous lui apportez la joie en lui faisant un instant ou- 
blier son infirmité, tandis que quand vous abordez le sourd-muet, vous lui apportez 
la tristesse, en lui rappelant qu'il est infirme, puisqu'il ne peut ni vous entendre m 
parler.» 

Vaut-il mieux être sourd-muet qu'aveugle? 

Il y a quelques années, dit l'abbé Lambert, j'avais prêché la retraite pascale à l'Ins- 
titution des jeunes aveugles de Paris. Après la retraite, je prenais ma récréation au 
milieu des élèves; or, parmi ces jeunes aveugles, j'en avais remarqué un qui me pa- 
raissait fort intelligent, et je lui dis : trMon cher ami, à part tout amour-propre, qui 
fait que l'aveugle se préfère au sourd-muet et que le sourd-muet se préfère à l'aveugle. 



_ 118 — 

veuillez me dire franchement ce que vous pensez : Vaut-il mieux être sourd qu'aveugle?» 
Voici sa réponse, qui m'a paru fort sage : «Si l'on est riche, mieux vaut être aveugle, 
parce que, par les bienfaits de l'instruction et de la conversation, on se trouve plus en 
rapport avec les hommes et on peut mieux jouir des charmes de la société; au con- 
traire, si l'on est pauvre, mieux vaut être sourd-muet, parce que le sourd-muet gagne 
plus facilement sa vie.» 

En résumé, le témoignage le plus évident de l'influence de la vue ou de 
l'ouïe sur les faculte's intellectuelles est celui-ci: 

Que deux enfants nés dans Un état social égal, doués des mêmes aptitudes 
intellectuelles et ayant reçu le même degré d'instruction, deviennent, au même 
âge, supposons quinze ans, l'un complètement sourd, l'autre complètement 
aveugle, sans qu'aucune affection organique, surtout du cerveau, ait précédé 
l'une ou l'autre de ces infirmités. 

Chez le sourd, si la cophase persiste, les facultés intellectuelles ne tarde- 
ront pas à décroître. Sa mémoire surtout s'affaiblira rapidemeut; la parole, n'é- 
tant plus entendue ni dirigée dans ses inflexions, perdra son intonation et 
deviendra insensiblement plus monotone et dissonante, si elle ne disparaît. 

En somme, les aptitudes du sourd s'éloignent peu à peu de toutes celles 
qui exigent une certaine contention d'esprit. 

L'aveugle, au contraire, sentira ces mêmes facultés prendre un essor gé- 
néralement ascendant et deviendra souvent apte aux plus profondes études. , 
C'est un fait psycho-pathologique que j'ai eu maintes fois l'occasion de 
constater. (Applaudissements.) 

M. le Président. Il n'y a pas lieu de mettre aux voix les conclusions du 
rapport de M. le D r Bonnafont pour la partie concernant la psychologie des 
sourds-muets; ses conclusions sont les mêmes que celles que vous avez ap- 
prouvées hier relativement à la psychologie des aveugles. 

M. le D r Claisse a la parole pour un rapport à annexer à la statistique des 
aveugles. 

M. le D r Claisse, rapporteur. Le mémoire très important de M. le D r Mar- 
iolin a produit sur le Congrès une vive et légitime impression : il nous a 
montré qu'un grand nombre de cas de cécité ont pour origine la contagion, 
et il nous a indiqué les mesures à prendre pour prévenir un mal si effrayant. 
M. Marjolina signalé deux sortes d'ophtalmies dont les conséquences sont ter- 
ribles : l'ophtalmie variolique, que la vaccination pratiquée à temps devrait 
presque toujours prévenir, et les ophtalmies purulentes ou granuleuses, sur 
lesquelles il a surtout insisté. f . 

Dans un langage émouvant, il nous a montré cette dernière catégorie d oph- 
talmies sévissant parfois sous forme d'épidémies dans les casernes, les écoles , 
les hôpitaux, etc. Avec la compétence et la supériorité que nous nous plaisons a 
lui reconnaître, il nous a expliqué la facilité d'extension de ce fléau par le ca- 
ractère contagieux des sécrétions qui s'écoulent des yeux malades : de la la Ire- 
quence plus grande des cas chez les peuples d'Orient et dans les classes 
pauvres, à cause du manque de propreté, et dans les agglomérations d in- 
dividus vivant en commun. M. le D' Marjolin a dénoncé un foyer de contagion 



— 119 — 
a Paris dans des termes qui onl vivement impressionné Je Congrès : c'est la 
maison appelée Dépôt, où sont recueillis les enfants de mères indigentes et 
malades; ces enfants, amenés en général bien portants, y contractent trop 
souvent des affections plus ou moins dangereuses : rougeole, scarlatine et des 
ophtalmies purulentes; un certain nombre y succombent, d'autres sortent 
aveugles. Comme le fait remarquer M. le D r Marjohn, il est urgent quau prix 
de n'importe quel sacrifice d'argent on isole les cas contagieux. 

Pour rendre plus évidente l'imminence du péril dénoncé par M. le D r Mai 
jolin, permettez-moi de vous soumettre un relevé des élèves de l'Institution 
de Paris qui sont devenus aveugles de cette manière. 

Sur les 128 garçons entrés cette année, /17 ont perdu la vue par ophtalmie 
purulente ou granuleuse; chez les filles, la proportion est encore plus effrayante, 
puisqu'elle est de 48 sur 80 élèves. La variole a frappé de cécité 9 garçons 

et 5 filles. . ., 

Le danger est immense, et M. le D r Marjolin, qui nous 1 a signalé et nous 
en a indiqué les moyens de le prévenir, me parait mériter les remerciements 
du Congrès. 

M. le Président. M. le D r Marjolin, se trouvant directement mis en cause 
dans le rapport de M. le D r Claisse, peut prendre la parole s'il a des explica- 
tions complémentaires à fournir; nous les écouterons avec d'autant plus de 
plaisir que celles qu'il nous a déjà données ont vivement intéressé, je puis 
ajouter profondément ému l'assemblée. 

M. le D r Maiuolin. Monsieur le Ministre, Messieurs, à notre dernière 
séance, je vous ai dit, avec une franchise que je tiens de mon père, que notre 
devoir comme médecins était de nous efforcer de prévenir les suites d'un fléau 
qui conslilue, pour tous les pays, une lourde charge et témoigne que la 
société ne se préoccupe pas assez de tarir la source de maux qu'elle pourrai I 

empêcher. 

Dans une autre assemblée, au Congrès d'Hygiène internationale, me rappe- 
lant ces belles paroles d'un des plus grands moralistes et d'un des hommes les 
plus charitables du nouveau monde, Channing, j'ai dit : « La société est res- 
ponsable de tous les maux qu'elle laisse se développer, pouvant les empêcher. « 

Notre excellent confrère, M. Claisse, chargé depuis six années de la sur- 
veillance médicale de l'Institut national des jeunes aveugles, est venu confir- 
mer mes paroles d'une façon aussi probante que terrible. Comment! dans une 
maison qui renferme un aussi petit nombre d'enfants adultes, il se trouve 
que, sur 128 garçons, il y en a 4 7 qui out perdu la vue par suite d'ophtalmie 
purulente; que, sur 80 filles, il y en a 48 dont la cécité procède de la même 
cause ; et qu'enfin il y en a 18 qui sont devenus aveugles à la suite de variole ! 

Pour compléter ces observations, il eût été bon de connaître si ces vano- 
leux avaient été vaccinés. Cette statistique pourra servir à celle que M. le Mi- 
nistre de l'intérieur vient de demander aux préfets. Si la variole, cause prin- 
cipale de la cécité, peut être conjurée par la vaccination et la revaccinalion, il 
iauUoportet», il faut que tout fonctionnaire ayant la direction d'un départe- 



— 120 — 

menl fasse tous ses efforts pour que, jusque dans les dernières communes, 
tout enfant âgé de deux mois soit vacciné; autrement, nous serons encore dé- 
cimés, comme nous l'avons été pendant la guerre, par l'affreux fléau de la 
variole. 

A Paris, où l'Administration croit qu'on \accine régulièrement toute l'année, 
on ne vaccine pas. Je viens, comme membre de la Société protectrice de l'en- 
fance, de faire une tournée dans la plupart des arrondissements, et j'ai acquis 
la certitude que, si beaucoup d'enfants de deux à trois mois ne sont pas vac- 
cinés, c'est parce que la vaccination n'est pas régulièrement pratiquée dans les 
arrondissements de Paris. 

Pour avoir raison du préjugé qu'on ne peut vacciner qu'au printemps, il 
faudrait placer, dans toutes les mairies, un tableau indiquant qu'on y vaccine 
tous les jours, pendant toute l'année, et qu'on ne voie plus placardés sur les 
murs de Paris des avis annonçant qu'on vaccine dans les mairies seulement 
du mois de mai au mois de juillet, le reste du temps à l'Académie de mé- 
decine. 

Le jour où ces mesures, qui ne présentent à coup sûr aucune difficulté 
d'exécution, auront été prises, nous verrons le nombre des varioleux diminuer 
sensiblement et nous ne serons plus exposés à des épidémies comme celle qui 
a sévi pendant la guerre. 

Quant à l'ophtalmie purulente, je ne parle pas de celle qui se manifeste 
au moment même de la naissance, elle est contagieuse et le péril est grand 
lorsque des mères pauvres sont obligées de l'ester avec un enfant atteint d'oph- 
talmie purulente dans des logements déjà encombrés par une nombreuse fa- 
mille. 

A Paris, nous ne disposons pas d'assez de lits dans les hôpitaux pour les mères- 
nourrices ; je profite de la bonne fortune de me trouver en présence d'un 
Ministre animé d'intentions attestées par sa circulaire sur les logements insa- 
lubres, pour lui demander, au nom de la santé publique, et dans l'intérêt 
même du budget, l'augmentation du nombre de lits réservés aux mères- 
nourrices dans les hôpitaux. Ce sera de l'argent bien placé, attendu que nous 
aurons moins d'aveugles dont il faut payer la pension et que nous aurons 
conservé des hommes utiles au pays. (Très bien! très bien!) 

Mais il y a autre chose. 

Dans les hôpitaux d'enfants, les enfants ne peuvent être admis qu'après 
deux ans révolus. Au nom de tous mes collègues des hôpitaux et de tous les 
médecins de bienfaisance, je demande à M. le Ministre, car c'est une heu- 
reuse fortune de pouvoir dire la vérité devant un homme qui la comprend, 
que tout enfant sevré, ayant de douze à quatorze mois, puisse être admis dans 
les hôpitaux d'enfants aussi bien que celui qui a atteint sa deuxième année 
révolue. Il faut faire cesser ce scandale. C'est un scandale pour une société ci- 
vilisée et je vais vous dire pourquoi. Lorsqu'une mère est venue réclamer pen- 
dant plusieurs mois l'admission de son enfant dans un hôpital et que nous 
lui avons répondu chaque fois : «Nous n'avons pas de lit à vous donner, * elle 
sort de la salle de consultation le cœur aigri, se disant : «■ Il n'est pas possible 
que, dans une ville comme Paris, où il se fait tant de dépenses de luxe, il 



— 121 — 

n'y ait pas un lit pour mon enfant, alors qu'à le garder chez moi je cours le 
risque de rendre ses frères ou ses sœurs aveugles ou estropias, -n 

Encore ici il faut dire : Oportet; il faut, dans l'intérêt de la société et de l'hu- 
manité, que tous les enfants malades ou hlessés puissent être admis dans les 
hôpitaux lorsqu'ils sont sevrés. (Applaudissements.) 

Que ne puis-je, d'un de ces coups de baguette dont les fées disposent, 
vous faire voir comme au théâtre, à travers un transparent, les réduits infects 
où j'ai dû aller visiter ces jours-ci des familles pauvres ! 

Dans l'une, il y avait un enfant malade et une femme sur le point d'ac- 
coucher; dans l'autre, une femme récemment accouchée. Vous eussiez rougi 
pour l'humanité en voyant, dans ce pays où l'on a cependant le cœur généreux , 
des êtres humains habiter des tanières où l'on ne mettrait pas des chiens de 
chasse ! Dans ces logements humides , l'ophtalmie purulente naît et se développe ; 
dans ces taudis, où l'on ne peut faire de feu, où bien souvent il n'y a pas de fe- 
nêtre, la phtisie et le scrofule amènent la dégénérescence de la race et fcmtdes 
misérables qu'elles atteignent des êtres chétifs et mal venus qui, s'ils ont la 
force de procréer, donnent naissance à leur tour à des enfants phtisiques et 
scrofuleux. Et c'est ainsi que l'abaissement physique se produit. Mais il y a 
quelque chose de plus douloureux: l'abaissement moral, résultat de cette coha- 
bitation de toute une famille d'individus jeunes des deux sexes! Quel respect 
d'elle-même peut avoir une jeune fille obligée de s'habiller devant son frère 
adulte? Demandons à M. le Ministre, comme nous l'avons demandé dans le 
Congrès international d'Hygiène, de mettre lin à la rivalité existant entre l'Ad- 
ministration de la Seine et la Préfecture de police, et qu'une loi humaine et 
salutaire fasse disparaître ces logements insalubres indignes de la civilisation 
moderne. (Applaudissements.) 

Si la loi Théophile Roussel a été bonne, si, par un assentiment général, 
toutes les mains se sont levées pour y applaudir, il faut que la Chambre vole 
l'assainissement ou la fermeture des logements insalubres. • 

Mais l'hygiène peut-elle se faire toujours par l'État? Vous venez d'entendre 
proclamer celte vérité que l'État ne peut pas se charger de tout. Louis XIV 
disait : «L'État c'est moi. » Aujourd'hui, l'État c'est nous. Mettons-nous donc à 
l'œuvre et assurons-nous le concours des femmes. 

Les femmes ont tenu des Congrès : on en a parlé; elles feraient mieux d'en- 
trer dans nos Sociétés de bienfaisance, de se charger des cours d'hygiène dans 
nos écoles et dans les familles où elles pénétreraient conduites par la chanté, 
l'humanité et le dévouement. 

Pendant la dernière guerre, la femme a été, dans nos infirmeries et nos am- 
bulances, un modèle de charité; elle n'a pas craint d'allronter les maladies 
contagieuses; qu'elle nous aide maintenant à introduire l'hygiène dans les la- 
milles indigentes, qu'elle les visite avec nous : elle remplira une mission so- 
ciale; car la charité est seule capable de faire tomber les barrières que les en- 
nemis de la société cherchent à élever entre la classe riche et la classe 
pauvre. 

Quand la main qui apporte, je ne dirai pas l'aumône, mais le secours, se 
baigne des larmes de reconnaissance de ceux qui reçoivent, tous les malen- 






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— 122 — 

tendus disparaissent et l'ouvrier s'écrie : n On nous trompe lorsqu'on nous dit 
que les riches sont nos ennemis! Nos véritables ennemis sont ceux qui nous 
tiennent ce langage!* (Applaudissements.) 

M. de Marcère, ministre de l'intérieur. M. le D r Marjolin a répété à plusieurs 
reprises qu'il considère comme une bonne fortune d'avoir pu dire la vérité 
devant un Ministre. La bonne fortune est pour moi. J'ai écouté avec une at- 
tention toute particulière le discours de M. le D r Marjolin, si complet et si fé- 
cond, parce qu'il signale des réformes immédiatement réalisables. J'ai pris pour 
moi le mot oportet. 

La proposition de faire pratiquer régulièrement la vaccination dans toutes 
les mairies de Paris me parait très praticable. En ce qui me concerne, je donne 
l'assurance au Congrès que j'y veillerai. (Applaudissements.) Mais cette question 
de la vaccination n'est pas restreinte à la ville de Paris, et bien souvent j'ai 
eu l'occasion de constater, comme M. le D r Marjolin. que, soit par négligence, 
soit par indifférence, on omettait de faire vacciner ses enfants. Il y a même, 
dans certaines classes, un préjugé contre la vaccine. 

Il faut faire pénétrer partout ses bienfaits; c'est la mission des administra- 
teurs auxquels M. le D r Marjolin a fait appel. Ces choses sont de mon ressort, 
et, en ce qui me touche, je répète que je prends l'engagement de faire mon 
possible pour obtenir les améliorations qu'il réclame. 

L'exécution de la loi sur les logements insalubres rentre dans mes attribu- 
tions, et le directeur de la sûreté générale, qui est ici, et tous les hommes 
préposés à la police du pays feront certainement leur proût des paroles de 
M. le D r Marjolin. 

Lorsqu'il a retracé, en termes émus, la peinture de ces logements dans les- 
quels sa charité et son dévouement le font pénétrer chaque jour, nous nous 
sommes tous dit avec lui que de telles choses ne doivent plus subsister dans 
notre pays. 

En ce qui concerne le dépôt des enfants dans certains lieux où ils sont agglo- 
mérés et où ils peuvent contracter des maladies contagieuses, il y a là encore 
une réforme possible, et je vais appeler l'attention des autorités compétentes 
sur ce point. C'est une dette de la société envers ces petits êtres dont nous de- 
vons nous occuper avec d'autant plus de soin que leurs mères en sont em- 
pêchées par les nécessités de leur vie laborieuse. On ne peut pas constamment 
veiller sur des enfants auxquels il faut apporter le pain de chaque jour. 
(Applaudissements.) 

L'augmentation du nombre des lits dans les hôpitaux est une question de 
la plus haute importance. Je ne puis à cet égard vous faire aucune promesse. 
11 faut de l'argent; et lorsque l'on songe que l'administration charitable de la 
ville de Paris coûte quelque chose comme 2 5 millions, on doit reconnaître que 
la charité publique ne reste pas inactive. Je suis d'avis qu'il faut obtenir da- 
vantage, car dans le domaine de la charité on ne fera jamais assez. Je ne me 
laisserai pas arrêter par la question d'argent, pas plus que les administrateurs 
de l'Assistance publique, mais je ne puis prendre ici un engagement aussi for- 
mel que pour les autres sujets signalés par M. le D r Marjolin. Dès qu'une amé- 






— 123 — 

lioration est possible, il est du devoir du Gouvernement de la réaliser. (Applau- 
dissements.) 

M. Nadault de Buffon. On aime, Monsieur le Ministre, à voir le pays ad- 
ministré par des hommes témoignant comme vous de leur zèle pour le bien 
par leur empressement à prendre acte des vœux qui se formulent même inci- 
demment devant eux. (Nouveaux applaudissements.) 

M. Eugène de Thiac. Je profiterai, moi aussi, de la présence de M. le Mi- 
nistre pour rappeler ce qui a été dit au sujet de la statistique. On a avancé qu'il 
y a en France plus de 3o,ooo aveugles, et on a reconnu la nécessité d'une 
statistique. 

Il faudrait faire des catégories. Une première catégorie comprendrait les 
aveugles de la première à la dixième année, et permettrait de rechercher les 
meilleurs moyens de les instruire. La seconde catégorie irait de dix à vingt ans ; 
elle fournirait des sujets aux écoles professionnelles et aux instituts, qui seraienl 
tout à la fois intellectuels et musicaux. 

Il y aurait d'une part des écoles professionnelles pour mettre les aveugles 
à même d'apprendre diverses professions, et, d'autre part, un institut pour un 
enseignement intellectuel et musical plus élevé. Viendrait une troisième série, 
de vingt à cinquante ans : c'est le moment où l'aveugle peut tirer parti de ses 
aptitudes développées par l'éducation. Ici, la société se montrera moins pro- 
digue de son assistance, parce qu'il faut que l'aveugle sache qu'il doit avant tout 
compter sur lui-même. 

Enfin la quatrième catégorie serait pour la vieillesse, dont s'occupera spé- 
cialement la Société de patronage. 

M. Nadallt de Buffon. La question de la statistique a été renvoyée à la 
Commission compétente : elle doit présenter un modèle de tableau qui sera 
soumis à M. le Ministre de l'intérieur. 

M. Piras, vice-président. Je demande la parole au sujet de la statistique. 

Le Congrès a chargé le directeur de l'Institut des aveugles de Paris, avec 
M. Pablasek, directeur de l'Institut de Vienne, de préparer le modèle d'un ta- 
bleau statistique. Notre travail est prêt. Si les maires répondent exactement 
aux questions qui leur seront adressées, nous connaîtrons combien il y a 
d'aveugles en France, leur âge, la cause de leur cécité, leurs aptitudes, leur 
degré d'instruction, s'ils se suffisent à eux-mêmes, et, lorsqu'ils seront se- 
courus, quels sont les établissements de bienfaisance qui les assistent. Nous 
saurons enfin dans quelles conditions se trouvent les parents, et ce, qu'ils sont 
à même de faire pour leurs enfants. 

M. Lavanchy, secrétaire général. Le Congrès a chargé des commissions de pré- 
parer des rapports sur les diverses questions de notre programme. Au fur 
et à mesure que ces rapports seront prêts, ils seront mis à l'ordre du jour des 
séances générales. Je sais que le rapport sur la statistique est prêt; il sera 
porté à l'ordre du jour d'une des plus prochaines séances. Le Congrès pourrait 
peut-être aujourd'hui voter en principe, sous les auspices de M. le Ministre de 



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— 12?i — 

l'intérieur, la fondation d'un Comité central ou d'une Société internationale 
pour l'amélioration du sort des aveugles. 

Plus que jamais nous avons besoin d'entente et d'union pour obtenir des ré- 
sultats sérieux dans l'étude des questions se rattachant à l'amélioration du sort 
des aveugles. Voyez ce qui se passe en Amérique. Les institutions d'aveugles 
ont formé des associations. Les pays Scandinaves ont suivi leur exemple. Le 
premier Congrès européen de Vienne a poursuivi cette œuvre d'union, et j'ai 
la satisfaction de retrouver au milieu de nous une foule de délégués étran- 
gers que j'ai eu le plaisir de connaître à Vienne et dans la compagnie desquels 
j'ai beaucoup appris. Ces délégués sont, je n'en doute pas, ici comme à Vienne, 
animés du désir de fonder une association internationale basée sur l'unifica- 
tion des systèmes d'impression et d'écriture. Ce serait une sorte de fédération 
de tous les établissements d'aveugles avec des Congrès régionaux et interna- 
tionaux. 

Il faudrait, déplus, organiser pour les pays de race latine: l'Italie, la France, 
l'Espagne, la Belgique, la Suisse, des réunions périodiques à l'exemple de ce 
qui existe pour les pays de langue allemande, les pays Scandinaves, l'Angle- 
terre, l'Amérique, et, à des époques plus éloignées, des Congrès universels 
qui représenteraient en quelque sorte la synthèse de ces réunions locales. 
Au-dessus de cette fédération et de ces Congrès nationaux et universels fonc- 
tionnerait un bureau central permanent d'informations et de renseignements, 
qui publierait un annuaire ou journal donnant toutes les communications im- 
portantes faites à la Société. Il ouvrirait des concours pour les meilleurs ou- 
vrages ; il décernerait des prix. 

Enfin, ce bureau central s'occuperait de l'impression des ouvrages de mu- 
sique par le système Braille, qui est presque universellement adopté. Il y a des 
compositeurs aveugles qui ont écrit des chefs-d'œuvre. 

Puisque M. le Ministre de l'intérieur a eu la même idée que nous, sans que 
personne la lui ait suggérée, nous ne saurions mieux faire que de voter en 
sa présence la fondation en principe de la Société internationale pour l'amé- 
lioration du sort des aveugles. 

Une commission sera nommée cette après-midi pour préparer un programme 
et rédiger un projet de statuts. 

M me Niboyet. Je demande la parole. 

M. Nadault de Buffon. La discussion n'est pas ouverte. Il s'agit seulement 
de demander au Congrès s'il entend voter en principe la fondation d'une Société 
internationale pour relier entre elles toutes les institutions d'aveugles. 

Je consulte le Congrès. 

(La proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.) 

M. Nadault de Buffon. M. Anatole de la Forge, directeur de la presse et 
des journaux officiels au Ministère de l'intérieur, présidera notre séance de 
clôture; je demande aux membres du Congrès d'être exacts. 



— 125 — 

Préfet de l'Aisne pendant la guerre, — je parle pour les étrangers, — 
M. Anatole de la Forge a été blessé en défendant notre territoire conlrc l'en- 
nemi. 

La plus noble vertu du citoyen dans un pays libre, c'est le patriotisme. 
(Applaudissements.) 

La séance est levée à midi cinq mi unies. 



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126 — 



SÉANCE DU MATIN, LE VENDREDI 27 SEPTEMBRE 1878, 



AU PALAIS DU TROCADEHO. 



PRÉSIDENCE DE M. NADAILT DE BliEFO.Y 



Sommaire. — M. Borg (Suède ) : Biographie de Magnls Oi.lsson . aveugle et sourd-muet, so^ élevé. 
— M. Raineri (Italie) : Rapport de la Commission B sur la Question du rôle de la famille 
dans les soins di premier âge. — M. Moldenhaver donne lecture d'un Manuel qu'il a publié 
sur le même sujet; discussion. — M. Piras : Rapport de la Commission A : Statistique; tarleal- 
tïpe; discussion. 



La séance est ouverte à dix heures vingt-cinq minutes. 

M. le Président. M. de'Pourtalès, secrétaire du Congrès, a la parole pour 
la lecture des procès-verbaux des séances générales au Trocadéro, des mercredi 
•j5 et jeudi 26. 

(Cette lecture ne donne lieu à aucune observation.) 

M. le Président. La parole est à M. O.-E. Borg, de Stockholm, pour un 
mémoire sur l'Éducation d*un de ses élèves en même temps aveugle et sourd- 
muet. 

M. Borg. Mesdames, Messieurs, je parle mal la langue française, et je ré- 
clame votre indulgence. 

M. le Président. Ce n'est pas avec indulgence, mais avec intérêt que nous 
\ous écoulons. 

M. Borg. Le temps m'a manqué pour préparer mon rapport. Je relève de 
maladie et je ne savais pas qu'il me serait possible de venir. Je vais faire la 
biographie d'un jeune sourd-muet et aveugle que j'ai instruit. 

Magnus OHsson est né le 20 novembre 186 4, dans le diocèse de Lima, en 
Dalécarlie, de parents paysans. Bien portant, vil' et éveillé dès sa naissance, 
Magnus reçut de sa mère les soins les plus empressés; mais, à l'âge de sept 
ans, il l'ut atteint d'une maladie grave qui, quatre mois durant, le retint au 
lit et le mit à deux doigts de la mort. C'était, selon sa mère, la fièvre scarla- 
tine; selon d'autres, la fièvre nerveuse. Il y perdit la vue, l'ouïe et la parole, 
sans que cependant on eût commis d'imprudence; mais le docleur, qui demeu- 
rait fort loin, ne vint que rarement, et croyant la partie bien perdue, on n'eut 



— 127 — 

recours à aucune cure, à aucun traitement spécial. Avant sa maladie, Magnus 
jouissait de toutes ses facultés et commençait à lire. 

Admis dans un institut de sourds-muets et d'aveugles le ih octobre i85g, 
à l'âge de près de quinze ans, il ne pouvait ni entendre ni articuler un mol. 
On eut recours au langage des signes encore bien peu de'veloppe', mais qui 
révéla chez lui une intelligence prompte jointe à un ardent désir d'entrer en 
relation avec le monde qui l'entourait. Bientôt on lui enseigna le calcul, à 
l'aide de chiffres en relief, de boules enfilées et mobiles, ou des dix doigts, et 
c'est ainsi qu'il parvint à additionner. 

Quinze jours après son arrivée à l'Institut, il entreprit la lecture de mots 
simples, comme: œil, nez, bouche, dent, doigt, pain, vin, etc., au moyen 
de caractères en relief mobiles. Chaque fois que le maître avait composé un 
mot, il faisait constater à l'élève l'identité de l'objet désigné par un attouche- 
ment successif de cet objet et des lettres qui le représentaient ; après quoi 
l'enfant à son tour comparait le mot et désignait de la main l'objet correspon- 
dant. Au bout de six semaines, Magnus commença à faire usage des signes 
ou de l'alphabet doigté, à l'aide duquel il parvint à désigner les noms de ses 
maîtres et camarades. Dès l'année 1860, on l'exerça au tricot et surtout à la 
sculpture sur bois, pour laquelle il montrait des dispositions. 

En mai 1860, Magnus pouvait déjà composer en caractères mobiles et ap- 
prendre de courtes phrases qu'il développait quelques mois après. Il tradui- 
sait par signes les notions morales, telles que celles du juste et de l'injuste, 
delà rémunération humaine et divine. Au commencement de 1861, on entre- 
prit de développer chez lui le sentiment religieux, qui d'ailleurs, fortement 
inné dans son âme, le poussait à prier et à assister au culte divin. Il commu- 
nia, pour la première fois, le 3o août 18G7. 

Dans l'été de 1861, il s'essayait à écrire au crayon, apprenait le métier de 
vannier, faisait des chaussons de lisières et déployait partout une remar- 
quable dextérité. Il écrivit, tant bien que mal, pour la Noël 1861, une lettre à 
ses parents qui en furent pénétrés de surprise et de joie. 

En février 1862, à l'aide d'une mappemonde en relief, il se forma à l'élude 
de la géographie; et, de juin au commencement de l'année suivante, s'étant 
rendu maître de la table de Pythagore, il arriva à faire facilement des multi- 
plicalions et des divisions. En mai i863, il connaissait les départements de la 
Suède qu'il indiquait avec une merveilleuse promptitude sur une graude carte 
en relief. En janvier 186&, il apprit le catéchisme des sourds-muets. En 
1 865 , à l'Exposition internationale de Dublin, on remarquait, entre autres 
envois du même genre, une jolie corbeille de papier faite par Magnus. La 
même année,' il s'instruisait en astronomie et en histoire naturelle. 

En 1866, il apprit l'histoire de la Suède, qui l'intéressa au plus haut 
point. Du reste, tous les faits importants de l'époque où nous vivons le cap- 
tivent. Depuis lors, réputé le plus habile d'entre ses nombreux camarades, il 
n'a cessé d'augmenter ses connaissances, soit par la lecture, soit par des entre- 
tiens avec ses maîtres; il aime l'étude pour l'étude, et, en particulier, celle des 
langues étrangères, notamment le français. Magnus a envoyé plusieurs ou- 
vrages de sa main à l'Exposition universelle de Paris en 1867. Eu 1868, il 



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— 128 — 

s'est fait applaudir en différentes villes de la Suède et du Danemark. Dans l'au- 
lonine de îa même anne'e, Magnus termina ses cours à l'Institut de Manilla, et 
reçut à sa sortie le bulletin suivant: conduite, capacité, application, très 
bonnes; grammaire suédoise, métiers, haute distinction; composition sué- 
doise, arithmétique, langue de signes, distinction; religiou, histoire biblique, ^ 
géographie suédoise et générale, histoire nationale, histoire naturelle, calligra- 
phie, narration, très bien. 

Depuis lors, il a trouvé à Stockholm, chez le vannier Muller, et à l'ouvroir 
pour les aveugles, l'emploi de ses talents. Il a reçu, le 3o avril 1869, de l'As- 
sociation ouvrière de la capitale , le brevet de capacité el une médaille d'argent; 
en 1874, une médaille à Berlin, et, en 1876, un prix à l'Exposition univer- 
selle de Philadelphie. 

Dans l'été de 1869, Magnus est revenu dans sa famille où il y gagne sa vie 
par le travail. 

Les résultats obtenus dans sa personne attestent une fois de plus celte 
vérité que, là où manque un sens, les autres peuvent acquérir une acuité 
et un développement d'autant plus grands. Et ici, c'est un sens inférieur, le 
toucher, qui doit suppléer aux deux sens supérieurs de la vue et de l'ouïe, si 
indispensables à l'homme pour son développement intellectuel et technique. 
Quelle satisfaction pour le moraliste de voir la semence jetée en une terre 
presque stérile produire des fruits dépassant toutes les espérances! Quelle 
joie que de pouvoir ouvrir des horizons sans bornes à un frère que la nature 
semblait traiter en marâtre, et qui conservait pourtant cachés, mais vivants, 
l'étincelle divine, le feu sacré qui régénèrent et ennoblissent la créature hu- 
maine ! 

Voici quelques notes et deux ou trois lettres écriles par Magnus Ollsson : 

J'ai perdu l'usage de la vue, de l'ouïe et de la parole, à l'âge de sept ans, à la suite 
d'une grave maladie, et depuis lors je n'ai pu ni voir, ni entendre, ni parler. Cepen- 
dant, je ne suis pas malheureux; je puis lire, écrire et travailler. Dieu m'apprend à 
penser. Dieu m'aime et je l'aime. Je suis reconnaissant envers Dieu et envers mes 
maîtres qui m'ont donné les biens dont je jouis. Nous sommes tous pécheurs. Jésus est 
notre sauveur. 11 est né à Bethléem et est mort pour nous sur le Golgolha. Je pense 
souvent à mon sauveur, je lui rends grâce; j'implore journellement son secours. 

Manilla, le ai juin 1866. 
Mes chers et bons parents , 
Je vous remercie humblement et respectueusement de votre lettre qui a été la bien- 
venue et je suis bien content. Dans un an , je m'approcherai de la sainte table. 11 m'en 
coûte d'apprendre que mes chers parents manquent de vêtements et de nourriture, et 
qu'ils sont dans le besoin par suite de la mauvaise récolte. J'ai reçu du conseiller 
Pfefler, le jour de mon examen, le 9 juin 1866, l'évangile selon saint Marc, en ré- 
compense de mon habileté. Je me porte bien, Dieu merci. Mille salutations à mes 
frères, sœurs, amis et parents. 

Votre fils obéissant et respectueux, 
Magnus Ollsson. 



— 129 — 

Manilla. le 1" janvier 1867. 
A Monsieur Borg, 

J'aime Monsieur Borg et j'appelle la bénédiction de Dieu sur lui. Je prends la liberté de 
vous offrir nies meilleurs vœux pour la nouvelle année. Dieu veuille vous garder, vous 
conduire et vous enrichir de toutes grâces ! Je prie aussi Jésus de vous délivrer de la 
peine du péché. Dieu vous conserve, mon bien cher et bon Monsieur Borg! Je n'oublierai 
jamais Monsieur Borg. Je me souviendrai toujours de ce qu'il m'a appris. 

Magnus Oi.i.ssoîv. 
A la Heine, le jour de sa fête. 

Mes camarades, sourds-muets et aveugles, me chargent d'offrir à notre gracieuse 
protectrice leurs vœux respectueux pour son jour de fête. Nous implorons la grâce et 
tous les bienfaits de Dieu en faveur de notre bonne et bien-aimée reine Louise. 

Son très humble et très respectueux 
Magnus Ollsson. 

Nous pourrions ajouter des extraits de son journal qui révèle la même 
bonté naïve, la même fraîcheur, la même vivacité d'impression, la même géné- 
rosité et la même piété simple et profonde. Nous pourrions aussi donner 
quelques-unes des appréciations favorables de la presse sur Magnus Ollsson, 
sur son caractère, sa vie, son travail et sur les séances publiques nombreuses 
où il a émerveillé les spectateurs empressés. Ce que je viens de dire doit 
suffire, Messieurs, pour vous édiOersur l'éducation de cet aveugle sourd-muet. 
Oui, chez ceux-là même qui, privés des sens et des moyens de communica- 
tion les plus essentiels, semblaient être prédestinés à l'idiotisme, elle réussit 
à développer au plus haut degré la vie de l'esprit. 

Après cela, soit matérialiste qui pourra ! 

Ce que j'ai fait témoigne que l'on peut dissiper en grande partie les ténè- 
bres qui enveloppent les malheureux aveugles et les sourds-muets , et les rendre 
de bons et utiles citoyens, tout comme les voyants, comme ceux qui entendent 
et qui parlent. Il est vrai qu'il faut se donner beaucoup de mal, avoir beau- 
coup de patience, être animé d'un grand amour de l'humanité. 

Je rendrai, en terminant, hommage à la France, qui s'est mise à la tête des 
nations pour leur donner de l'émulation et qui a fourni au monde d'illustres 
instituteurs d'aveugles et de sourds-muets. (Applaudissements.) 

M. Nadault de Buffon. Le Congrès a entendu avec un vif intérêt le récit des 
merveilles obtenues par l'éminent professeur qui a joint à la science la patience 
et un grand amour de l'humanité. (Oui! oui!) 

Aussi est-ce au nom de l'humanité que je remercie M. Borg. (Applaudisse- 
ments. ) 

■ L'intéressante biographie de Magnus Ollsson sera jointe aux documents du 
Congrès. 

M. Borg. Monsieur le Président, voulez-vous me permettre d'ajouter un 
mot au sujet d'un instrument à l'usage des sourds-muets ? 

M. le Pbésident. Parlez, le Congrès vous entendra toujours avec le plus 
grand intérêt. 

N° 29. 



I 
I 



— 130 — 



M. Borg présentant son appareil h l'assemblée. Cet instrument que j'ai inventé 
est simple. Le maître parle dans le premier cornet en verre; place' devant une 
glace, l'élève perçoit la vibration des sons au moyen du second cornet, et le 
miroir, en lui faisant voir comment le maître articule les sons, lui permet de 
les reproduire. 







Cet instrument, qui sert surtout à faciliter l'articulation chez les sourds- 
muets, ne peut être employé utilement que par les demi-sourds. J'en ai obtenu 
d'excellents résultats; il a été couronné parla Société de chirurgie de Suède. 

Je placerai encore sous les yeux du Congrès le télégrapbe manuel destiné 
à mettre en communication les aveugles avec les sourds-muels et les voyants. 

Je l'ai inventé pour mon élève qui, au sortir de l'institution, l'a, je crois, 
perfectionné. 

Cet appareil comprend un disque avec des lettres romaines et les caractères 
en relief qui leur correspondent. Autour du cadran se meut un indicateur qui 
s'applique sur la lettre ou le caractère que l'on veut désigner. Cet instrument, 
d'un usage facile pour l'aveugle et le sourd-muet, leur permet de communi- 
quer entre eux. 

M. le Président. Le Congrès, remercie M. Borg et lui demande de bien vou- 
loir laisser les appareils dont il est l'inventeur au musée de la Société qui 
sera fondée par le Congrès. 

M. l'abbé Raineri , délégué de Rome, a la parole pour le rapport de la Com- 






— 131 — 

mission B sur la question du Rôle de la famille dans l'éducation des jeunes 
aveugles. 

M. l'abbé Raineri, rapporteur. 

RAPPORT DE LA. COMMISSION B. 

La Commission B avait pour mission d'étudier la question portée au n° h de 
la section première du programme du Congrès : du rôle de la famille dans les 
soins du premier âge. 

Sur ce sujet très important, votre Commission a commencé par prendre 
connaissance des deux mémoires qui lui ont été communiqués, tous deux 
remarquables par la justesse des idées, et qui sont le résultat d'une expérience 
éclairée et d'intéressantes observations sur l'éducation des aveugles. L'un est 
de M. A. Guidon, de Coulances; l'autre de M. Gustave Cézanne, de Toulon. 
Le mémoire de M. A. Guidon, rempli d'idées excellentes, comprend deux 
parties distinctes. Dans la première sont proposés des moyens très utiles à 
l'éducation du sens moral de l'enfant et très capables de développer sa tendre 
intelligence en fixant son attention sur tout ce qui l'entoure et sur les phé- 
nomènes de la nature qui sont à sa portée, les sons, les chants, la forme des 
objets, etc. Le second mémoire trace un système d'éducation spéciale pour 
l'aveugle; système que votre Commission recommande à l'attention de la 
Société internationale qui va s'insliluer pour la communication périodique 
aux instituts et aux écoles d'aveugles de toutes les améliorations qui peuvent 
être appropriées à leur sort' 1 '. 

Le mémoire de M. Cézanne dénonce les inconvénients d'une tendresse 
excessive des parents pour leurs enfants aveugles et de leur crainte exagérée 
sur les dangers qu'ils peuvent courir. L'exagération de ces sentiments, en eux- 
mêmes respectables, est aussi la cause la plus ordinaire du retard de l'admis- 
sion des enfants aveugles dans les instituts spéciaux où leur inertie et leur 
inhabileté aux exercices de la vie exigent l'emploi d'un nombreux personnel. 

Des observations contenues dans les deux mémoires de MM. Guidon et - 
Cézanne et des discussions qui ont eu lieu au sein de la Commission, il est 
résulté cette conclusion : 

La nécessité de combattre les appréhensions exagérées des parents à l'égard 
de leurs enfants aveugles, de développer dans l'enfant aveugle, dès le premier 
âge, l'esprit d'initiative et de le familiariser avec tout ce qui l'entoure, avec 
tout ce qu'il peut atteindre, au moyen du toucher, ou de ses autres sens. 

Et comme moyen pratique pour obtenir ces précieux résultats, votre Com- 
mission propose la publication d'un manuel aussi simple que possible, destiné 
aux mères de toutes les classes sociales, pour les instruire sur les soins à donner 
dans le premier âge à l'enfant aveugle et sur la manière pratique de les remplir. 
La Société internationale se chargera delà propagation du manuel. (Applau- 
dissements.) 

M. le Président. La commission B, après avoir reconnu que la mère, en 
(1) Voir aux pièces annexes. 








■ 



— 132 — 
empêchant, par excès de tendresse, son enfant aveugle de se mouvoir libre- 
ment, le prive d'un puissant moyen de comparaison et d éducation, a pense 
nue le meilleur moyen d'assurer l'éducation de 1 enfant aveugle dans le pre- 
mier âge consiste dans la rédaction et la publication d un manuel élémentaire 
qui sera remis gratuitement aux mères de famille. La mère sera toujours le 
meilleur instituteur de son enfant. (Applaudissements.) 

La statistique fera connaître les familles que ce manuel pourra intéresser. 

Un membre de la Commission, M. Moldenhaver, de Copenhague, a rédige 
un manuel de ce genre pour l'établissement qu'il dirige; cet ouvrage pourra 
être utilement consulté pour la rédaction du nouveau manuel qui devra être 
répandu non seulement en France, mais à l'étranger, le bien que nous ambi- 
tionnons de faire embrassant tous les pays. (Applaudissements.) 

M. Moldenhaver a la parole. 

M. Moldenhaver, de Copenhague. 

QUE PEUT-ON FAIRE POUR LES ENFANTS AVEUGLES 

DANS LES FAMILLES? 

L'expérience a montré que l'aveugle, malgré de grandes difficultés, peut 
néanmoins devenir capable de travail et mener une vie activerais, d un autre 
côté l'expérience montre aussi que si, par une occupation utile pratiquée des 
nfance on ne l'empêche pas de se laisser aller à l'apathie, il devient faci- 
lement un être inutile et malheureux. Pour cette raison, il est nécessaire ; de 
donner des soins tout particuliers à l'éducation de l'enfant aveugle. Voici les 
observations dont il faut tenir compte et les précautions a prendre : 

1° L'enfant aveugle doit être élevé comme étant destiné à vivre parmi les 
clairvoyants; comme devant, par les habitudes de sa vie et par son travail, 
en différer le moins possible. , 

„• Il est aussi important pour l'enfant aveugle que pour l'enfant clairvoyant 
d'être occupé, soit par le jeu, soit par le travail. 

3° L'enfant aveugle est généralement obligé de jouer seul. Ne pouvant m 
observer le jeu des enfants clairvoyants ni y prendre part il WP^ta 
se passer d'indications sur la manière de jouer e sur les objets du jeu b 
ses parents, ses frères ou sœurs, en ont le temps, il faut leur recommander e 
S Sïï cache-cache et tous les jeux dans lesquels il y a à distinguer ■ qudque 
chose par l'ouïe ou le toucher. Parmi les ouets ceux qui eonv ien " ent ^™ 
à l'aveugle sont ceux qui mettent en activité et lu donnent 1 occasion d exeicer 
spécialement ces deux sens. 

U° Pour l'occuper, on choisira des ouvrages manuels faciles, comme le 
tressage et le tricofa g ;, la formation de mots à l'aide de lettres e. ^ sur 
des pièces de bois, des caisses de lettres et des tables en bois la composition 
des nombres et la lecture avec les doigts dans les livres en rehet. 

5» En procédant méthodiquement, on parviendra à fortifier les mains de 
l'enfant, à les rendre aptes à toutes espèces de mouvements et Ion atteindra 
ainsi le but que s'est proposé l'Institut des aveugles : mettre le pins possible le 



— 133 — 

sujet en état de gagner sa vie et de se rendre utiie. En même temps que ses 
mains, on s'appliquera à fortifier, ses bras et ses jambes. 

6° Par des occupations convenables, .on,arrive également à exercer les sens, 
en particulier l'ouïe et le toucher, à les développer, à les rendre subtils, de 
telle façon qu'ils suppléent en quelque sorte à l'absence de la vue. 

7° Toujours par les mêmes moyens, on fournit à l'enfant l'occasion, de pen- 
ser, d'acquérir des notions et des idées qui lui permettent de communiquer 
avec d'autres et de leur adresser des questions. 

8° Il est indispensable que l'enfant aveugle s'accoutume de bonne heure 
à se passer du secours d'autrui en ce qui concerne la vie usuelle. Il ne faudra 
pas, par un sentiment déplacé de pitié, le porter plus longtemps que l'enfant 
clairvoyant; il faudra, au contraire, l'accoutumer de bonne heure à marcher 
seul et à trouver son chemin sans assistance, à monter et à descendre les es- 
caliers, à se déshabiller et à s'habiller, à lier ses cordons, à se laver les mains 
et le visage, à nettoyer ses ongles, à se moucher, à plier son mouchoir, à 
ranger ses petits objets, à manger avec la cuiller et la fourchette, à se servir 
ensuite d'un couteau, sans l'aide de personne. Toutes ces choses que l'en- 
fant clairvoyant apprend par imitation, l'enfant aveugle devra les apprendre 
par un enseignement régulier, car il est incapable d'observer ce que l'ont les 
autres et de se mettre au courant de ce qui est nécessaire pour les imiter. 
Ici se présente le plus grand péril pour le succès de cette méthode. Les pa- 
rents trouvent généralement trop assujettissant d'enseigner leur enfant aveugle ; 
ils préfèrent exécuter eux-mêmes ce qu'il lui faut faire. En le servant au lieu 
de lui apprendre à se servir lui-même, ils ne s'imaginent pas lui nuire et ne 
comprennent pas le temps qu'ils gagneraient en l'obligeant à se passer d'eux. 
Quel est en effet l'aveugle qui ne se sente soulagé en pouvant subvenir à ses 
propres besoins et en n'étant plus un fardeau pour son semblable? 

9° L'enfant doit apprendre de bonne heure à s'utiliser dans la maison en se 
chargeant des ouvrages qu'il peut faire, comme essuyer les meubles, polir les 
vitres, écosser des pois, peler des pommes de terre, gratter des carottes. A un 
âge plus avancé, il fera sécher le linge, nettoiera les habits, balayera, lavera 
la vaisselle, taillera les fèves, battra le beurre, pétrira la pâte, tournera la meule, 
traira les vaches, donnera la nourriture aux animaux, fera les lits, servira a 
table et exécutera bien d'autres travaux domestiques. 

io° Comme l'enfant aveugle ne peut prendre de l'exercice en plein air aussi 
facilement que les enfants clairvoyants, les parents auront soin de le faire 
beaucoup promener, surtout en été. En outre, comme son infirmité le pré- 
dispose à rester en place ou à se mouvoir lentement, tous les genres d'exer- 
cices à l'air lui sont bons, surtout par le froid. 

1 1° L'enfant aveugle est enclin à contracter de mauvaises habitudes. Ne 
pouvant imiter les autres et n'ayant qu'une idée imparfaite de ce qu'on appelle 
le laid, ses mouvements et ses manières dépendent de dispositions originelles, 
d'influences accidentelles. Ajoutons le besoin naturel d'exercice physique, la 
difficulté de se mouvoir à la manière des clairvoyants, et l'on comprendra que 



S 






I 
I 



I 

I 



— 134 — 

l'enfant aveugle recherche les moyens de remédier à tous ces désavantages. 
Ainsi le désir de percevoir la lumière , ou d'en avoir la sensation , détermine 
de sa part des allures disgracieuses. Il porte les doigts à ses yeux, laisse 
pendre ses mains et ses jambes, il a des mouvements étranges, une position 
oblique, fait des grimaces, et prend l'habitude d'une foule de tics disgracieux 
qui finiraient par le rendre ridicule, si les parents ne s'appliquent à l'en cor- 
riger. 

Observons, d'ailleurs, que les admonestations ne suffisent pas toujours pour 

la répression. 

12° Si, en thèse générale, il faut prendre garde aux paroles que l'on pro- 
nonce en présence des enfants, cette réserve devient de la plus haute importance 
à l'égard des enfants aveugles. Ceux-ci, ne recevant qu'un petit nombre d'im- 
pressions sur lesquelles se concentrent leurs pensées, faute d'autres éléments, 
écoutent très attentivement. Le souvenir ne s'efface pas aussi facilement chez 
eux que chez l'enfant clairvoyant, qui parfois reçoit dans le même moment 
les impressions les plus diverses. En conséquence, dans bien des cas l'enfant 
aveugle remarquera et se rappellera là où l'enfant voyant sera resté inattentif. 

i3° Certes, le spectacle d'une infirmité pour laquelle il n'est pas de remèdes 
est pénible pour tout le monde; mais les plaintes ne servent qu'à découra- 
ger l'enfant et contribuent , en augmentant sa défiance de lui-même , à lui faire 
adopter un maintien pitoyable. Il faut, au contraire, s'interdire de le plaindre 
en sa présence, s'appliquer à le rendre satisfait, patient et courageux, faire 
naître chez lui la confiance et la reconnaissance, tant à l'égard de ses proches 
qu'à l'égard du dispensateur de tous biens. Au moyen d'une telle éducation, 
il pourra espérer non pas occuper une position brillante dans la société, mais 
subvenir un jour à ses besoins par son travail; il marchera hardiment dans le 
sentier de la vie, supportera l'adversité, vaincra toutes les difficultés inhérentes 
à sa fâcheuse situation et arrivera à se passer de la plupart des choses consi- 
dérées par les clairvoyants comme nécessaires ou rentrant dans les conditions 
d'une existence tolérable. 

i4° Aussitôt que le jeune aveugle aura atteint l'âge auquel les autres enfants 
commencent à fréquenter l'école ordinaire, on devra l'envoyer à cette école ou 
lui faire donner une instruction particulière dans sa famille, jusqu'à ce qu'il 
puisse être admis à l'institut. L'âge de dix ans est le plus favorable. Toutefois, 
s'il existait des écoles préparatoires pour les aveugles, on ferait bien de leur 
confier l'enfant à partir de l'âge de sept ans, sans le conserver dans la fa- 
mille jusqu'à dix ans. On pourra obtenir des instituts des appareils à bon 
marché en vue de l'enseignement. Les directeurs seront toujours prêts à don- 
ner les instructions nécessaires sur le genre d'éducation et d'occupations qui 
conviennent le mieux à l'enfant. (Applaudissements.) 

M. le Président. La Commission B propose l'insertion, à la suite de son 
rapport, du travail dont M. Moldenhaver vient de donner lecture. 
(Adopté à l'unanimité.) 
M. le Président. J'ouvre la discussion surles conclusions de la Commission B. 






— 135 — 

M. Bourguin. Je demande la parole. 

L'enfant aveugle exige des soins hygiéniques particuliers. 

Son infirmité le condamne non seulement à ne pas voir les obstacles, mais 
aune immobilité qui peut lui devenir funeste; le manuel dont la Société 
internationale prendra l'initiative ne manquera certainement pas de conseiller 
la gymnastique aux familles. 

Il y a une gymnastique peu connue en France, très usitée en Allemagne, 
la gymnastique de chambre. 

Elle consiste dans des mouvements combinés de manière à mettre en action 
toutes les parties du corps : mouvements de tète, de cuisses, de bras, de 
jambes. 

Elle peut se pratiquer dans la famille sous la direction des parents, des 
frères et sœurs ou d'un petit voisin, car les enfants aiment à se rendre ser- 
vice les uns aux autres. Le plus souvent l'enfant fait le mal parce qu'on ne 
lui a pas appris à faire le bien. (Oui! oui! Très bien!) 

11 faudrait que, dans le manuel, la description de ces exercices fût accom- 
pagnée de dessins; il faudrait que l'on chargeât les instituteurs et institutrices, 
surtout dans les communes rurales, de s'enquérir de la manière dont les en- 
fants aveugles sont soignés dans leurs familles, et qu'ils se missent en rapport 
avec les parents pour leur expliquer le manuel. 

M. Bret. La question de la gymnastique a été étudiée d'une manière toute 
spéciale par la Commission d'hygiène, et voici à peu près quelles ont été ses 
conclusions. 

La Commission a considéré que la gymnastique à l'usage des jeunes aveu- 
gles peut se diviser en deux catégories : la première, que nous appellerons la 
gymnastique élégante, comprend marcher en mesure, manœuvres rythmées, 
rondes chantées, jeux d'adresse, tels que jeux de quilles et autres. 

Cette gymnastique présente ce grand avantage qu'en exerçant et dévelop- 
pant l'activité du sujet, elle n'est pas nuisible au tact si nécessaire à l'aveugle, 
tandis que la gymnastique musculaire peut lui être contraire. 

Toutefois, il y a dans la gymnastique ordinaire un grand nombre d'exercices 
auxquels les aveugles peuvent se livrer sans danger. 

J'ai posé la question à un professeur du gymnase Paz qui m'a répondu : 
t Nous n'avons pas seulement quelques appareils propres aux aveugles, nous 
en avons cent (1 '.n Un membre de la Commission, M. le D r Desruelles, s'est 
offert pour rédiger un manuel d'hygiène à l'usage des enfants aveugles. 

M. le D r Desruelles. J'insiste d'autant plus sur l'utilité de ce travail, que 
je le crois appelé à modifier entièrement le maintien de l'aveugle. 

L'aveugle a généralement une mauvaise tenue : il se tient penché en avant, 
il porte ses pieds en dedans et s'incline tantôt à droite, tantôt à gauche, pour 
mieux entendre, par suite de l'instinct qui le pousse à exercer son ouïe. 

Il y aurait dans le manuel une gymnastique spéciale au maintien de l'a- 

"' M. Napoléon Laisné, inspecteur île gymnastique des écoles de la ville de Paris, a publié 
plusieurs ouvrages (|ui seront très nlilos pour l'enseignement de la gymnastique aux aveugles. 



I 

I 



M 



— 136 — 

veugle : la danse, par exemple , qui n'est autre chose qu'une suite d'exercices de 
maintien. Lorsqu'on enseignera de bonne heure à l'aveugle à se bien tenir, il ne 
se présentera plus dans le monde avec cette attitude gauche, incertaine, hési- 
tante et craintive qui prévient contre lui. A un autre point de vue, il faut aux 
aveugles des promenades fréquentes, des marches-, des exercices répétés, des 
courses au grand air; car l'aveugle est en général un sujet anémique, pâle, 
débile, chétif; la circulation se fait mal par suite de l'absence d'activité mus- 
culaire ; on le constate à un abaissement de température aux extrémités. L'a- 
veugle a généralement les mains froides et les muscles peu développés. 

En même temps que ces promenades répondront aux besoins d'hygiène, 
elles seront pour l'aveugle une source d'instruction. On lui fera toucher les 
objets; on lui en décrira la forme et la couleur. 

M. Buckle (Angleterre). Il existe un manuel anglais. J'ajouterai aux expli- 
cations qui viennent d'être fournies une observation relative à la bonne dis- 
tribution de la lumière dans les établissements. 

M. LiVANCHï , secrétaire général. Nous sommes tous d'accord sur l'opportu- 
nité et même sur la nécessité de ce manuel. Les directeurs d'institutions sont 
unanimes à reconnaître que les enfants aveugles qu'on leur amène ne savent 
ni mettre ni quitter leurs vêtements, parce que les mères, par suite de 
craintes exagérées, ne laissent à l'enfant aveugle aucune initiative : elles crai- 
gnent de le laisser seul livré à lui-même, pour les soins les plus ordinaires de 
la vie. 

M. le Président. J'ajouterai un mot relativement au préjugé qui fait penser 
qu'un enfant aveugle est plus exposé qu'un voyant, ce qui est cause que les 
parents, de crainte d'accident, le privent de tout exercice. Prenez une mère 
ayant deux enfants du même âge, l'un aveugle, l'autre voyant; supposez 
que, par suite ou d'une négligence ou d'une affection moindre pour l'aveugle, 
elle les laisse aller tous les deux seuls et qu'un accident arrive : ce sera toujours 
le voyant qui en sera victime, parce que l'enfant voyant a des yeux qui ne 
voient pas. Emporté par le jeu, il n'aperçoit pas la pièce d'eau ou la mare, 
et il y tombe; tandis que l'aveugle devine l'obstacle ou le danger avec ce sens 
intime que Dieu lui a donné pour lui tenir lieu de ce qui lui manque. Il 
y avait, au siècle dernier, un préjugé qui consistait à ne pas laisser aller les 
enfants du premier âge sans un bourrelet; les mères pensaient leur éviter 
ainsi des chutes dangereuses. Buffon, Jean-Jacques, d'autres après eux ont fait 
la guerre au bourrelet; aujourd'hui l'enfant dont la tête n'est plus protégée 
tombe sans se faire plus de mal qu'avec un bourrelet, parce qu'il a appris 
à ne compter que sur lui-même. 

Les parents des enfants aveugles ne doivent pas craindre de les laisser livrés 
à eux-mêmes ; l'instinct de la conservation , l'esprit d'observation , le loucher, 
l'appréhension de la douleur, les protégeront suffisamment et ils deviendront 
à la fois habiles et prudents. Ces conseils trouveront naturellement leur place 
dans le manuel. 

Un Membre. Je demande la parole. 



J**s 



137 



M. le Président. Sur quel objet ? 



I 



Le même Membre. Sur une question qui n'est pas à l'ordre du jour, mais je 
n'ai à dire qu'un mot. 

Les orateurs qui se sont fait entendre jusqu'ici se sont constamment place's 
sur le terrain philosophique. 

On aurait peut-être pu parler davantage de la charité e'vange'Iique qui fait 
de l'humanité une grande famille, et de Dieu qui nous rend tous frères. 

En donnant un caractère plus religieux au Congrès, nous nous serions 
attiré les sympathies du parti catholique, et beaucoup de dames pieuses se 
fussent fait un plaisir de nous venir en aide. 

M. le Président. Permettez-moi, Monsieur, de vous interrompre. 

Chaque fois que l'on s'occupe de questions tendant à l'amélioration du sort 
de l'homme, c'est par Dieu que l'on est inspiré; de lui émanent les grandes 
pensées comme les belles actions. 

Le même Membre. On ne l'entend pas assez proclamer dans cette enceinte. 

M. le Président. Nous nous occupons du sort des aveugles au point de vue 
humain. Chacun de nous a ses convictions religieuses, et nous n'avons pas à 
rechercher quels sont ceux qui les partagent ou ne les partagent pas. Nous 
ne discutons pas ici une question religieuse; nous nous occupons d'une ques- 
tion d'humanité ; mais il est impossible de ne pas voir l'inspiration divine dan-, 
un tel Congrès. 

Il est regrettable que ce soit précisément un aveugle qui, en présence des 
efforts tentés par le Congrès pour l'amélioration du sort des aveugles, ait cru 
devoir venir formuler une pareille critique. (Très bien! très bien!) 

M. Yzac. Je suis aveugle comme Monsieur, et je proteste contre son inter- 
pellation. 

M. le Président. La parole est à M. Piras, rapporteur de la Commission 
chargée de se prononcer sur la Nécessité d'une statistique pour les aveugles. 

M. Piras donne lecture du rapport de la Commission sur la première ques- 
tion du programme. 

Mesdames, Messieurs, la Commission que vous avez chargée d'examiner la 
question du programme concernant la nécessité d'une statistique générale a 
l'honneur de vous exposer le résultai de son examen. 

La Commission a décidé qu'une statistique générale devra faire connaître 
non seulement l'âge et le nombre des aveugles de chaque pays, mais en- 
core fournir toutes les indications nécessaires pour constater les besoins des 
aveugles, au point de vue physique, intellectuel et moral, et signaler les 
lacunes qu'il y aurait à combler pour améliorer leur sort. Elle a pensé que le 
meilleur moyen d'obtenir une statistique exacte et complète et qui permette 
d'atteindre le but que se propose le Congrès, est de s'adresser aux autorités, 
en contact immédiat et journalier avec la population, et de prier les Gouverne- 
ments respectifs d'expédier à ces autorités un cadre que votre Commission a 






— 138 — 

établi et qui ne demande que des indications faciles à fournir par toute per- 
sonne animée de bonne volonté'. Ce tableau, que la Commission a l'honneur 
de soumettre à l'approbation du Congrès, a été dresse' spécialement pour la 
France; mais il pourra, avec quelques légères modifications, être utilisé pour 
les autres pays. 

Il sera facile aux maires de remplir ces colonnes. Votre Commission ne pou- 
vait demander davantage sans exiger de ces fonctionnaires un travail qu'avec 
la meilleure volonté du monde ils eussent été impuissants à faire. 

Si cette nomenclature paraît incomplète, je demande au Congrès de la 
compléter. 

M. le Président. Tout le monde est d'accord sur la nécessité d'une statis- 
tique donnant le nombre et la condition des aveugles? (Marques d'assentiment.) 
Le tableau que l'on vient de vous soumettre soulève-t-il quelque objection? 

Un Membre. Il serait peut-être utile d'y ajouter une colonne pour le degré 
de consanguinité des parents. Bon nombre de spécialistes soutiennent que la 
cécité est fréquemment causée par le degré de consanguinité des parents. La 
question n'est pas encore résolue; la proposition que j'ai l'honneur de faire 
pourrait peut-être en hâter la solution. 

M. Piras. Votre Commission s'est préoccupée de cette question ; mais elle 
a pensé, en même temps, qu'il était indispensable de simplifier autant que pos- 
sible le tableau statistique. Il sera déjà assez difficile aux maires de le remplir 
entièrement. H est plus que probable qu'ils ne répondront pas si on leur 
demande d'indiquer les degrés de consanguinité. 

Pour répondre à cette question, il faudrait que les maires fissent des en- 
quêtes qui pourraient violer les secrets des familles et toucher à la liberté in- 
dividuelle. 

M. de Thiac Je suis maire de ma commune, je me trouve en communi- 
cation fréquente avec d'autres maires; eh bien! je trouve ce tableau compli- 
qué. Si vous voulez obtenir un résultat pratique, il faudra vous borner à de- 
mander aux maires combien ils comptent d'aveugles dans leur commune et 
quel est leur âge. Si vous exigez davantage, vous risquez de ne rien obtenir. 

M. Piras. Je suis partisan du principe de la simplification; seulement 
M. de Thiac simplifie tellement que le but ne sera plus atteint. 

M. le Président. Si le maire est à même de donner l'âge de l'aveugle, il 
pourra également faire connaître son nom, sa profession, sa situation de fa- 
mille, les causes de sa cécité. 

M. de Thiac Je vis au milieu de maires de campagne, et je sais que plus 
vous demanderez, moins vous obtiendrez. 

M. le Secrétaire général. La statistique dont vous parlez existe; si nous 
n'avions pas besoin d'autres renseignements, il suffirait de les demander au 
Ministère de l'intérieur. Seulement ces renseignements sont absolument insuffi- 
sants; ceux qui nous viennent de l'étranger sont bien autrement complets. 



Commune d 
Population : 



Département 

Arrondissement 

Canton 



Aveugles des deux sexes et de tout âge demeurant dans la commune. 



NOMS. 



DCBOli 



F ABBE. 



Mallabd, 



PRÉNOMS. 



Jean . 



Marie . . 



François. . 



AGE. 



/j5 ans. 



MARIE ou MARIEE 

avec 
voyant ou voyaule, 

avec aveugle. 
Veuf ou célibataire. 



Marié avec voyante. 



Célibataire. 



CAUSE 

de 

LA CÉCITÉ. 

6 



Ophtalmie pu- 
rulente. 



Petite vérole. . 
Incendie 



AGE 

où 

LA CECITE 

est 
survenue. 

7 



3o ans . . . 



INSTRUCTION. 



Élémentaire com- 
plète. 



ÉUi 



illettré 



INSTITUTION 

OU ÉCOLE 

où l'aveugle a été 

ou se trouve encore, 

Hospice 

où il est assisté. 



Institution nationale 
des jeunes aveugles 



Institution de Na 



PROFESSION. 



Accordeur et i 
Ifaniste. 



Tourneur . 



SI L'AVEUGLE 

est assisté chez lui , 

indiquer 

'œuvre de bienfaisance 

qui l'assiste. 



Se suffit par le travail; 
est membre participant 
de la Société de place- 
ment et de secours de 
l'Institution nationale. 



Mère assistée par le bu- 
reau de bienfaisance. 



Hospic 



CONDITION 

DIT PÈnE ET DE LA SIEBE. 

(Vivants ou décédés.) 



Cultivateur. 



Journalier. 



Cordonnier. 









«î, •* ■ . ■ .S*».- ' . m m 



— uo — 

Les maires qui trouveront -notre tableau trop compliqué pourront ne rem- 
plir que quelques colonnes, celles notamment concernant le nombre et l'âge 
des aveugles, et celles distinguant les aveugles de la commune qui peuvent se 
suffire à eux-mêmes de ceux qui ont au contraire besoin d'assistance. 

M. Yzac. Je ne partage pas l'opinion de M. le directeur, que la recherche 
de la consanguinité entre les parents des aveugles pourrait constituer une 
atteinte à la liberté individuelle. 

M. l'abbé Gbidel. Le but que nous nous proposons étant d'assurer l'instruc- 
tion aux jeunes aveugles, il suffirait, je crois, de ne demander des renseigne- 
ments aux maires que sur les aveugles ne dépassant pas l'âge de quinze à vingt 
ans. 

M. le Président. Il ne s'agit pas uniquement de l'instruction des jeunes 
aveugles; le Congrès entend rechercher et étudier les moyens de venir en 
aide aux aveugles de tous les âges; et il est dès lors du plus grand intérêt de 
connaître la situation exacte de chaque aveugle, et s'il peut se suffire à lui- 
même ou s'il a besoin de secours. Le questionnaire du tableau doit porter sur 
toutes les catégories d'aveugles, autrement nous ne justifierions pas notre titre 
de Congrès universel. 

M. le D r Clàisse. Le renseignement relatif à la consanguinité me parait 
facile à obtenir, surtout pour les aveugles adultes. Lors du tirage au sort, 
chacun d'eux a dû être l'objet d'une enquête sommaire dont les résultats sont 
consignés quelque part. 

Une autre source de renseignements se trouve dans les bureaux de bien- 
faisance, tout individu qui demande un secours devant être examiné par le 
médecin du bureau. 

M. le Président. Il n'est pas un maire de campagne qui ne connaisse indi- 
viduellement tous les aveugles de sa eommune et qui ne soit à même de fournir 
sur chacun d'eux tous les renseignements qui lui seront demandés. 

Le point en discussion consiste à savoir s'il est opportun de leur adresser un 
questionnaire spécial sur les causes de la cécité et sur le degré de consangui- 
nité des parents ... Je mets la question aux voix. 

(Le Congrès, consulté, adopte la formule du tableau proposé par la Com- 
mission .) 

M. Lavanchy, secrétaire général. II y a des délégués étrangers qui sont obligés 
de nous quitter; déjà les délégués de Gênes sont partis; aujourd'hui c'est le 
tour de M. Moldenhaver, directeur de l'Institut des aveugles de Copenhague, 
dont vous avez pu apprécier le caractère et le savoir. 

Je propose de voter des remerciements à M. Moldenhaver. (Applaudisse- 
ments répétés.) 

M. Moldenhaver. Je remercie le Congrès et la France de leur accueil aux 
délégués étrangers; je remercie Paris de sa réception cordiale. 

Nous vous quittons avec regret, Messieurs; mais l'amertume de la sépa- 



— 141 — 

ration est adoucie par l'espérance de continuer ensemble, dans d'autres con- 
dilions, l'œuvre si heureusement commencée. (Applaudissements.) 

M. Lavanchy, secrétaire général. S'il est de nos collègues qui partent, il en 
est d'autres qui arrivent. 

Je suis heureux de vous annoncer la présence de trois nouveaux membres : 
MM. de Landa, de Pampelune, M encan t, délégué de l'Institut des aveugles de 
Toulouse, Céleslin Lagache (1) , délégué du Conseil général de l'Oise. 

M. le préfet de l'Oise m'informe que le Conseil général accorde au Congrès 
une subvention de 5o francs. Je propose de voter des remerciements au Conseil 
général de l'Oise, et de charger M. Lagache de se faire l'interprète de nos sen- 
timents. 

M. Céleslin Lagache. La modique somme que le Conseil général de l'Oise a 
votée, sur ma proposition, sans aucune valeur comme secours pécuniaire, est 
un témoignage de sympathie donné au Congrès. Ce vote a été déterminé par 
cette considération que Valentin Ilaiiy appartient, par sa naissance, à la 
région qui forme aujourd'hui le département de l'Oise; à ce titre, j'ai le droit 
de me dire son compatriote. (Applaudissements.) 

M. le Président. Nous n'avons plus que peu de temps à nous, et il nous 
reste bien des questions à résoudre. 

Je vous propose de tenir aujourd'hui vendredi et demain samedi, deux 
séances générales aux Tuileries. 

(Le Congrès, consulté, émet un vole aflirmalif.) 

Enfin, mes cbers collègues, je vous rappelle qu'à la séance de clôture, 
qui sera présidée par M. le directeur de la presse, représentant le Ministre de 
l'intérieur, vous aurez à sanctionner la fondation de la Société internationale 
qui sera le monument élevé dans le monde par le Congrès de Paris. 

Ce n'est pas seulement par des votes et des résolutions, par des vœux excel- 
lents en eux-mêmes, par des démarches près des administrations supérieures, 
que nous devons nous affirmer. 

H faut qu'il sorte de ce Congrès ce que j'appellerai la Providence des aveu- 
gles; il faut qu'après que nous serons séparés, les hommes éminents, les 
liommes de cœur, les hommes de bien qui sont venus des quatre coins du 
inonde nous apporter le concours de leurs lumières, près de qui nous avons 
lant appris, et avec lesquels nous avons été si heureux et si fiers de nous 
trouver en rapport, nous continuent leur collaboration. 

Il faut que lundi la Société internationale soit fondée et que cbacun parle 
en emportant son drapeau. (Applaudissements.) 

La séance est levée à midi un quart. 









I 



(1) Depuis le Congrès, M. Lagache, chef des sténographes de la Chambre, a été élu sénateur 
de l'Oise. 



— 142 — 



SÉANCE DU SOIR, LE VENDREDI 27 SEPTEMRRE 1878, 

AU PALAIS DES TUILERIES, PAVILLON DE FLORE. 



PRÉSIDEINCfi DE M. NADAULT DE BUFFOS. 



Sommaire. — M. Meyer, en l'absence du rapporteur, M. Levitle, fait connailre au Congrès les 
résultais des travaux de la Commission H , chargée d'étudier les diverses méthodes d'impres- 
sion et d'écriture en vue de l'unification des systèmes. Rapport ; discussion. — Le Congrès se 
prononce à une forte majorité en faveur de la généralisation du système Braille non modifié. 
M. l'abbé Viclorin : rapport de la Commission sur Tordre et la discipline dans les insti- 
tuts; discussion. 



La séance est ouverte à quatre heures. 

M. le Président. L'ordre du jour fixe pour cette séance la lecture du rap- 
port de la Commission H, chargée d'étudier les diverses Méthodes d'impres- 
sion et d'écriture en vue de l'unification des systèmes. 

M. le Secrétaire général. M. Levilte, rapporteur, est ahsent; je propose 
au Congrès de prier M. Meyer, membre de la Commission H, de nous indi- 
quer les résultats de ses travaux. Le rapport de M. Levitte sera néanmoins 
annexé au procès-verbal de la séance (1) . 

RAPPORT DE LA COMMISSION H. 

La Commission H était ainsi composée : 

MM. Denis, délégué du Ministère de l'intérieur. 

Levitte, censeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, à Paris. 
Bernus, professeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, à Paris. 
M"' Girodard, professeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, à Paris. 
MM. l'abbé Gridel, directeur de l'École des aveugles, à Nancy. 
Frère Victorin, directeur de l'École des aveugles, à Lille, 
le D r Armitage, président de la British and foreign Blind Association for pro- 

moling tlie éducation and employaient of the Blind. 
Johnson, membre des Comités de l'École des aveugles indigents, de la Day's 
Charity, à Londres, membre du Conseil du collège des gentilbommes aveugles, 
à Worcester. 
B.Johns, chapelain et directeur de l'Ecole pour les aveugles indigents, à Londres. 

W Afin d'éviter des répétitions, nous insérons ici le rapport de M. Levilte, tel qu'il nous est 
parvenu le 17 octobre 1878, et nous ne conservons du rapport verbal de M. Meyer que les pas- 
sages les plus importants relatifs aux conclusions de la Commission sur cet important sujet. 



— l/t3 — 

MM. Buir, principal du Collège des gentilhommes aveugles, à Worcester. 
Tait, secrétaire de la Home-Teaching Society (système Moon). 
Barnhill, directeur de la Mission en faveur des aveugles, à Glasgow. 
Bucki.e, directeur de l'école Wilberforce pour les aveugles, à York. 
Kennedy, B. D. de l'Ecole royale des aveugles, h Edimbourg. 
Pablasek, directeur de l'Institut impérial des aveugles, à Vienne. 
Boesner, directeur de l'Institut impérial des aveugles, à Berlin. 
Simonon, directeur de l'Ecole des aveugles, à Namur. 
l'abbé Baineri, ancien directeur de l'Institution des aveugles à Milan, délégué 

de l'Institution des aveugles de Borne, 
l'abbé Vitai.i, directeur de l'Institut des aveugles, à Milan. 
Martdscelm, directeur de l'Institut des aveugles, à Naples. 
Moldenhaver, directeur de l'Institut royal des aveugles, à Copenhague. 
Mever, directeur de l'Institut royal des aveugles, à Amsterdam. 
Borg, directeur de l'Institut royal des aveugles, à Stockholm. 
Oudard, délégué des écoles d'aveugles de Belgique. 
JNaef, délégué des écoles d'aveugles de Suisse. 



La Commission s'est réunie les 26 et 37 septembre 
lalifs : 



pour examiner les mémoires re- 



ance 



i° Aux méthodes et systèmes et à leur unification; 

■2° Au plan d'éludés; 

3° Aux livres scolaires et h la création d'une librairie à bon marché. 

Les travaux adressés au Comilé d'organisation et les mémoires produits en sée 
ont élé étudiés dans l'ordre suivant : 

M. Heller, directeur de l'Institut de Holienwarte, près Vienne, a envoyé un mémoire 
bien ordonné et substantiel sur l'enseignement des aveugles par les objets tangibles. Il 
s'agit dans ce mémoire de la méthode Frœbel , développée et appropriée à l'enseigne- 
ment spécial qui occupe le Congrès, — méthode adoptée dans la plupart des écoles 
d'aveugles, mais dont la doctrine n'avait pas encore élé aussi sûrement exposée. 

La Commission a pris bonne note de cette communication et a décidé que des félici- 
tations et des remerciements seront adressés à M. Heller au nom du Congrès. Son 
mémoire sera inséré dans les procès-verbaux du Congrès. 

M. Moon, aveugle, propagateur en Angleterre d'un système alphabétique en relief 
qui porte son nom, a adressé un rapport élendu sur son œuvre et diverses publications 
qui lui sont dues. 

Tous les instituteurs d'aveugles connaissent le système Moon; chacun sait qu'une 
importante association charitable de Londres a pour objet principal la diffusion et 
l'enseignement des livres saints édités d'après ce système typographique. Tous appré- 
cient l'effet moralisateur produit pat ces publications; nonobstant, la Commission 
estime que le système Moon, qui est conventionnel et spécial, qui ne s'écrit point, 
qui ne peut être appliqué à la musicographie, ne saurait tenir, ainsi que le demandent 
son auteur et plusieurs des honorables membres de la Commission, le premier rang 
parmi les systèmes d'impression à l'usage des aveugles. 

M. Moon a joint à son envoi un volume contenant des spécimens de ses publications 
en 1/10 langues et des images en relief pour servir, dans les écoles d'aveugles, à l'en- 
seignement des connaissances générales usuelles de l'histoire, de la géographie et de 
l'histoire naturelle. 

Dans les cartes géographiques de Moon, les délimitations, les accidents naturels, 
ont des signes heureusement choisis, d'un relief bien proportionné; ces cartes sont d'un 



— 144 — 

ensemble précis; seulement il est à souhaiter que, pour la clarté des détails, on les 
établisse sur une échelle plus grande. 

En publiant ses autres illustrations, M. Moon recommence une épreuve souvent tentée 
et toujours infructueusement. Le bas-relief n'est pas la vérité : si l'art du modeleur peut 
tromper l'œil, il ne saurait satisfaire le doigt, qui n'a pas d'illusions. L'image en 
relief d'un animal, d'une plante, d'un édifice, etc., est inintelligible à l'enfant aveugle; 
il importe d'avoir des reproductions plastiques pour lui procurer la connaissance exacte 
des objets tangibles mis habituellement hors de la portée des mains ou dont la nature 
ou les dimensions ne permettent pas le toucher d'ensemble. 

La Commission regrette de ne pouvoir accorder son approbation aux essais d'illus- 
tration en bas-relief dont M. Moon est l'auteur. 

M. Smith, de Boston, propose, dans un mémoire profondément étudié, de modifier 
le système de Braille, en choisissant pour représenter les lettres les plus fréquentes de 
chaque langue les signes les plus rapides à former. 

Cette idée a déjà été mise en œuvre sans succès. 

Les patients et attentifs calculs sur lesquels s'appuie la proposition de M. Smith 
frapperont , convaincront peut-être ceux qui s'en tiennent à la spéculation ; ils ne per- 
suaderont point les praticiens. 

Les conclusions de M. Smith sont d'ailleurs en opposition avec le désir d'unification 
qui anime le Congrès. 

En conséquence, la Commission, tout en rendant justice au laborieux et conscien- 
cieux travail de M. Smith, déclare ne pas adopter ses conclusions. 

M. Del Be, de Gênes, propose un nouveau système de signes arithmétiques. Pour 
être équitable, un jugement ne peut être porté qu'après examen des pièces; la Commis- 
sion, qui n'a pas en mains l'appareil de M. Del Re, n'aurait pas d'ailleurs le temps de 
l'expérimenter suffisamment pour se prononcer sur sa valeur. 

Il en est de même pour les nombres en mosaïque de M. Génot, que son auteur pro- 
pose d'appliquer à l'enseignement des aveugles. Nous sommes obligés de reconnaître 
une proche parenté entre l'appareil de M. Génot et celui inventé par Level pour l'en- 
seignement du système métrique. Ce dernier est adopté comme objet accessoire d'en- 
seignement à l'Institution de Paris. 

M. de la Sizeranne propose une sténographie fondée sur le système Braille. Là encore , 
pour juger, l'expérimentation est indispensable, et le temps manque à la Commission. 
Elle recommande à qui de droit l'examen de la sténographie de M. de la Sizeranne. 

M. Serraris, de Kempen (Hollande), présente un appareil guide-main à l'usage des 
personnes qui, avant d'être aveugles, ont écrit à la plume. 

Ce guide-main, dont M. le major Serraris, qui est privé de la vue, fait usage et qui a 
été expérimenté par des aveugles de l'Institution d'Amsterdam, est très recomman- 
dable, mais n'est pas à l'usage des enfants. La Commission ne le note donc que pour 
mémoire. 

M. l'abbé Simon, aumônier de l'Institution nationale des jeunes aveugles, à Paris, 
propose un procédé pour faire méthodiquement tracer au crayon, par les aveugles, les 
caractères romains. L'appareil de M. l'abbé Simon a de l'analogie avec ceux qui ont été 
construits pour la même fin, en Italie et en Belgique; il peut rendre de pareils services. 

La Commission félicite M. l'abbé Simon de sa généreuse pensée et de sa communica- 
tion au Congrès. 

Nous devons à M. Vitali, de Milan, la description du sténographe de Michela, appa- 
reil qui figure à l'Exposition et que l'honorable directeur croit destiné à permettre aux 
aveugles de- devenir sténographes. 

La Commission vote des remerciements à M. Vitali et témoigne le désir de voir fonc- 
tionner cet appareil , qui peut ouvrir une nouvelle carrière aux aveugles. 



V 



— m — 

M. Kœchlin, directeur de l'École des aveugles d'illzach, adresse au Congrès une 
note sur l'unification des syslèmes. Ce maître autorisé, aveugle lui-même, a expéri- 
menté les types en relief les plus usités et n'hésite pas à préconiser le système Braille. 

La Commission remercie M. Kœchlin de son excellente étude et déclare faire le plus 
grand cas de son opinion si autorisée. 

M. Meyer ajoute qu'en effet le système Braille est aujourd'hui le plus répandu , (pie 
les aveugles des différentes nations qui l'ont attentivement pratiqué attestent sa supério- 
rité sur tous les autres, et que, s'il doit y avoir unité de système graphique pour l'en- 
seignement des aveugles , c'est le système Braille qui doit fixer le choix de la Commission. 

M. Johnson, parlant en son nom et au nom de MM. Johns, Blair, Tait, Barnhill, 
Buckle et Kennedy, estime que, malgré certains avantages qu'il reconnaît au système' 
Braille, il ne doit pas être adopté à l'exclusion d'autres qui rendent de signalés services 
aux aveugles. Le système Braille, conventionnel, spécial, sépare l'aveugle des voyants, 
et il lui semble, ainsi qu'à ses amis, que le premier rang doit être attribué au type 
romain en relief. Un grand nombre de volumes sont publiés en types vulgaires; le sys- 
tème Moon, dérivé du romain, est aussi fort répandu et très apprécié par ceux qui"en 
font usage. Il est à craindre qu'en Angleterre où, autant qu'ailleurs, on attacbe la 
plus grande importance à l'unification des syslèmes, l'adoption, par le Congrès, de 
lavis que vient d'émettre l'honorable M. Meyer au nom de la Commission ne jette 
du discrédit sur les nombreux et coûteux volumes édités en types romains et en types 
Moon qui circulent dans le Royaume-Uni. 

M. Meyer affirme que, dans sa pensée, et certainement dans la pensée des autres 
membres de la Commission qui sont de son avis, il n'y a pas lieu d'adopter le système 
Braille à l'exclusion de tous autres, mais seulement de se prononcer sur une préférence 
justifiée. Aucun des membres de la Commission n'ignore les importants services rendus 
par les livres imprimés en types romains ou ses dérivés à Londres, Woreester, Phila- 
delphie, Vienne, etc. Personne ne songe à discréditer des éditions nombreuses et d'une 
si heureuse inlluence; mais, considérant que seuls, également propres aux manuscrits et 
à l'impression, les caractères inventés par Braille s'appliquent à l'orthograpbie, à la sté- 
nographie, aux mathématiques et à la musique, il propose de déclarer que, devant ces 
incontestables avantages, il est impossible de ne point proclamer la supériorité du sys- 
tème graphique du professeur français aveugle Braille. 

Cette proposition a été adoptée à la majorité des voix de la Commission. 

La Commission H, qui avait dans ses attributions le choix d'un plan d'éludés pour 
les écoles d'aveugles, n'a reçu aucun mémoire ayant Irait à cette question. 

Elle a émis à l'unanimité l'avis qu'un plan d'études dans les écoles d'aveugles devant 
nécessairement varier suivant le but de l'enseignement, l'âge et la situation de fortune 
des élèves, le Congrès ne saurait que tracer des généralités pour ceux qui s'occupent 
de pédagogie spéciale. 

La Commission H avait encore à étudier l'importante question du choix des livres 
scolaires à l'usage des aveugles et de la publication à bon marché d'une librairie spéciale. 

La composition des rudiments, des traités classiques, entreprise déjà dillicile lorsqu'il 
s'agit de l'enseignement des voyants, est bien plus difficile encore lorsqu'on se propose 
I instruction des aveugles. 11 importe d'être très complet, l'instruction spontanée étant 
fatalement moindre chez l'enfant aveugle que chez le voyant; il n'importe pas moins 
d'être bref si l'on veut rendre maniables des livres que grossissent démesurément l'am- 
plification des caractères qui doivent être perçus par le doigt : la traduction en relief 
d'une plaquette petit in-8° de 68 pages ne nécessite pas moins de deux volumes in-4" 
Jésus de 108 pages. 

11 faut encore considérer que l'écolier aveugle .qui doit mener de front les études intel- 
N° 29. 









I 



I 



I 



— 146 — 

lectuelles et les travaux professionnels, n'a pas le temps de faire, sous la direction du 
maître, les examens partiels ou généraux fréquents dans les écoles de voyants. L'aveugle 
doit donc beaucoup attendre de ses livres. 

Le choix des livres à éditer en relief et leur adaptation au programme scolaire récla- 
ment donc à la fois une connaissance exacte de la pédagogie spéciale et des soins attentifs. 

La Commission ne peut que former des vœux pour que ces qualités soient assurées 
aux directeurs des imprimeries pour les livres en relief. 

La Commission n'a été saisie d'aucun travail sur les moyens d'arriver à publier des 
livres en relief à des prix moindres que ceux auxquels ils sont actuellement tarifés. 

Elle estime qu'une réduction sensible du prix de revient de la librairie des aveugles 
sera certainement obtenue par l'adoption des stéréotypes à double face qui peuvent 
également servir à la reproduction des types Braille et des caractères romains. 

Ces stéréotypes, proposés par M. Levitte, censeur à l'Institution nationale des jeunes 
aveugles de Paris , permettent de réduire d'un tiers le format in-4" Jésus du volume 
aujourd'hui en usage; ils peuvent être préparés par des aveugles; ils dispensent d'un 
matériel typographique très coûteux, en facititent le tirage au fur et à mesure des 
besoins, et dispensent des éditions encombrantes. 

La Commission H, après un examen consciencieux des spécimens, recommande 
unanimement l'emploi des stéréotypes à double face proposés par M. Levitte pour l'im- 
pression des types Braille et des caractères romains. 

M. Meykr. Nous avons étudié avec soin les nombreux documents qui nous 
ont été renvoyés; nous avons examine' successivement tous les systèmes, nous 
avons pesé la valeur de chacun d'eux. 

De toutes les questions soumises au Congrès, la question du meilleur sys- 
tème d'enseignement est celle qui nous préoccupe le plus. Il nous est arrivé 
d'Angleterre un groupe d'hommes éminents, dont chacun représente une 
école différente. L'Angleterre est en bonne voie; elle cherche beaucoup, veut 
beaucoup et fait beaucoup pour les aveugles. (Applaudissements.) 

Seulement, chacun prêche pour sa paroisse (rires), et, en Angleterre comme 
ailleurs, tous ceux qui veulent le bien prétendent que leur système est le meil- 
leur et s'efforcent d'avoir le public pour eux. Eu Angleterre, on imprime 
beaucoup de livres à l'usage des aveugles et on leur assure de la sorte le pre- 
mier des bieus. Ce Congrès n'est pas le premier qui se soit occupé de la question 
de l'enseignement; nous en avons eu un à Vienne, un autre à Dresde; il 
va y en avoir un à Berlin. Nous nous sommes chaque fois demandé quelle est 
la meilleure méthode d'enseignement pour les aveugles, et chaque fois des 
de'saccords se sont produits. Quelques-uns ont proclamé le système Braille 
supérieur à tous les autres; d'autres y ont proposé des modifications. 

Pour nous, le système Braille, sans aucun changement, mérite d'être adopté 
par le monde entier. Cette proposition n'empêche pas de reconnaître ce que 
les autres ont fait ou feront; si Moon eût vécu avant Braille, il eût été sans nul 
doute l'inventeur du système qui eût, dans ce cas, porté son nom; mais puisque 
le système Braille est' adopté par l'Allemagne, l'Autriche, la France (ce n'est 
pas peu déjà), qu'il s'étend en Belgique, en Hollande, dans une partie de 
l'Angleterre et même en Italie et en Egypte, il faut bien convenir que la ten- 
dance du monde est vers le Braille. (Applaudissements.) 

Et vouloir tenir tête au monde, cela ne vaut rien. (Biresetapplaudissements.) 



— 1/4 7 — 

Voire Commission vous propose d'adopter le système Braille non modifié, parce 
qu'il permet tout à la Ibis de lire et d'écrire et qu'il répond ainsi aux deux 
principaux besoins de l'intelligence humaine. Il ne suffit pas, en elle!, pour 
l'aveugle, de savoir lire; il faut encore qu'il puisse communiquer sa pensée 
par l'écriture, et il n'y a que l'écriture de Braille. 

Je sais bien qu'il existe d'autres syslèmes : le système Moou, par exemple; 
mais les caractères romains et le système Braille sont ceux qui rapprochent le 
plus l'aveugle de la condition des autres hommes. 

Permettez-moi de vous citer un fait. J'avais dans mon établissement une 
jeune fille très intéressante qui voyait un peu, mais qui ne pouvait pas lire. 
Comme chez moi on lit et on écrit d'après le système Braille, elle apprit 
ainsi que les autres à lire et à écrire en caraclèies romains. Le médecin nous 
dit un jour que, si elle se conflailaux soins du meilleur de nos oculistes, elle 
pourrait peut-être recouvrer la vue. Elle a été opérée avec succès; maintenant 
elle voit. Elle a commencé à lire lentement d'abord et, au bout de (rois 
semaines, elle était en état de lire tous les livres; c'est qu'avec le système 
Braille elle avait appris à connaître les caractères romains. 

Voici un exemple du contraire. Une demoiselle avait une maladie des yeux. Le 
médecin prescrit le calomel, le pharmacien se trompe et donne le sublimate 
qui la rend aveugle en cinq minutes. Elle a su lire les caractères romains en 
six mois, mais toujours par le système Braille. 

Ce syslème doit donc avoir la suprématie dans toute l'Europe; et si le Con- 
grès parvient à le propager plus qu'il ne l'est déjà, il aura rendu un service de 
premier ordre aux aveugles. (Bravo! bravo! Applaudissements prolongés.) 

Il y a, dans celte assemblée, des membres anglais dont le concours nous est 
précieux et qui ne parlent pas français. Permettez-moi, Monsieur le Prési- 
dent, de leur résumer en quelques mots, dans leur langue nationale, ce que je 
viens de dire. 

M. le Président. Assurément, et si vous leur parlez en anglais comme vous 
venez de le faire en français, comme vous le faites en hollandais et à l'occa- 
sion en allemand, en italien, en espagnol ou en russe, vous ne sauriez man- 
quer de les convaincre. (Sourires et approbation.) 

M. Meyer résume son improvisation en anglais. Il éveille l'intérêt des mem- 
bres anglais du Congrès et reçoit leurs chaleureux applaudissements. 

M. le Président. Y a-l-il un membre anglais qui désire répondre? 

M. Edmond Johnson. Beprésentant une des plus grandes écoles d'Angle- 
terre, je désire remercier en mon nom et au nom de tous mes collègues 
les membres du Congrès de leur accueil si cordial. 

M. le Président. Nous n'en sommes pas encore, grâce au ciel, à l'heure des 
adieux, à moins que vous ne soyez forcés de nous quitter, ce que nous regrette- 
rions infiniment. 

■ 

M. Johnson. Plusieurs de mes collègues sont, obligés de partir ce soir : 
c'est pourquoi nous tenions à vous adresser nos remerciements. 






I 



I 



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— Ii8 — 
M. le Président. C'est à nous de vous remercier, Messieurs, de votre con- 
cours. Au surplus, les membres du Congrès ne se sépareront pas : nous 
continuerons ensemble dans une association internationale l'œuvre commencée 
en commun. Nous défendrons partout les aveugles contre la routine, nous 
mettrons à leur disposition des moyens d'enseignement perfectionnés, nous 
protégerons partout ceux qui auront besoin d'assistance. 

M Edmond Johnson. Je tiens à vous remercier tous, et en particulier M. le 
Président, au nom de l'Angleterre, des services que vous avez rendus à cha- 
cun de nous individuellement et des égards dont nous avons été l'objet de votre 
part. 

M. le Président. C'est à M. Lavanchy, promoteur du Congrès, notre éminent 
et dévoué Secrétaire général, que ces remerciements sont dus. 

M Edmond Johnson. Je neveux pas me rasseoir avant d'avoir remercié aussi 
mon excellent collègue et ami, M. Meyer, d'avoir si bien traduit noire pensée. 

Le système en faveur duquel il a conclu a conquis une influence considé- 
rable dans les écoles de l'Angleterre et des autres pays; je ferai toutefois une 
réserve Nous, qui représentons ici environ quarante écoles d aveugles eu 
Angleterre, nous ne favorisons aucun système au détriment d'un autre, es- 
pérant qu'un jour peut-être on finira par découvrir un système unilorme ap- 
plicable aux aveugles de toutes les nations. 

Nous avons fait beaucoup en Angleterre, et je remercie 1 honorable M. Meyer 
de nous avoir rendu justice; mais nous sommes arrivés à ces résultats par des 
systèmes différents. Si nous les rejetions tous pour n'en plus reconnaître qu un 
seul, nous serions des ingrats. . 

Le proverbe italien dit : Chi va piano va sano; il faut aller progressivement 
et attendre les résultats de l'expérience. 

Lorsque des témoignages indiscutables auront été recueillis, non seulement 
nar quelques individus et certaines écoles, mais dans toutes les écoles du monde 
et que ces résultats auront été enregistrés par la statistique nous verrons quel 
système il faudra définitivement adopter. C'est le seul motif qui a jusquia, 
empêché l'Angleterre d'adopter d'une manière absolue et générale le système 
sténoRraphique. Tel est encore le motif qui nous empêche en ce moment de 
nous prononcer d'une manière définitive en faveur du système Braille. 

M Meyer. En ma qualité de rapporteur, je tiens à ce qu'aucun doute ne 
puisse s'élever sur la portée des conclusions de la Commission. En proposant 
l'adoption du susthne Braille, nous avons entendu parler du système Braille non 
modifié, du système Braille français, et non d'un autre. (Applaudissements.) 

M Piras, vice-présklent. Il faudrait ajouter quelques considérations aux con- 
clusions de la Commission et ne pas se contenter uniquement de proclamer 
le système Braille le meilleur. 

Une pareille sentence doit être motivée. .. ,, 

Je voudrais que, dans les considérants du rapport, on s appliquât a metlie 
en relief les avantages des différents systèmes, avec cette observation que ceux 



— l/i9 — . 

du système Braille non modifié paraissent l'emporter sur tous les autres. Il faut 
justifier le vote du Congrès. 

M. Lavanchv, secrétaire général. Ces motifs se trouvent dans le rapport de 
M. Meyer. 

Un Membre. Nous demandons que ces rapports soient insérés au compte 
rendu des séances. 

M. Hocmklle. J'ai à présenter une courte observation. On nous a dit qu'il 
fallait s'entendre dans le monde entier pour que toutes les institutions d'aveu- 
gles adoptent le système Braille. 

Lorsque les aveugles désirent correspondre entre eux, ce système est excel- 
lent, je le reconnais, et jusqu'à ce qu'on trouve mieux il rendra des services; 
mais on nous demande de décréter dès aujourd'hui l'unification des systèmes. 
Ce sera l'œuvre de la Société internationale qui survivra au Congrès. Elle 
recherchera, après y avoir mûrement réfléchi, s'il est possible d'adopter un 
système unique d'écriture et de lecture, et ce système devra, bien entendu, 
se rapprocher autant que possible de celui des voyants, en employant de 
préférence la lettre romaine en plomb. 

Je dirai, par parenthèse, que l'auteur du système des lettres en plomb 
pour les aveugles, Valentin Haiiy, n'a pas été nommé une seule fois dans les 
séances du Congrès; et pourtant Valentin Haùy est pour les aveugles ce que 
l'abbé de l'Épée est pour les sourds-muets. 

M. le Président. C'est une erreur. Le nom de Valentin Haiiy a été, au con- 
traire, souvent cité dans ces débats; et, toutes les fois que l'occasion s'en est 
présentée, sa mémoire a été honorée et bénie. 

M. Hocmelle. Je suis heureux d'avoir pu faire bénir de nouveau son nom. 

Je disais que le mieux est d'attendre, et de déclarer que, tout en reconnaissant 
la supériorité actuelle du système Braille, il n'y a pas lieu de l'adopter d'une 
manière absolue. 

Avec le système Braille, vous condamnez les aveugles à l'isolement. Etu- 
diez encore et attendez. On demande l'impression d'un plus grand nombre 
d'ouvrages : il y a déjà plus de livres que les aveugles n'en peuvent lire. 
Attendez pareillement, pour multiplier les impressions, que vous ayez un 
système se rapprochant de celui des voyants. Il va se fonder une vaste asso- 
ciation ; ses membres correspondront entre eux; on fera appel aux inven- 
teurs; et qui sait si, dans très peu de temps peut-être, vous n'aurez pas un 
système de lecture et d'écriture absolument conforme à celui des voyants, 
conséquemment supérieur au système Braille"? 

M. le Président. C'est une opinion absolument contraire aux conclusions de 
la Commission. Quelqu'un demande-t-il la parole? 

M. Méricant (Toulouse). J'apporte au Congrès un système pour écrire en 
relief. 

Je l'ai expérimenté à l'Institut de Toulouse, j'en ai obtenu les meilleurs 
résultats. Nos élèves ont pu écrire et lire leur écriture. 



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■ 



— 150 — 

M. le Président. Veuillez déposer votre appareii au secrétariat, aGn de 

uermetlre à la Commission d'en rendre compte au Congrès. 

Je vous demanderai ensuite de nous en faire don pour qu'il soit déposé 
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dans le musée en voie de formation. 



M. Meyer. M. Blair demande la parole. Il ne peut s'exprimer qu'en anglais ; 
je lui servirai d'interprète. 

M. Blair est directeur, en Angleterre, d'un établissement où l'on n'admet 
que des aveugles riches. 

C'est un collège, une sorte d'école particulière pour les gentlemen, où ils 
reçoivent une instruction supérieure, comme dans les collèges de l'Uni- 
versité 

On y fait, d'excellentes impressions en grec et en latin. 

M. Blair remercie le Congrès de la bienveillance avec laquelle ont été reçus 
les délégués anglais. En ce qui le concerne, il aidera de tout son pouvoir le 
Congrès et la Société qui lui survivra à améliorer le soft des aveugles; il con- 
tinuera à marcher avec vous dans cette voie , et sa tâche lui sera rendue facile 
par cette circonstance qu'il compte déjà dix-sept années d'expérience. (Très 
bien! très bien !) 

En Angleterre , on emploie le système Braille concurremment avec les 
autres. 

M. Blair a appliqué les caractères Braille en les mettant en regard des ca- 
ractères carrés correspondants dans chaque type grec et dans les têtes de 
chapitres. 

L'Angleterre n'a qu'un seul désir, celui de ne pas isoler les aveugles et de 
les mettre en rapport avec les voyants. 

M. le Président. C'est le vœu général. 

M. Meyer. C'est une question capitale : comment adopter un système uni- 
forme sans isoler l'aveugle du voyant? 

Les voyanls ont deux syslèmes: un pour lire, un autre pour écrire; ils ont 
les caraclères imprimés et les caractères manuscrits. 

M. Blair forme le vœu qu'un jour il n'y ait plus qu'une seule espèce d'im- 
pression et d'écriture pour les aveugles et les voyants. 

M. le Président. C'est le but de nos efforts. 

M. Meyer. M. Blair termine en disant qu'il ne s'agit pas seulement de parler, 
mais de travailler et de ne se reposer que le jour où cette grande améliora- 
tion aura été réalisée. 

M. le Président. Nous travaillerons sans relâche jusqu'à ce que nous ayons 
atteint noire but. 

Y a-t-il encore quelqu'un qui demande la parole ? 

M. Kennedy (Ecosse). Le principal désir des aveugles est de se mettre au 
niveau des voyants. Si nous n'admettons que le système Braille, nous courons 
le risque d'isoler de plus en plus les aveugles des voyants. 



— 151 — 

M. Lavanchy, secrétaire général. Je demande la parole. 

On a eu raison de faire observer que les voyants ont deux systèmes d'écri- 
ture : l'écriture manuscrite et l'impression , et un système de lecture applicable 
à ces deux sortes d'écriture. 

Il s'agit d'adopter, pour les aveugles, un système de lecture et d'écriture 
correspondant à celui des voyants et qui leur permette de prendre des notes, 
de se relire et de correspondre entre eux. Le système Braille répond à ces 
divers besoins. Consultez l'opinion des aveugles de presque toute l'Europe; ils 
vous répondront que c'est du système Braille qu'il ont été le plus satisfaits. 

A ceux qui prétendent que le système Braille isole les aveugles, je répon- 
drai que l'aveugle qui en fera usage dans ses rapports avec les aveugles 
pourra toujours recourir à un autre système d'écriture, la lettre romaine pai 
exemple, pour communiquer a\ec les voyants. 

Pour les impressions d'ouvrages destinés à devenir communs à tous les 
aveugles, pour les ouvrages internationaux, il est indispensable d'adopler 
un système d'écriture unique, et le système Braille est incontestablement le 
meilleur; il n'a encore été remplacé par aucun autre, principalement pour la 
musique. 

11 y a un immense avantage à ce que toutes les institutions adoptent un 
même système, afin de leur permettre de faire des impressions en com- 
mun. 

Il y a chez nous quantité d'aveugles qui ont perdu ce qu'ils avaient appris 
à si grand'peine, parce qu'ils n'avaient pas le moyen d'acheter des livres, qui 
sont actuellement rares et chers. 

En Angleterre, où les livres sterling abondent, l'aveugle n'a pas à se pré- 
occuper d'acheter des livres; les livres viennent à lui, on les lui apporte; il 
n'a pas à les paver. 

Tous ces livres ainsi distribués gratuitement aux aveugles, en Angleterre, 
ne sont pas imprimés d'après le système Braille, et il esl certain qu'en An- 
gleterre du moins l'unification des systèmes ne pourra pas se faire immé- 
diatement. 

Mais nos amis anglais ne sont ni obstinés ni exclusifs, et le jour où le sys- 
tème Braille sera employé [dus généralement et plus fructueusement que les 
autres, ils joindront à leur tour leurs efforts aux nôtres pour le pro- 
pager. 

On nous a dit qu'il fallait attendre : je trouve que l'on a trop attendu. 

La question s'impose ; il faut que nous lui Hissions faire un pas. 

Le Congrès qui suivra le nôtre confirmera ou infirmera notre vote. (Appro- 
bation. Très bien! très bien!) 

M. Hocmelle. Je ne vois pas la nécessité d'étendre outre mesure l'impres- 
sion de la musique à l'usage des aveugles. 

Je suis élève du Conservatoire où j'ai remporté des prix d'orgue et de piano: 
je n'ai jamais lu une seule note de musique imprimée. 

Il y a deux méthodes musicales pour les aveugles : celle que j'appellerai 
manuelle et qui repose sur le toucher, et l'autre, la méthode intuitive, fondée 



! 



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— 152 — 

sur cet admirable sens qui s'exerce incessamment et qui est bien supérieur 
au toucher : la mémoire. 

Pour la lecture de la musique, la seconde méthode est préférable à la pre- 
mière. J'étais au Conservatoire, dans la classe de Zimmermann, et on n'en a 
jamais employé d'autre. 

Pour moi, l'impression musicale est un non-sens. (Murmures.) 

M. le Président. Les opinions sont libres; il faut les laisser se manifester 
librement. 

M. Hocmelle. Que voulez-vous? 

J'ai le courage de mon opinion. 

Lorsque vous pourrez offrir à la main de l'aveugle des portées et des notes 
eu relief qui parleront à son toucher comme un tableau parle à la vue, vous 
aurez de la musique imprimée, mais vous n'aurez pas un musicien aveugle 
de plus. 

Je connais à peu près tout ce qui a été écrit en musique et je n'ai jamais eu 
en ma possession une note de musique imprimée. La mémoire est le principal 
auxiliaire du musicien aveugle ; le Loucher ne lui sert que pour faire parler 
son instrument. 

M. Lavanciiy, secrétaire général. Je me contenterai de répondre à M. Hoc- 
melle que si l'on pouvait mettre à la disposition des aveugles une mémoire 
comme la sienne, il est certain qu'on pourrait laisser de côté l'impression 
musicale; mais je crois utile de continuer à imprimer de la musique pour 
les aveugles moins bien doués que lui. 

Un Membre. Si M. Hocmelle pouvait apprendre sa musique seul, il aurait 
peut-être raison; mais avec son système basé sur la mémoire, il a besoin du 
secours d'autrui. 

M. àrmitage (Angleterre). Dans un de nos établissements d'aveugles, nous 
avons un orchestre de trente-deux exécutants qui n'emploient pas une seule 
note de musique imprimée : c'est par l'oreille que nos artistes apprennent et 
retiennent. 

Je vous atteste que nous avons ainsi un magnifique orchestre, capable d'exé- 
cuter avec supériorité les plus grandes œuvres musicales. 

M. le Président. S'il y a des aveugles capables d'apprendre la musique 
sans système, ce n'est pas un motif pour priver les autres d'une méthode d'en- 
seignement musical. 

M. Piras. A l'Institution nationale, nous organisons des chœurs sans le se- 
cours de la musique imprimée; mais nous y recourons pour l'étude spéciale 
des parties. 

M. Yzac. H me semble, ainsi qu'à l'honorable M. Piras, que le rapport de 
la Commission, tout en donnant la préférence au système Braille, aurait dû 
l'aire connaître son opinion sur les autres systèmes: le système Foucault, par 



1 



— 153 — 

exemple, qui a pour but de procurer aux aveugles le inoyeu d'écrire; le sys- 
tème Recordon, etc. 

. 

M. le Président. L'incident est clos. Personne ne demandant plus la parole, 
je mets aux voix les conclusions de la Commission H. 

Que ceux qui sont d'avis que le système Braille non modifié représente le 
meilleur mode d'enseignement de lecture et d'éciïlure pour les aveugles, et 
qu'il y a lieu d'en généraliser l'usage jusqu'à ce que l'on ail découvert une 
méthode meilleure, veuillent bien lever la main. 

L'opinion contraire est invitée à se manifester. 

(Le Congrès se prononce à une forte majorité en faveur de la généralisation 
du système Braille non modifié. ) 

M. le Président. M. le rapporteur de la Commission sur l'Ordre et la Dis- 
cipline dans les instituts est prié de donner lecture de son rapport. 

M. l'abbé Victorin, rapporteur. La Commission estime que, dans les insti- 
tuts d'aveugles, l'ordre doit régner aussi bien et mieux, s'il est possible, que 
dans les institutions de voyants; que les élèves, quelque mouvement collectif 
qu'ils fassent pour se rendre d'un lieu à un autre, ou s'ils sont en promenade, 
doivent toujours être sur deux ou trois rangs, suivant les commodités des 
locaux, ne courant jamais et marchant toujours de manière à ne point se heurter 
les uns les autres; que lorsque les élèves sont réunis dans un local quelconque, 
et surtout dans la classe ou salle d'études, chacun reste à sa place et ne la 
quitte jamais sans la permission du professeur; que, s'il est obligé de se dé- 
placer, il lasse le moins de bruit possible, afin de ne pas déranger ses cama- 
rades. 

La Commission estime que le meilleur moyen pour que l'ordre soit main- 
tenu dans une institution, est que le silence y règne en maître, parce que là 
où le silence n'est pas observé, il n'y a pas d'ordre, pas de travail et consé- 
quemment pas de progrès. 

Quant à la discipline, la Commission émet le vœu que dans les institutions 
d'aveugles elle soit sévère et douce tout à la fois, ne souffrant aucun désordre, 
mais ne punissant jamais sans motifs. Elle écarte toute punition outrageante 
pour l'élève; elle ne voudrait pas non plus qu'il pût être privé de nourriture, 
mais elle pense que la réprimande, la privation de choses agréables, telles 
que promenades, heures de musique, dessert, etc., sont de nature à le main- 
tenir dans le devoir. 

Enfin, comme il y a certaines natures qui ont besoin d'être constamment 
tenues en éveil, et pour lesquelles la répression devient nécessaire, la Com- 
mission estime que l'on pourra alors se servir avantageusement de la mau- 
vaise note, de l'isolement momentané, du pensum, conformément à ce qu ia 
lieu dans les établissements universitaires. 

M. Hocmelle. Je relève une lacune dans le rapport. Il n'y est parlé que de 
cet ordre qui consiste à faire observer le silence par les élèves, à les faire mar- 
cher en rangs, etc. Pour moi, l'ordre est autre chose: il consiste à donner de 



— 154 — 

bonne heure aux aveugles l'habitude de l'arrangement et de la symétrie; ces! 
l'ordre individuel. 

T 1 • 1 

L ordre dont nous entretient le rapport est l'ordre collectif. 

L'ordre individuel apprend à l'enfant à s'habiller seul, à ranger ses livres, 
sa chambre, et, par l'habitude de cet ordre physique, il s'élève à l'ordre 
moral. 

M. le Président. L'ordre dans les choses amène l'ordre dans les idées , cl je 
suis, de mon côté, d"avis d'ajouter au rapport des considérations sur la néces- 
sité de l'ordre moral, conséquence de l'ordre matériel. 

M. Piras, vice-président. J'ai fréquemment eu l'occasion de constater, dans 
l'Institut national de Paris, que les moyens de répression font défaut. On est 
désarmé en présence des enfants aveugles par l'intérêt même qu'ils inspirent; 
on n'ose recourir aux moyens ordinaires de discipline. 

J'aurais voulu que la Commission nous signalât quelques moyens discipli- 
naires applicables aux aveugles indisciplinés. 

M. le Président. La Commission indique la privation de douceurs. 

M. Piras. Des douceurs! il y en a fort peu. On ne peut touchera la nourri- 
ture : les aveugles ont besoin de se sustenter. Il y a des punitions qui intéressent 
l'amour-propre; mais elles sont difficilement applicables. 

On place un voyant au milieu du réfectoire: pour un aveugle, cette punition 
est sans valeur; on ne peut pas recourir à l'isolement. 

M. le Président. Personne n'est mieux à même que M. le directeur de l'Ins- 
titut des jeunes aveugles de nous éclairer de son expérience. 

M. Piras. Il n'y a que deux ans que je dirige l'Institut, mais M. le censeur 
Levitte peut suppléer à mon inexpérience. 

Je lui demande de faire connaître au Congrès si les moyens coercitifs dont il 
dispose sont suffisants. 

M. Levitte. Les peines sont ce qu'on les fait; ce n'est pas dans la punition 
elle-même que réside le châtiment, mais bien dans l'idée que l'on donne à 
l'enfant de ce que l'on nomme une punition. Si on lui représente l'isolement 
comme une humiliation, l'isolement sera une punition. 

M. Meyer. Si les conclusions de la Commission ne donnent pas une en- 
tière satisfaction à l'honorable M. Piras, cela tient peut-être à celte circon- 
stance que je présidais la section. Je n'éprouve aucune répugnance à répéter 
en public ce que j'ai dit au sein de la Commission. (Applaudissements.) 

J'ai reçu ce matin une lettre de ma femme qui m'apprend que, malgré mon 
absence, tout marche bien dans mon établissement, qui compte 65 élèves; pas 
le moindre reproche à adresser à aucun d'eux. 

Je ne punis presque jamais. Je suis dans l'enseignement depuis vingt-cinq 
ans; j'ai eu dans ma maison 12 jeunes gens des premières familles, et je vous 
assure que ceux-là ne sont pas les plus faciles à conduire. 



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— 155 — 

Eh bien ! ma maxime a toujours été de ne jamais punir. Un de mes collègues 
m'a demandé s'il est vrai que les aveugles-nés ne pleurent jamais. Pour ma 
part, je préférerai toujours leur faire verser des larmes de regret, de repentir, 
même de reconnaissance, plutôt que des larmes provoquées par une puni- 
tion. (Vive approbation.) 

Lorsque votre Commission s'est demandé quelles sortes de punitions con- 
viennent le mieux pour les aveugles, nous avons tous été d'accord que l'isole- 
ment, quoique paraissant une pénalité légère, est dur pour l'aveugle, parce 
que c'est une privation que lui impose son infirmité. 

Je préfère à l'isolement la privation d'une leçon assez intéressante pour 
s'élever à la hauteur d'une distraction. 

On conduit généralement les aveugles à des concerts; leurs maîtres peuvent 
les en priver. Je repousse la privation de nourriture; je me contente de faire 
venir le coupable, je le raisonne, au besoin je le gronde; cette méthode m'a 
constamment réussi; les peines corporelles, je les déteste. 

M. Piras. Les moyens auxquels a recours M. Meyer sont assurément excel- 
lents; mais il faut tenir compte des caractères particuliers des enfants, et il est 
des natures sur lesquelles les réprimandes resteraient sans effet. 

Comme M. Meyer, je suis d'avis de ne pas priver les jeunes aveugles de nour- 
riture. Vous dites : Privez-les des concerts. Chez nous, les concerts n'ont lieu 
que tous les trois mois; faudra-t-il donc attendre trois mois avant d'infliger 
une punition méritée? Il est indispensable d'avoir une action directe sur 
l'aveugle; les réprimandes ne suffisent pas toujours, et je demande à MM. les 
directeurs des instituts étrangers , ici présents, de nous faire connaître les moyens 
auxquels ils ont recours. Si la persuasion doit suffire, comme le pense 
M. Meyer, je n'accuserai alors que l'inexpérience du directeur et du censeur 
de l'établissement de Paris, car ils constatent tous les jours une lacune dans les 
moyens disciplinaires. 

M. Meyer. Il y a aussi le renvoi de 1 enfant. 

Les jeunes gens de l'établissement national sortent les dimanches? 

M. Piras. Us sortent une fois par mois. 

M. Meyer. Il en est de même dans notre établissement, qui du reste est 
copié sur le vôtre. Eh bien ! les jeunes gens qui se comportent mal peuvent être 
privés de sortie : voilà une punition ! 

M. Piras. Oui, mais c'est en même temps une punition pour les parents. 

M. Meyer. Assurément; mais ce père, cette mère qui viennent chercher leur 
enfant, lui demandent pourquoi il est privé de sortie et le grondent; cette 
admonestation des parents, jointe à la privation de sortie, peut être d'un grand 
effet. 

M. le D r Marjolin. La Commission d'hygiène s'est, de son côté, occupée des 
punitions. En indiquant ce qui constitue une bonne hygiène pour les aveugles, 
nous avons dû signaler en même temps les punitions dont il faut s'abstenir. 



■ ■ 



PVI 



— 156 — 

D'abord les punitions corporelles, notamment celle du piquet. 

Si un enfant mis au piquet dans un endroit où le soleil donne vient à être 
pris d'une fièvre qui l'emporte, le directeur de l'établissement sera soupçonné 
d'une mort dont cependant il ne sera pas l'auteur. 

Nous sommes en parfaite communion d'idées avec l'excellent et digne 
M. Meyer. Des individus qui sont malades, au physique comme au moral, de- 
mandent des soins particuliers et une affection toute maternelle. 

Dans les maisons d'aliénés, dans les hôpitaux, il faut que nous ayons une 
patience surhumaine, que nous soyons doux et bons au delà de toute expres- 
sion 

La punition la plus capable de corriger un enfant qui aime son père et sa 
mère, c'est une réprimande faite à l'heure opportune. 

L'isolement présente plus d'un péril; quant aux pensums, c'est tout simple- 
ment abrutissant. 

M. le Président. Nous en avons tous fait, nous sommes tous de votre avis. 

M. le D r Marjoun. Je ne connais rien à la fois de plus absurde et de plus 
funeste que de contraindre un enfant, qui a pu ne pas prendre l'air de la jour- 
née, à demeurer enfermé dans une salle d'études pour copier des vers latins 
qu'il ne comprend pus. (Applaudissements.) 

Oui assurément, ce doit être une fonction difficile que de bien diriger un 
institut d'aveugles; mais un régiment qui a un bon colonel ne se révolte pas; 
ce qui amène la révolte, c'est l'injustice et la dureté. 

Il faut de la patience, de la douceur, de l'indulgence, du dévouement; il 
faut montrer à des élèves qui sont dans une situation tout particulièrement 
intéressante les sentiments empreints de douceur et de fermeté d'un père pour 
ses enfants. (Très bien! très bien!) 

M. Piras. AI. Alarjolin voudrait- il donc que nous eussions recours aux 
moyens dont dispose un colonel pour maintenir la discipline? 

M. le D r Marjoun. Ce n'était qu'une comparaison. Mais j'ai la certitude de 
n'être démenti par aucun de ceux qui ont recherché quelles sont les punitions 
que l'on peut infliger sans inconvénient aux aveugles, en affirmant qu'on ob- 
tiendra d'eux davantage par la douceur que par la sévérité. 

M. l'abbé Gridel (Nancy). Voici un moyen qui m'a donné les meilleurs ré- 
sultats. Je fais donner lecture des notes; nous avons un tableau d'honneur et 
un tableau de punitions. Les élèves se montrent très sensibles à ces notes. J'ai 
encore recours à une autre sorte de punition morale, l'humiliation. Les filles 
considèrent comme une grande punition d'assister aux offices du dimanche 
avec leurs vêtements de la semaine. Il en est de même pour les garçons. Il y a 
des filles très coquettes, bien qu'aveugles. 

AL Piras. La coquetterie existe en effet chez les jeunes filles aveugles; j'en 
ai fait l'expérience. Une jeune aveugle de seize ans ayant été heureusement 
opérée de la cataracte, on plaça devant elle un miroir. Elle avait une mèche 



— 157 — 

de cheveux sur le front; son premier mouvement fut de l'arranger. (Sourires 
dans l'auditoire.) 

M. l'abbé Gridel. Voici un autre exemple: une de nos petites filles part en 
vacances ; ses parents viennent la chercher à la gare. Sa première parole est : 
rt Vous ne me dites pas si je suis jolie?') 

On peut dire encore aux élèves : Puisque vous n'êtes pas sages, vous ne man- 
gerez pas à table. 

M. le D r Marjolin. Je demande la suppression du pensum. (Rires et appro- 
bation.) 

M. le Président. Je voudrais que la proposition de M. 
entendue de l'Université. 



le D r Marjolin fût 



M. Yzac. Le piquet et les autres punitions corporelles peuvent, j'en con- 
\iens, présenter des inconvénients pour les aveugles; il nan est pas de même 
du pensum. C'est une occupation abrutissante, soit; mais l'élève qui ne veut 
pas se laisser abrutir n'a qu'à ne pas s'exposer à être puni. 

M. le Président. Je mels aux voix, sous forme d'amendement, la question 
du pensum. 

(Le Congrès se prononce à l'unanimité pour la suppression du pensum.) 

M. le Président. La discussion est close. Les conclusions de la Commission 
sont que, «pour maintenir l'ordre et la discipline dans les établissements d'a- 
veugles, il faut de l'indulgence et de la bonté et recouriraux moyens moraux 
de préférence aux punitions corporelles». 

Je mets aux voix les conclusions du rapport. 

(Les conclusions du rapport sont adoptées à l'unanimité.) 

M. Lavanchy, secrétaire général. MM. les rapporteurs dont le travail est prêt 
sont priés de le déposer au secrétariat afin de nous permettre de fixer d'une 
manière utile l'ordre du jour des dernières séances du Congrès. 

La séance du soir est levée à six heures el demie. 












— 158 — 

i 



. 






SÉANCE DU MATIN, LE SAMEDI 28 SEPTEMBRE 1878, 



AU PALAIS DU TROCADERO. 






PRESIDENCE DE M. NADAULT DE BUFFOiN. 






Sommaire. — M. l"abbé Gridel (Nancy): lecture d'un mémoire sur l'instruction et l'éducation 
des jeunes avecgles. — D r Armilage ( Angleterre) : mémoire sur les moyens employés pour amé- 
liorer LA CONDITION DES AVEUGLES DE LA GRANDE-BRETAGNE ET DE l'IrLANDB. M. Ed. JohnSOIl 

(Londres) : lecture d'un rapport présenté par quelques délégués anglais . — M. Bret : rapport 

SUR LES CONCLUSIONS DE LA COMMISSION D'HYGIENE, ET SUR LES ICiDUSTRlES ACCESSIBLES AUX AVEUGLES ; 

discussion. — Proposition de M. Courleville. — M. James Kennedy (Ecosse) : de la ikÉCESsiTÉ 
de fournir aux aveuglbs usE occupation permanente. — M. Lavancliy propose au Congrès de 
demander aux Compagnies de chemins de fer d'adopter un tarif spécial pour les aveugles 
voyageant avec leurs conducteurs. 

La séance est ouverte à dix heures quinze minutes. 

Lecture est donnée, par MM. les Secrétaires du Congrès, des procès-verbaux 
des deux séances du malin et du soir du vendredi 27 septembre. 
(Ces procès-verbaux sont adoptés.) 

M. le Président. M. l'abbé Gridel, de Nancy, a la parole pour un mémoire 
dont la leclure publique a été demandée par la Commission à laquelle il a été 
renvoyé et qui a pour titre : De l'éducation des jeunes aveugles par les 
instituts. 

M. l'abbé Gridel. Relater ce que nous avons l'ait pour fonder la maison Saint- 
Paul de Nancy, c'est déjà indiquer quelques-uns des moyens propres à améliorer 
le sort des aveugles. Nous recommanderons ensuite quelques mesures à prendre 
pour étendre son action salutaire sur un plus grand nombre d'individus. 

Dans une séance générale de la société Foi et Lumière, de Nancy, du 12 juin 
18/19, M. le D r Morel, médecin en chef de Maréville, avait donné lecture d'un 
intéressant mémoire sur le dénûmenl et l'abandon dans lesquels on laisse les 
aliénés guéris, et avait proposé la formation d'une société de patronage desti- 
née à leur venir en aide. Une commission fut nommée pour élaborer un 
projet d'association. Les conclusions du rapport dont on m'avait chargé furent 
adoptées. Il fut décidé qu'une société libre et charitable serait organisée pour 
venir en aide non seulement aux aliénés, mais encore aux sourds-muets, aux 
aveugles et aux orphelins. En ma qualité de vicaire général du diocèse, j'en 
fus nommé secrétaire. 

En 1 85a , je fis observer aux membres du Comité de la Société de patronage 



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qu'on faisait trop peu pour les aveugles, en se contentant de distribuer quel- 
ques secours pécuniaires aux aveugles indigents. 

La Société s'était proposé pour but principal la direction intellectuelle et 
morale de ces pauvres infirmes. 11 fallait donc aviser aux moyens d'établir poul- 
ies aveugles une institution semblable à celle que M. Piroux avait fondée 
à Nancy pour les sourds-muets. Ce projet fut favorablement accueilli, et 
je fus chargé de chercher un local pour y installer une école de jeunes aveugles. 
Les prix me paraissant trop élevés, je fis comprendre qu'il y avait plus d'avan- 
tages à acheter une campagne dans un des faubourgs de la ville que de 
louer une maison moyennant 3,ooo à /i,ooo francs, et qu'on posséderait 
une belle campagne pour une somme de 3o,ooo à 4o,ooo francs. 

Personne ne voulant se mettre à la tête de l'entreprise, j'offris ma bonne 
volonté. J'envoyai à Paris, à mes frais, un jeune ecclésiastique étudier les 
méthodes suivies à l'Institution modèle de la capitale, et, de concert avec cinq 
ecclésiastiques qui consentirent à me prêter leur concours comme garantie 
auprès du vendeur, nous fîmes l'acquisition, sous forme de tontine, d'une 
campagne appartenant à M. Klie, moyennant la somme de 26,000 francs. 
Bientôt après, nous fûmes obligés d'acheter encore au prix de 8,000 francs 
une petite maison et un jardin y attenant. Les frais de contrat, d'enregistre- 
ment, d'achat du mobilier, d'appropriation et d'installation s'élevèrent à 
3o,ooo francs, ce qui nous constituait un passifde 68,000 francs. 

C'était une lourde charge, et cependant trois raisons principales m'empê- 
chaient de clouter du succès : 

i° D'après les renseignements que j'avais recueillis, j'avais acquis la certi- 
tude que nous pourrions réunir une centaine d'élèves des deux sexes, provenant 
de dix ou douze départements dont Nancy était le centre : la Meurthe la 
Moselle, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, les Vosges, la Haute-Saône, le Dou'bs, 
la Côle-d'Or, la Haute-Marne, l'Aube, la Meuse et les Ardennes; 
) 2 J'étais également convaincu que, une fois l'éLablissement fondé, nous 
n'aurions aucune rivalité à craindre; 

3° Je complais avec raison sur le concours actif et généreux des âmes cha- 
ritables, la cécité étant une infirmité pour laquelle on éprouve une vive et sin- 
cère compassion. 

A cette époque, en 1 85 2, j'étais surchargé d'occupations. 

Outre la nombreuse correspondance que nécessite l'administration d'un 
diocèse, M» r l'évêque m'avait chargé de rétablir la congrégation des frères de la 
doctrine chrétienne de Nancy, si fortement compromise par les frères Baillard, 
et de transférer à Lunéville la communauté des religieuses de la congrégation 
de Notre-Dame, qui se mourait à Vezelise. Je me trouvais dans l'impossibilité 
de diriger par moi-même l'Institution des jeunes aveugles, et j'en confiai la 
direction à un ecclésiastique qui, malheureusement, n'avait pas les qualités 
requises pour administrer une maison aussi importante. En 1 85g, j'avais quitté 
la cure de la cathédrale de Nancy et, n'ayant plus d'autres fonctions à remplir 
que celles de chanoine titulaire, je donnai plus de soin à l'œuvre des aveugles. 

Le directeur fut nommé curé d'une succursale et remplacé par un ecclésias- 



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lique plus capable. Il nous laissait à son départ u» passif de 55,ooo francs. 
Je pris le bàlon de pèlerin, et j'allai frapper à toutes les portes. En i86i, les 
dettes de la maison étaient soldées. Je fis les démarches nécessaires pour ob- 
tenir la reconnaissance' légale de l'établissement; elle nous fut accordée par 
un décret du ii juillet 1 865. 

En 1867 et 1868, nous finies construire un bâtiment assez spacieux pour 
contenir cent élèves de l'un et de l'autre sexe, dans des quartiers séparés. Un 
peu plus tard nous avons fait construire une basse-cour et un ballier. J'avais 
pris, dès 1866, la direction de l'établissement par moi-même, et non plus par 
un délégué. 

Toutes nos constructions sont assurées contre l'incendie pour la somme de 
387,000 francs. L'établissement possède 3 hectares 5o ares de terrain, en 
nature de vignes , de verger et de jardin potager, clos de murs et attenant à la 
maison. Tel est notre actif, auquel il faut ajouter la fondation de quatre lits 
au capital de 3 9,000 francs. 

Il reste à notre passif une dette de 18,000 à 20,000 francs que nous aNons 
contractée pour nous procurer une fontaine et pour solder quelques mémoires 
d'ouvriers pour travaux exécutés dans la construction de la basse-cour et du 
ballier. 

Outre les frais d'entretien , nous avons dépensé plus de ioo,ooo francs. On 
me demandera peut-être comment nous avons pu nous procurer des sommes 
aussi considérables. 

La providence de Dieu y a pourvu. (Applaudissements.) 

Toutes nos ressources proviennent : 

i" Des pensions payées par les administrations. Nous avons h'] élèves des 
deux sexes. Tous sont boursiers des communes ou des départements. Deux 
familles seulement payent une demi-pension, parce que leurs enfauls n'ont 
qu'une demi-bourse. 

La bourse est de 5oo francs; 

2° Des souscriptions, des quêtes, des offrandes et des legs; 

3° Du produit des terrains possédés par rétablissement; 

h" Du désintéressement des maîtres. Les traitements des deux directeurs, 
de six professeurs et de cinq sœurs hospitalières s'élèvent à la somme de 
3,8oo francs. (Marques de sympathie.) 

Nous avons pour professeurs et maîtres d'ateliers des aveugles formés soit 
dans notre Institution, soit à l'Institut national de Paris. Nous avons celte 
pensée que des aveugles sont plus aptes que les voyants pour instruire les 
aveugles pour l'enseignement professionnel d'abord, et aussi pour l'enseigne- 
ment intellectuel, parce qu'ils sont plus patients; mais il faut plus de sur- 
veillance. 

La bourse devrait être de 600 francs. La maison prend forcément à sa 
charge les frais de médecin, de pharmacie, de chauffage, d'éclairage, de 
blanchissage et de raccommodage. Les deux tiers de nos élèves arrivent sans 
trousseau, avec quelques vieux vêlements et des chaussures usées. L'achat et 
l'entretien de dix pianos et de quatre harmoniums sont dispendieux, les droits 



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d'octroi et d'enlrée 1res élevés, et quoique situés à l'extrémité d'un faubourg, 
nous sommes taxés comme si nous habitions au centre de la ville. 

Il est vrai que nous sommes parfaitement logés. Nous jouissons à la fois 
des avantages de la \i\\e et de la campagne; il serait difficile de trouver une 
habitation plus saine, plus salubre et plus commode. 

L'établissement se partage en trois quartiers : 

i° L'école pour les jeunes aveugles. Nous parlerons de leurs exercices et de 
l'objet de leurs éludes; 

2° L'asile pour les aveugles adultes. C'est le complément de l'œuvre qui 
poursuit de ses bienfaits et arrache à la misère les aveugles qui sont sans fa- 
mille et sans ressources; ceux qui ont été élevés dans la communauté y revien- 
nent volontiers. Seuls avec les voyants, les aveugles sont généralement tristes: 
ils fuient la société et recherchent la solitude. Mais en communauté avec des 
aveugles, ils sont heureux; ils ne sont pas dévorés par l'ennui. La journée est 
partagée entre des travaux utiles et modérés, des lectures intéressantes, quel- 
ques chants pieux ou divertissants, et quelques exercices religieux; 

3° Une infirmerie. Rien n'est plus commun que les maladies d'yeux, surtout 
parmi la classe ouvrière et les habitants des campagnes, qui sont exposés à 
une foule d'accidents ; et rien n'est plus rare qu'un habile médecin qui s'occupe 
spécialement des yeux. Nous avons la bonne fortune de posséder à Nancy 
M. le D r André, médecin de l'établissement, qui s'est acquis dans cette partie 
de l'art médical une réputation justement méritée. 

Les succès vraiment étonnants qu'il a obtenus depuis quatorze ans sont une 
garantie pour les personnes qui ont besoin de son secours. 

II traite et opère gratuitement les pauvres munis d'un certificat d'indigence 
délivré par le Conseil municipal de la commune ; la maison leur donne aussi 
gratuitement l'hospitalité. Les autres personnes y sont reçues, moyennant pen- 
sion, tout le temps qu'elles doivent séjourner à Nancy. 

ORDRE DES EXERCICES DE LA JOURNEE DANS L'ECOLE. 

Cinq heures et demie : lever. 

Six heures : prière en commun; assistance à la sainte messe et récitation 
de quatre dizaines de chapelet. 

Six heures trois quarts ; instruction religieuse ou leçon de littérature poul- 
ies élevés de la première division Ceux de la deuxième apprennent leurs 
prières et la lettre du catéchisme. 

Sept heures et demie : déjeuner. 

Huit heures : classes. 

Dix heures : travail dans les ateliers; leçons de piano ou d'orgue pour les 
musiciens. 
Midi : diner. 

Une heure : travail dans les ateliers. 
Deux heures : classe de chant ou de musique vocale. 
Trois heures : travail dans les ateliers. 
Quatre heures : goûter. 



IS" 29. 



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Quatre heures et demie : travail dans les ateliers. 
Cinq heures et demie : classes de lecture et d'écriture. 
Six heures et demie : étude en commun. 
Sept heures et demie : souper. 

Huit heures : coucher en hiver, et en été récréation jusqu'à huit heures 
et demie. 

C'est à peu près l'ordre suivi dans l'Institution nationale de Paris. 



OBJET DE L'ENSEIGNEMENT. 

La musique d'orgue nous a paru très avantageuse pour placer convenable- 
ment un certain nombre d'aveugles à leur sortie de l'établissement. 

Je dis la musique d'orgue, et non pas la musique instrumentale. 

Nous avons commencé à enseigner la musique sur toutes sortes d'instruments ; 
mais nous n'avons pas tardé à reconnaître que nous faisions fausse route. Eu 
effet, les élèves qui ne savaient jouer que d'un instrument, par exemple du 
violon, ou de la clarinette, ou du clairon, ou du hautbois, etc., se trouvaient, 
en sortant de l'établissement, dans une situation très critique. 

Que faire pour gagner leur vie? 

Les uns s'attachaient à une troupe de saltimbanques et menaient une vie 
bien triste au point de vue matériel et moral. Les autres s'en allaient jouer 
dans les cafés, dans les restaurants ou sur les places publiques, et tendaient 
ensuite la main pour recevoir l'aumône. D'autres, enfin, demeuraient dans 
leurs familles et jouaient pour faire danser les jeunes gens les jours de di- 
manche et de fête. De là une foule de désordres, et quand nous sollicitions la 
charité au profit de notre œuvre, au lieu de nous venir en aide, on nous 
répondait par celte parole désobligeante : Je ne vous donnerai rien, vous ne faites 
que des mendiants! 

Nous nous sommes trouvés dans la nécessité de modifier notre plan , d'aban- 
donner la musique instrumentale et de nous borner à la musique d'orgue. 
Nous rencontrons de très grandes difficultés pour placer nos organistes à leur 
sortie de l'établissement. Partout on préfère des organistes voyants, et il n'y 
a que les plus forts de nos élèves qui puissent lutter avantageusement avec 
les voyants, — tant le préjugé contre les aveugles est enraciné dans les esprits! 
C'est pourquoi tous nos élèves, même les musiciens, apprennent une pro- 
fession mécanique. 

Un de nos élèves, sur la demande du curé de la paroisse, fut admis comme 

organiste. Tous les paroissiens en témoignèrent leur satisfaction. Comme la 

fabrique avait peu de revenus, une demoiselle lui donna i4,ooo francs pour 

la rente à servir à l'organiste, à la condition que ce sera toujours un aveugle. 

Quelle admirable charité ! (Applaudissements.) 

Après que nos élèves ont appris à lire et à écrire, nous leur enseignons la 
grammaire, la géographie, l'arithmétique et l'histoire. 

Les principaux états auxquels nous les exerçons sont la fabrication de chaus- 
sons avec de la lisière et de la tresse, l'empaillage des chaises, le tour et la 
vannerie ou la fabrication des paniers. 



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Nous ne connaissons pas d'aufres étals qui soient accessibles aux aveugles 
et qu'ils puissent exercer seuls avec profil. 

Pour les filles, il y a le tricot de toute espèce, le filet , le crochet, la confec- 
tion des chaussons, la musique de piano et d'orgue. 

L'étal d'accordeur de piano ne nous parait avantageux que dans quelques 
villes populeuses. Dans nos conlre'es, un accordeur aveugle mourrait de faim. 
Il y a sept ou huit accordeurs voyants à Nancy, et c'est à peine s'ils trouvent 
de quoi vivre. 

La plupart sont oblige's de voyager, de se rendre dans les petiles villes pour 
y trouver de l'occupation. 

Que deviendrait un accordeur a\eugle dans de telles conditions? 

La plupart de nos élèves, de retour dans leurs familles, peuvent gagner 
leur vie en exerçant l'état qu'ils ont appris à la maison. Nous ne voulons pas 
dire qu'ils puissent se suffire sous tous les rapports; mais ne gagneraient-ils 
par jour que 1 franc, que 75 centimes ou même 5o centimes, c'est un avan- 
tage précieux pour la famille. Elle viendra en aide à l'aveugle et lui procu- 
rera toutes les ressources dont il aura besoin. 

S'il se conduit chrétiennement, il trouvera aisément, même à la campagne, 
des secours suffisants pour ne pas souffrir de la faim. 

A ceux qui sont sans famille et tout à fait indigents, nous leur offrons un 
asile, moyennant une pension de 3oo ou 4oo francs payés par la commune, par 
le département ou quelque membre de la famille, ou à l'aide de fondations. 

Nous avons l'espoir que, dans quelques années, les legs et fondations qui 
seront faits à la maison nous permettront de rece\oir gratuitement les plus 
malheureux. C'est le seul moyen d'éleiudre la mendicité parmi les aveugles. 

Ceux qui ont été élevés à la maison y reviennent volontiers et se soumettent 
sans effort au joug de la discipline. Mais ceux qui ont goûté, en mendiant, de 
la vie de vagabondage, sont tout à fait indisciplinables. Ils mettent le troubie 
et le désordre dans la communauté, deviennent des sujets de scandale par leurs 
conversations et leur mauvaise conduite. 

La connaissance que nous regardons comme la plus importante de foutes 
est sans contredit la connaissance de la doctrine chrétienne. 

Tous les hommes qui se sont occupés de l'éducation de la jeunesse en con- 
viennent. M. Guizot, ce grand homme d'État, a dit quelque part: r 11 n'y a 
point d'éducation sans religion. L'âme ne se forme et ne se règle qu'en pré- 
sence et sous l'empire de Dieu , qui la crée et qui la jugera. <> Pour nous, comme 
pour tous les instituteurs sérieux de tous les temps et de tous les pays, c'est 
dans la religion seule que l'éducation trouve sa véritable force pour redresser 
noire nature rebelle, pour combattre des penchants ingrats et pour commander 
des devoirs difficiles et inspirer des vertus solides. 

Celte connaissance est encore plus indispensable aux aveugles qu'aux 
voyants. Le monde physique étant si restreint pour eux, il est nécessaire 
d'agrandir leur horizon dans le monde de la pensée, afin de fournir un aliment 
à l'activité de leur esprit. 

Il y a trois vices auxquels les jeunes aveugles nous paraissent plus enclins 
que les voyants, savoir : la mollesse, la gourmandise et la paresse. Les motifs 



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humains, par exemple, l'estime ou la considération publique, la gloire, un cer- 
tain bien-être temporel, ne sont pas un frein assez puissant pour réprimer des 
passions aussi violentes. Il ne faut rien moins que l'espoir d'une gloire immor- 
telle et d'un bonheur infini, la crainte des châtiments dont parle l'Evangile, 
pour leur inspirer la force de les dompter. Encore devons-nous les exhorter 
souvent à aller puiser celte force dans la prière et dans la réception fréquente 
des sacrements. 

C'est pourquoi nous leur donnons chaque dimanche deux courtes instruc- 
tions et une leçon de catéchisme. Ceux qui ont fait leur première communion 
assistent à un cours d'instruction les lundi, mercredi et vendredi de chaque 
semaine. Tous les jours, après la prière du soir, nous leur donnons un sujet 
de méditation tiré de l'Évangile, afin d'occuper leur esprit pendant la nuit. 
L'exactitude constante à remplir des devoirs toujours pénibles à la nature n'a 
de fondement solide que sur des convictions fortes et inébranlables. 

Les jeunes aveugles ont surtout besoin d'un directeur zélé et prudent qui , 
par ses sages conseils et de chaleureuses exhortations, les aide à se corriger 
de leurs défauts et à se former à la pratique des vertus chrétiennes. 

Mous admettons des enfants appartenant à différents cultes, et nous leur 
laissons toute liberté de pratiquer les cérémonies de celui qu'ils professent. 
Nous sommes persuadés que l'adoration n'est agréable à Dieu que quand elle 
sort librement d'un cœur convaincu. (Applaudissements.) 



DEVOIRS DES PARENTS ENVERS LEURS ENFANTS AVEUGLES. 

Le projet d'établir des écoles spéciales pour y réunir les enfants de quatre 
à douze ans ne nous paraît pas praticable. Il serait extrêmement difficile, pour 
ne pas dire impossible, de réunir un assez grand nombre d'élèves de cet âge 
pour former une école passable. Un semblable établissement nécessiterait 
d'énormes dépenses sans produire tout le bien qu'on pourrait en espérer. La 
plupart des mères de famille ne consentiront jamais à se séparer de leur petit 
aveugle dans un âge si tendre. Elles auront cent fois raison. Quels sentiments 
d'amour et d'affection pourrait avoir pour ses parents un jeune aveugle qui 
aurait quitté la maison paternelle dès l'âge de quatre ans ? 

Une vraie mère doit soigner et élever elle-même ses enfants autant que pos- 
sible jusque vers l'âge de sept ou huit ans, époque où ils peuvent être admis 
dans un pensionnat et suivre les exercices de la communauté. 

Lorsqu'ils sont orphelins et admis au nombre des enfants assistés du dépar- 
tement, nous les recevons dès l'âge de cinq ou six ans. 

Nous n'ignorons pas que la plupart des enfants aveugles sont très mal élevés 
dans leur famille. 

11 nous en arrive qui, à l'âge de neuf ou dix ans, ne savent ni s'habiller, 
ni manger, ni marcher, ni parler. La mère, occupée de son ménage, laisse le 
petit aveugle sur son grabat, de crainte d'accident. Elle prend à peine le temps 
de lui donner à boire et à manger. Fatigué d'être seul, l'enfant crie fréquem- 
ment, et, pour l'apaiser, la mère lui donne quelques friandises. Il ne sait ni 
marcher ni parler, parce qu'on ne se donne pas la peine de le promener, et 



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qu'on ne lui parle presque jamais. Il serait urgent de remettre entre les mains 
rie la mère un manuel qui contiendrait les recommandations suivantes : 

I. L'enfant aveugle est enclin , par suite de son infirmité, à demeurer dans une inactinn 
complète, parla crainte de rencontrer quelque obstacle ou de se heurter contre quelque 
objet, et cet état d'immobilité est très nuisible h sa santé. C'est pour cette raison que 
plusieurs de nos élèves ont les jambes faibles ou tordues et ne marchent qu'avec beau- 
coup de difficultés. Les parents chercheront donc à donner du mouvement à l'aveugle. 
Ils le prendront par la main et le promèneront souvent. Parvenu à l'âge de trois ou 
quatre ans, ils feront bien de l'obliger à marcher seul dans une chambre ou tout autre 
lieu qui n'offre aucun danger. Ils le conduiront h la campagne, s'il wt possible, afin 
qu'il respire le grand air et qu'il se fortifie par l'exercice. 

II. Comme l'enfant aveugle est privé de la plupart des jouissances des autres enfants, 
de la vue du ciel et du spectacle de la nature, et qu'il ne voit jamais sa mère lui sou- 
rire et lui manifester sa satisfaction, sa joie par l'expression de son visage, elle doit l'en 
dédommager par des paroles douces et affectueuses, car les indexions et les modula- 
tions de la voix sont pour l'aveugle ce qu'est la physionomie de la ligure pour les voyants. 

III. L'ouïe et le toucher devant suppléer le sens de la vue chez l'enfant aveugle, il 
faut que les parents lui parlent souvent et lui expliquent tout. 

Son infirmité le rend plus curieux et plus réfléchi que les autres enfants. C'est pour 
lui un besoin de savoir; et si on ne le satisfait, il devient morose et misanthrope. Vous 
le verrez parcourir sa chambre, cherchant à palper tous les objets qui lui tombent sous 
la main. Il les tourne et retourne pour s'en rendre compte. 

IV. Il importe que l'on habitue de bonne heure le jeune aveugle à tenir son corps 
dans une attitude convenable. Si on l'abandonne à lui-même, il prendra toutes sortes 
de postures et, insensiblement, il deviendra bossu et contrefait. Il ignore absolument ce 
que c'est qu'une difformité physique. On le fera marcher, sauter, danser; on le dressera 
a peu près comme un jeune militaire. 11 est naturellement porté à courber le corps en 
avant et il faut lui rappeler sans cesse l'obligation de se tenir droit. 

V. Il faudra surtout l'initier de bonne heure aux actes les plus élémentaires de la 
vie commune. Si c'est une grande difficulté, pour un petit enfant qui voit, de mettre ou 
d'ôter un simple vêtement; si les doigts n'obéissent qu'avec un certain embarras et 
après bien des essais, que sera-ce pour l'enfant aveugle que rien ne provoque à l'imita- 
tion? Il faut l'obliger à s'habiller et à se déshabiller seul, comme aussi à manger seul 
et à exercer ses doigts à quelque travail mécanique, comme le tricot. Autrement il 
grandirait impropre à tout et serait, toute sa vie, obligé de recourir aux mains et aux 
pieds d'autrui. C'est donc un véritable service à lui rendre que de le priver de bonne 
heure de trop de prévenances. 

Un exemple fera mieux connaître les services que peut rendre un aveugle qui a été 
bien formé dans son enfance. 

Une petite fille complètement aveugle, à sa sortie de notre établissement, est re- 
tournée dans sa famille. 

Les jours de dimanches et fêtes, elle touche l'harmonium à tous les exercices religieux 
de la paroisse. 

En semaine, elle fait le ménage, débile la marchandise dans un magasin d'épicerie, 
la pèse et reçoit l'argent. Elle est parvenue à servir les huiles. Il faudrait être bien ha- 
bile pour la tromper. 



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VI. Il est très utile que l'enfant essaye de marcher seul , d'aller d'une maison à 
une autre, et de passer d'une rue dans une autre rue. S'il est toujours guidé, il ne 
connaîtra jamais les lieux qu'il traverse. 

Mais s'il esUYivré à lui-même, il s'avancera avec prudence, il sondera le terrain, il 
en étudiera les accidents. Nous avons connu un aveugle qui parcourait seul tout le vil- 
lage, et s'acquittait très fidèlement de toutes les commissions dont on voulait le charger. 
11 se rendait directement dans la maison qu'on lui avait désignée. 

Un de nos élèves allait seul, au moins trois fois par semaine, rendre visite à sa mère 
qui habitait le centre de la ville, à deux kilomètres de l'Etablissement. Il avait terminé 
ses cours, et il restait à titre de pensionnaire adulte. Il savait trouver les rues par les- 
quelles il devait passer et arrivait sans le moindre accident au domicile de sa mère , et 
revenait de même à l'Etablissement. 

VII. L'enfant aveugle suivra l'école communale avec les autres enfants du village. 
A force d'entendre répéter les mêmes choses, il les gravera dans sa mémoire: il 
apprendra la grammaire, le calcul de tête et surtout le catéchisme. Moins distrait que 
les autres enfants, il retiendra aisément tout ce qui lui sera enseigné. 

Mais il n'en tirera aucun profit et il s'y ennuiera mortellement, si l'instituteur n'a 
pas soin de l'interroger et de lui faire répéter ce qu'il aura appris de mémoire. L'insti- 
tuteur ne permettra jamais que d'autres enfants lui tendent des pièges pour le faire 
tomber, ou lui jouent d'autres mauvais tours. L'aveugle dont on se moque éprouve une 
peine d'autant plus cruelle qu'il sait qu'on n'agit ainsi à son égard qu'à cause de son 
infirmité et il conçoit alors des sentiments de haine contre les hommes. La nécessité 
de donner sa confiance à ceux qui l'approchent, à cause du besoin qu'il a de leur 
secours, le rend défiant et soupçonneux quand on en abuse; alors il se concentre en 
lui-même et tombe dans une tristesse mortelle. 

VIII. L'aveugle récitera ses prières en commun avec la famille, assistera assidûment 
aux exercices religieux de sa paroisse, fréquentera le catéchisme. La parole évangé- 
lique, le chant, la musique, produiront sur lui la plus vive impression. La poésie de la 
nature étant nulle pour lui, il lui faut la poésie de l'âme. Les parents doivent lui parler 
souvent, le questionner et l'obliger de répondre à leurs questions, et se montrer très 
indulgents à son égard. 

Ils feront bien de le conduire chez le curé de la paroisse, afin que celui-ci lui 
donne des leçons particulières , s'il en a besoin. La plupart des comparaisons sont in- 
telligibles pour l'aveugle, et les histoires lui procurent un bonheur indicible. Or, la reli- 
gion tout entière ne se compose pour ainsi dire que de faits historiques. Que les 
père et mère de l'enfant aveugle lui fassent donc apprendre les histoires si intéressantes 
de l'Ancien Testament et les belles paraboles de l'Évangile. 

IX. L'œil de l'aveugle est dans son oreille et à l'extrémité de ses doigts , c'est-à-dire 
que l'ouïe et le toucher remplacent chez lui le sens de la vue. Pour lui faire connaître 
un objet physique quelconque, il faut qu'il le palpe dans tous les sens, et s'il s'agit 
d'espace ou d'étendue, il faut les lui faire mesurer. 

Il faut donc lui remettre entre les mains les objets qu'on veut lui faire connaître, 
l'exercer à distinguer au tact les pièces de monnaie, les étoffes, les plantes et les fruits. 

Un de nos élèves allait souvent au jardin ist se rendait compte de l'état où se trou- 
vaient les légumes: les choux, les carottes, les navets, les artichauts et généralement 
toutes espèces de plantes. 

On lui dit un jour qu'il y avait une grande quantité de rats dans la bùcherie. Il alla 
se blottir dans un coin où il présuma que devaient passer les rongeurs. Dans l'espace 






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de quinze jours, il en prit onze à ia main, sans être mordu. Il leur mettait la main sur 
le dos à leur passage. 

L'aveugle discerne par l'odorat les objets qui sont dans une grande propreté de ceux 
qui sont malpropres. 

Les courants d'air l'avertissent de la position qu'il occupe dans la rue ou à la cam- 
pagne. Vous le voyez quelquefois frapper dans ses mains et prêter l'oreille au bruit qu'il 
fait. L'écho rendu l'avertit qu'il se trouve dans telle rue, à tel endroit de la rue, vis-à- 
vis d'une maison ou la porte d'une ruelle, près d'un mur, etc. 

Revenant un jour à l'Etablissement, à dix heures du soir, conduisant un aveugle à 
chaque bras et craignant de me heurter contre les arbres de la route, un d'eux me dit : 
tr Allez toujours, je vous les montrerai. » Ce qu'il fit en effet. Je lui demandai comment il 
pouvait les reconnaître; il me répondit : «En m'approchant d'un arbre, j'éprouve une 
sensation sur le front.» 

Un de nos professeurs aveugles me dit un jour en me parlant d'un élève : « Toutes les 
fois qu'on lui fait une observation, il répond par un sourire dédaigneux.» Rien n'était 
plus vrai; mais comment pouvait-il le savoir? A cette question, il me répondit: (Je le 
sens bien.» 

Un autre professeur, lorsqu'il reçoit la visite d'un étranger quelconque, ne manque 
pas de nous faire connaître son âge, sa taille, son caractère, et il se trompe rarement. 
Parlant un jour d'une demoiselle qui venait assez souvent à la maison, il nous dit: 
«Mais elle boite!» Personne ne s'en était aperçu jusque-là. 

X. Le grand tourment et le grand péril de l'aveugle, c'est le désœuvrement. Il faut 
lui apprendre un art mécanique pour le mettre en état de gagner honorablement sa vie, 
s'il est possible. Quand même il aurait assez de fortune pour vivre sans travailler, le 
travail lui serait encore nécessaire, soit pour lui donner du mouvement, soit pour le 
soustraire à l'ennui, à moins qu'il ne soit apte à acquérir les sciences, telles que la 
philosophie, l'histoire, les mathématiques, etc. Ce sont là de rares exceptions. 

XI. Parmi les travaux qui exigent des instruments quelconques, le tricot se présente 
en première ligne. La fabrication des chaussons avec de la lisière ou de la tresse vient 
en second lieu, puis le crochet et le filet pour les filles. Comme nous l'avons dit, nous 
n'avons trouvé pour les garçons que l'empaillage des chaises, la fabrication des paniers 
et des chaussons, le tour et la musique d'orgue. Les aveugles réussissent presque tou- 
jours lorsqu'il s'agit de nattes ou de tresses. 



NECESSITE D'UNE STATISTIQUE GENERALE DES JEUNES AVEUGLES. 

A l'époque du recensement de la population, rien ne serait plus facile que 
de connaître le nombre des jeunes aveugles de un an à quinze ans. MM. les 
préfets adresseraient une copie de cette statistique aux directeurs d'institutions 
d'aveugles, qui se mettraient directement en rapport avec les familles, leur 
adresseraient un exemplaire du manuel dont nous avons parlé et leur indi- 
queraient les démarches à faire pour obtenir l'admission dans l'établissemenl 
de leurs enfants aveugles. 

Comment se fait-il qu'il y ait en France plus de cinquante maisons où les 
sourds-muets reçoivent une instruction spéciale, tandis qu'il n'y en a peut- 
être pas dix pour les aveugles? 

Cette différence se fonde sur trois raisons principales : 

i° Il est impossible de préparer un enfant sourd-muet à sa première corn- 



— 168 — 

munion et à la réception des sacrements, s'il n'est instruit par la me'thode de 
l'abbé de l'Épée. Or, ce motif est tout-puissant pour les familles dans un pays 
chrétien comme la France. 11 n'en est pas ainsi des jeunes aveugles: on peut, 
dans les familles, leur apprendre de mémoire les principaux éléments de la 
doctrine chrétienne, et sous ce rapport un enseignement spécial ne leur est 
pas indispensable. 

2° Les sourds-muets instruits sont capables d'exercer presque toutes les 
professions mécaniques et de pourvoir par eux-mêmes à leur propre sub- 
sistance. Au contraire, bien peu d'états sont accessibles aux aveugles, et encore 
l'invention des mécaniques en a considérablement diminué le nombre. 

3° Enfin, on croit généralement dans le monde que les aveugles ne sont 
aptes à rien et que, quoi qu'on fasse, on ne parviendra jamais à les mettre 
en état de gagner leur vie. . 

Il arrive aussi quelquefois qu'un enfant aveugle est considéré comme une 
bonne fortune par une famille pauvre. Le métier de mendiant, pour un 
aveugle, est très lucratif dans les villes populeuses et commerçantes : il peut 
gagner jusqu'à 5 francs, 10 francs et même i5 francs par jour. 

On nous objecte que tous ne réussissent pas, qu'il en est quelques-uns qui, 
après l'instruction reçue, sont encore à la charge de la société. Nous n'en dis- 
convenons pas; mais il faut au moins reconnaître que la pltrpart, au moyen de 
leur travail et des quelques ressources qu'ils trouvent dans leurs familles, sont 
à l'abri du besoin. Un bon nombre même deviennent d'excellents organisles 
et de bons ouvriers. Mais combien de voyante, pour l'instruction desquels les 
familles et le Gouvernement ont fait de grands sacrifices, deviennent aussi de 
lourds fardeaux et même un opprobre pour les familles et la société ! Devons- 
nous en conclure qu'il faut désormais laisser tous les enfants ensevelis dans 
les ténèbres de l'ignorance ? 

De nos jours, malheureusement, on n'estime trop souvent les personnes et 
les choses qu'au prix de revient; c'est pourquoi on ne cherche dans le travail 
que le gain matériel. L'estime et la considération se mesurent d'après le 
prix de journée de l'ouvrier ou le chiffre de son salaire. 

Est-il surprenant que tant d'ouvriers s'ingénient à obtenir par tous moyens 
un salaire plus élevé? Aussi, d'après les économistes les plus célèbres, doit- 
on distinguer deux éléments dans le travail : l'élément moralisateur et l'élé- 
ment producteur. Le premier est essentiel, le second n'est pour ainsi dire 
qu'accessoire. 

C'est le premier qui rend la loi du travail obligatoire pour tous les hommes, 
pour le riche comme pour le pauvre, parce que tous, riches comme pauvres, 
doivent être vertueux et que sans le travail il n'y a pas de vertu. 

C'est en vertu de ce principe que tous nos élèves apprennent à travailler 
de la tête et des bras; tous peuvent donc obtenir le premier effet du travail, 
l'acquisition de la vertu. 

N'est-ce pas là une richesse? Il serait sans doute à désirer que tous fussent 
également capables de vivre de leur travail ; mais puisqu'ils s'occupent, ne 
gagneraient-ils que 5 centimes par jour, ils se maintiennent par là dans 



— 169 — 

d'heureuses habitudes de moralité - et de vertu, et ils méritent à un double 
titre d'être efficacement secourus. 

Chaque année, quelques-uns de nos élèves terminent leurs cours et rentrent 
dans leurs familles, mais nous ne recevons aucune demande d'admissions. Il est 
donc de la plus haute importance d'avoir, au moyen de la statistique, une 
liste des jeunes aveugles de chaque département et de se mettre en rapport 
direct avec les familles. 



DEVOIPS DES MEMBRES DES CONSEILS GENERAUX. 

H est d'usage de porter le crédit affecté aux institutions des jeunes aveugles 
au chapitre du budget départemental -.Secours aux établissements de bienfaisance. 
Rien n'est plus propre à fausser les idées sur la nature même de ce crédit. 
On le considère comme une aumône accordée à des indigents, par conséquent 
comme une dépense facultative qui ne sera votée qu'autant qu'il y aura des 
fonds disponibles. Si une famille sollicite une bourse pour un petit aveugle, 
on lui répond qu'il n'y a pas de bourse vacante, ou que l'allocation est 
épuisée. 

Cette allocation devrait être inscrite au chapitre: Instruction frimaire, puis- 
que le but essentiel de ces sortes d'établissements est de donner aux jeunes 
aveugles l'instruction primaire et l'enseignement professionnel, d'où il suit 
que toutes les demandes de bourse adressées à MM. les préfets devraient être 
accueillies chaque fois qu'elles seront suffisamment motivées. 

C'est une dépense obligatoire. (Applaudissements.) 

A l'époque où l'on discutait la loi sur l'enseignement primaire , M. Guizol 
déclarait que l'Etat ne faisait que s'acquitter d'une dette sacrée en procurant 
l'instruction à tous les enfants de la patrie. Mais d'où vient qu'on exclut les 
jeunes aveugles ? Pourquoi ne leur paye-t-on pas cette dette comme aux 
voyants? Ne sont-ils pas enfants de la même patrie? Esl-il possible qu'à l'é- 
poque où nous vivons, nous traitions les aveugles comme autant d'ilotes qui 
n'ont pas droit de cité ? 

C'est aux parents, dit-on, qu'incombe le devoir de procurer les moyens de 
s'instruire à leurs enfants aveugles. Mais pourquoi ne procède-t-on pas 
pour les aveugles comme pour les voyants ? 

Pour ceux ci, la commune fournit le logement et le traitement de l'institu- 
teur, et, si elle est dénuée de ressources, le département y supplée, enfin l'Étal 
prête son concours s'il est nécessaire. Les indigents sont dispensés de la ré- 
tribution scolaire. Pourquoi agit-on autrement à l'égard des aveugles? 

Une commune ne pourrait sans doute construire à ses frais une maison par- 
ticulière pour y loger et instruire un ou deux aveugles; mais ce qui est im- 
possible à une commune ne l'est pas aux départements, et moins encore 
à sept ou huit départements s'associant pour accomplir ce grand devoir de 
justice. 

Ils parviennent aisément à s'entendre pour construire des canaux ou des 
chemins de fer. 

Il n'a pas clé impossible à l'Etat de fonder des académies pour des groupes 









— 170 — 

de déparlements. Pourquoi ne pas distribuer l'instruction primaire aux aveugles, 
comme l'instruction supérieure aux hommes lettrés? 

Un très bel établissement a été fondé à Nancy par la charité privée, et il est 
reconnu d'utilité publique par l'État. Mais il faut le faire connaître aux fa- 
milles qui ont des enfants aveugles. Si ces familles sont indigentes, la com- 
mune votera la bourse ou la portion de bourse nécessaire pour compléter la 
pension, et, à défaut de la commune, le département. Autrement, on se rend 
coupable d'injustice envers les aveugles; ils ne sont plus sur le pied d'égalité 
avec les voyants. 

Mais, dira-t-on peut-être encore, ni la commune ni le département ne 
peuvent supporter une si lourde charge. 

Remarquons avant tout qu'il s'agit de remplir une obligation de justice, en 
fournissant aux aveugles comme aux voyants le moyen de s'instruire. Que les 
frais soient un peu plus ou un peu moins élevés pour les uns que pour les 
autres, cela importe peu; car il s'agit d'un bien supérieur à l'or et à l'argent. 

Il y a tout au plus vingt-cinq aveugles de sept à seize ans dans chaque dé- 
partement. Quelques familles pourront payer la pension entière ou une por- 
tion de la pension ; les communes un peu importantes voteront un crédit pro- 
portionné à leurs revenus et au nombre des élèves placés par leurs soins dans 
l'institution, — et le Conseil général aura peut-être à inscrire au budget du 
département une somme de 5,ooo à 6,000 francs qui devra figurer dans les 
dépenses obligatoires, puisqu'il s'agit d'instruction primaire. 

Qui oserait objecter que ce serait une charge trop lourde sur le budget 
départemental? Celui-là ne serait pas Français, car il mettrait la France au 
ban des nations. (Applaudissements.) 

Les Anglais, les Belges, les Allemands, les Américains, sont assez riches, 
nous a-t-on répété cent fois, pour procurer l'instruction à leurs aveugles, et 
nous Français, toujours si empressés et si zélés pour propager l'instruction, 
même parmi les infidèles et les sauvages, nous hésiterions à nous imposer un 
léger sacrifice pour donner l'instruction aux aveugles comme nous la donnons 
aux voyants! Cela ne se peut pas. 

Nous dépensons des sommes énormes pour le perfectionnement de tous les 
arts et pour l'amélioration de toutes les races d'animaux domestiques, et nous 
liarderions lorsqu'il s'agit d'améliorer le sort malheureux d'une portion de la 
race humaine! 

On sait bien trouver de l'argent pour subventionner les théâtres, qui ne 
sont pas toujours des écoles de moralité, et nous crierions misère lorsqu'on 
nous demande quelques bourses pour instruire les jeunes aveugles et en faire 
de bons ouvriers ! 

La contre-épreuve montre qu'il y a une véritable économie à voter les fonds 
nécessaires pour l'instruction de tous les aveugles. La plupart de nos élèves, 
leurs cours terminés, peuvent vivre de leur travail avec l'assistance qu'ils 
trouvent dans leurs familles ; il en est même qui parviennent à faire des 
économies. L'un d'entre eux m'écrivait au mois de janvier dernier, que, 
dans l'année 1873, il avait fait de l'ouvrage sur le tour pour la somme de 
1 ,^i36 francs, le bois payé. 



— 171 — 

Que devient un aveugle indigent qui n'a reçu aucune instruction ? Il se 
livre à la mendicité', el chaque anne'e il de'pense pour lui et pour son guide 
une somme de 800 à 900 francs, et souvent même de plusieurs milliers de 
francs. Les quinze ou vingt enfants qui lui auront servi de guides n'auront 
plus d'autre me'tier que celui du vagabondage et seront de francs paresseux. 
Or, qu'est-ce qu'un paresseux? C'est un scélérat en disponibilité'. (Rires.) 

On voit donc que l'argent dépensé pour l'instruction et l'éducation des jeunes 
aveugles est un placement de fonds à gros intérêts, même dans ce monde. 

Les Conseils généraux doivent donc voter chaque année une allocation suffi- 
sante pour appliquer des bourses entières ou des portions de bourses à toutes 
les demandes adressées à M. le préfet, lorsqu'elles s'appuient sur des motifs 
reconnus légitimes. 

ADMISSION D'ÉLÈVES DE LA PBOVINCR DANS L'INSTITUTION NATIONALE DE PARTS. 

Une mesure qui nous paraît de la plus haute importance, c'est de faire 
admettre à l'Institution nationale de Paris les élèves les plus capables de la 
province pour se perfectionner, soit dans la musique, soit dans un art quel- 
conque, pour lequel ils montreront des aptitudes, mais seulement après qu'ils 
auront terminé leurs cours dans l'établissement qui aura commencé à les ins- 
truire. Par exemple, nous avons un élève de la Meuse qui est entré dans notre 
maison à l'âge de huit ans; il termine son cours au i er octobre prochain, el 
il a seize ans. Ses professeurs lui reconnaissent un talent remarquable pour la 
musique d'orgue. S'il entrait cette année à l'Institution de Paris el y restait 
jusqu'à l'âge de vingt ans, il deviendrait un artiste distingué. 

Il nous est arrivé quelquefois que MM. les préfets nous ont retiré des élèves 
pour les placer à l'Institution nationale de Paris après trois ou quatre ans 
passés dans notre maison. Ce procédé nous a été d'autant plus sensible que 
nous avions admis ces élèves à peu près gratuitement et que le département 
était disposé à voter une bourse de 5 00 francs au moment même où l'élève 
nous quittait pour aller à Paris. 



DIFFICULTES DE NOTRE SITUATION. 

Le Conseil municipal de Nancy vote chaque année deux bourses : une de 
5oo francs, pour un jeune aveugle; l'autre de 200 francs, pour un aveugle 
adulte. 

Précédemment le Conseil général allouait 2,5oo francs qu'on divisait et 
qu'on appliquait à dix élèves. En 1876, il à voté un crédit de 5, 000 francs, 
partagé entre douze élèves, el en prélevant 600 francs pour la pension de 
deux aveugles adultes. 

Chaque année, le Ministre de l'intérieur met à la disposition du Conseil 
général une somme de û,ooo à 5, 000 francs, à répartir entre les établissements 
de bienfaisance du département. 

Il nous accorde un secours de /100 à 5oo francs, mais en l'appliquant à 
un élève indigent, pour sa pension. 






— 172 — 

Le total des pensions des élèves est de 2 5,A5o francs; cette somme, divisée 
par 56, nombre actuel des élèves, nous donne un chiffre de Ixbh francs par 
élèv£. 

Le total des pensions des aveugles adultes est de 3,5 10 francs. En divisant 
cette somme par î 7, nombre des pensionnaires adultes, nous avons 906 francs 
par élève. 

Les frais de médecin, de pharmacien, de blanchissage et de raccommodage 
sont forcément à la charge de la maison, les familles étant dans l'indigence 
ou dans la gêne. Nous les évaluons à la somme de 60 francs annuellement 
pour chaque individu, ce qui réduit la pension de chaque élève à la somme de 
394 francs et celle des adultes à ii6 francs. 

Plus des deux tiers arrivent à l'établissement sans trousseau et avec les vê- 
tements qu'ils portent. Le directeur a beau réclamer; il ne peut rien obtenir 
des familles, et il obtient rarement des secours des Conseils généraux. 

L'établissement est également obligé de fournir aux élèves les objets de 
classe : les livres, le papier et les instruments de musique, dix pianos et quatre 
harmoniums. 

L'établissement, étant une école, nécessite l'emploi d'un sous-directeur, de 
sept professeurs et de cinq sœurs hospitalières. 

Un plus grand nombre de domestiques est aussi nécessaire, — les aveugles 
ne pouvant rendre aucun service. 

Les frais généraux sont considérables. L'établissement paye 1,1 85 francs 
de contributions et 180 francs de primes d'assurance contre l'incendie. 

Les droits d'entrée et d'octroi sont très élevés : nous payons 8 francs par 
hectolitre devin, même pour celui que nous récoltons dans le clos attenant à 
la maison. Il faudrait élever le prix de la pension et de la bourse à 600 francs. 

Une de nos grandes difficultés, c'est de nous procurer des livres en points 
saillants. Nos professeurs sont parvenus à nous faire des clichés en feuilles de 
cuivre doublées de plomb. Nous avons vingt-deux volumes ainsi faits. Il n'y a 
plus que l'achat du papier. Nos professeurs fournissent la main-d'œuvre: ils 
impriment, ils plient les feuilles, ils brochent et cartonnent. C'est ainsi qu'ils 
emploient leurs jours de congé. 

J'ose me permettre, en terminant, d'indiquer les mesures que je regarde 
comme les plus importantes à prendre pour procurer l'instruction et l'éducation 
à tous les jeunes aveugles : 

i° Etablir, comme nous l'avons déjà fait observer, une statistique générale 
de tous les jeunes aveugles de un an à seize ans. 

a° Recommander à MM. les préfets de vouloir bien adresser une copie de 
cette statistique pour leurs départements respectifs aux directeurs d'institutions 
qui leur en feront la demande. 

3° Considérer les institutions pour l'instruction des jeunes aveugles, non 
plus comme des asiles, des hospices ou des établissements de bienfaisance, 
mais comme de véritables écoles primaires. 

D'où il suit que l'allocation votée par les Conseils généraux doit être : 1° mise 
au rang des dépenses obligatoires, comme toutes les autres dépenses concernant 



— 173 — 

l'instruction primaire; 2° suffisante pour satisfaire à toutes les demandes 
limes. (Applaudissements prolongés.) 

M. le Président. Il y a une lacune dans le me'moire de M. l'abbe' Gridel. 

L'établissement de Nancy, aujourd'hui si prospère, a été fondé -par l'initia- 
tive d'un seul homme : cet homme de bieu se nomme l'abbé Gridel. (Applau- 
dissements.) 

Il était grand vicaire du diocèse; il avait devant lui un bel avenir; mais il 
avait reconnu que dans la région de l'Est beaucoup d'aveugles ne recevaient 
pas d'instruction faute d'institut. Alors, il s'est démis de ses fonctions et est 
allé, de porte en porte, tendre la main pour ses aveugles. 

C'est un nouveau témoignage de ce que peut l'initiative privée inspirée par 
le dévouement et l'amour du bien. (Applaudissements.) 

Je propose au Congrès de voter des remerciements à M. l'abbé Gridel. (Ap- 
plaudissements prolongés. ) 

Un Membre. Il faut voter l'impression du rapport. 

M. le Président. Tous les rapports lus en séance publique seront im- 



primes. 



M. de Thiac. En Belgique, sur la proposition de M. Hodenbach, il \ienl 
d'être décidé que les dépenses afférentes aux aveugles seront inscrites désor- 
mais au budget obligatoire. 

M. le Président. Ce n'est pas la première fois que nous sommes obligés de 
reconnaître que les pays étrangers sont plus avancés que nous dans les ques- 
tions relatives aux aveugles, et cette infériorité aura même été une des princi- 
pales causes du succès de ce Congrès; car la France, qui a donné le signal il y 
a plus de cent ans, est distancée. Il faut regagner le temps perdu et bien mériter 
une seconde fois de l'humanité en faisant l'aire un nouveau progrès à l'ensei- 
gnement des aveugles. (Marques d'approbation.) 

La parole est à M. le D r Armitage, de Londres, pour la lecture de son mé- 
moire : 



SUR LES MOYENS EMPLOYÉS POUR AMÉLIORER 

LA CONDITION DES AVEUGLES DE LA GRANDE-BRETAGNE ET DE L'IRLANDE. 

M. Armitage (de Londres). Dans le recensement de 1871, comme dans 
ceux de 1861 et de i85i, on n'a pas compris ceux qui n'étaient qu'en partie 
aveugles, à moins qu'ils n'appartinssent à une institution. Le nombre des aveugles 
en Angleterre et dans le pays de Galles, au 3 avril 1871, était de 21,590, 
dont 1 1,378 hommes et 10,212 femmes, ce qui donne une augmentation de 
2,238 sur le nombre d'aveugles en 1861, et de 3,284 sur celui de t85i; 
niais, en proportion de la population, le nombre d'aveugles n'a pas augmenté, 
ainsi que l'établissent les chiffres suivants : 

i85i, 1 sur 979 ; 1861, 1 sur 1,087 ; iy 7*> » sur »,o&». 



— 17A — 

En Ecosse, il y avait en 1871 3, 021 aveugles, soit 1 sur une population de 
1,1 52 âmes. En Irlande, il y en avait 6,3/17, ou * sur ^^ 9 naD i tants - Pour le 
Royaume-Uni, y compris les îles de la Manche et l'île de Man, on peut e'tablir 
le chiffre à 3 1,1 5 6, ou 1 sur une population de 1,01 5 âmes. 

La proportion des aveugles aux voyants dans les différentes parties de l'Angle- 
terre varie beaucoup : de 1 sur 635 enCornwall, à 1 sur 1,367 en Durham. 

La proportion des aveugles est constamment plus grande dans les districts agri- 
coles que dans les districts manufacturiers. On peut se rendre compte de cette 
proportion élevée dans les districts agricoles par la continuelle émigration 
dans les villes des personnes qui peuvent travailler, laissant dans ces parties 
agricoles une proportion exagérée d'aveugles (l >. Cette explication peut justifier 
la proportion élevée des aveugles en Irlande, d'où depuis 18/16 l'émigration 
aux États-Unis d'Amérique a eu lieu sur une grande échelle; et la proportion 
moindre des aveugles aux voyants, en France, corrobore celte idée. 

L'examen des voies et moyens d'améliorer la condition des aveugles se di- 
vise naturellement en trois parties : 

i° Éducation; 

9° Moyen d'aider les aveugles à pourvoir à leur entretien; 

3° Assistance à ceux qui ne peuvent subvenir à leurs besoins; 

L'éducation se divise en deux parties, savoir : A. L'éducation élémentaire, 
comprenant la lecture, l'écriture, l'arithmétique et tout ce qui est enseigné 
dans les écoles; B. L'éducation technique, qui consiste à enseigner les métiers 
ou professions à l'aide desquels les élèves puissent ensuite se suffire. 

Il y a vingt-huit institutions pour l'éducation des aveugles, soit chez eux, 
soit à domicile. L'éducation donnée dans ces différentes institutions varie 
beaucoup en qualité, à en juger par le degré de développement intellectuel 
des élèves et par leur succès dans la vie. La lecture est enseignée dans toutes 
les institutions anglaises et écossaises; quelques-unes des institutions catho- 
liques romaines d'Irlande ne sont pas avancées au même point. 

Le caractère romain en relief, jadis seul eu usage, n'est maintenant em- 
ployé que dans six des écoles les moins avancées, et au collège pour les fils 
aveugles de bonne famille à Worcester, où il est en usage concurremment avec 
le système Braille, ce qui a ici sa raison d'être. Les élèves se vouant aux 
études littéraires doivent avoir à leur disposition les nombreux ouvrages publiés 
en Amérique, en caractères l'omains. 

Dans la plupart des institutions, le système Moon est maintenant eu usage 
pour la lecture : c'est un de ceux que les adultes apprennent le plus faci- 
lement, et sa dimension le rend plus perceptible à ceux dont la sensibilité du 
tact aurait été oblitérée par le travail manuel. Durant les dix années qui 
viennent de s'écouler, il a été réalisé un grand progrès par l'introduction des 
meilleures méthodes d'instruction, grâce à la Société anglaise et étrangère pour 

•■') Voir à ce sujet, aux pièces annexes, le mémoire de M. le D r G. Martin, de Cognac. 



— 175 — 

les aveugles. Avant l'année 1868, le système Braille n'était employé daus au- 
cune institution, et le nombre d'aveugles isolés qui l'employaient ne s'élevait 
probablement pas à plus de douze; à présent vingt-cinq institutions en font 
usage pour l'écriture. (Applaudissements.) Quelques-unes de ces institutions 
sont dans un état de transition, le directeur permettant aux élèves l'emploi 
du système, mais ne l'admettant pas encore comme faisant partie du cours ré- 
gulier de l'école. Outre ces institutions, bon nombre d'aveugles qui n'appartien- 
nent pas aux écoles l'emploient avec avantage. On peut juger de la rapidité 
delà propagation de ce système par le fait que, durant ces dix dernières années, 
la Société a vendu environ 3,5oo poinçons pour l'écriture. L'n autre progrès 
récemment réalisé, c'est la généralisation de la planche d'arithmétique à trous 
octogonaux, primitivement introduite par feu Révérend W. Taylor. 

Cette planche, quoique moins communément employée que le système d'é- 
criture de Braille, remplace peu à peu, avec avantage, les formes d'appareils 
employés autrefois pour le calcul. 

La géographie est enseignée dans un petit nombre d'institutions les plus 
avancées; on pourrait l'enseigner dans toutes, attendu qu'il y a maintenant 
un grand nombre de cartes géograpbiques bien faites et à bon marché. 

L'éducation des aveugles a fait de grands progrès par suite de la publica- 
tion d'une assez nombreuse série de livres scolaires et d'auteurs classiques 
dans le système Braille; et comme ces derniers sont pour la plupart imprimés 
de chaque côté du papier, avec de larges entre-lignes, la lecture en est rendue 
agréable et facile, et, par suite, la propagation en est rapide. 

On prétend enseigner la musique dans presque toutes les écoles, mais à 
l'exception de quelques-unes, si l'on en juge par les résultats, c'est avec peu 
de succès. On ne pouvait, en effet, rien attendre de mieux de celles qui n'ont 
pas encore entièrement introduit le système de notation de Braille, et dans 
lesquelles les pianos sont usés et passés à l'étal d'instruments sans valeur. The 
Royal Normal collège (le Collège normal royal), établi eu 1873, est une 
brillante exception; car renseignement de la littérature et de la musique non 
seulement y est excellent de tout point, mais encore les succès des élèves , après 
leur sortie du collège, sont des plus satisfaisants. 

Le nombre d'élèves est à présent de quatre-vingt-trois. La plupart de ceux 
qui passent dans le collège obtiennent un certificat d'aptitude et arrivent sans 
difficulté à une situation lucrative, comme accordeurs, maîtres de chant, or- 
ganistes. 

Un élève qui, en deux ans, a complété son instruction musicale, gague 
maintenant 3, 760 francs, par an, à accorder des pianos et à enseigner les 
voyants. La plupart des accordeurs obtiennent des places dans les fabriques ou 
dans les magasins de vente de pianos. 

Il y sera beaucoup plus difficile d'obtenir un emploi pour les femmes que 
pour les hommes enseignant la musique. Le Collège normal royal est le 
seul établissement où la musique soit exclusivement enseignée. Outre cet ensei- 
gnement spécial, les élèves reçoivent une bonne éducation générale; à ceux 
qu'on destine au métier d'accordeur, on apprend à réparer et à quelques-uns 
même à fabriquer les pianos. (Applaudissements.) 



— 17fr — 

Lorsqu'ils sont assez avancés, ils travaillenl le jour dans les manufactures 
tle Londres et accordent pour toute personne qui envoie des ordres au Collège. 

Le Collège pour les fils de bonne famille, à Worcester, a pour but de les 
préparer à suivre des professions libérales; et, à en juger par les résultats, 
cette éducation est très satisfaisante, beaucoup d'élèves ayant obtenu de grands 
honneurs universitaires dans des concours ouverts avec les voyants; plusieurs 
sont devenus pasteurs. 11 y a, actuellement, vingt-quatre élèves aveugles et 
huit voyants. Toutes les autres institutions enseignent des métiers dont les 
principaux sont : la fabrication de paniers, de brosses, le cannage de chaises, 
la corderie et le tissage. 

Quelques institutions sont des asiles où un élève peut, lorsqu'il y a été 
admis, rester toute sa vie. 

On reproche à cette forme d'institution de plonger dans une sorte de léthar- 
gie à la fois les directeurs et les élèves. Ce système est suranné, et le mouve- 
ment de l'opinion publique en amènera bientôt la réforme, partout où il 
existe encore. 

Plusieurs institutions permettent à un certain nombre de leurs élèves de venir, 
après leur sorlie, travailler dans les ateliers de l'institution; on leur fournit 
les matériaux; l'institution se charge de la vente de leur travail et les paye 
suivant ce qu'ils ont fait. Ce système, qui parait donner de bons résultats, esL 
suivi à l'asile d'Edimbourg, à l'école Saint-Georges, de Londres, à York, Leeds, 
Glasgow, Southsea, Nottingham et dans quelques plus petites institutions. 
Une troisième forme est celle où l'institution n'est qu'une simple école et ne 
donne aucun emploi à ses élèves, en dehors de l'instruction. C'est ce qui se fait 
à Saint-Johns Wood (Londres), Brighton, Kilburn, et dans quelques institu- 
tions de moindre importance. 

Pour que cette méthode réussisse, il est nécessaire qu'il y ait un supplé- 
ment d'ateliers où les aveugles puissent trouver un emploi continu et rémuné- 
rateur et où on leur épargne l'embarras d'acheter leurs matériaux et de cher- 
cher la vente de leur travail. 

Nous donnons ci-aprés un tableau des écoles. Celles qui sont marquées d'un 
astérisque emploient un certain nombre de leurs élèves comme ouvriers et par 
conséquent figureront encore dans le tableau des ateliers; celles qui sont dési- 
gnées comme asiles conservent leurs pensionnaires pour la vie. 



ATELIERS. 



La première de ces utiles institutions fut établie en i854 par M"* Gilbert, 
fille aveugle de feu l'évêque de Chichesler, et depuis lors des ateliers pour les 
aveugles ont été organisés dans les grandes villes; on en compte aujourd'hui 
17, outre 12 écoles auxquelles on a annexé des ateliers. 

Dans ces 29 institutions, gi/i aveugles trouvent de l'emploi. Les marchan- 
dises vendues l'année dernière se montaient à 1,222,625 francs, les salaires à 
environ 577,025 francs. 

Il ne faut toutefois considérer ces chiffres que comme approximatifs, 
attendu que quelques institutions qui sont écoles en même temps qu'ateliers 



— Ml — 

ne font pas de différence, dans leurs rapports, entre la venle des ouvrages de 
leurs élèves et des ouvrages de ceux qui sont considérés comme des ouvriers 
accomplis; cependant cette restriction n'affecte pas sensiblement les totaux. Afin 
de rendre le plan de ces institutions plus intelligible, il est nécessaire de donner 
un aperçu de quelques-unes des principales. 




Premier alclier fondé en Angleterre par M"" Gilbert. 



KDJMIiOUIIIj. 

L'asile royal d'Edimbourg, pour les aveugles, est l'institution qui réa- 
lise les plus grandes ventes; elles se montaient l'année dernière à près de 
5oo,ooo francs. Il comprend deux divisions : des ateliers avec des magasins 
en ville et un bâtiment séparé à West-Craigmillar, où 40 enfants aveugles 
reçoivent l'instruction. Ce bâtiment, tout neuf, est en dehors et tout près de 
la ville, dans une situation aussi saine que belle, de manière que les enfants 
sont élevés sous la salutaire inlluence de l'air de la campagne, pendant que 
les ateliers situés en ville sont d'un accès facile aux clients en môme temps 
qu'aux ouvriers aveugles qui demeurent chez eux. Il y a dans l'école 60 élèves 
auxquels on enseigne, à l'aide d'excellents appareils, toutes les branches d'une 
bonne éducation élémentaire. Outre les élèves, 29 adultes femmes aveugles 
vivent à West-Craigmillar, et sont pour la plupart employées à coudre les cou- 
vertures des matelas remplis à l'atelier. 

L'atelier occupe i3o hommes et 2G femmes. Le peu d'hommes qui n'ont pas 
de domicile particulier demeurent dans un bâtiment adjacent. Les 2 G femmes 
et le reste des hommes vivent chez eux. 

N° 20. , « 



— 178 






ECOLES. 



* Aberdeen 

Bath 

Belfast 

* Birmingham 

Brighton 

* Bristol 

Cork 

* Devonport 

Dublin , Molyneux 

Dublin, S'- Mary's Catholic Blind 

Asylum 

Dublin, Glasnein 

* Edinburgh 

* Exeter 

* Glasgow 

* Leeds 

Liverpool, Hardmann street. . . 

Liverpool, Catholic Blind Asy- 
lum 

London ,* Saint-Georges 

London, Saint-John's Wood.. . 
London, Indigent Blind Visiting 

Society 

London, School Board 

London, Boyal Normal Collège. 

London , Kilburn 

Manchester 

Newcastle, Royal Victoria 

Norwich Asylum 

Nottingham 

Plymouth 

Southsea 

Worcester 

York 



NOMBRE 
D'ÉLÈVES. 



9 
l3 
12 

84 
38 
34 
7& 
»9 
56 

lao 

65 
46 

37 
66 

33 

86 

55 

i56 

64 

280 
33 
82 

25 

86 

3? 
3o 
60 
28 
»7 

24 

83' 



HOMMES. 



6 

6 

61 

«7 

// 

11 
9 



// 
65 

// 
22 
27 

// 
65 

35 

86 
28 



52 

1 1 
54 
21 
16 
35 
12 
9 

24 

44 



FEMMES. 



1 

7 
6 

23 
21 

// 



/; 
i5 

39 

// 

21 



70 
36 



3o 

i4 

32 

16 
i4 

25 

16 
8 
11 

39 



OBSERVATIONS. 



Âsilc. 

Aveugles et sourds-muets. 

Idem. 



Asile; A5 des pensionnaires 
sont adultes. 

Asile; environ la moitié en- 
fants. 

Garçons la plupart envoyés 
par les communes pour ap- 
prendre des métiers. 



Dont 9 internes et xh externes. 



Environ la moitié sont d'un 
âge avancé. 



Voici la répartition du travail : 

La fabrication des paniers emploie 26 aveugles; les matelas, 17; les paillasses, i3; 
les paillassons, i4; les tapis de cacao, 6; les brosses, i5; 3 sont occupés à tisser des 
tapis; 9 à tisser de la toile à sacs; î à marquer les sacs; comme plumassiers, 7; pour 
conduire la machine à carder, 2 ; comme commissionnaires , 4 ; pour accorder les pia- 



— 179 — 

nos, 4 ; pour faire rentrer les comptes, 1 ; pour recevoir les souscriptions, a ; pour em- 
baller les marchandises, a; pour divers ouvrages, 4. 

■ Y compris les 29 femmes qui vivent, à West-Craigmillar, le nombre total 
d'aveugles employe's est de i85; le salaire payé aux aveugles se monte à 
1 38,o5o francs, donnant une moyenne de vente de 760 francs. Plusieurs ga- 
gnent assez pour se suffire entièrement. A ceux qui, pour diverses raisons, ae 
peuvent pas gagner leur vie, on a payé comme augmentation de gages la 
somme de 3i,i5o francs; la somme de 34, 800 francs a été dépensée comme 
indemnité dans les cas de maladie. 

Le Irait distinctif du travail à Edimbourg est l'importance qu'on donne à la 
literie et à la tapisserie; on. a reconnu que c'est la branche d'industrie la plus 
profitable, et elle a le grand avantage d'assurer aux femmes un travail régu- 
lier. Cette branche d'industrie est également cultivée avec avantage à Liverpool 
et à Belfast. 

Sa non-adoption, à Londres et autres grands centres de population, est 
un frappant exemple de la lenteur avec laquelle on améliore les moyens d'em- 
ployer les aveugles. 

GLASGOW. 

Après Edimbourg, l'institution la plus importante, relativement au prix de 
vente du travail, est celle de Glasgow, où les ventes se sont élevées, l'année 
dernière, à 376, 3oo francs. 

Outre les produits exploités dans la plupart des institutions anglaises et 
écossaises pour les aveugles, la corderie et la tonnellerie sont activement pra- 
tiquées. L'école est adjacente aux ateliers, ce qui fait que les élèves se trouvent 
dans de bien moins favorables conditions qu'à Edimbourg. 

Le maintien des lettres romaines dans l'école témoigne d'un manque de pro- 
grès dans l'éducation , bien que quelques élèves emploient le système Braille, 
pour l'écriture. 

LIVERPOOL. 

Les ateliers les plus importants du Boyaume-Uni, après ceux que nous 
venons de nommer, sont ceux de Cornwallis street, Liverpool, où les ventes de 
l'année dernière se montaient à 3o6,375 francs et le salaire des ouvriers 
aveugles à 97,500 francs. 

Le nombre d'ouvriers était de n5, dont 9 3 hommes et 22 femmes, de 
sorte que le salaire moyen de chaque ouvrier était environ de 85o francs. Us 
étaient employés comme suit : 

34 dans les diverses branches de la fabrique de brosses; 3a à tisser des paillassons 
a coudre à préparer la laine, etc.; 19 à fabriquer des paniers; ao dans les diverses 
branches de tapisserie; 5 aux objets de fantaisie (tricot, crochet, etc.); 5 comme com- 
missionnaires et portiers. 

H y a, en rapport avec les ateliers, une Home Teaching Society pour visiter 
les aveugles de Liverpool, auxquels on enseigne à lire au moyen du système 
Moon , et auxquels on fournit la Bible et autres livres. 



■ 



— 180 — 



LONDRES. 



I 



■ 



Les ateliers de Berners street, à Londres, fondés par M" Gilbert, emploient 
1 13 ouvriers, principalement à faire des paniers, des brosses, et à fendre du 
bois, qu'on emploie pour allumer le feu de charbon. Cette dernière profes- 
sion est excellente à Londres, comme ne demandant que peu d'adresse et ne 
comportant aucun chômage. 

La vente de l'année dernière se montait à 120,175 francs. 

Les ateliers des autres villes sont organisés sur les mêmes principes que 
ceux de Liverpool et de Londres, bien que les diversités d'aménagement el 
maintes autres causes locales amènent de nombreuses variations dans le chiffre 
d'aveugles employés, comme dans le montant des ventes et des salaires. 

Ces particularités sont exposées dans le tableau suivant : 

Les ateliers marqués * sont annexés à des écoles et ont figuré dans le tableau 
précédent. 

En examinant ce tableau , on remarquera que la moyenne des gages pour 
les ouvrières diminue en proportion du nombre qu'on emploie. 

Outre ceux qui travaillent dans les institutions spéciales pour les aveugles, 
il y en a un bon nombre qui travaillent pour leur compte chez eux, à fabri- 
quer des paniers, à canner des chaises, et, à Londres, à fendre du bois de 
chauffage. Plusieurs sont employés à vendre des journaux et autres publica- 
tions périodiques, et plusieurs autres dans diverses branches de commerce 
de détail, dont quelques-unes sont assez curieuses pour mériter d'être citées. 
Un aveugle, employé à l'achat des volailles en gros, s'y est fait une réputa- 
tion; un autre fait de bonnes affaires comme marchand de chevaux; un autre 
est employé sur les marchés de Londres à décharger les camions. 

Plusieurs gagnent beaucoup d'argent comme accordeurs de pianos, profes- 
seurs de musique pour les voyants et comme organistes. La profession de la 
musique dans ces trois branches est certainement la plus lucrative, comme la 
plus agréable des occupations ouvertes aux aveugles; mais, en présence de 
ce résultat, nombre d'écoles aspirent à élever leurs élèves à cette profession, 
malgré leur manque absolu de vocation. 

Il s'ensuit que beaucoup, sans avoir acquis les connaissances nécessaires, 
se présentent comme accordeurs ou comme professeurs, et, ne réussissant pas, 
déshonorent le corps entier. (Applaudissements.) 

Il serait à désirer qu'on ne formât des musiciens aveugles que dans deux ou 
trois écoles où la musique fût convenablement enseignée et où l'on enverrait 
les élèves des autres écoles qui auraient montré le plus d'aptitude pour la pro- 
fession de musicien. 

Pour montrer ce qui se pratique relativement aux pensions à fournir à 
ceux qui, pour une cause quelconque, ne peuvent se suffire, nous indique- 
rons brièvement comment opèrent trois sociétés importantes. 

The Brilish and Foreign Blind Association pour développer l'éducation et l'emploi 
des aveugles fut fondée en 1868, dans le but que son titre annonce. Les 
motifs qui ont donné lieu à sa fondation sont ainsi indiqués : 



181 



ATELIERS. 



Aberdeen 

* Birmingham 

Bradford 

* Bristol 

Belfast 

Bolton 

Cardiff. 

Cheltenham 

* Devonport 

Dublin, Richmond Institution et 

Asylum 

Dundee 

* Edinburgh 

* Exeler 

* Glasgow 

Hastings 

Hull 

*Leeds r 

Leicester 

Liperpool, Cornwallis slreet. . . . 

* Saint-George' 1 '. . . . 

■ Berners street 

London./ 

Noling-Hill 

Deptford 

Newcaslle 

* Notlingliam 

Norwich Asylum 

I'reston 

* Plymouth 

Scheffield 

* Soutlisea 

* York 



W -- 

PB 2 

O o 


W 

m 
O 

a 


'A 
te 

sa 


SALAIRES 








liv. sterl. 


5i 


4o 


1 1 


1,900 


i5 


1 2 


3 


546 


Ca 


35 


9 7 


i, 9 33 


9 


9' 


II 


970 


3a 


2 G 


6 


908 


3o 


a 9 


1 


7 33 


32 


29 


11 


n 


24 


12 


1 9 


323 


2 


2 


11 


II 


9 


9 


a 


260 


35 


sh 


1 î 


83i 


i85 


i3o 


55 


5,522 


i4 


1/1 


11 . 


273 


73 


7 1 


2 


2,234 


5 


5 


11 


94 


9 


11 


11 


70 


27 


'7 


10 


348 


20 


10 


1 


11 


n5 


93 


99 


3,900 


3o 


3o 


11 


i,56o 


80 


« 


11 


1,718 


9 


11 


11 


11 


8 


11 


11 


11 


10 


8 


2 


287 


10 


9 


1 


243 


8 


« 


11 


« 


16 


1 9 


4 


370 


4o 


94 


16 


a38 


95 


*9 


6 


5 97 


6 


C 


;/ 


7 1 


i3 


i3 


11 


466 



MOÏENNI 

des 

SALAIRES. 



Hv. sch. 

33 00 

36 i5 

3o i3 

2 4 10 

28 00 

23 10 

« 

i3 10 



99 00 
24 oo 
3o 00 
19 10 
3o 1 1 
19 00 

11 
3i 00 

11 
34 00 
52 00 
21 90 



24 00 

n 

19 10 

i5 00 

ai 00 

12 00 

35 10 



VENTES 
pour 
1877. 



liv. slerl. 
4,5oo 

>-99 y 
7,900 

84g 

L99 8 
2,o33 

i-99° 

4 77 



g43-i4-5 

5,057 

30,000 

9 /l 7 

1 5,oi 2 

'77 
544 

3,i 49 

i,544 

1 2,255 

3,009 

4,007 

4 00 

3oo 

M79 

1 , 2 5 

11 
1,298 
865 

2,223 

468 
3,637 



, VENTES 
pour 
1870. 



liv. sterl. 
« 

1 , 9 4 

r en 18G9. 

4,938 

en 1870. 

7 6 9 
n 

i,o5o 
4so 
i 9 3 

186 

11 

4 79 
12,745 

600 
8,706 

i44 

11 
1,319 
i,265 
7,675 
1,738 
4,i 3a 



45o 
818 
n 

644 

5 9 o 

1 , 9 4 1 



84g 



"' Oeservatioh. — Celle moyenne, exlraordinairement élevée, a élé fournie par le chapelain. Il est vrai que, 
tous les ouvriers étant hommes, ou pouvait s'attendre à une moyenne élevée. Mais dans ce nombre ih sont tisse- 
rands, ouvriers qui , en général , ne gagnent pas beaucoup. On doit aussi remarquer que le tolal des gages monte 
à environ la moitié de lu somme des venles, tandis que dans la plupart des autres institutions il n'atteint que le 
quart environ. 



Bien que l'attention des philanthropes se soit portée pendant environ près 



I 



— 182 — 

d'un siècle vers l'éducation des aveugles, ce n'est que depuis une époque com- 
parativement récente qu'on a beaucoup fait pour eux. Une des principales 
raisons que l'on donne pour expliquer le peu de progrès réalisés, c'est que 
l'œuvre a été trop exclusivement entre les mains des philanthropes voyants, 
qui, quoique bien intentionnés, n'avaient pas toujours l'intelligence des besoins 
réels de ceux dont ils cherchaient à améliorer le sort. 

Celte remarque concerne spécialement le mode d'éducation par le toucher, 
et c'est la seule explication de la ténacité avec laquelle on a retenu les vieilles 
méthodes d'enseigner bien longtemps après l'introduction des méthodes qui, 
tout en convenant mieux au sens du toucher, ne frappaient pas subitement la 
vue. Les fondateurs de l'Association acceptèrent comme axiome que , dans 
toutes questions relatives aux moyens d'obtenir des impressions par le tou- 
cher, les aveugles sont les meilleurs juges; c'est pourquoi le conseil de l'Asso- 
ciation ne comprend que des membres tout à fait aveugles, ou si près de le 
devenir qu'ils sont obligés, pour lire, de faire usage des doigts au lieu des yeux. 

Les principaux résultais obtenus jusqu'à ce jour sont : 

A. L'étude des meilleures méthodes d'enseignement et leur propagation. 

B. La production, à bon marché, d'appareils perfectionnés, comme la 
tablette Braille pour écrire dans les interlignes. 

C. La production d'une série de livres d'école et de classiques anglais. 
L'Association est un centre où' aboutissent toutes les inventions ou idées 

nouvelles à propos de l'éducation des aveugles, et d'où émanent toutes les 
informations utiles. 

Moon's Home Teaching Society. Cette Société, instituée en i855, a pour 
objet de fournir à domicile, aux aveugles, les livres du système Moon el 
d'enseigner la lecture, par ce système, à ceux qui ne savent pas lire. Elle 
a des branches, au nombre de cinquante-neuf, dans les principales villes, 
et à la campagne. Ses agents portent les livres de maison en maison; par 
ce moyen les aveugles ont l'avantage de pouvoir lire une succession de livres 
sans frais d'achats et sans avoir l'embarras d'accumuler de gros volumes. On 
a imprimé la Bible, une collection de cantiques, de petites biographies et 
quelques livres d'école, et on leur a donné une grande circulation. 

Les agents qui distribuent les livres sont très souvent aveugles eux-mêmes. 
On donne ainsi de l'occupation à un certain nombre d'entre eux. 

Indigent Blind Visiting Society. Celte Société, inaugurée en i834, s'applique 
à élever la condition spirituelle, sociale et physique des aveugles de Londres. 
Comme celles dont nous venons de parler, elle emploie des agents aveugles qui 
visitent les aveugles en qualité de missionnaires, lecteurs, conseillers et aumô- 
niers. H y a, dans les différents quartiers de Londres, trois écoles de jour en 
rapport avec cette Société, où environ 280 aveugles de tout âge reçoivent 
l'éducation élémentaire qui convient le mieux à leur situation. Une somme 
d'environ 5o,ooo francs est déboursée chaque année, partie en petites pen- 
sions, partie pour cause de maladies ou de détresse exceptionnelle, ou pour 
assister les aveugles qui sont dans la commune. 

Pension Societies. Il y a dans le Royaume-Uni environ quinze sociétés de 



— 183 — 

cette nature, qui donnent ensemble environ 595,800 francs par an aux 
infirmes et aux vieillards. La plupart des sociéte's qui accordent des pensions 
aux aveugles sont à Londres, et les fonds sont administrés par les City- 
Gompanies. 

Voici les principales : 



SOCIÉTÉS. 



Association for the gênerai 
welfare of the Blind. 

Christian Blind 

Clothworkers' Company. . 



Cordwainers Company. . 



ÂGE 



DBS PENSIONNAIRES. 



Au-dessus de 18 ans 

Au-dessus de 5o ans 

Hommes au-dessus de 45 ans.. 
Femmes mariées au-dessus de 

4o ans. 
Femmes non mariées au-dessus 

de 3o ans. 



Day's Charity. 



Draper's Company 

Edinburgh Royal Blind 
Asylum. 

Goldsmiths' Company . . . 
Hetherington's Charity.. . 

Humston's Charity 

Indigent Blind Visiting 
Society. 

Jews 

Painler's Company 



Protestant Blind. 



Saint - George's Blind 
School. 



PENSION 

ANNUELLE, 



liv. sterl. 



et 10 
5 






Adultes . 



Au-dessus de 61 ans. 
Adultes 



Au-dessus de 01 ans. 3 ans 
aveugles. 



13 

16 

30 



20 
10 
12 



et au-dessus 
suivant l'âge. 



T0TACX 
des 

PBNSIONS 

annuelles. 



liv. sterl. 

488 



45 7 

2,729 
55o 



3,65o 
i4o 

2,2 38'" 

Goo 
7,000 
60 
2,000 s) 

1,100 
1,740 

i,oi3 



23,83a 



NOMBRE 

des 
pension- 



26 

80 

43 9 



24o 

i4 

i64 

38 

700 

5 

7.3 

«9 

174 

24o 
i3 



3,oo5 



(') Cette somme est distribuée partie comme augmentation de gages et partie comme soutien dans les maladies 
!a l Cette somme est donnée en cas de maladie ou de détresse quelconque. 



Outre les sommes ci-dessous mentionnées, les ateliers ajoutent un petit 
intérêt aux salaires des ouvriers qu'ils emploient. On peut estimer'le montant 
annuel de ces assistances à environ 75,000 francs, qui, ajoutés aux chiffres 
contenus dans le tableau précédent, donne un total d'environ 595,800 francs 



m 



— 18/. — 

comme somme annuellement donnée à tilre charitable aux aveugles par les 
sociétés. 

Il y a en outre quelques asiles; mais les aveugles préfèrent généralement 
vivre chez eux que d'être réunis ensemble. On en rencontre aussi un grand 
nombre dans les ivorkhouses( maisons de charité). 

Il se manifeste, dans les institutions du Royaume-Uni, un besoin frappant 
d'uniformité relativement aux principes d'après lesquels elles sont dirigées. 
Cela provient d'un manque de contrôle soit par l'État, soit par toute autre 
autorité centrale. Il arrive souvent que le comité d'administration d'une ins- 
titution, ayant les meilleures intentions, mais sans beaucoup de connaissances 
spéciales, commette clans l'organisation du travail des aveugles des fautes qui 
souvent ont des conséquences fâcheuses et permanentes. 

De toutes les questions sociales qui intéressent les aveugles, il n'y en a peut- 
être pas une sur laquelle ceux qui ont étudié à fond le sujet soient, plus 
unanimes que sur la question du mal produit par les mariages entre aveugles; 
cependant, dans une ou deux écoles d'aveugles, l'organisation est si défec- 
tueuse que ces mariages parmi les anciens élèves ont lieu fréquemment. 

Dans les ateliers de Spittalfields (Londres), qui ont, depuis peu d'années, 
cessé d'exister, les hommes et les femmes travaillaient en commun; il en ré- 
sultait de fréquents mariages suivis de funestes conséquences. 

Dans un atelier dernièrement établi à Noting-Hill (Londres), on préfère les 
couples aveugles. Ceci n'est qu'un des nombreux exemples des impérities que 
nous pourrions citer. 

Le remède se trouve dans la diffusion d'idées plus saines, ce que nous 
cherchons à obtenir par des Congrès périodiques comme le Congrès actuel, et 
si l'auteur de ce rapport a contribué à répandre des notions exactes et des 
idées saines, il aura atteint son but. (Applaudissements.) 

Il n'est pas sans intérêt de donner la description des appareils les plus 
appréciés pour l'éducation des aveugles. 

En premier lieu, il faut citer le cadre servant à l'écriture en caractère Braille. 
Les deux principales modifications apportées dans ce cadre sont: d'abord, 
celle usitée en France, dans laquelle le guide descend dans une rainure; puis 
celle introduite par la British and Foreign BHnd Association, dans laquelle le 
guide et la rainure sont fixés ensemble et descendent l'un et l'autre sur un 
plan en bois. 

Dans ce dernier cadre les lignes sont tracées avec de grands intervalles, et 
par une simple disposition des épingles servant à maintenir le papier, celui-ci 
peut être retourné de manière à écrire au verso. Les cadres anglais ont l'a- 
vantage d'être d'une composition plus simple, et partant d'un prix de revient 
moindre que les cadres français; ils sont d'une grande exactitude. 



STEBÉOTYPIE. 



Tous les livres publiés par la British and Foreign Blind Association sont im- 
primés au moyen de plaques stéréolypiques préparées par les aveugles. On 
emploie pour celte préparation un cadre d'une construction semblable à celle 






— 185 — 

du cadre employé pour l'écriture ordinaire, mais d'un ensemble plus fort. Au 
lieu d'une simple feuille de papier, comme dans l'écriture usuelle, on place 
sur celle-ci une mince feuille de cuivre, et ces deux feuilles ainsi unies sont 
repoussées au moyen d'un poinçon et d'un marleau. 

Lorsque le premier côté se trouve écrit, on renverse ces feuilles, et le re- 
poussé du second côté est fait dans les interlignes du premier. 

Quand on sépare ces feuilles, il est facile de s'assurer que les points en re- 
lief s'emboîtent réciproquement dans les creux qui leur ont servi de moules, 
de sorte que, si l'on pose une feuille de papier humide entre elles, celle-ci se 
trouve imprimée simultanément sur chaque face. 

Pour l'impression, on place sur la surface plane de la presse une espèce de 
guide consistant en tringles de bois formant relief alternées avec des pièces 
de caoutchouc formant dépression; les premières correspondent aux interlignes, 
les secondes reçoivent les points repoussés de la feuille inférieure. 

Un morceau de caoutchouc est adapté au tambour de la presse. 

De cette manière, on imprime avec une grande rapidité; l'impression ressort 
extrêmement bien et les feuilles peuvent servir très longtemps. 

Il est inutile de les maintenir par des soudures ou autres moyens comme 
il était nécessaire de le faire dans les anciens procédés de préparation des 
plaques stéréotypiques, et l'impression, beaucoup plus lisible, épargne un es- 
pace d'environ 2 5 p. o/o. 

CARTES GÉOGRAPHIQUES. 

Les mappemondes fabriquées par la British and Foreign Blind Association 
sont des cartes en papier léger à l'usage des écoles; la mer est en dépression, 
comme sont également les rivières, et les montagnes, les frontières politiques 
et les villes sont en relief. 

M. Schott, de Berlin, fournit des sphères en relief d'une grande exactitude. 



I 



R 



ARITHMETIQUE. 

Le point essentiel pour une bonne planche d'arithmétique, c'est que tous 
les chiffres puissent être représentés à l'aide de la même cheville, de sorte que, 
lorsque la somme est achevée, il n'y ail aucune perte de temps pour séparer 
et classer les différents chiffres. 

Le meilleur appareil est indubitablement celui introduit primitivement par 
feu le révérend W. Taylor et fabriqué par M. Growe, de Worcester. 

La planche est creusée de trous que l'on peut considérer comme formés par 
deux carrés placés l'un sur l'autre diagonaleinent, de façon à figurer une étoile 
à huit sommets. La cheville est carrée et peut être adaptée dans son trou en 
huit positions différentes; une de ses extrémités porte une cannelure le long 
d'un de ses côtés; l'autre extrémité est profondément entaillée, de sorte qu'étant 
placée dans huit positions avec l'extrémité cannelée formant relief, la cheville 
peut être renversée et placée dans huit Autres positions avec l'extrémité pro- 
fondément entaillée comme sommet, 



3x 



■ 



— 186 — 

Ces seize positions, avec les chiffres et les signes qu'elles indiquent, sont les 
suivantes : 



6 



x -*■ 



8 



<>□<>□<>□ <>•□ 



9 + - 

O □ O n <>□<>□ 



Ouverture de la planche 




pour placer les chevilles. 



Les démonstrations de l'orateur sont accueillies avec un vif intérêt. (Ap- 
plaudissements.) 

M. le Président. M. Johnson a la parole pour communiquer au Congrès le 
rapport de la Commission anglaise sur les écoles et institutions d'aveugles en 
Angleterre. 

M. Johnson (de Londres). 

L'ÉDUCATION DES AVEUGLES EN ANGLETERRE. 

Nous, soussignés, invités, comme représentant les écoles et institutions 
pour les aveugles en Angleterre, à faire un rapport sur la situation générale 
de ces établissements, au point de vue de l'éducation, présentons les obser- 
vations suivantes : 

I. L'éducation des aveugles, faiblement aidée par l'État ' ] >, puise principa- 
lement ses ressources dans les contributions volontaires. Les écoles et institu- 
tions en exercice peuvent être classées en trois catégories : 

i° Les établissements soutenus par un seul ou par tous les moyens suivants : 
a. un léger payement effectué par les amis de l'élève ; b. un secours donné par 
les autorités de la paroisse ; c. entièrement par les dons volontaires. 

2° L'éducation professionnelle, favorisée par environ soixante sociétés visi- 
tant à domicile et répandues dans toute l'Angleterre : les agents de ces so- 
ciétés sont surtout des personnes aveugles, dont beaucoup ont passé par une 
des quarante-trois écoles d'aveugles d'Angleterre. 

3° Le Collège des Cls de famille aveugles, à Worcester. 

IL Les systèmes de lecture en usage sont le caractère romain (minuscules 
et capitales) et ses modifications connues sous le nom de caractères de 

"' Les gardiens des pauvres sont autorisés, par les actes de Vict. XXV, XXVI, XXXI et 
XXXII, à fournir aux aveugles indigents les moyens d'apprendre un commerce dans les maisons 
de travail ou de s'instruire dans les institutions d'éducation. 






— 187 — 

Moon; et aussi les systèmes tout à fait arbitraires de Braille, Lucas et Frère. 
Le caractère romain et celui de Moon sont les plus usités pour la lecture; 
le caractère arbitraire de Lucas est beaucoup moins employé, tandis que celui 
de Braille commence à prendre une extension progressive, mais certaine dans 
la jeunesse. 

III. Pour l'écriture en relief, le type romain connu sous le nom de Pintypp 
est très en usage dans les écoles; celui de Braille fait son chemin comme un 
utile auxiliaire dans la pratique de l'éducation , et le système de Moon est 
particulièrement adopté pour les usages épistolaires. 

On a encore tenté quelques essais ingénieux et simples pour mettre les 
aveugles qui ont joui de la vue à même d'écrire avec une plume ordinaire 
dans les caractères usuels. 

IV. Les moyens employés pour enseigner l'arithmétique sont la règle pen- 
tagonale inventée par Lucas (la plus usitée) et la règle octogonale trouvée 
par feu le révérend W. Taylor. 

V. Pour la géographie, des cartes en relief ont été préparées par Moon, 
par la Société anglaise et étrangère pour l'éducation des aveugles, avec des 
notes explicatives dans le système Braille, et par la Société de Worcester. On 
emploie aussi des systèmes de figures géométriques. 

Des écoles et institutions pour les aveugles sont en exercice dans les villes 
suivantes de l'Angleterre: Londres, 3; Aberdeen-Bath, 2; Belfast, Birmin- 
gham, Bradford, Brighton, Bristol, Bolton, Cardiff, Cheltenham, Cork, De- 
vonport, Dublin, 3 ; Dundee, Edinburgh, 2 ; Exeter, Glasgow, Hastings, Hull, 
Ipswich,Leeds, Leicester, Liverpool, 2; Manchester, Newcastle sur Tyne, Nor- 
wich, Nottingham, Plymouth, Southsea, Stockport, Swansea, Turnbridge, 
Worcester, 2 ; York. 

Ceci est à ajouter à ce que font les différentes sociétés qui visitent les 
aveugles, parmi lesquelles la plus importante est la <t Société de visite à do- 
micile de M. Moonn. 

Alex. Barnhill, formerly Superintendant of the Glasgow Mission for the Blind. — 
G. Mautin-Tait, Secretary of the Home Teaching Society (Moons Type), 
London. — Anthony Buckle, B. A., Director of the Wilberforce School 
for the Blind, York. — James Kennedy, D. M., Royal Blind Asylum, Edin- 
burgh. — B. G. Johns, M. A., Chaplain of the Blind School, St-George's 
Fields, London , Secretary of the Committee. — Edmund-Charles Johnson. 
— Chairman, Member of Committee of School for Indigent Blind, London. 
Trustée ofDay's Charity , Member of tlie Educ'ational Conseil of the Collège 
for Blind sons of gentlemen, Worcester, etc. — Robert Hugh Blair, 
Master of Arts : Feltow of the Royal astronomical Society of London : Laie 
Principal of the Collège for Blind sons of gentlemen : Joint-Seeretary of the 
Society for Providing cheap Literalure for the Blind et Rector ofSt-Martin's , 
Worcester. 

(Applaudissements.) 

^ M. le Président. La parole est à M. Bret, rapporteur de la Commission 
d'hygiène. / 






I 



I 



— 188 — 



M. Bret, rapporteur. 



RAPPORT DE LA COMMISSION F. 

Messieurs, la Commission F avait pour mission d'étudier la question de 
l'hygiène des aveugles. 

MM. les D r " Appia, Bergeron, Bonnafont, Claisse, Desruelles, Grognard, 
Landa (de Pampelune), Marjolin, Napias ont pris part à ses travaux. 

Les soins concernant l'hygiène de l'aveugle peuvent se diviser en deux caté- 
gories. Dans la première rentrent les précautions générales intéressant l'habi- 
tation, le vêlement, l'alimentation, les études et travaux, les récréations et les 
peines disciplinaires. La seconde catégorie comprend des recommandations 
particulières intéressant les quatre sens du goût, du toucher, de l'ouïe, de 
l'odorat et de la vision. 

Habitations. — Les habitations des aveugles doivent être choisies dans des 
lieux salubres et de préférence à la campagne. 

Les bâtiments seront construits d'après un plan très simple qui en rendra 
la surveillance facile. 

Les dortoirs seront aérés; un surveillant non aveugle y couchera; ils seront 
éclairés la nuit; des rondes fréquentes y seront faites par un veilleur. 

Les logements des professeurs seront l'objet d'une sollicitude particulière, 
car le personnel enseignant montrera d'autant plus de zèle qu'il jouira déplus 
de bien-être. (Marques d'assentiment.) 

Les latrines seront établies dans des conditions favorisant la surveillance, 
la décence et la propreté. 

Vêtement. — Les vêtements seront choisis de manière à ne pas gêner les 
mouvements; ils seront appropriés aux saisons et devront être fréquemment 
nettoyés. 

Le linge sera souvent renouvelé. 

Alimentation. — On donnera aux aveugles une nourriture plus réconfortante 
que celle des voyants du même âge, pour ce motif que leur infirmité est, en 
général, concomitante avec une faiblesse considérable de l'organisme. 

Etudes et travaux. — Les études et les travaux sédentaires ne doivent pas 
être de longue durée. Loin d'exciter les aveugles au travail, il faut modérer 
leur ardeur et leur donner des distractions. 

Récréations. — Les récréations seront surveillées par un voyant, qui provo- 
quera les élèves au jeu et les dirigera de manière à éviter tout accident. Trois 
ou quatre fois par semaine, une récréation sera spécialement consacrée à ,des 
exercices gymnastiques réguliers. Ces exercices seront autant que possible 
rythmés et accompagnés de chant. 

Les rondes chantées, les danses en musique, les exercices d'attitude qui re- 
médient aux défectuosités physiques si communes chez les aveugles, sont tout 
spécialement recommandés. 

On rendra les promenades instructives par des observations sur les objets et 



— 189 — 

les siles; on pourra les diriger vers les lieux où se tiennent les leles publiques, 
afin de faire participer l'aveugle aux distractions communes. 

L'hiver, les récréations auront lieu dans des promenoirs spacieux et chauf- 
fés. 

Peines disciplinaires. — Pour la bonne tenue des établissements et le main- 
lien de la discipline, il faut surtout compter sur le tact et le dévouement des 
personnes qui acceptent la tâche délicate de la direction des instituts. 

La fermeté dans la bonté : voilà selon quel principe on devra agir. 

La Commission proscrit le pain sec, la mise à genoux ou debout dans l'im- 
mobilité, les pensums et les autres moyens de répression qui atrophient à la 
Ibis l'intelligence et la santé des élèves. 






RECOMMANDATIONS PARTICULIERES A L'EXERCICE DES SENS. 

Sens du loucher. — Pour favoriser le développement et l'exercice du tact, 
si précieux à l'aveugle, il est indispensable de maintenir à un degré sulfisam- 
ment élevé la chaleur du corps; et, en conséquence, toute cause de refroidisse- 
ment doit être soigneusement évitée. 

Pour empêcher l'altération de la sensibilité du (act, il faut exclure des tra- 
vaux et des jeux des aveugles toutes les occupations qui durcissent l'épidémie. 

Les aveugles peuvent, sans inconvénient pour le tact, fabriquer de la van- 
nerie, des paillassons, des nattes de parquet, des stores en paillettes, de la 
verroterie, du crochet, du tricot, des lacels, de la passementerie, de la tapis- 
serie, de la petite menuiserie, des fleurs artificielles, des toiles et tissus gros- 
siers, et faire de la composition d'imprimerie. 

Sens de l'ouïe. — Le plus sûr moyen de conserver l'intégrité du sens de l'ouïe , 
qui, après celui du toucher, est le plus nécessaire à l'aveugle, c'est la pro- 
preté. L'emploi du cure-oreilles sera fort ulile, sinon indispensable. 

Sens du goût. — Presque tous les aveugles mangent avec une précipitation 
que je traiterais de gloutonne, si elle n'avait sa source dans l'empressement 
que montre l'aveugle à s'affranchir d'une occupation où il est nécessairement 
maladroit. 

Des indigestions stomacales ou intestinales fréquentes sont les consé- 
quences de ces repas trop tôt achevés. Il faut que les aveugles prennent 
l'habitude de mastiquer les aliments. 

Dans les institutions, on fera bien de les laisser causer pendant les repas. 

Sens de l'odorat. — Quoiquele sens de l'odorat ne rende à l'aveugle que de3 
services limités, on n'en doit pas moins recommander des soins de propreté 
constants et éviter notamment les coryzas (catarrhes du nez). 

Sens de la vue. — 11 pourra vous sembler étrange que votre Commission se 
soit préoccupée de l'hygiène de la vue chez les aveugles; cependant, comme 
les conjonctivites simples et les conjonctivites granuleuses se déclarent fré- 
quemment dans les établissement d'aveugles, il est indispensable que les 



■ 



— 190 — 

médecins attachés à ces établissements examinent régulièrement tous les 
élèves et indiquent les précautions à prendre. 

Il y a des aveugles qui souffrent de l'impression d'une lumière trop vive; on 
obviera à cet inconvénient par des lunettes à verres de couleur ou par des abat- 

J 0Ur - 

Après avoir examiné ces questions, votre Commission a émis le vœu de voir 

créer une organisation méthodique des ressources hospitalières. 

Elle a pensé que pour faire profiter tous les aveugles d'une même contrée 
soit des bienfaits de l'instruction, soit de certaines précautions nécessitées par 
leur infirmité, il faudrait créer, au chef-lieu du département ou de toute autre 
circonscription administrative, un service hospitalier spécial aux aveugles dans 
l'hôpital général ou, à défaut de cet hôpital, dans un institut privé. 

Cette fondation mettrait fin à une situation déplorable, tant au point de vue 
de la santé que de la moralité de l'aveugle. On recevrait dans ce service les 
aveugles que l'on renferme aujourd'hui dans les dépôts de mendicité, où ils de- 
viennent promptement aussi corrompus que les vagabonds, leurs hôtes habi- 
tuels; on ne les laisserait plus dans les hôpitaux, où ils sont un sujet de mo- 
querie pour les autres malades, où ils mènent une vie oisive préjudiciable à leur 
santé en même temps qu'à leur état moral; on ajouterait un dispensaire pour 
les maladies des yeux. 

Un service spécial ne serait pas créé dans les départements qui n'auraient 
qu'un petit nombre d'aveugles; ce département ou ce district enverrait ses 
aveugles dans le service du département voisin. 

J'ai à remercier, en terminant, MM. les membres de la Commission d'hy- 
giène, mes maîtres en médecine, de m'avoir fait l'honneur de me choisir 
comme rapporteur. 

Qu'il me soitpermis de remercier également, au nom de tous, MM. Nadault 
de Buffon et Lavanchy qui, s'ils n'ont pas résolu toutes les questions, ont du 
moins jeté les premières bases d'une association appelée à les résoudre. (Ap- 
plaudissements.) 

M. le Président. Je remercie, au nom du Congrès, M. le rapporteur de la 
Commission d'hygiène du soin qu'il a apporté dans la rédaction de son rap- 
port. • 

La discussion est ouverte sur les conclusions du rapport de la Commission 
d'hygiène. 

M. le D r Marjolin. Je crois devoir faire connaître au Congrès que le rapport 
de notre jeune confrère a été improvisé en quelques heures. Hier encore, à 
cinq heures, un de nos honorables confrères d'Espagne, le D r Landa, nous 
apportait des renseignements du plus haut intérêt, tant sur les causes de la 
cécité, d'après les observations qu'il a pu faire dans certaines provinces d'Es- 
pagne, où l'on rencontre beaucoup d'aveugles, que sur l'état sanitaire de l'ar- 
mée espagnole, notamment de l'armée d'Afrique, à Tanger, et de celle qui est 
à Cuba. 

M. Meïer (Amsterdam). Parmi les industries accessibles aux aveugles et 



— m — 

représentant pour eux un exercice utile, je signalerai le cannage des chaises, 
qui a pris, depuis quelque temps, une grande extension en Europe. 

M. le Président. Cette indication sera ajoute'e à celles contenues dans le 
rapport. 

M. Bret, rapporteur. J'ai omis de mentionner un excellent travail , commu- 
niqué par l'Institut des aveugles de Milan, dont le directeur est membre du 
Congrès. Nous y avons puise' des renseignements fort utiles au point de vue de 
la statistique. 

L'auteur de cette intéressante communication, M. Luigi Vitali, est présenta 
la séance. 

M. le D r Desruelles. N'y aurait-il pas lieu de distinguer entre l'hygiène 
générale et l'hygiène spéciale aux aveugles? 

M. le Président. Je mets aux voix les conclusions du rapport de la Commission 
d'hygiène. 

(Les conclusions de ce rapport sont adoptées.) 

Un de nos collègues, M. Courteville , de Versailles , demande à être entendu , 
et, à moins d'opposition, je lui donnerai la parole, bien que sa communication 
ne figure pas à l'ordre du jour de la séance. 

Cette communication est relative à une industrie spécialement accessible 
aux femmes aveugles; mais s'agirait-il des femmes en général que cette com- 
munication serait encore du plus haut intérêt. 

Il est désirable que le plus grand nombre possible de carrières soient 
ouvertes aux femmes; certaines industries, rentrant tout spécialement dans les 
aptitudes féminines, devraient être interdites aux hommes. 

La parole est à M. Courteville. 

M. Courteville. Permettez-moi de vous faire connaître comment je suis 
arrivé à étudier et à essayer de résoudre la question posée par votre Comité 
d'organisation : te Comment préparer et assurer l'indépendance et l'entretien 
des aveugles à leur sortie des instituts ?» 

L'année dernière, un de mes amis d'enfance qui occupe une situation im- 
portante dans l'industrie artistique me conviait à étudier avec lui un nouveau 
procédé pour le perfectionnement des cordes harmoniques. La proposition 
était tentante pour un musicien amateur à la recherche de cet oiseau rare 
(rara avis) que j'appelle une bonne corde. J'acceptai. Je constatai bientôt 
l'excellence de l'invention et j'y consacrai tous mes instants. 

La difficulté était de la faire entrer dans le domaine de la pratique, de 
créer un atelier et de mettre au courant des ouvriers ou plutôt des ouvrières. 

Je dis des ouvrières, parce que le travail dont il s'agit n'étant pas fatigant et 
ne pouvant être que modiquement rétribué, il pourrait convenir aux femmes, 
qui éprouvent plus de difficultés que les hommes à trouver des occupations 
régulières et qui, par suite, sont moins exigeantes dans le chiffre de leur 
salaire. 









— 192 — 

Mais la chose n'était pas facile, attendu les aptitudes requises. Ces aptitudes 
se réduisaient cependant à trois : la patience, la justesse de l'ouïe et la de'lica- 
lesse du toucher. La justesse de l'ouïe était une condition sine qua non et, des 
trois qualite's que je viens d'énumérer, c'est assurément la plus rare chez l'ou- 
vrière de fahrique, ainsi que l'expérience nous l'a en grande partie démontré. 
Nous avions fait quelques essais, lorsqu'un jour j'eus un trait de lumière à 
propos d'un organiste aveugle dont je vantais l'habileté. 

rr 11 faut confier nos travaux à des aveugles! m'écriai-je. Ils ont précisément 
les qualités voulues. En outre, ce sera une bonne action !» 

Je n'oublierai jamais l'impression que cette communication fit à mon ami. 
n Tu as là une idée sublime » , me dit-il dans son enthousiasme , s et puisqu'elle 
l'appartient, charge-toi de la mettre à exécution.» 

J'allai frapper d'abord à la porte de l'Institution nationale des jeunes 
aveugles où je reçus un accueil aussi sympathique qu'empressé; mais je ren- 
contrai là, en même temps, des difficultés qui jusqu'ici ne m'ont pas permis 
de donner suite à celte combinaison. 

En premier lieu, la maison a ses habitudes, ses règles, ses exigences, et le 
temps que les élèves pouvaient consacrer à l'étude de ce nouveau genre de 
travail était forcément très restreint, puisque l'Institution renferme surtout des 
enfants auxquels il faut donner d'abord l'instruction première. 

Mais là n'était pas le plus sérieux obslacle. Ce qui ne nous a pas permis de 
persévérer dans cette voie, au moins quant à présent, c'est qu'une fois sorti 
dé l'institution le sujet nous échappe. La nature du travail exige qu'il soit 
fait en atelier. La fabrique de mon ami est dans un faubourg éloigné, où les 
aveugles, en raison de leur infirmité même, ne pourraient se rendre qu'ac- 
compagnés et difficilement encore, à cause de l'éloignemenl. La nécessité où 
se trouve l'aveugle d'être accompagné est un premier argument pour la thèse 
que j'ai à soutenir. 

Je me suis ensuite adressé aux sœurs de la rue d'Enfer; là aussi, j'ai été 
fort bien accueilli, mais on m'a opposé une fin de non-recevoir basée sur 
des difficultés d'exécution. La nature conventuelle du refuge, le manque absolu 
d'études musicales de la plupart des pensionnaires, etc: etc. 

Voilà donc, Messieurs, une industrie qui pouvait convenir merveilleuse- 
ment aux aveugles et qui leur échappe. Vous venez de voir pourquoi. Y a-t-il 
un remède à cette situation? Je le crois, et c'est cette conviction qui forme la 
base de la proposition que j'ai l'honneur de soumettre au Congrès. 

Vous avez vu que la difficulté pour nous était de trouver, à la sortie de 
l'Institution, des aveugles suffisamment groupés pour pouvoir former un atelier 
ou fréquenter celui que nous pourrions mettre à leur disposition. 

Eh bien ! le moyen que je préconise pour Paris et les grands centres, c'est 
non un asile, non un refuge, mais une cité ou colonie industrielle d'aveugles. 

Les aveugles ont des aptitudes toutes particulières qui les rendent propres à 
certains travaux que, vu leur état d'infériorité physique, ils consentent à faire 
moyennant un salaire moins élevé que les voyants; malheureusement ils sont 
disséminés dans les grands centres, et il est difficile, lorsqu'on a besoin d'eux, 
de les trouver. Enfin, ils travaillent généralement isolément et ne trouvent 



— in — 

pas dans la collectivité le moyen, soit d'entreprendre quelque chose, soit de 
mettre en commun leurs efforts, leur intelligence spéciale, soit même de s'asso- 
cier les voyants pour les aider. Une colonie ouvrière réaliserait ce desideratum. 
Les aveugles ayant de la famille y trouveraient un asile. Les repas pourraient 
se prendre en commun ou séparément et les ouvrières pourraient, dans tous 
les cas, trouver des mets apprêtés dans les cuisines de l'établissement. De 
grandes salles qui seraient louées à des enlrepreneurs ou à une association 
ouvrière permettraient de mettre au service de l'industrie les travaux des aveu- 
gles, qui n'auraient plus alors besoin de conducteurs et qui trouveraient, 
réuni dans une colonie, tout ce qui peut intéresser leur situation particulière. 

Ai-je besoin d'insister sur les conditions de bien-être, de prospérité, d'éco- 
nomie, de vie joyeuse et réglée qui seraient les conséquences d'une telle 
création ? 

J'ai dit vie joyeuse, Messieurs, et ce mol peut sembler déplacé aux personnes 
qui ne fréquentent pas les aveugles; mais celles qui ont un commerce habi- 
tuel avec eux savent qu'ils sont généralement gais. Que serait-ce donc lorsque 
les amitiés, commencées à l'Institut, se continueraient dans la colonie? 

Mais comment créer cette colonie? A Paris, elle pourrait être fondée par 
la municipalité ou mieux par l'initiative privée avec une subvention adminis- 
trative. On pourrait aussi la créer par actions. H ne s'agit ici, ni d'un asile 
ni d'un refuge, mais bien d'un quartier d'aveugles. Si l'on a trouvé 5o millions 
pour cette fête des yeux et des oreilles qui s'appelle l'Opéra et ne rapporte 
rien que la gloire artistique, ce qui est j'en conviens quelque chose, on se 
procurera bien deux millions pour fonder dans un de nos faubourgs une colonie 
d'aveugles ! 

Le jour où vous aurez réalisé ce progrès, soyez certains, Messieurs, que 
tous les aveugles réunis dans la colonie auront du travail. Ils exciteront davan- 
tage l'intérêt, parce qu'on saura où les trouver. Ils exciteront aussi la curiosité, 
mais une curiosité née de la sympathie et qui aboutit à la compassion. Ils ne 
seront pas isolés, puisque leurs pères et mères , femmes et enfants seront admis 
à habiter avec eux. Les besoins spéciaux qui leur incombent, tels que conduc- 
teurs, etc. , seront très simplifiés. Les orphelins, les célibataires, se créeront là 
une grande famille qui leur donnera joie et sollicitude et pourra leur assurer 
un profit; ainsi la société elle-même aura tiré le meilleur parti possible de 
ses enfants affligés. 

Je terminerai en répondant de la manière suivante à la question du Con- 
grès : le meilleur moyen d'assurer l'indépendance et l'entretien des aveugles 
à la sortie des instituts consiste à pouvoir mettre à leur disposition des colo- 
nies ou cités ouvrières qui, en les réunissant, en diminuant pour eux les 
charges du loyer, en leur facilitant les moyens de trouver de l'ouvrage, en les 
mettant en vue, leur aplaniront les difficultés de la vie et permettront de tirer 
des facultés auxquelles leur infirmité donne naissance le meilleur parti pos- 
sible ! 



M. le Président. Le Congrès remercie M. Courteville de son intéressante 
communication. 



N" 20. 



i3 









— 194 — 

Comme nous touchons au terme de nos travaux, elle ne peut être renvoyée 
à l'examen d'une commission, mais elle sera classée parmi les documenls du 
Congrès et étudiée par la Société internationale. 

La parole est à M. J. Kennedy pour la lecture de son mémoire sur : 
LA NÉCESSITÉ DE FOURNIR AUX AVEUGLES 



INE OCCUPATION PERMANENTE 



[«' 



M. James Kennedy, délégué du Royal BHnd Asylum, à Edimbourg. L'emploi 
permanent des indigents aveugles est un sujet qui demande beaucoup plus 
d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'ici. Ceux qui se sont intéressés à la 
question de l'amélioration du sort des aveugles se sont, en général, trop 
exclusivement occupés de ce qui n'en est que la préface, importante il est 
vrai , l'éducation et l'enseignement de ceux qui sont privés de la vue. Les con- 
sidérations qui suivent serviront à mettre le sujet sous son vrai jour : 

i° La partie de la vie destinée à l'éducation n'occupe, en général, qu'une 
faible place dans l'existence humaine comparativement au temps que l'adulte 
doit consacrer au travail pour sa subsistance et auquel l'éducation avait pour 
but de le préparer; 

2° Le plus grand nombre des aveugles appartiennent à la classe pauvre, et 
tous, le plus souvent, sont obligés de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins; 
il en résulte que les aveugles indigents privés de travail deviennent un fardeau 
pour leurs amis ou pour la communauté ; 

3° L'aveugle, par sa situation même, ne peut ni chercher de l'ouvrage, 
comme ses camarades voyants, ni profiter aussi facilement qu'eux du fruit de 
ses travaux. 

Il s'ensuit qu'à moins que des particuliers ou des institutions ne s'occupent 
de leur procurer des emplois lucratifs, les aveugles ne peuvent que souffrir et 
devenir dépendants de leurs amis ou de la société. 

Il n'y a qu'un nombre limité de travaux accessibles à ceux à qui la vue fait 
défaut; néanmoins il est possible de trouver, même dans ces limites restreintes, 
une occupation productive qui suffise à les rendre, à certains égards, indépen- 
dants de l'assistance d'aulrui. L'expérience a démontré jusqu'ici que presque 
toujours l'insuffisance de leurs gains doit être complétée par un secours 
supplémentaire. L'Institut royal des aveugles d'Edimbourg, fondé dès 1793, 
dans le but spécial de procurer des emplois aux aveugles, a obtenu à cet égard 
les résultats les plus satisfaisants. 

La longue expérience acquise par cet institut peut servir de guide pour 
l'établissement d'institutions similaires. 

Sur 234 aveugles dont s'occupe l'institut, il n'y a que 29 femmes, 23 gar- 
çons et 2 3 filles qui résident dans l'asile même; 26 apprentis environ sont 
installés ensemble dans une pension aménagée ad hoc. Les autres sont logés 
dans des familles ou vivent chez eux. 

'i Ce rapport a Irait spécialement à «The Royal Blind Asylum and School, Edinburghn. 






— 195 — 

Les femmes sont pour la plupart employées à la couture et à divers genres 
de tricotage; d'autres à la fabrication des brosses. 

Sur les i3o hommes, 26 sont vanniers, 17 matelassiers, i3 fabriquent 
des paillasses, i4 des paillassons, G sont occupe's à Iresser, i5 à faire des 
brosses, 3 au tissage des tapis, 9 à fabriquer des sacs, 9 à nettoyer des plumes 
ou à surveiller les machines à carder, h sont messagers, 3 garçons de recelte, 
2 emballeurs, 8 autres remplissent des emplois divers. 

Quant à la musique, on n'a pas trouve jusqu'ici à en tirer parti, à 
Edimbourg, comme carrière lucrative pour les aveugles. On ne s'en occupe que 
lorsque l'on de'couvre chez l'individu une vocation prononcée pour cette 
branche, et encore n'est-ce que dans le but d'exercer l'intelligence ou plutôt 
dans celui d'offrir un moyen de récréation et d'amusement. 

Nos tentatives faites jusqu'ici en vue de fournir aux aveugles un moyen 
d'existence parla musique sont restées tout à fait infructueuses. 

Pour l'accord des pianos, il n'a pas encore e'té possible de trouver dans 
toute la ville d'Edimbourg, qui a 3oo,ooo habitants, une occupation suffisante 
pour un seul aveugle. 

Les indications qui suivent donnent l'ordre dans lequel on peut classer les 
profits que les aveugles retirent de leurs diverses occupations : 

i° La fabrication, le nettoyage et les réparations des matelas; 

2 Le filage des cordes et des ficelles; 

3° La vannerie; 

li" La fabrication des paillassons'; 

5° La brosserie et la confection des tapis; 

6° Le tissage des sacs ; 

7 L'accord des pianos. 

La moyenne des gains d'un aveugle est de 10 schellings (12 fr. 5o cent.) 
par semaine; mais ce gain exige de la part de la charité un supplément égal, 
pour qu'il puisse subvenir à tous ses besoins. 

Quelques ouvriers habiles parviennent à gagner jusqu'à 20 ou 3o schellings 
(3o à 36 francs) par semaine. 

Nous multiplions nos efforts pour amener les ateliers de notre institution 
au niveau des autres établissements où l'on emploie exclusivement des ouvriers 
voyants. C'est ainsi que, dans le cours de l'année dernière, ihe Royal Blind 
Asylum a reçu et exécuté un ordre du Gouvernement britannique pour la fabri- 
cation de 80,000 brosses, et qu'en ce moment même une seconde commande 
analogue est en voie d'exécution. (Applaudissements.) 

M. le Président. Je demanderai aux membres du Congrès quelques instants 
après la clôture de la séance, pour une motion d'ordre intérieur. 

Je vous recommande plus que jamais l'exactitude; nos instants nous sont 
comptés; il faut que nous n'en perdions aucun. 

M. Lavanchy, secrétaire général. Je prierai MM. les rapporteurs de hâter le 
dépôt de leurs rapports. 

i3. 



— 196 — 

Il nous est arrive de nouveaux membres, parmi eux M: Zéphirin, de 
Soissons, M. le chevalier Jervis, conservateur du Musée royal de Turin, et 
M. Haerne, directeur de l'Institut des aveugles de Boston. 

Nous aimons à voir se combler les vides laissés par ceux de nos collègues qui 
ont dû nous quitter. 

Je propose de voter des remerciements à M. le D r Pablasek, directeur de 
l'Institut impérial des aveugles de Vienne, qui, rappelé par ses fonctions, a 
pris sur lui de rester jusqu'à la clôture du Congrès sans autorisation de son 
Gouvernement. (Applaudissements.) 

J'ai une réforme à proposer dans l'intérêt des aveugles. Nous avons inutile- 
ment demandé aux compagnies de chemins de fer une réduction de place 
pour les aveugles se rendant au Congrès. N'y aurait-il pas lieu de demander 
aux compagnies de chemins de fer, d'omnibus ou autres administrations de 
Iransporls, d'adopter un tarifa prix réduits pour les aveugles voyageant avec 
leurs conducteurs? 

M. le Président. Une telle exemption correspondrait à une exception inscrite 
dans la loi; chaque fois qu'il y est parlé de l'aveugle, il est en même temps 
question de son guide ou conducteur. En effet, l'aveugle ne peut se déplacer 
seul, et son malheur ne doit pas devenir pour lui la cause d'une aggravation 
de charges. 

Il faut obtenir que, partout où l'aveugle se présentera, il n'ait à payer que 
sa place, son guide devant être considéré comme le complément indispensable 
de sa personne. 

On m'apprend à l'instant que celle exemption existe en Italie. 

S'il n'y a pas d'opposition, cette demande sera ajoutée à celles déjà bien 
nombreuses que nous avons à soumettre au Gouvernement. ( Applaudissements.) 

(La séance est levée à midi trente minutes.) 



— 197 — 



SÉANCE DU SOIR, LE SAMEDI 28 SEPTEMBRE 1878. 



PRESIDENCE DE M. MEYER, D'AMSTERDAM, 
ET DE M. iNADAULT DE BUFFON. 



Sommaire. — M. l'abbé Gridel (Nancy). Rapport de la Commission C : Education des aveugles 
dans les écoles publiqees de voïants; discussion. — Les conclusions do la Commission deman- 
dant que l'Administration exige des instituteurs primaires qu'ils apprennent l'alphabet Braille 
est adoptée à l'unanimité. — Discussion sur la Fondation d'écoles primaires spéciales et d'é- 
coles SECONDAIRES POUR LES AVEUGLES. Discussion SUT I'EnSEIGNKME.IT MUSICAL DES AVEUGLES : 

rapport de M. Pablasek, de Vienne. — Discussion sur les travaux do la section III (Commis- 
sion K). — Discussion sur la Séparation des aveugles et des soirds-miets : rapport de 
M. Oudard (Belgique). 

La séance est ouverte à trois heures. 

M. Lavanchy, secrétaire général. M. Nadault de Buffon, retenu au Congrès de 
la Paix, m'a chargé de vous présenter ses excuses. 

Jusqu'ici, Messieurs, nous n'avons pas eu l'occasion d'observer les vieilles 
traditions d'urbanité française, en remplissant les devoirs de l'hospitalité. 

Jeudi, nous étions présidés par M. le Ministre de l'intérieur, quia bien voulu 
nous témoigner sa sympathie et nous promettre son appui. 

Lundi, nous serons présidés par M. Anatole de la Forge, l'un de nos prési- 
dents d'honneur. C'est le moment d'offrir la présidence à un membre étranger, 
à M. Meyer, l'habile et dévoué directeur de l'Institut des jeunes aveugles 
d'Amsterdam, qui nous a prouvé, par son zèle et sa science, qu'il est digne 
de nous présider. (Vifs applaudissements.) 

Nous appellerons au bureau, comme vice-présidents, MM. Pablasek, de 
Vienne, Raineri, de Milan, et Rœsner, de Berlin. (Applaudissements.) 

M. Meyer, président. Messieurs, si jamais je me suis trouvé insuffisant, 
c'est en ce moment où vous m'appelez à ce fauteuil. 

Nous avons jusqu'ici travaillé en commun à l'œuvre philanthropique qui 
nous a réunis sous la direction de l'illustre aveugle qui était assurément 
le meilleur choix qu'on pût faire pour présider un Congrès pour l'amélio- 
ration du sort des aveugles; il nous a éclairés de ses lumières, échauf- 
fés de son zèle. (Applaudissements.) 

Je suis loin d'être celui à qui cette place d'honneur devait revenir. 
C'est M. Piras qui devrait présider la séance; il a été complice avec 
M. Lavanchy pour me céder sa place. 



— 198 — 

Je suis en effet d'un pays qui s'applique à faire le bien dans sa modeste 
sphère ; si c'est là le motif de l'honneur que vous me faites , je l'accepte au 
nom de mon pays. 

M. Piras. La Hollande est une nation e'clairée, amie du progrès, qui tient 
le rang le plus honorable parmi les Etats civilise's. (Bravo! bravo!) 

M. Meyer, président. J'ouvre la discussion sur l'éducation des aveugles dans 
les écoles publiques de voyants. 

La parole est à M. l'abbé Gridel pour son rapport sur la cinquième question 
du programme: Le jeune aveugle peut-il être admis dans les écoles publiques 
de voyants et quels sont les résultats obtenus? 

M. l'abbé Gridel (de Nancy), rapporteur : 

RAPPORT DE LA COMMISSION G. 

r La Commission C, composée de MM. Nadault de Buffon, Lavanchy, Onsy 
(Egypte), Tait (Angleterre), Armitage (Londres), Hocmelle, Barnhilî (Glas- 
gow), Moldenhaver (Copenhague), était chargée d'examiner la cinquième ques- 
tion de la i re section : 

Le jeune aveugle peut-il être admis dans les écoles publiques de 
voyants? Quels sont les résultats obtenus, les avantages ou les inconvé- 
nients constatés? 

M. Pablasek (Vienne) l'ait observer qu'en Autriche il y a, depuis l'année 1866, 
une loi qui prescrit l'admission dans les écoles primaires communales des en- 
fants aveugles qui ne sont pas placés dans les instituts de jeunes aveugles. 
C'est un usage qui procure à l'enfant aveugle de très grands avantages; il 
apprend la doctrine chrétienne, la grammaire, le calcul de tête; il entre- 
tient de très bons rapports avec les voyants de son âge, qui deviennent ses 
camarades; il contracte des habitudes d'ordre, de discipline, de maintien hon- 
nête et convenable. L'instituteur charge le plus sage des voyants, à titre de 
récompense, de reconduire le jeune aveugle à la maison paternelle. L'institu- 
teur qui enseigne au jeune aveugle la musique ou une profession mécanique 
obtient une récompense particulière sur les fonds de l'église ou sur le budget 
de l'Institution impériale de Vienne. 

Le jeune aveugle se mêle aux jeux des élèves voyants, et bien souvent on 
ne le distingue pas des voyants. 

M. Onsy expose à la Commission l'usage suivi en Egypte, où l'on compte 
dix aveugles sur cent habitants. 

Tous les enfants aveugles sont obligés de fréquenter les écoles primaires et 
d'y apprendre la doctrine du Coran, ainsi que tous les autres objets de l'en- 
seignement, excepté l'écriture. On accorde des récompenses particulières aux 
élèves qui se distinguent, et il arrive assez souvent que ce sont précisément les 
aveugles qui les obtiennent. 

M. Pablasek ajoute que la loi autrichienne oblige les instituteurs primaires 
à apprendre les méthodes propres à instruire les aveugles. 

M. Armitage relate ce qui se pratique en Angleterre où les enfants aveugles 



— 199 — 
qui ne sont pas placés dans des écoles spéciales doivent fréquenler les 
écoles primaires communales; c'est une prescription de la loi et ils doivent ap- 
prendre à lire comme les voyants. L'instruction est obligatoire, mais aucune 
méthode d'enseignement n'est prescrite. 

En Egypte, les instituteurs primaires apprennent très facilement les mé- 
Ihodes à suivre pour l'enseignement des jeunes aveugles, ce qui se pratique 
également en Autriche et en Angleterre. M. Alexandre Barnhill , de Glas- 
gow, s'exprime dans ce sens, par l'organe de M. Valens, interprète du Con- 
grès', et dit qu'il remettra la traduction d'un travail qu'il a l'ait à Glasgow sur 
cette importante question' 1 ', 

M. Nadault de Buffon, président, résume les renseignements si intéressants 
fournis par les honorables membres susmentionnés et conclut que ce qui se 
pratique dans les pays étrangers est également très praticable en France, et 
que le Congrès devra émettre un vœu tendant à prescrire l'admission des 
jeunes aveugles dans les écoles primaires pour y recevoir l'enseignement oral; 
à recommander aux instituteurs primaires d'apprendre les méthodes d'ensei- 
gnement propres aux aveugles, et à obtenir du Gouvernement des récompenses 
pour ceux qui se distingueront par leur zèle à instruire les jeunes aveugles. 

Celte conclusion, mise aux voix, a été adoptée à une grande majorité par les 
membres de la Commission. 

M. Meyer, président. Le Congrès remercie M. l'abbé Gridel de son rapport. 

M. Onsy (Egypte) fait une observation sur les conclusions de la Commis- 
sion , observation à laquelle répondent MM. Piras et Lavàncht. 

M. le Président. Dans le sein de votre Commission, M. Pablasek nous a fait 
part des excellentes méthodes en usage en Autriche; M. Armitage nous a parlé 
de ce qui se fait en Angleterre, où les aveugles suivent les écoles primaires. 

Il paraît que cet usage n'a pas été encore introduit en France et que les 
maîtres d'école répugnent à se charger des enfants aveugles. 

Le jour où ils consentiront à faire cette expérience, ils ne tarderont pas à 
reconnaître que cet enseignement ne présente pas les difficultés. qu'ils redoutent. 

Lorsque les parents viennent me consulter, je leur réponds : conduisez votre 
enfant aveugle dans telle école dont je connais le maître. Si les instituteurs 
refusent, je leur démontre que l'instruction primaire de l'enfant aveugle n'est 
pas difficile, et ils consentent à s'en charger. Souvent aussi des professeurs 
viennent s'instruire dans mon institution. 

L'enfant aveugle est naturellement craintif; le maître acquerra sa confiance 
par de bonnes paroles et des inflexions de voix plus douces. L'ouïe représente, 
avec le toucher, les yeux de l'aveugle. 

Il sera reconnaissant des attentions de son maître, qui trouvera sa récom- 
pense dans les progrès de son élève. 

Comme l'enfant aveugle n'est pas distrait, il est porté à l'observation, à la 
méditation et à l'application, principales causes du progrès intellectuel; aussi 
sera-t-il bien souvent l'élève le plus intelligent et le plus studieux de la classe. 



C Voir aux pièces annexes. 



— 200 — 

C'est un devoir pour le Congrès de demander au Gouvernement français 
d'admettre, au moins à titre d'essai, les enfants aveugles dans les écoles pri- 
maires de voyants. 

Le livre de M. Barnhill (Glasgow) sur l'éducation primaire des aveugles 
ouvre des horizons nouveaux à la question. 

M. Ballu a la parole, 

M. Ballu. Le rapport demande que l'on encourage les instituteurs commu- 
naux à se charger de la première éducation des jeunes aveugles. 

Celte conclusion est bien vague; d'un autre côté, en France, les instituteurs 
ont beaucoup à faire; tout ce qu'on pourrait leur demander serait d'apprendre 
aux enfants l'alphabet Braille, qui leur servirait à lire et à écrire. Ils appren- 
draient le reste plus tard, dans les institutions spéciales. 

M. le Président. C'est, en effet, l'alphabet Braille qui est en usage en 
France et dans la plupart des villes d'Angleterre. Il s'apprend si facilement que 
l'on pourrait, ajouter sans inconvénient l'écriture Braille aux matières comprises 
dans le programme des instituteurs. 

M. Piras. Il faut en effet tenir grand compte de la situation des institu- 
teurs. 

Ils ne sont pas chargés seulement de l'instruction des enfants; ils sont en- 
core secrétaires de la mairie et remplissent diverses fonctions près du curé et 
a l'église. II leur reste bien peu de temps pour se charger de l'éducation des 
enfants aveugles. 

M. le Président. Ce que propose la Commission ne constituerait pas un 
fardeau bien lourd pour les instituteurs, et cette mesure constituerait un im- 
mense bienfait pour les enfants aveugles du premier âge, lesquels ne sont 
pas assistés en France. 

Nous demandons en conséquence que, tant qu'il ne sera pas créé d'écoles 
spéciales, on ajoute au programme des examens des instituteurs la connais- 
sance si facile à acquérir do l'alphabet Braille. 

De cette manière, ils seront qualifiés pour recevoir les aveugles dans leur 
école, et il les y recevront, soyez-en sûrs. 

C'est une simple addition au programme. La bonne volonté des instituteurs 
fera le reste. 

M. le Secrétaire général. Le meilleur moyen d'obtenir ce résultat serait 
de mettre au concours un manuel à l'usage des maîtres d'école; ce manuel, 
qui leur serait distribué gratuitement, poserait les principes fondamentaux 
et donnerait tous les renseignements utiles à l'éducation des enfants aveugles 
dans les écoles primaires. 

Ces principes ne sont ni nombreux ni difficiles; les tentatives faites à 
l'étranger, notamment en Ecosse, ont parfaitement réussi. On m'a répondu ace 
sujet, ici, à Paris, qu'en Ecosse il y avait plus de spontanéité et de dévouement 
qu'en France ; je ne l'admets pas. 

Ce qui a manqué jusqu'ici en France, aux instituteurs, ce n'est pas la bonne 



— 201 — 

volonté, mais la préparation, la connaissance des règles indispensables à l'é- 
ducation des aveugles du premier âge. (Applaudissements.) 

Je ne voudrais pas non plus que l'on s'adressât seulement au Gouvernement: 
il y a des sociétés d'instruction et d'éducation populaires qui soutiennent de 
nombreuses écoles publiques libres: ce n'est pas trop présumer de ces sociétés 
que de penser qu'elles mettraient au service de cette œuvre les ressources 
dont elles disposent. 

Lorsque nous aurons réussi dans les écoles libres, les écoles du Gouverne- 
ment nous suivront dans la voie que nous leur aurons frayée. (Applaudisse- 
ments.) 

M. Ballu. Le Congrès a voté la rédaction d'un manuel à l'usage des fa- 
milles : il n'est pas besoin d'un second manuel pour les instituteurs. 

M. Lavanciiy, secrétaire général. Le manuel à l'usage des familles traitera de 
l'éducation de l'aveugle du premier âge et non de son instruction. 

Les parents qui voudront en savoir davantage trouveront dans le manuel de 
l'instituteur les meilleures méthodes d'enseignement et d'instruction élémen- 
taires. 

Il y a là deux ordres d'idées absolument différents. 

M. l'abbé Giudel, rapporteur. Tout instituteur de bonne volonté apprendra 
en moins d'un mois le système d'écriture de Braille. 

M. Piras. Je partage celle manière de \oir; mais l'instituteur qui pourra 
apprendre facilement le système Braille disposera-t-il du temps nécessaire 
pour le démontrer? 

L'enseignement des aveugles est individuel: on peut faire la classe à vingt 
ou trente enfants; l'aveugle doit être enseigné isolément. 

M. Meyer , président. On emploie en Angleterre le système Lancaster: c'est 
l'enseignement donné aux plus jeunes par les plus anciens. L'instituteur choi- 
sit, dans la classe supérieure, l'enfant le plus intelligent; il lui remet l'alpha- 
bet Braille que celui-ci apprend en quelques semaines, puis il le place à côté 
du jeune aveugle, en lui disant que c'est un honneur et une récompense, et 
l'enfant enseigne ce qu'il a appris. 

Il ne faut que de la bonne volonté : avec de la bonne volonté on est certain 
de réussir. (Applaudissements.) 

M. Ballu. Joignez-y, pour les instituteurs, l'espoir d'une récompense soit 
pécuniaire, soil honorifique. 

Une Voix. On les fera officiers d'académie. (Sourires.) 

M. Méricant (Toulouse). Les fonctions accessoires que remplit l'instituteur 
dans les campagnes et que l'on a présentées comme un obstacle à ce qu'il se 
charge de l'éducation des enfants aveugles ne sont pas obligatoires. Il ne s'y 
astreint que pour augmenter un peu ses appointemenls reconnus insuffi- 
sants. 

Il faudrait un supplément d'allocation, sur le budget communal, pour les 









— 202 — 

instituteurs à qui on demanderait de se charger de l'enseignement d'un ou 
de plusieurs aveugles. 

M. le Président. La parole est à M. le D r Marjolin. 

M. le D r Marjolin. La Socie'te' centrale des agriculteurs de France, qui est 
une des sociétés les plus prospères que nous ayons dans notre pays, s'est jus- 
tement préoccupe'e de l'abandon des campagnes pour les grandes villes, au 
détriment de la santé et de la moralité publiques. 

Afin d'arrêter ce courant, elle récompense les instituteurs qui contribuent à 
retenir les enfants au foyer paternel, en leur donnant des notions, je ne dirai 
pas d'agriculture, — le mot serait trop ambitieux, — mais en dirigeant leur 
enseignement de manière à les attacher au sol , en leur faisant comprendre 
qu'il vaut mieux rester au village que de s'entasser dans les grandes villes où 
l'air est avarement mesuré et où régnent la corruption et la misère. 

11 existe actuellement deux écoles professionnelles du premier âge, fondées 
par la \ il Je de Paris: une école primaire et une école secondaire. • 

Le chef de l'école primaire a su cumuler les difficultés de sa tâche et ses 
fonctions multiples avec la surveillance de cinq ou six petits aleliers annexés 
à son école; c'est le meilleur moyen de reconnaître les aptitudes de l'enfant 
et d'éveiller une vocation professionnelle ou artistique. 

A Paris, dans plusieurs asiles, on a commencé à enseigner le langage par 
les signes, de manière à permettre aux enfants de converser avec les sourds- 
muets. Pourquoi n'enseignerait-on pas, dans les écoles, le langage des aveu- 
gles comme on y apprend celui des sourds-muets? 

Il faut que la vaste association que le Congrès va fonder s'impose le devoir 
de récompenser quiconque améliorera le sort des aveugles en leur procurant 
notamment le moyen de communiquer avec les voyants. (Applaudissements.) 

M. Armitage (Londres). Il sera utile de joindre au manuel des instituteurs 
un alphabet Braille et un alphabet romain. 

M. Ballu. L'instituteur ne donnera pas l'instruction complète aux jeunes 
aveugles ; il se contentera de les préparer à l'école professionnelle. 

M. le Président. En effet, l'instituteur n'enseignera pas une profession à 
l'enfant aveugle ; il se contentera de développer ses aptitudes. 

M. Thuillant. Il serait facile d'avoir, dans les grandes villes, des professeurs 
d'aveugles chargés de desservir un certain nombre d'écoles, comme cela a lieu 
à Paris pour les professeurs de dessin, de musique, etc., qui enseignent dans 
trois ou quatre écoles à la fois. 

M. le Président. Je mets aux voix les conclusions de la Commission deman- 
dant l'introduction d'un maître aveugle dans les écoles communales, ou que l'Adminis- 
tration exige des instituteurs primaires qu'ils apprennent l'alphabet Braille. 

Plusieurs voix. Oui ! oui ! 

(La proposition est adoptée à l'unanimité. ) 

M. Lavanchy, secrétaire général. La conséquence de ce vote est l'obligation 



— 203 — 

pour la Sociale qui sera fondée par le Congrès d'ouvrir un Concours pour la 
rédaction du manuel à l'usage des instituteurs. 

le Président. Je mets aux voix la proposition de M. le Secrétaire gé- 



M 



nerai 



(La proposition de M. Lavanchy est adoptée à l'unanimité.) 

M. le Secrétaire général. Les questions à l'ordre du jour, renvoyées à 
l'examen de la Commission E, sont les suivantes : 

Y a-t-il lieu de provoquer la fondation d'écoles primaires spéciales pour les enfants 
de quatre à douze ans, et d'écoles secondaires professionnelles pour les jeunes gens 
de douze à vingt et un ans ? 

En l'absence du rapporteur, M. Leville, M. Meyer, membre de la Commis- 
sion, en porte les conclusions à la connaissance du Congrès. 

M. Meyer. Messieurs, votre Commission a constaté que, dans la plupart des 
pays, le jeune aveugle n'est pas admis avant l'àgc de six et même de dix ou 
douze ans dans les institutions. 

Il faudrait des écoles pour le premier âge; car autrement le jeune aveugle 
arrive à l'institut sans aucune instruction préalable, grossier, inintelligent, ne 
sachant se servir ni de ses jambes ni de ses mains. 

Ce qu'il faudrait au jeune aveugle, avant l'âge où il pourra être reçu dans 
les institutions, ce serait le contact des autres enfants. Il faut qu'il s'amuse, 
qu'il apprenne en jouant; il faudrait qu'il eût à sa disposition ce que l'on 
nomme en Allemagne des jardins de jeux, couverts en hiver, à air libre pendant 
l'été. 

Allez voir à l'Exposition les ouvrages faits par ces jeunes aveugles de moins 
de six ans et vous serez surpris de leur habileté. 

Il existe en France, en Allemagne, en Angleterre, des asiles pour les petits 
enfants. Pourquoi ne pas y admettre les enfants aveugles? lis n'auraient plus 
à redouter les accidents causés par l'eau, le feu, le soleil, la pluie, l'isolement, 
le défaut de surveillance, l'imprévoyance ou l'excès de précautions des pa- 
rents; leur intelligence s'éveillerait au contact des enfants de leur âge. 

En France, où il y a de la fraternité et où l'on reçoit dans les asiles les en- 
fants de tout âge et de toute condition, il ne faut pas qu'il soit dit qu'il n'y 
aura pas d'asiles pour les enfants aveugles! (Applaudissements.) 

La Commission demande en conséquence qu'il soit fondé des asiles pour les 
aveugles du premier âge, ou qu'ils soient admis dans les asiles actuellement existants, 
sans les éloigner de leur pays ou de leurs parents. (Applaudissements.) 

M. Thuillant. Il sera bon d'enseigner dans ces asiles un métier aux enfants 
aveugles, afin de les rendre de bonne heure habiles de leurs mains. 

M. Piras. Une telle mesure serait utile non seulement dans les asiles, mais 
aussi dans les écoles primaires. 

En effet, lorsque l'instituteur donnerait aux élèves un enseignement dont 
les aveugles ne pourraient pas profiter, ils s'occuperaient pendant ce temps 
du métier qu'on leur aurait appris. Il nous arrive tous les jours à l'institution 



















— 20/i — 

des enfants aveugles de l'âge de dix ans qui ne savent pas seulement compter 
jusqu'à trois. 

M. Ballu. Il y a des aveugles qui marchent pour la première fois en venant 
chez nous. 

Un Membre. Nous en avons eu qui ne savaient pas manger. 

M. le Président. Tout ce qu'on pourra dire ne servira qu'à mieux faire 
ressortir l'horreur de la situation des aveugles du premier âge. 

M. Lebel. C'est une lacune profonde'menl regrettable dans l'enseignement 
des aveugles en France. 

M. Piras. Je propose pour les établissements à créer le nom d' écoles-asiles, 
afin de bien établir que les enfants aveugles y seront reçus, comme les autres 
enfants, à quatre ans, c'est-à-dire à l'âge où les parents ne peuvent plus d'or- 
dinaire les conserver chez eux. 

M. le Président. Je mets aux voix les conclusions de la Commission. 

(Les conclusions de la Commission sont adoptées à l'unanimité.) 

Je mets aux voix, sous forme d'amendement, la proposition de M. Piras, 
tendant à ce que les asiles ouverts aux aveugles du premier âge reçoivent le nom 
(/'écoles-asiles. 

(La proposition de M. Piras est adoptée.) 

M. le Président. Le Congrès a maintenant à examiner la question de la 
fondation d'écoles professionnelles secondaires pour les aveugles de douze à 
vingt et un ans. 

A douze ans, le jeune aveugle qui aura déjà passé un certain temps dans les 
institutions doit choisir sa profession et être mis à même d'en faire l'appren- 
tissage. Il sera facile d'ajouter à cet enseignement professionnel des cours du 
soir pour lui donner un enseignement intellectuel plus élevé. 

Le Congrès ou la société qui continuera son œuvre auront à examiner suc- 
cessivement s'il est possible d'adjoindre aux écoles d'aveugles actuellement exis- 
tantes un enseignement professionnel spécial , ensuite s'il y a lieu de provoquer 
la fondation d'écoles ou d'ateliers où l'aveugle, avant de sortir de l'institut, 
apprendrait une profession ou une industrie capable d'assurer son existence. 

En Angleterre, en Allemagne, en Danemark, où l'on fait beaucoup pour les 
aveugles, lorsque les asiles manquent de place pour les recevoir, il se trouve 
des personnes de bonne volonté qui vont leur apprendre un métier à domicile 
et qui leur apportent en même temps de l'ouvrage. 

Personne ne demande la parole? 

Je mets aux voix les conclusions de la Commission exprimant le vœu qu'il 
soit fondé des écoles secondaires professionnelles pour les aveugles de douze à vingt et 
un ans. 

(Le Congrès adopte à l'unanimité les conclusions de la Commission.) 

M. Yzac. Je crois me rendre l'interprète fidèle des idées exprimées dans 



— 205 — 

le discours d'ouverture de ce Congrès, en rappelant que noire désir à lous est 
de multiplier les moyens d'enseignement pour les aveugles; et, à ce point de 
vue, je considère comme excessivement regrettable qu'à Paris et dans les 
grandes villes on ne consente à recevoir dans les institutions d'aveugles que 
des internes. 

Dans les lycées, l'externat existe; pourquoi n'en est-il pas de même pour 
les aveugles? 

M. Piras. A Tlnstitulion de Paris la place manque. 

Un Membre. Il n'y a pas même assez de place pour les internes ! 

M. Lavanchy, secrétaire général. Il y a actuellement plus de quarante éta- 
blissements qui reçoivent des externes. En 187-2, j'ai voulu placer un aveugle 
de la Martinique. Partout où il se présentait on lui répondait invariablement : 
rr Vous n'êtes pas du département» ou «Nous n'avons pas de place». J'ai dû le 
conduire jusqu'à Lausanne, en Suisse; avec l'externat, il eût certainement 
trouvé à se faire instruire en France. 

M. le Président. Je mets la question de l'externat aux voix. 
(Le Congrès adopte le principe que les établissements d'aveugles doivent recevoir 
des externes.) 

M. le Président. M. Thuillant, vu l'absence du rapporteur, M. Levitte, a la 
parole pour faire connaître au Congrès les conclusions de la Commission sur 
l'enseignement musical des aveugles. 

M. Touillant. La Commission a décidé en principe que le système Braille 
serait seul adopté pour l'enseignement de la musique; ensuite que l'aveugle 
doit étudier la musique en vue de devenir organiste ou professeur. 

La Commission a reconnu que l'aveugle est aussi apte que le voyant à en- 
seigner la musique 

M. Simonon (de Namur). En Belgique, nous avons adopté pour l'aveugle 
l'étude d'un instrument symphonique; c'est le seul moyen de lui faire connaître 
les œuvres des niaîlres. 

M. le Président. Il faut pour l'aveugle, comme pour le clairvoyant, des 
études musicales complètes. 

M. Panetier (de Saintes). Plusieurs membres de la Commission ont pensé 
qu'il était sage de consulter les aptitudes musicales de l'aveugle avant de lui 
faire faire des études supérieures de musique, autrement on s'expose à faire 
d'un instrumentiste médiocre un mendiant. 

M. le Président. M. le Secrétaire général a la parole. 

M. le Secrétaire général. Je suis d'avis que l'enseignement d'un instru- 
ment quelconque doit accompagner l'enseignement professionnel; ce sera, 
pour l'aveugle qui aura travaillé tout le jour, une précieuse ressource que 
de pouvoir le soir, à l'heure du repos, faire de la musique; un instrument 
est un compagnon, presque un ami, pour l'artisan aveugle. On a objecté que 




— 206 — 

c'est encourager l'aveugle à la mendicité. Laissez-moi vous citer un fait. Après 
la terrible guerre de 1870, me trouvant dans un village perdu des Alpes- 
Maritimes, quel ne fut pas mon étonnement d'entendre, dans la rue, un 
mendiant jouer avec un talent de premier ordre des morceaux classiques ! Je 
me dis : Voilà un artiste! C'était un aveugle, ancien élève de l'établissement 
de Paris. Gomment en était-il arrivé à la mendicité? Après avoir été accor- 
deur de pianos à Paris, il s'était trouvé sans ouvrage; on l'envoie à Glermont, 
de Clermont à Lyon, de Lyon à Cannes, de Cannes à Nice; personne n'avait 
voulu lui donner de pianos à accorder, et il s'était trouvé un jour seul avec son 
violon, qui l'avait préservé de mourir de faim. 

M. le Président. Il n'est pas à redouter que la musique puisse jamais deve- 
nir pour l'aveugle une incitation à la mendicité, si la musique lui est ensei- 
gnée avec discernement. 

On commencera par lui apprendre le piano, et, s'il manifeste des aptitudes, 
on lui remettra entre les mains un instrument symphonique. 

M. Armitage (Londres). Je connais un bourg, en Angleterre, où tout le 
monde joue d'un instrument, depuis le menuisier et le forgeron jusqu'au tail- 
landier. Je ne vois pas pourquoi on interdirait à l'aveugle l'étude d'un instru- 
ment, si cette étude ne doit pas nuire à l'enseignement professionnel. 11 faut 
multiplier les distractions autour de l'aveugle. (Très bien! très bien!) 

M. le Président. La parole est à M. Pablasek, de Vienne, pour la lecture 
de son Rapport sur l'enseignement musical dans les écoles d'aveugles. 

M. Pablasek (de Vienne). Messieurs, on a fait des objections sur l'ensei- 
gnement musical dans les établissements d'aveugles : 

i° Plusieurs aveugles sont restés en route dans leurs études musicales et 
n'ont pu tirer un parti utile de leurs connaissances acquises. 

2° D'autres n'ont pu avancer faute d'un talent suffisant, et argent, temps et 
peine ont été ainsi inutilement dépensés. 

3° D'autres, malgré leur zèle et un réel talent, n'ont pu atteindre à ce de- 
gré de perfection qui leur aurait permis de se poser en artistes et de vivre de 
leur art. 

4° Il en est d'autres qui, en cultivant la musique, ont omis d'apprendre 
et de se perfectionner dans un métier et sont tombés dans le besoin. 

5° D'autres, en quittant l'école, ont mis la musique complètement de côté 
et n'ont ainsi fait aucun usage pratique de ce qui leur avait demandé beau- 
coup de temps et donné beaucoup de peine à apprendre. 

6° D'autres ont fait un mauvais emploi de leur art : ils sont devenus des 
musiciens mendiants (Beltelmusikanten) et sont tombés dans l'immoralité. 

Les trois premiers points me suggèrent les réflexions suivantes : 

L'expérience apprend que, parmi les aveugles, on trouve des musiciens sans 
talent, aussi bien que chez les voyants. Le fait que la cécité augmente la 
faculté de distinguer les sons et qu'elle développe par conséquent la finesse de 



rllfc 



— 207 — 

l'ouïe ne tient pas lieu de talent, pas plus que le charme que la musique 
exerce sur l'aveugle n'éveille en lui le de'sir de se perfectionner. S'il y a 
absence de talent, jointe à une imperfection physique, ou si l'on a affaire à un 
enfant dont le mauvais vouloir est manifeste, aiors on dispensera cet élève de 
l'enseignement musical, et on fera bien; mais il ne faut pas que cette mesure 
s'e'tende à l'aveugle en ge'néral. 

Les maîtres de l'art, les Mozart, les Beethoven, les Mendelsohn, les Eiust, 
les Spohr, les Rubinstein, ne sont compris que par peu de voyants; le plus 
grand nombre des compositeurs et des virtuoses se meuvent au-dessous de ces 
sommite's. Dans l'arme'e des maîtres qui s'occupent de l'enseignement de la 
musique, il y a des degrés infinis, depuis les coryphées de l'Académie de 
musique jusqu'à l'humble maître d'école du hameau, et nous rencontrons une 
gradation analogue dans les légions de dikttanli de toutes les classes de la 
société, et cependant personne n'a eu jusqu'ici l'idée de mettre en doute l'uti- 
lité de l'enseignement de la musique pour les voyants. 

Et maintenant, je me demande pourquoi ou serait moins indulgent à 
l'égard des aveugles, pour qui la musique est une compensation des jouis- 
sances de la vue, une source de consolations et d'encouragements et en même 
temps un moyen d'existence. 

Le HeUpàdaffog, de Vienne, dit, dans le numéro 7 de l'année 1871:- L'aveugle 
ne créera jamais des chefs-d'œuvre qui passeront à la postérité; il ne sera 
jamais non plus virtuose de premier ordre. Pour être artiste accompli, il faut 
être un homme complet, en pleine possession de ses sens. Plus l'artiste est 
riche en expérience esthétique, [dus il aura accumulé en lui de trésors, plus 
il disposera de ressources pour ses propres productions. » 

Si logique et si juste que puisse paraître ce raisonnement, il ne peut s'ap- 
pliquer sans restriction à l'aveugle. Très peu d'aveugles le sont en naissant; 
la plupart d'entre eux ont le souvenir du monde visible avec ses formes et 
ses couleurs, et ce souvenir est d'un grand secours pour le musicien ou le 
poète aveugle. Certes, la poésie n'offre pas moins de difficultés à l'homme 
complet que la musique: cependant les poètes aveugles, Homère, Ossiau et 
Milton, avec leurs productions immortelles pleines de vues harmonieuses em- 
pruntées à la nature, se maintiennent dignement sur les hauteurs du Parnasse. 
Sans doute, l'aveugle de naissance, aussi bien que celui qui a perdu la vue 
dans le premier âge, ne dispose pas, pour leurs productions musicales, des 
mêmes moyens que le voyant; mais le développement plus accentué des autres 
sens, leur imagination plus active, leur réflexion et leur jugement plus con- 
centrés et leur prodigieuse mémoire comblent en partie cette lacune et leur 
permettent d'atteindre aux divers degrés de l'art, suivant leurs dispositions 
et leur travail. Pour prouver la vérité de ce que nous venons d'avancer, il nous 
suffira de citer : Thérèse de Paradies, M u « de Salignac, Sophie Osman, Du- 
bon, Gautier, Moncouteau, Labor et Lackner, qui, bien qu'étant devenus 
aveugles jeunes, ont été justement admirés comme virtuoses, compositeurs ou 
professeurs de musique. 

On a constaté que l'aveugle qui apprend la musique devient en général un 
ouvrier peu adroit, et cela est juste, car le musicien par vocation est un être 





1 — 208 — 

plus ou moins idéal qui se dérobe au travail mécanique dans la même mesure 
qu'il progresse comme artiste et parce que ce travail nuit à l'agilité de ses 
doigts ou qu'il entrave ses études de prédilection. Mais ici encore on peut 
concilier les deux occupations, sans compromettre ni l'une ni l'autre. L'aveugle 
qui étudie la musique doit apprendre en même temps un métier en harmonie 
avec sa future vocation. L'ennui, cet ennemi redoutable de l'aveugle, aura 
moins de prise sur son âme, et le métier deviendra, aux heures où i'art sera 
impuissant, un précieux auxiliaire. 

On agira de même envers l'aveugle destiné à une profession manuelle; 
on lui enseignera la musique comme distraction, en lui donnant la place que 
nous avons réservée au métier dans la précédente hypothèse. Là, comme ici, 
il s'agit seulement de bien discerner ce qui convient à chacun. Les métiers 
d'accordeur et de brossier conviennent aux musiciens; le chant, la flûte, la 
guitare, sont les compagnons naturels et fidèles de l'ouvrier. 

On objecte encore contre l'instruction musicale des aveugles, qu'ils ne l'ont 
de la musique que tant qu'ils restent dans les institutions et qu'une fois entrés 
dans la vie, ils la mettent de côté, à cause de la cherté des instruments et de 
leur entretien plus ou moins coûteux. Ce qui peut être vrai pour le piano et 
la harpe l'est moins pour les autres instruments. Si les conditions matérielles 
de l'aveugle peuvent justifier ces craintes , on peut répondre qu'on en fera rare- 
ment un harpiste, et que celui qui apprendra à jouer du piano apprendra aussi 
à l'accorder et à toucher l'orgue, de manière à pouvoir remplir les fonctions 
d'organiste dans l'église de son village. 

De plus, il ne faut pas oublier que l'instruction musicale seconde admi- 
rablement l'éducation esthétique de l'aveugle, ce qui est de la plus haute impor- 
tance. Pour celte éducation, les deux principaux moteurs, fart et la nature 
visibles, font défaut à l'aveugle; d'autres, quoique d'un ordre secondaire, doi- 
vent les remplacer : c'est la mission de la musique et de sa gracieuse sœur, la 
poésie. L'éducation esthétique est tout aussi indispensable à l'aveugle que 
son éducation morale, car il doit jouir non seulement de sa vie matérielle et 
animale, mais encore de sa vie intellectuelle. Pour atteindre ce but, nous de- 
vons recourir à la musique, à la poésie, à la religion, et ne point reculer de- 
vant des objections aussi mesquines que déplacées. 

Quant à la proposition d'étendre l'enseignement musical à tous les instru- 
ments d'orchestre et autres instruments portatifs, les instituteurs d'aveugles se 
partagent en deux camps opposés: les uns l'admettent sans restriction, les 
autres la repoussent. Il résulte de ce désaccord une grande variété dans l'orga- 
nisation des institutions. Au Congrès des institutions d'aveugles d'Indianopo- 
lis, en août 1871, où vingt-sept institutions des Etats-Unis étaient représen- 
tées, on a traité cette question, et une plus grande extension de l'enseignement 
du violon et des autres instruments d'orchestre y a rencontré un adversaire 
très décidé qui a dit : 

Dans quel but un élève bien doué pour la musique apprend-il le violon, la flûte ou 
tout autre instrument d'orchestre? En général, pour se servir de cet instrument tant 
qu'il est à l'institution, et pour le mettre de côté dès qu'il en sort. Dans quatre-vingt- 
dix-neuf cas pour cent, cela ne veut pas dire autre chose qu'envoyer des racleurs dans 



— 209 — 

le monde. A New-York nous savons ce que cela veut dire; nous les voyons plantés dans 
les rues à peu près avec la même régularité que les réverbères. C'est pour cette raison 
que nous n'enseignons pas le violon dans notre institution et que nous avons renoncé 
à notre orchestre. Le temps employé à l'étude des instruments d'orchestre est perdu. 

L'opinion de M. Wait a soulevé d'énergiques proteslalions dont je ne citerai 
qu'une seule, celle de M. Knapp, surintendant de l'Inslilution des aveugles à 
Vinton (Jowa). Il dit, page 76 du compte rendu du Congrès d'Indianopolis : 

Il y a une raison dominante pour apprendre le violon. La musique convient à la si- 
tuation de l'aveugle; elle remplit en lui un grand vide et devient la compagne de sa 
vie. 

Imaginons que nous soyons seuls, éloignés de notre demeure, privés de nous pro- 
mener dans la belle nature; nous ne saurions que faire de nous. C'est la situation de 
l'aveugle qui n'a rien pour occuper son esprit, a ses heures de récréation, heures que 
le voyant remplit agréablement, ne serait-ce que par la lecture de son journal. Nous 
avons besoin de quelque chose qui parle à notre âme, comme le fait la musique. Elle 
nous éclaire, nous purifie pour ainsi dire; c'est notre frère, notre sœur qui nous parlent 
enelle. Et ce n'est pas la chose la plus désagréable que nous puissions rencontrer, 
qu'un homme jouant du violon à l'angle d'une rue. 

Admettons que cet homme n'ait pas appris à jouer du violon ; eh bien ! il y serait 
allé quand même, et au lieu de jouer du violon il aurait fait quelque chose de pire. 
Malheureusement la mendicité est devenue sa profession. Vous lui avez appris le violon 
qui lui permet de gagner sa vie. S'il n'avait pas cela, il serait un mendiant du plus bas 
étage. Donnez-lui quelque chose qui le relève, qui l'aide à suffire à ses premiers be- 
soins. Les concerts de famille ont sauvegardé bien des jeunes gens voyants d'un péril 
moral. Les grands instruments ne sont pas portatifs; le violon est bien réellement le 
compagnon naturel de l'aveugle. 

Poussez les aveugles au-dessus de ce niveau dans l'art musical, apprenez-leur à se 
respecter eux-mêmes, à fuir la mauvaise société, et vous aurez fait votre devoir. 

Le Congrès d'Indianopolis s'est prononcé en faveur du violon et des autres 
instruments portatifs dans renseignement musical des aveugles. 

Il est dit, chap. H, art. 6, des statuts de l'Institution des aveugles de Milan: 

Comme principal moyen d'existence, on apprendra aux jeunes aveugles à accorder 
le piano, à en jouer, à toucher de l'orgue, à manier les autres instruments de mu- 
sique portatifs, à composer, en suivant autant que possible les vocations particulières 
de chaque élève. 

L'article h des statuts de l'Institution des aveugles de Paris est ainsi conçu: 

L'enseignement musical embrasse le chant, la théorie de l'acoustique (harmonielehre) , 
I élude d'un ou de plusieurs instruments, et surtout la composition et le jeu de l'orgue. 

La même importance est assignée à renseignement musical dans le plan 
d'études de l'Inslilution impériale des a\eugles de Vienne (16 septembre 1867). 
La guitare même y a sa place. Le violon n'y est pas moins cultivé que le piano: 
le choix des instruments dépend des aptitudes particulières des élèves et de 
leur position sociale. L'abus de la musique sera efficacement combattu par une 
bonne éducation morale et religieuse. Là où l'éducation ne suffira pas, on 
appliquera les mesures disciplinaires punissant la mendicité; et ici les insti- 
W 29. . ,, 






— 210 — 

tutions interviendront bien à propos avec leur fonds de secours, en lés reti- 
rant aux anciens e'ièves qui ne les mériteraient plus. 

L'expérience démontre que l'abus de la musique n'est qu'une exception. Les 
aveugles conservent en général les sentiments de convenance et les règles de 
conduite en usage dans les institutions; ils me'prisent la mendicité et le vaga- 
bondage comme contraires à leur dignité. Un besoin irrésistible d'activité les 
pousse à aimer le travail et à fuir l'oisiveté. Il y a des aveugles qui sont reçus, 
à leur sortie de l'école, dans un asile spécial ou dans un atelier. D'autres, 
exerçant un métier à leur compte, reçoivent de l'institution une subvention et 
sont ainsi maintenus dans la bonne voie; d'autres, qui appartiennent à la 
classe aisée, trouvent un abri dans leurs familles. Et quels sont maintenant 
les élèves de nos institutions qui restent encore pour justifier cette étrange 
opinion que la musique pousse l'aveugle à la mendicité et à la mauvaise con- 
duite, et que, par conséquent, il faut la limiter autant que possible, ou 
qu'elle peut exercer une influence funeste sur la moralité de ceux dont nous 
nous occupons? H ne reste plus que le rebut de nos institutions, rebut que 
nous rencontrons dans toutes les écoles, et il ne serait pas juste que le plus 
grand nombre fût privé par lui et à cause de lui d'un réel avantage. 

S'il arrive parfois que les moyens manquent pour faire donner aux aveugles 
un enseignement musical complet, si des conditions locales ou des influences 
personnelles en gênent le développement, ou si le goût et la connaissance 
musicale font défaut, on devrait alors avoir assez de franchise pour confesser 
la vérité et ne pas chercher à la masquer par des raisonnements spécieux. 
(Très bien! Applaudissements prolongés.) 

M. le Président. Je mets aux voix les conclusions de la Commission propo- 
sant d'adopter le système Braille pour la musique comme pour le reste. Il sera 
ajouté à ces conclusions que l'on ne se contentera pas d'apprendre aux aveu- 
gles l'orgue et le piano pour en faire des professeurs de musique, des orga- 
nistes, des accordeurs, mais que, dans les institutions, l'enseignement musical 
doit être cultivé avec autant de soin que l'enseignement professionnel, et que cet art 
pourra s'étendre aux instruments d'orchestre et à la composition musicale. 

(Le Congrès, consulté, adopte les conclusions de la Commission dans les 
termes indiqués par M. le Président.) 

M. Meyer , président. La parole est à M. Piras, rapporteur de la Commis- 
sion K. 

M. Piras, rapporteur, n'ayant pu terminer son rapport, en résume verbale- 
ment le contenu. 

Votre Commission était chargée d'examiner huit questions: 
Sur la première : 

Comment préparer et assurer l'indépendance et l'entretien des aveugles à leur sortie 
des Instituts? 

la Commission a été d'avis que le meilleur moyen élait de fonder des sociétés 



— -m — 

de patronage, se rattachant à une société ou à un comité' central siégeant à Paris 
pour la France, et dans les capitales des différents pays. 

Relativement à la fondation d'ateliers, la Commission a émis l'avis qu'il 
conviendrait de dresser un tableau des professions pomant être utilement 
exercées par les aveugles, tableau qui serait envoyé à toutes les sociétés de 
patronage et à tous les chefs d'industrie (1) . 

Sur la seconde question : 

Quelle est la proportion des aveugles qui se suffisent par leur travail et à quelle 
cause attribuer la disproportion existant à cet égard entre les aveugles des différents 
pays? 

la Commission estime que la statistique seule pourra permettre de répondre 
d'une manière satisfaisante, et elle exprime le vœu que les maires et les insti- 
tuteurs soient invités à concourir à sa rédaction. 

Troisième question : 

Quelles sont les institutions les plus propres à aider les aveugles à mettre leur savoir 
en œuvre ? 

D'après la Commission, ce sont les sociétés de patronage. 

Quatrième question : 
Mariage des aveugles? 

Cette question a été écartée comme touchant à la liberté individuelle. Tou- 
tefois, nous avons reconnu que le mariage, qui donne une famille à l'aveugle, 
lui est avantageux en même temps qu'à la sociélé et qu'il n'entraîne, au 
point de vue physiologique, aucune conséquence fâcheuse pour les enfants 
qui en naissent. 

L'examen des quatre autres questions a été ajourné jusqu'à la production 
d'une statistique sans laquelle il est absolument impossible de leur donner 
une solution. 

M. Lavanchy, secrétaire général. Une statistique est-elle nécessaire pour pro- 
poser les moyens les plus propres à éteindre la mendicité et le vagabondage 
chez les aveugles? 

M. Piras, rapporteur. Il est indispensable de connaître le milieu dans lequel 
s'exerce la mendicité pour en rechercher les causes et indiquer le moyen de 
l'éteindre. 

M. Nadallt de Buffoin, qui vient d'entrer dans la salle du Congrès. Il faut, en 
patronant l'aveugle, lui enlever jusqu'au prétexte de la mendicité. 

M. Piras, répondant à une interpellation de M. Armitage. Au point de vue de 
la loi, le mariage est libre entre deux personnes aveugles, entre un aveugle et 
un voyant, aussi bien qu'entre les voyants eux-mêmes; l'officier de l'état civil 
ne peut pas se refuser à y procéder. 

S. E. Colucci-Paciia (Egypte). Je ne crois pas que le Congrès doive tran- 
W Voir aux pièces annexes. 



I 

II 

I 

■ 






— 212 — 

cher par un vote la question du mariage des aveugles; nous ue pouvons pas 
porter atteinte à la liberté individuelle. 

H y a de nombreux exemples de mariages d'aveugle avec aveugle qui ont 
donné naissance à des entants possédant les meilleurs et les plus beaux yeux 
du monde. La science ne s'oppose donc pas plus que la loi au mariage des 
aveugles. 

M. Ballu. Il y a eu cependant des exemples de mariages entre aveugles 
ayant donné naissance à des enfants aveugles; on pourrait au moins donner 
un avertissement, sinon édicter une prohibition. 

S. E. Colucci-Pacha. On a vu les hommes et les femmes les mieux cons- 
titués avoir des enfants rachitiques. 

M. Meter , président. La question du mariage des aveugles ayant été écartée 
par la Commission, il n'y a pas lieu de la soumettre à un vote, non plus que 
les autres questions réservées. (Très bien!) 

Je mets aux voix les conclusions de la Commission K sur les questions 
au sujet desquelles elle s'est prononcée. 

(Les conclusions du rapport provisoire sont adoptées.) 

S. E. Colucci-Pacha (Egypte). Vu l'importance des travaux de la Commis- 
sion K et l'activité que ses membres ont déployée pour étudier sérieusement 
les questions dont l'examen lui a été renvoyé, je demanderai à M. le rappor- 
teur de vouloir Lien hâter le dépôt de son rapport écrit, afin qu'il puisse être 
annexé aux procès-verbaux de la séance. 

M. Piras. Ce rapport sera déposé demain entre les mains de M. le Prési- 
dent M. 

M. Lavanchy, secrétaire général. La section des sourds-muets va se joindre à 
nous; nous allons entendre sonr apporleur sur la question de l'utilité de la fu- 
sion ou de la séparation des établissements d'aveugles et de sourds-muets. 

Nous prierons M. Nadault de Buffon de bien vouloir présider cette partie 
de la séance. 

La section des sourds-muets s'étant réunie au Congrès, la séance générale 
de toutes les sections est ouverte à cinq heures et demie, sous la présidence 
de M. Nadault de Buffon. 

M. Nadault de Buffon. M. Oudart, délégué de la Belgique, rapporteur de 
la Commission, a la parole. 

M. Oudart, rapporteur. Après délibération, la Commission émet l'avis que la 
fusion des aveugles et des sourds-muets présente, à différents égards, plus 
d'inconvénients que d'avantages, et elle a, en conséquence, l'honneur de 
proposer au Congrès de résoudre la question en ce sens que la séparation 
doit être absolue. 



"1 Ce rapport n'ayant été remis au secrétariat que le 3o mai 1879, n'a pu être inséré au 
procès-verbal de la séance. (Voir aux pièces annexes. ) 



M 



TO 



— 213 — 

Elle reconnaît néanmoins que, pour certains établissements privés qui ne 
complent qu'un nombre restreint d'élèves, ii peut être assez difficile d'établir 
cette séparation, à raison de la modicité du prix de la pension; mais, en ce 
qui concerne les établissements qui se trouvent dans ce cas spécial, il doit 
être bien entendu que les sourds-muets et aveugles occuperont des locaux 
distincts et entièrement séparés, et que des professeurs spéciaux seront chargés 
de leur instruction. 

M. le Président. La discussion est ouverte sur les conclusions sommaires 
du rapport de la Commission. 

Personne ne demandant la parole, je mets ces conclusions aux voix. 
(Les conclusions de la Commission sont adoptées à l'unanimité.) 

M. l'abbé Balestra (Italie). Messieurs, si nous n'avions été retenus par les 
travaux de la section IV des sourds-muets, nous serions venus plus tôt au 
milieu devons; il y a toujours à gagner au contact d'hommes aussi émi- 
nents et aussi expérimentés. 

J'ai à vous faire, sur l'alphabet Braille, une communication que je crois 
intéressante, quoique tardive. 

Je ne trouve pas cet alphabet raisonnable; il suit l'ordre accidentel de 
l'alphabet A, B, C, D; mais il n'y a aucune raison pour que A soit figuré par 
un point, B par deux points, etc. N'eût-il pas mieux valu un ordre phonique? 

L'aveugle ne voit pas; il touche. Le P et le B, par exemple, étant repré- 
sentés par des signes peu différents, s'il lit rrdu bain* dans un livre dont les 
caractères sont un peu effacés, il saura tout de suite que l'on ne mange pas du 
bain, et il rectifiera en limai. pain. Il en est de même pour les F et les V, T 
et D ; ces lettres similaires devraient peu différer dans la forme. Dans tous les 
cas, il eut fallu réserver un plus petit nombre de points pour les voyelles et 
les disposer sur deux lignes seulement. 

Le principal défaut de cette méthode est de figurer les voyelles par un grand 
nombre de points qui exigent un travail fatigant. 

M. le Président. Je ferai observer à l'honorable M. Baleslra que cette com- 
munication toute technique ne vient pas à son heure. 

La question de l'adoption de l'alphabet Braille a été tranchée par un pré- 
cédent vote; toutefois, j'avertirai l'orateur, qui n'assistait pas à la séance, que 
le Congrès, en adoptant un système, n'a pas entendu exclure les autres et que 
s'il s'en présente un meilleur, on s'empressera de s'y rallier. 

M. Lavanchy, secrétaire général. M. le Président vient de donner la réponse 
que je voulais faire. 

Le vote du Congrès est ainsi formulé: adoption, en attendant mieux, du 
système Braille non modifié. 

Plusieurs améliorations ont déjà été proposées: il y a le système Wait, le 
système du F. Julien , le système Sainte-Marie , etc., qui ne sont autre chose que 
le système Braille modifié. 

S'il fallait les adopter toutes, nous arriverions bien vite à une confusion 
plus grande que celle qui existe et dont nous voulons sortir. 



• 



I 



— 214 — 

Ce n'est pas pour nous diviser, mais pour nous entendre et faire naître 
i union de cette entente que nous sommes ici. 

Le système Braille non modifié a été reconnu par les honorables déléeués 
qui 1 expérimentent depuis un grand nombre d'années comme étant celui qui 
dans letat actuel des choses, répond le mieux aux besoins de tous les 
pays. 

Quant aux modifications proposées par l'honorable M. Balestra, portant sur 
e nombre de points à attribuer aux voyelles, cette proposition pourra donner 
heu a un examen ultérieur ; je ferai remarquer, toutefois, qu'il peut se pro- 
duire des différences sensibles suivant les pays et suivant les langues- la lettre 

Tr\[ e ?ïf S , e " te le pluS SOUVent dans une laD & ue du Nord ^ que, d'après 
M. iabbe Balestra, on doit s'appliquer à figurer par un moins grand nombre 
de points, nest pas la plus usuelle dans les langues du Midi. 

Il va sans dire que les établissements qui n'ont pas encore adopté le système 
Braille restent libres d'user d'un autre. 

Le Congrès s'est prononcé pour le maintien des lettres latines; il s'agissait 
de rechercher le meilleur moyen de permettre à l'aveugle de communiquer 
rapidement et sans trop de peine avec d'autres aveugles ; or il n'y a pas de 
système qui réponde mieux à ce besoin que le système Braille. 

Il s'agissait aussi de trouver une formule qui permît de relier entre eux les 
établissements du monde entier. 

Il faut donc adopter le système Braille , et si un jour, qui peut ne pas être 
éloigné, une amélioration réelle venait à être proposée, il sera toujours temps 
de 1 adopter. (Très bien ! très bien ! ) 

M. le Président. Quelqu'un demande-t-il encore la parole sur les questions 
se rattachant à l'ordre du jour? 

M. Piras. Je désire être entendu sur une question tranchée en principe à 
la séance de jeudi, et dont parle l'Officiel de ce jour : la fondation à Paris d'une 
Société internationale destinée à réunir tous ceux qui s'intéressent à l'amélio- 
ration du sort des aveugles. Je propose de nommer cette Société : la Société 
Valentin Haûy, ce qui indiquera bien sa pensée et son but. 

M. Meyer (Amsterdam). Notre vénérable Président ayant proposé à 
M. de Marcère le patronage de cette Société, et le Ministre n'ayant pas refusé, 
j'estime que nous ne saurions mieux faire que de nommer la nouvelle Société! 
«Société Valentin Haûy, sous le haut patronage de M. de Marcère, ministre 
de 1 intérieur ». 

M. Piras. Il faut dire seulement : de M. le Ministre de l'intérieur. 

Je demande encore que, dès que la Société internationale sera constituée, 
elle s'occupe de fonder un prix pour récompenser l'auteur du moyen le plus 
propre à mettre les aveugles en communication avec les voyants par l'écriture. 

M. Eddison, l'inventeur du téléphone et du phonographe, aurait, paraît-il, 
découvert une encre qui, au bout d'une minute, permet aux lettres de se 
mettre en relief: ce serait un pas considérable vers le résultat que nous pour- 
suivons. 






— 215 — 

M. Nadault de Buffon, président. Je ne suis pas d'avis d'attacher à la So- 
ciété" qui sera fonde'e lundi le nom d'un homme, quelque illustre ou quelque 
haut placé qu'il puisse être; il s'agit dune Société' internationale, et le Congrès 
qui lui aura donné naissance étant désormais connu sous le titre de : « Congrès 
international pour l'amélioration du sort des aveugles», pourquoi la Sociélé 
qui continuera son œuvre ne porterait-elle pas ce titre? 

Quant à l'organisation, voici comment je la comprends: il y aurait à Paris 
un Comité central où convergeraient tous les documents concernant l'ins- 
Iruction et l'éducation des aveugles. Afin de faire pénétrer l'action bienfai- 
sante de la Société dans les contrées les plus lointaines, il y aurait dans tous 
les pays un comité directeur en rapport avec le Comité central; au-dessous de 
ces comités fonctionneraient des comités locaux. 

De cette manière, la Société obtiendra des communications intéressantes et 
de nombreuses adhésions. 

11 faut que lundi, lorsque le Congrès se séparera, la Société internationale 
soit fondée. (Marques générales d'adhésions. Applaudissements.) 

La séance est levée à sept heures moins un quart. 



216 — 






SÉANCE DE CLÔTURE, LE LUNDI 30 SEPTEMBRE 1878. 



PRÉSIDENCE DE M. ANATOLE DE LA FORGE, 

DIRECTEUR DE LA PRESSE ET DES JOURNAUX OFFICIELS. 



Sommaire. - Discours de MM. Nadault de Buiïon et A. de la Forge. - Résolutions votées pour 
amer a 1 amélioration du sort des sourds-muets (section IV). - Discussion sur la Fokdat.on 

DE LA SOCIETE INTERNAT.ONALE POUR l'aMÉL.ORAT.O» DU SORT DES AVEUGLES ET DES SOURDS-MUETS 

- Discours de M. Honore Arnoul. - M. Nadault de Buffon remet à M. Lavanchy une adresse 
de remerciements signée par tous les membres du Congràs. — Clôture. 

La séance est ouverte à dix heures et demie. 

M. Nadaultde Buffon. La parole est à MM. de Pourtalès et Bret, secrétaires, 
pour la leclure des procès-verbaux des séances du samedi matin 28 septembre ' 
au Trocadéro, et du soir, aux Tuileries. 

Après des observations de MM. Piras, Yzac et Armitage, observations dont 
M. Nadault de Buffon prévient qu'il sera tenu compte, ces deux procès-verbaux 
sont adoptés. 

M. Nadault de Buffon. Notre séance de clôture est présidée par M. Ana- 
tole de la Forge, président d'honneur du Congrès. 

Je vous ai présenté M. de la Forge à une de nos précédentes séances. Je 
rappelle, pour ceux qui n'y assistaient pas, que, préfet d'un département en- 
vahi, il s'est mis intrépidement à la tête des habitants de Saint-Quentin, s'est 
battu et est rentré blessé à la préfecture. (Bravo! bravo!) 

M. Anatole de la Forge, qui restera chez nous le modèle du fonctionnaire 
patriote, est un esprit élevé et libéral que l'on n'est jamais surpris de rencon- 
trer à la tête de toutes les idées généreuses. 

Les Gouvernements s'honorent par le choix de tels hommes. (Applaudisse- 
ments.) 

M. le directeur de la presse, qui représente ici le patriotisme, est bien à sa 
place dans ce Congrès; car le patriotisme est inséparable de l'humanité. (Vifs 
applaudissements.) 

M. le Ministre , que ses graves occupations ont empêché de présider cette 
séance, a voulu du moins nous témoigner son intérêt par une double et dé- 
licate attention; s'il nous a envoyé son bras droit dans la personne de M. Ana- 
tole de la Forge, il nous a envoyé son cœur, représenté par sa sœur et sa 
fille, qui assistent à la séance. (Applaudissements prolongés.) 

M. Anatole de la Forge. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je suis 
profondément touché des paroles bienveillantes de votre éminent Président; 









— 217 — 

si je suis voire président d'un jour, M. Nadault de Buffon restera votre prési- 
dent à jamais. (Applaudissements.) 

Je suis ému, en même temps confus, et je reporte les éloges que votre digne 
Président a bien voulu m'adresser à la vaillante population de Saint-Quentin 
dont je n'ai été que le porte-drapeau. 

Dans la pensée de M. Nadault de Buffon, comme dans la mienne, les véri- 
tables héros sont ceux qui meurent ignorés. 

Le soldat qui tombe sur le champ de bataille, connu seulement par son 
numéro matricule, cet homme, mort pour la patrie, est plus grand, plus 
digne du nom de héros que le général, que le colonel, que le préfet qui, 
comme moi, a été soldai un jour par aventure. 

Voici une anecdote qui sera bien à sa place ici. 

Le 8 octobre 1870, à six heures du matin, alors que nous allions être at- 
taqués, je vis entrer dans mon cabinet un homme conduit par une petite fille. 

Cet homme me dit: « Monsieur le préfet, je suis aveugle, je ne puis marcher 
avec la population de. Saint-Quentin; mais je sais que vous avez à la préfec- 
ture un dépôt de poudre; je vous en demande la garde, résolu à me faire 
sauter si vous avez le dessous. n (Bravo! Applaudissements prolongés.) 

Cette anecdote n'élait-elle pas digne de vous être rapportée, à vous, Mes- 
sieurs, qui vous préoccupez d'honorer les aveugles et d'améliorer leur sort? 

Maintenant, que M. Nadault de Buiï'on me permette de le mettre à son tour 
en cause. 

Il a bien débuté dans la vie : magistrat, à Cbalon, il s'est jeté dans la Saône, 
un jour d'hiver, pour sauver un homme qui se noyait. (Applaudissements.) 

Ce jour-là, on lui a donné une médaille de sauvetage et vous conviendrez 
qu'il l'avait bien méritée; précédemment, il avait reçu la croix de la Légion 
d'honneur, à seize ans, alors qu'il était encore sur les bancs du collège, pour 
avoir défendu l'ordre dans les journées de Juin et avoir reçu trois blessures. 

Voilà pour l'homme. 

Je lui dirai encore, avec le respect qu'il m'inspire, que j'ai suivi ses travaux 
littéraires; les lettres françaises lui doivent la Correspondance inédite el annotée 
de Buffon, son arrière grand-oncle. 

Dans Notre ennemi le luxe, qui a obtenu un immense succès, il traite son 
sujet avec autant d'art que de finesse. Puis sont venus: Les temps nouveaux, 
ou, tout en célébrant le progrès de la civilisation et en rendant hommage aux 
hommes de tous les partis, il les invite à se consacrer au pays, c'est-à-dire à 
la France, sans préjugés ni distinction d'opinions. (Bravo!) 

Je recommande son livre de l'Education de la première enfance à toutes les 
jeunes femmes, à toutes les mères qui m'écoutent, et puisque M. Nadault de 
Buffon m'a fourni l'occasion de m'adresser directement à elles, je leur dirai : 
En France, plus que partout ailleurs, l'action de la femme est prédominante; 
secondez, Mesdames, l'œuvre du Congrès et de la Société qui lui survivra, 
devenez la providence vivante, soyez les anges gardiens de nos aveugles. (Ap- 
plaudissements.) 

Au nom de M. le Ministre de l'intérieur que je représente ici, je remercie 
le Congrès de son accueil. (Applaudissements répétés.) 



■ 




g I ? 




— 218 — 
M. le Président. La parole est à M. le Secrétaire général. 
M. Lavanchy, secrétaire général. La section IV, chargée d'étudier les Ques- 
tions relatives à l'amélioration du sort des sourds-muets, a terminé ses tra- 
vaux; elle a consigné ses résolutions dans un rapport qui vient de nous être 
remis. 

La section IV a proclamé l'unification des systèmes en se prononçant en 
laveur du système de l'articulation. C'est un immense progrès. 

Je ne propose pas au Congrès de faire donner lecture du rapport de la sec- 
tion IV, mais seulement de ses conclusions, de s'en rapporter à l'expérience 
des hommes émments qui la composent, et de sanctionner leurs résolutions 
par un vole solennel. (Bravo!) 

(Le Congrès, consulté, adopte à l'unanimité les résolutions prises par la 
section IV et soumises à sa sanction.) 

RÉSOLUTIONS VOTEES PAR LE CONGRES INTERNATIONAL REUNI À PARIS 
EN SEPTEMBRE 1878 POUR S'OCCUPER DE L'AMÉLIORATION DU SORT DES SOURDS-MUETS. 

I. 

Le Congrès, considérant que la connaissance du nombre, de l'âge, des con- 
ditions sociales et intellectuelles des sourds-muets, ainsi que de leur répartition 
sur la surface du territoire, est une des bases sur lesquelles repose l'organisa- 
lion de l'instruction à leur donner, exprime le vœu que, dans chaque pays, il 
soit procédé sur une base uniforme aux recherches nécessaires pour l'établis- 
sement d'une statistique spéciale et complète dressée en dehors du relevé 
général de la population. 

Le Congrès émet le vœu qu'une circulaire soit adressée tant aux maires 
qu'aux instituteurs de chaque commune, pour obtenir les renseignements 
statistiques nécessaires, et il appelle l'attention de l'autorité sur le modèle du 
tableau ci-annexé, qui lui paraît remplir les conditions désirables. 

/ Nom et prénoms. 
Date de naissance. 
Lieu de naissance. 

Causes de surdité j de nai ^nce. 

( acquise. 

I faible ou nul. 
moyen, 
élevé. 
I nulle, 
en cours, 
terminée. 
École dans laquelle le sourd-muet est instruit. 

1 riche. 
Condition pécuniaire et) 

moyens d'existence . ^ 



Sourds-muets . / 



Profession. 



pauvre. 



Parents. 



— 219 — 

Nom et prénoms du père. 

Sa profession. 

Sa condition. 

Nom et prénoms de la mère. 

Sa profession. 

Lien de parenté entre le père et la mère. 

Ancêtres ou collatéraux sourds-muets. 

Obtervaliom. 



II. 

Le Congrès signale à l'attention publique les conséquences funestes des 
mariages consanguins au point de vue de la santé' des enfants qui en naissent, 
et notamment de la surdi-mutité qui peut en être le résultat. 

Il émet le vœu que l'attention des médecins se porte : 

i° Sur les causes de la surdité; 

2° Sur les conseils à donner aux familles, soit pour reconnaître l'existence 
de l'infirmité, soit pour éviter les causes qui peuvent la produire; 

3° Sur le traitement à suivre pour faire disparaître ou atténuer l'infirmité. 

Le Congrès émet le vœu qu'une chaire de surdi-mutité soit créée dans les 
Facultés de médecine, ou tout au moins qu'un certain nombre de leçons 
soient consacrées à l'examen de la question, afin de répandre les connais- 
sances utiles sur les causes de cette infirmité, sur les moyens préventifs à lui 
opposer et sur le traitement dont elle est susceptible. 

III. 

Le Congrès estime que le sourd-muet non atteint d'idiotisme possède initia- 
lement les mêmes facultés intellectuelles et morales que l'enfant-entendant 
parlant, et par conséquent a droit à une éducation analogue et équivalente par 
des moyens et des méthodes appropriés. 

IV. 

Le Congrès considère que le rôle de la famille dans l'éducation du jeune 
sourd-muet consiste dans les soins les plus attentifs concernant le corps 
et l'esprit; les premiers devant se puiser dans les éléments de l'hygiène, les 
seconds dans l'usage des signes naturels communs à ses similaires et qui auront 
pour effet de l'initier à ce qui l'entoure et de le préparer aux leçons spéciales 
du maître. 



Le Congrès juge qu'il est très utile au développement intellectuel des jeunes 
sourds-muets que ces enfants soient admis à l'école primaire, avec les enten- 
dants-parlants, jusqu'au moment où ils entreront dans une école spéciale. 



I 



— 220 — 

VI. 

Le Congrès est d'avis qu'en principe, la séparation des deux sexes dans 
les établissements de sourds-muets est préférable à leur réunion. 

VII. 

Le Congrès, considérant que, malgré les progrès réalisés jusqu'à ce jour dans 
1 enseignement des gourds-muets, un trop grand nombre d'entre eux restent 
étrangers aux bienfaits de l'instruction et que les progrès à réaliser demandent 
le concours de 1 initiative privée et des pouvoirs publics, émet le vœu que des 
efforts énergiques soient tentés pour développer les moyens d'instruction ap- 
propries a cette classe d'infirmes. ' 

VIII. 

Recherchant les causes qui ont pu jusqu'ici faire obstacle aux résultats 
quon s était promis de 1 enseignement des sourds-muets, le Conm-ès croit les 
trouver: ° 

Dans la négligence qu'on meta préparer les enfants à entrer à l'école: 

Dans la surcharge de travail et de fatigue qu'impose au maître un trop grand 
nombre d élevés; r ° 

Dans le peu de temps accordé d'ordinaire à leur éducation; 

Dans l'instruction généralement insuffisante du personnel enseignant; 

Dans le défaut trop fréquent d'une méthode précise, appliquée par une di- 
rection lerme, bienveillante, éclairée et compétente; 

Dans l'absence de réunions générales et d'une école normale qui pourraient 
contribuer au développement et à la diffusion des méthodes. 

Pour remédier à ces inconvénients et en particulier au manque de contrôle, 
Je Congres émet le vœu que le service public de l'éducation des sourds- 
muets soit transporté du Ministère de l'intérieur au Ministère de l'instruction 
publique. 

IX. 

Le Congrès, après en avoir mûrement délibéré (tout en conservant l'emploi 
de la mimique naturelle, comme auxiliaire de l'enseignement, en tant que 
premier moyen de communication entre le maître et l'élève), estime que la 
méthode dite d'articulation et comportant la lecture de la parole sur les lèvres, 
qui a pour but de rendre plus complètement le sourd-muet à la société, doit 
être résolument préférée à toutes les autres, préférence que justifie d'ailleurs 
usage de plus en plus général de cette méthode chez toutes les nations de 
1 Europe et même en Amérique. 

Toutefois il émet l'avis que l'enseignement par lui préconisé comme appli- 
cable à la généralité des enfants sourds-muets, ne pouvant convenir aux sujets 
dont la culture intellectuelle a été négligée ou complètement délaissée, il y a 
lieu d'appliquer à ceux-ci un enseignement qui, par des voies rapides, au 



■m 



moyen des signes communs à tous les sourds-muets, permette de développer 
leurs facultés dans la mesure du possible. 



Le Congrès exprime le vœu que les études soient soumises à un plan gra- 
dué en raison de l'âge, des facultés intellectuelles et des progrès des sourds- 
muets. 

XI. 

Le Congrès, examinant les divers modes de recrutement des maîtres, émet 
l'avis que le meilleur consisterait, à établir une classe de sourds-muets dans les 
écoles d'application jointes aux écoles normales primaires, destinée à former 
des instituteurs et institutrices. 

XII. 

Le Congrès, dans le but de faire progresser l'enseignement, de propager les 
meilleures méthodes et de susciter l'émulation, prend la résolution suivante : 

Art. 1 er . Un Congrès national aura lieu annuellement dans chaque contrée 
de l'Europe. 

Art. 2. Ces Congrès nationaux enverront tous les trois ans des délégués 
qui formeront un Congrès international. 

Art. 3. Le Congrès de Paris désignera une Commission de dix membres 
chargée d'assurer l'exécution de celte mesure. 

M. le Président. La parole est à M. l'abbé Lambert. 

M. l'abbé Lamrert donne lecture d'un travail sur l'abbé de l'Épée. 

M. Nadault de Buffon. Dans les débats publics du Congrès, comme au sein 
des commissions, nous avons constamment entouré de nos respects les noms 
illustres de l'abbé de l'Epée et de Yalenlin Haiiy. Pionniers de l'humanité, ils 
ont frayé la voie; les autres ont suivi. Mais il n'est pas défendu aux élèves 
de perfectionner la science du maître, et les progrès réalisés par les nou- 
veaux sont un hommage à la gloire de leurs prédécesseurs. (Applaudissements.) 

Je demande aux orateurs qui désirent être entendus à cette séance d'occuper 
peu de temps la tribune, car il reste à peine deux heures au Congrès avant de 
se séparer. 

M. Rigault, conseiller municipal de Paris. M. le Président peut être assuré 
que je tiendrai compte de son avertissement. 

C'est avec surprise que j'ai entendu M. l'abbé Lambert se plaindre de ce que 
le nom de l'abbé de l'Epée n'ait pas été prononcé. Il eût été désirable que 
M. l'abbé Lambert eût fait sa communication à la Commission où a été discuté 
le système qu'il défend avec tant de zèle, d'ardeur et de conviction. 

M. l'abbé Lambert aurait constaté qu'il a été rendu un juste hommage à 
1 abbé de l'Epée. 

Nul plus que nous n'est partisan de la méthode d'articulation; mais aussi 
nul autant que nous ne professe le culte du souvenir. (Applaudissements.) 






I 
I 



■ 



— 222 — 
Je profiterai de cet incident pour rendre hommage à la mémoire d'un émule 
presque d'un contemporain de l'abbé del'Épée; c'était un juif persécuté: Jacob 
Kodrigues Pereire est le père de la méthode d'articulation. (Applaudisse- 
ments.) ri 

Ces deux hommes appartenaient à des religions différentes; mais ils se sont 
retrouvés frères dans le dévouement et ont servi en commun la cause de l'huma- 
nité. (Applaudissements.) 

M. Anatole de la Forge. Sur le terrain du dévouement et du sacrifice, il n'v 
a plus m religions ni partis ; tous les esprits se rencontrent, tous les hommes 
qu unit une même pensée sont frères. 

M. Nadault de Buffon. Je ne clorai pas l'incident sans joindre aux noms de 
Jabbede lEpée et de Pereire le nom de l'abbé Sicard. (Applaudissements.) 

Je mets aux voix la motion de M. le Secrétaire général, tendant à ce que le 
Congrès sanctionne par un vote de confiance les résolutions de la section IV. 

(Le Congrès adopte les conclusions de la section à l'unanimité.) 

Je donne la parole à M. le Secrétaire général. 

M. Lavancby, secrétaire général. Les motifs qui m'ont engagé à proposer qu'il 
ne soit pas donné lecture du rapport de la section IV sur les sourds-muets 
me iont pareillement demander au Congrès de passer outre à la lecture du rap- 
port de la Commission chargée d'étudier tout ce qui intéresse les aveugles à 
l'Exposition universelle et à sanctionner ses conclusions par un vote. 

Ce rapport sera annexé aux documents du Congrès. 

(Le Congrès, consulté, émet un vote favorable.) 

Non seulement votre Commission a constaté des progrès considérables dans 
les méthodes et dans les instituts qui ont figuré à l'Exposition universelle, 
mais elle a cru devoir signaler les efforts généraux et individuels, et citer par- 
culièrement M. Martuscelli , fondateur et directeur de l'Institut de Naples, 
qui s'est distingué par les produits remarquables de l'établissement qu'il entre- 
tient à ses frais. (Applaudissements. ) 

J'ai entre les mains une liste de soixante-quinze noms de personnes: 
ministres, ambassadeurs , généraux, sénateurs, députés, etc., qui ont été empê- 
chées de prendre part aux séances du Congrès et qui m'ont chargé de vous faire 
parvenir leurs excuses. Je propose au Congrès l'impression de cette liste dans le 
compte rendu général de ses séances. 

(Cette proposition est adoptée.) 

M. le Président. M. Meyer a la parole pour la lecture d'un rapport, au nom 
de votre Comité d'organisation, au sujet de la Fondation de la Société inter- 
nationale pour l'amélioration du sort des aveugles et des sourds-muets. 

M. Mever (d'Amsterdam). Le Congrès a déjà manifesté sa volonté de fonder, 
en se séparant, une Société internationale protectrice des intérêts des aveugles 
et des sourds-muets, et nous tous, délégués étrangers, nous avons le devoir de 
promettre d'avance à cette Société notre plus absolu et plus dévoué cou- 



— 223 — 

cours. (Applaudissements.) Elle aura à Paris son administration centrale et un 
bureau administratif. Avant qu'il existât une Société de cette nature , nous 
avons tous dû parcourir l'Europe, séjourner à Paris, à Vienne, à Berlin, etc., 
pour nous renseigner sur les meilleures méthodes d'enseignement, et pour 
beaucoup la difficulté de la langue a été un obstacle. 

La langue française est encore la langue universelle, et Paris est la capitale 
qui nous est le plus facilement accessible. D'un autre côté, comme nous avons 
apporté au Congrès les systèmes employés dans les divers pays, les appareils 
inventés de tous côtés, et que leurs inventeurs sont disposés à "les remettre à la 
Société pour son musée, votre Comité d'organisation, se faisant l'interprète de 
vos vœux, vous propose de décider par un vote solennel: i° la fondation d'une 
Société internationale pour l'amélioration du sort des aveugles et des sourds- 
muets dans tous les pays civilisés; 2° que cette Société aura son siège à Paris. 
(Applaudissements et nombreuses marques d'adhésion.) 

Lorsque j'étais encore dans mon pays, j'avais préparé sur cet objet un 
mémoire dont je vous épargnerai la lecture, parce que je la crois désormais inu- 
tile, mais que je dépose sur le bureau du Congrès. (Applaudissements.) 

M. Lavanchy, secrétaire général. C'était à la veille de la clôture du Congrès 
de Vienne. Cédant aux sollicitations de notre cher collègue, M. Pablasek, je 
me décidai à prendre la parole pour résumer mes impressions sur les travaux 
de ce Congrès et exposer brièvement mes idées sur les moyens les plus efficaces 
pour réaliser l'œuvre de l'amélioration du sort des aveugles de tous les pays. 

Permettez-moi d'emprunter aux procès-verbaux du Congrès de Vienne quel- 
ques citations de mon improvisation d'alors : 

M. Lavanchy, délégué de l'Egypte. Messieurs et très honorables collègues. Me trom- 
perais-je en disant que j'ai cru découvrir dans le regard de plusieurs de mes honorables 
collègues des symptômes d'inquiétude, peut-être même de déception? 

Le moment approche, en effet, où les séances de ce Congrès seront terminée»! Je 
m'empresse de reconnaître que des décisions importantes ont été prises, que des tra- 
vaux du plus haut intérêt y ont été communiqués sur diverses questions qui ont ainsi 
pu être débattues et éclairées. 

^ Mais aussi , combien de mes honorables collègues qui sont venus ici avec l'espoir 
d'y trouver une solution pratique et immédiate à bien des problèmes, les movens de 
vaincre ou de surmonter de grandes difficultés avouées ou secrètes, et qui se demandent 
dans ce moment avec angoisse quels seront les résultats pratiques de ce Congrès! 

Plus d'une de ces questions ne pouvait, il est vrai, recevoir ici une solution ayant 
force de loi; mais il en est sur lesquelles le Congrès a cru ne pouvoir formuler que le 
vœu de voir se réaliser dans un avenir prochain, et grâce aux efforts individuels de 
chacun de nous, les améliorations, les progrès désirés de nous tous. Or, à mon avis, 
c est tout simplement nous renvoyer à notre passé, à nos vœux impuissants, à nos 
luttes particulières et stériles, parce qu'elles ne sont pas collectives, h ces obtacles 
devant lesquels nous avons échoué vingt fois, en un mol, c'est vouloir attendre de l'a- 
venir et par les mêmes moyens ce que le passé nous a refusé et nous enseigne de pour- 
suivre en nous unissant par des liens plus réels et plus étroits que ceux qui ont existé 
entre nous jusqu'à ce jour. 

Oui, nous avons besoin de nous le répéter, car cette pensée nous oppresse : «Quels 



I 



1 



— 2:24 — 

seront les résultais praliques de ce Congrès, et comment lui assurer une action puis- 
sante, durable et universelle en faveur de la cause des aveugles?» 

Notre oeuvre ne saurait être, en effet, circonscrite à un pays ; elle doit embrasser au 
contraire le monde entier, ce vaste désert desséché par le vent brûlant de l'égoïsme 
ou tant de misères sur lesquelles le regard n'ose s'arrêter cherchent une de ces oasis 
ou elles trouveront quelque soulagement. Nous ne voulons plus assister à ce triste et 
lugubre spectacle en gémissant sous je ne sais quelle impression stérile, rendue encore 
plus douloureuse par le sentiment de notre impuissance à soulager tant de maux à 
panser de s. grandes plaies, à recueillir tant d'infortunes. Notre expérience ne nous 
n-t-elle pas appris combien celte impression peut être rendue différente par nos efforts 
et par nos soins? 

Voyez ces pauvres aveugles marchant à tâtons au milieu d'une foule indifférente qui 
ne se laisse pas même toucher par leurs cris de détresse; ou bien entrez dans un de 
ces sanctuaires de lâchante, où ces malheureux reçoivent tous les soins d'une tendre 
sollicitude et d un dévouement humble et béni, tendant à leur rendre un monde qui 
leur échappait et à en faire des membres utiles de celte société pour laquelle ils étaient 
un lourd lardeau, des ilotes, des parias. 

Le cœur se dilate sous l'action de cette atmosphère bienfaisante; il peut contempler 
sans edroi ces mêmes maux qui l'avaient navré et saisi d'émotion; nous nous sentons 
sur un terrain sacré et béni, dans une de ces oasis d'où l'on ne voudrait plus sortir. 

Nous en sommes sortis, mais non point, j'aime à le croire, comme l'autruche pour 
conlier au sable un œuf privé de soins, c'est-à-dire pour nous borner à émettre des 
vœux stériles et les abandonner ensuite au sable mouvant des efforts isolés, des décou- 
ragements ou des oreillers de paresse. Nous sentons, au contraire, un vif besoin de 
travailler ensemble en nous appliquant cette devise : «L'union fait la force, n 

Il faut donc absolument que ce Congrès fonde une Association internationale et 
nomme un Comité central et permanent auquel seront confiés les intérêts de la cause 
des aveugles de tous les pays. Un seul exemple me suffirait pour vous démontrer les 
avantages pratiques d'une telle institution. 

Quoique des essais isolés eussent déjà été tentés dans divers pays pour organiser 
un service de secours aux blessés en temps de guerre, les résultats, faute d'ensemble 
et vules immenses difficultés d'une telle entreprise, furent loin de satisfaire tant de 
besoins. C'est alors qu'on eut l'idée de convoquer, à Genève, un Congrès comme 
celui qui nous réunit aujourd'hui pour la première fois et qui s'ouvrit sous des auspices 
moins favorables. Nous connaissons tous et des milliers de soldats bénissent aujourd'hui 
I œuvre admirable à laquelle ce Congrès a donné le jour et qui, née d'hier, a déjà 
répandu d'incalculables bienfaits dans les dernières guerres. 

C'est une expérience bénie qu'il ne nous est plus permis de méconnaître et que nous 
devons recueillir. 

Loin de moi la pensée de vouloir tracer ici les attributions de ce Comité central et 
permanent; niais vous ayant promis de vous en démontrer les avantages, je vous prie 
de vouloir bien me permettre de vous citer, entre autres, les exemples suivants : 

Lorsque, dans la séance d'hier, j'ai insisté pour que la Commission quia été chargée 
il examiner la question de l'unification des systèmes d'écriture et d'impression ne se 
bornât pas à nous communiquer son avis par lettre, dans «l'Organe», je pensais à 
toutes les difficultés que ce moyen de trancher une question ne parviendrait jamais à 
surmonter. 

Je suppose un directeur d'institution d'aveugles, approuvant le jugement de la Com- 
mission, qui veuille en conséquence introduire dans son institut le système ou les 
modifications qu'elle a adoptées. «Mais, s'écrie aussitôt le comité local, les résultats de 
notre système nous paraissent suffisants ; ces messieurs peuvent écrire ce qu'ils voudront 



— 225 — 

dans l'Organe et employer les systèmes qu'ils jugeront selon leur goût : pour nous, 
nous entendons rester les maîtres chez nous, » 

Il seraitdonc plus avantageux que cette Commission fût invitée à transmettre son 
rapport officiel au Comité central permanent, afin que celui-ci, après l'avoir examiné, 
prit une décision qui serait immédiatement communiquée à toutes les institutions 
d'aveugles. 

Un tel Comité permanent constituerait aussi un organe officiel qui pourrait, dans 
maintes circonstances, agir auprès des Gouvernements pour les intéresser à la cause qui 
nous tient tant à cœur et pour laquelle ils peuvent, je dirai même ils doivent faire 
quelque chose. N'allez .pas, cependant, conclure de mes paroles que les institutions 
d'aveugles doivent toujours dépendre de l'État. Du reste, cette question a été débattue ; 
les uns se sont prononcés pour ce principe, les autres l'ont combattu. 

Je respecte les opinions que mes honorables collègues ont émises dans ce Congrès et 
je me borne à ajouter qu'il me paraît plus avantageux pour les institutions d'aveugles 
de conserver un caractère privé et de ne recevoir qu'un subside de l'État. Ce n'est pas 
sur l'Etat que nous devons compter pour l'avenir de nos œuvres, du moins dans 
certains pays d Europe, et l'exemple de notre honorable collègue M. Reinhard, qui a 
su intéresser tout son pays à son œuvre, doit être pour nous un enseignement et un 
encouragement d'autant plus précieux que le brillant succès qui est venu couronner ses 
nobles efforts nous est assuré si nous marchons sur ses traces. 

Et durant ces longues soirées d'hiver, hélas! trop souvent dissipées, perdues ou 
empoisonnées pour nos populations ouvrières, pourquoi n'irions-nous pas donner une 
série de conférences pour intéresser un trop nombreux public qui demeure étranger à 
l'œuvre que nous accomplissons en quelque sorte à sa place et, sinon à son insu, du 
moins à sa complète indifférence? 

Ne nous y trompons pas, nous accomplirons aussi en cela une œuvre sociale des 
plus sérieuses et des plus importantes. 

Oui, l'union fait la force. Vous savez ce que peut, pour le mal, ce même public 
mal conseillé, égaré et uni dans l'égoïsme et la haine ; oh 1 je vous le demande, Mes- 
sieurs, ne saurait-il donc s'unir aussi pour le bien, pour le dévouement, pour sympa- 
thiser avec les misères qui l'entourent, pour entreprendre l'œuvre gigantesque defarné- 
lioration du sort des aveugles du monde entier ? 

Sachons donc nous multiplier et nous consacrer à cette œuvre avec une ardeur infa- 
tigable, résolus à ne nous laisser abattre par aucun obstacle, afin de nous assurer ce 
puissant auxiliaire. 

Ne dédaignons pas plus longtemps le concours qu'il nous donnera si nous le lui de- 
mandons. 

Apprenons à être sages, en mettant à. profit les enseignements du passé. Ce ne son', 
pas des trombes d'eau qui forment ce Danube dont le cours imposant nous remplit 
d'admiration ; mais ce sont des gouttes de pluie; comme aussi, ce ne sont pas les sub- 
ventions des Etats ou des grosses bourses qui pourraient couvrir notre globe d'institu- 
tions d aveugles, mais les sous et les kreutzers du bourgeois et de l'artisan. 

Le Comité central et permanent pourrait s'occuper de la formation d'une littérature 
pour I aveugle, et je suis persuadé qu'il trouvera les fonds nécessaires pour remplir celte 
immense lacune qui se fait de plus en plus sentir. Il pourrait aussi ouvrir des concours 
pour la publication des meilleurs ouvrages sur des questions importantes relatives à 
I enseignement des aveugles. 

Enfin je dois terminer : le temps est trop précieux pour que j'en abuse, et nous avons 

encore beaucoup à faire avant de nous séparer. Nous séparer, ah ! si cette pensée nous 

est si pénible, c'est la preuve la plus éclatante que le but de ce Congrès a été atteint 

en principe, savoir, de nous unir par un lien indissoluble; aussi la séparation de demain 

N" 29. 



ï 



— 226 — 

ne sera-t-elle que le commencement d'une union véritable et féconde qui doit tou- 
jours durer, soit entre nous, soit entre ceux qui nous succéderont dans celte carrière 
noble et bénie entre toutes. Nous séparer! cela signifie aussi, il est vrai, que chacun 
de nous doit retourner à ses laborieux travaux et se retrouver en face de tout ce cortège 
de difficultés, de besoins, de soucis qui composent la trame de notre vie journalière. Je 
suis heureux de constater combien nous sommes animés du vif désir de travailler avec 
une nouvelle énergie, avec une nouvelle consécration de nos forces et de nos facultés, 
avec un nouvel esprit de sacrifice et de dévouement à cette œuvre d'amour; mais, hélas! 
en face des difficultés, des déceptions et peut-être des injustices, de l'insuccès, de l'in- 
gratitude el des déboires, ne nous laisserons-nous pas décourager? Après avoir engagé 
le combat, ne serons-nous pas bientôt lassés de la lutte? Après avoir mis la main à la 
charrue, ne regarderons-nous pas en arrière? En un mot, tous ces sentiments sincères 
qui nous animent aujourd'hui seront-ils une flamme durable, vivifiante, ou bien ne 
seront-ils qu'un feu de paille éphémère? Dieu veuille qu'il n'en soit pas ainsi, mais 
bien plutôt que nous puissions communiquer cette flamme à tant de jeunes gens qui 
vont se perdre dans le tourbillon des passions et faire un si mauvais usage de leurs 
forces, de leur fortune, de leur intelligence, de l'énergie dont ils sont doués et dont 
notre œuvre éprouve plus que jamais un besoin si pressant. Sachons faire naître autour 
de nous de vraies vocations, et nous verrons diminuer à la fois les auxiliaires merce- 
naires, cette plaie de nos œuvres que, faute de mieux, nous sommes forcés de conser- 
ver comme des échardes dans notre chair, et le nombre si considérable d'existences 
sans but, sans utilité pour l'humanité, qui menacent de nous envahir de plus en plus. 
^ Outre celle du présent nous avons encore la responsabilité de l'avenir de notre œuvre. 
C'est une œuvre de progrès par excellence. Nous n'en sommes malheureusement qu'à 
l'A B G de ce qui peut se faire en faveur des aveugles. Les questions les plus impor- 
tantes sont à peine résolues ou ne le sont pas. Le chemin est à peine frayé; la carrière 
est immense et nos forces nous semblent être hors de proportions avec la grandeur de 
la tâche! Cette œuvre me rappelle ces coureurs qui précèdent les voitures en Orient, pour 
frayer le passage; ils doivent toujours courir, nu-pieds, un soleil d'airain sur la lête et 
l'équipage derrière eux. Malheur à eux s'ils s'arrêtent! Eh bien! poursuivis par tant de 
besoins impérieux, malheur à nous si nous nous arrêtions en chemin! Notre œuvre exige 
que nous courions, que nous éloignions tout ce qui peut devenir un obstacle à sa 
marche rapide, constante, progressive et régulière. Ah! jetez vos regards au loin et 
outre les aveugles de votre pays, combien de centaines, de milliers fie ces infortunés 
pour lesquels vous vous êtes crus impuissants. Vous vous trompiez! car c'est à vous 
aussi que les innombrables aveugles d'Orient devront de voir surgir dans leur pays 
de ces institutions dont ils ignorent les bienfaits. 

Le lendemain, sur ma proposition, le Congrès de Vienne nommait un Co- 
mité central et permanent, chargé d'exécuter les voles du Congrès et de pour- 
suivre l'œuvre de l'amélioration du sort des aveugles du monde entier et de 
centraliser tous les efforts tentés dans ce but. 

Quelle n'a pas été ma stupéfaction lorsque j'appris que le Comité central 
et permanent dont j'avais pris l'initiative à Vienne, se méprenant sur la mis- 
sion glorieuse (Ehrenvollen-Aufgabe) qui lui avait été confiée, avait déjà en 1 876 
considéré sa tâche comme terminée et qu'il avait remis ses pouvoirs au Comité 
du Congrès de Dresde ! 

Ce que n'ont fait ni le Congrès de Vienne ni celui de Dresde, le Congrès de 
Paris l'accomplira à son éternel honneur dans l'histoire et dans l'humanité. 

Le Congrès de Paris, je le disais dans notre première circulaire, avait un 



— 227 — 

double objet : i° provoquer la réunion des notabilités de tous les pays, pour 
étudier en commun les questions se rattachant aux aveugles et aux sourds 
muets, et proclamer, s'il était possible, l'unification des systèmes; 2° fondei 
une Société internationale destinée à continuer l'œuvre du Congrès, à 
appliquer ses résolutions et à servir de lien entre les établissements du 
monde entier et toutes les sociétés qui s'occupent de l'amélioration du sort des 
aveugles. 

Le premier but du Congrès est heureusement atteint. H nous reste à réali- 
ser la seconde et la plus importante partie de notre programme. 

La Société internationale que nous devons fonder, et qui fera du 3o sep- 
tembre 1878 une date décisive dans l'histoire de l'œuvre qui nous réunit de 
toutes les parties du monde, provoquera l'établissement de sociétés ou comités 
dans tous les pays, et elle réunira d'une manière permanente et durable en un 
faisceau puissant toutes les institutions destinées à améliorer le sort des aveu- 
gles. 

Le point essentiel, c'est que la Société qui sortira de ce Congrès ne de- 
vienne pas un Comité de -papier; il faut qu'elle vive et que tous ceux qui con- 
sentiront à en faire partie prennent leur tâche à cœur. (Applaudissements.) 

L'exactitude et un zèle soutenu sont plus difficiles à obtenir que le dénue- 
ment platonique et stérile. (C'est vrai! c'est vrai!) 

Nous avons parmi nous des hommes dévoués, capables de nous rendre de 
grands services, tout prêts à le faire, mais retenus par cette considération qu'ils 
sont fonctionnaires. 

Je ne crois pas cependant qu'en France, un fonctionnaire se compromette 
parce qu'il donnera son concours à une œuvre utile. Le Gouvernement ne peut 
pas être jaloux de l'initiative de ses fonctionnaires lorsqu'ils ne l'emploient que 
pour le bien. (Applaudissements.) 

M. Nadault dk Buffon. Je connais plus d'une œuvre philanthropique dont 
les fonctionnaires hésitent à faire partie, de crainte de se compromettre ou seu- 
lement d'encourir un blâme de la part de leurs chefs hiérarchiques. 

Cependant, se mêler au mouvement humanitaire et moralisateur de la ré- 
gion où le fonctionnaire exerce son emploi serait, en même temps qu'un moyen 
de faire le bien, un moyen d'accroître son influence et de conquérir des sym- 
pathies au Gouvernement. 

J'estime, pour ma part, que l'homme que l'on voit partout disposé à se dé- 
vouera la cause du bien apporte le même zèle au service de sa fonction. 

Ce ne sont pas ceux qui travaillent et se dévouent comme particuliers qui 
négligent leurs devoirs de fonctionnaires. 

M. Anatole de la Forge. On vient de mettre les fonctionnaires en cause; je 
considère comme un devoir de prendre leur défense. 

Je représente ici un des plus hauts fonctionnaires de l'État, M. le Ministre 
de l'intérieur; je dirige moi-même un grand service public, et sa présence et 
la mienne à ce Congrès témoignent que nous sommes de ceux qui pensent que 
le fonctionnaire est bien à sa place partout où l'on combat, partout où l'on tra- 
vaille, partout où l'on sème. (Applaudissements.) 



— 228 — 

M. Nadault de Buffon. Messieurs, la proposition soumise au Congrès pour 
la fondation d'une Société internationale ne doit pas avoir le sort de la propo- 
sition faite au Congrès de Vienne. 

Les Congrès, — que les dames qui assistent au nôtre me pardonnent ce 
rapprochement, —sont un peu femmes; on y parle beaucoup, maison ou- 
blie vite; nous ne nous séparerons pas avant d'avoir rédigé une formule. 

Il faut signer un pacte, faire notre serment des Horaces, jeter ensemble les 
fondations du monument et ne pas nous contenter, comme dans certaines 
inaugurations solennelles, de nous distribuer des truelles d'argent en pro- 
testant que le monument s'élèvera un jour. 

Si la politique nous divise, que, du moins, l'amour du bien nous rap- 
proche. 

Il est une corde qui vibre dans toutes les âmes généreuses, sans acception 
de nationalité ou de parti : c'est celle de la sensibilité pour les infortunes im- 
méritées. 

Formons une vaste association pacifique et humaine , fondons en France 
une œuvre de conciliation sociale, et dans le monde une œuvre de concorde 
internationale. (Applaudissements.) 

J'ai préparé un projet de statuts; il va vous en être donné lecture. 

Ce n'est qu'un programme que nous étudierons et que nous améliorerons. 
Le jour où la Société sera constituée et organisée, elle se donnera des statuts 
définitifs qu'elle soumettra à l'approbation du Gouvernement. 

Ceci n'est qu'une pierre, la première d'un vaste édifice; voulez-vous, Mes- 
sieurs, la poser ensemble? (Marques unanimes d'assentiment.) 

M. Gesland, secrétaire de M. Nadault de Buffon, donne lecture du projet de 
statuts W. l J 

M. Johnson (Angleterre). Si les organisateurs du Congrès m'ont fait l'iu- 
signe honneur de me nommer vice-président, c'est que sans doute ils se sont 
souvenus que je représente une association qui embrasse l'Angleterre, l'Ecosse 
et l'Irlande, et qui poursuit le même but que celle qu'ils se proposaient de 
fonder. 

Qu'ils reçoivent l'assurance que nous travaillerons avec eux à créer cette as- 
sociation internationale qui sera l'honneur du Congrès de Paris. M. le Prési- 
dent a eu raison de le dire, nous serons toujours d'accord toutes les fois qu'il 
s'agira de l'instruction et de l'amélioration du sort des jeunes aveugles. (Ap- 
plaudissements.) 

M. le D r Armitage (Londres). Oui, nous serons tous unis et nous travaille- 
rons de concerta l'amélioration du sort des aveugles. 

En me nommant membre honoraire du Comité, on s'est certainement rap- 
pelé que je suis le représentant et, en quelque sorte, le fondateur d'une 
Société qui n'est pas anglaise seulement, mais bien cosmopolite, car elle a 
pour but l'amélioration du sort des aveugles dans le monde entier. 

( " Voir aux pièces annexes. 






— 229 — 

Cette Socie'te' compte parmi ses membres des hommes justement ce'lèbres : 
MM. Pablasek, Meyer, Vitali, Raineri , etc. En leur nom à tous, je proteste que 
nous verrons se fonder avec plaisir la nouvelle Société' internationale et que 
nous travaillerons tous ensemble à sa formation et à sa prospe'rité. 

Il Y a place pour tous dans la carrière de la philanthropie, du dévouement , 
de la science et de l'humanité. 

Nous élargirons notre cercle d'action. 

Je m'engage à envoyer au musée de la Société internationale tout ce que 
nous possédons en Angleterre pour l'amélioration du sort des aveugles. (Ap- 
plaudissements.) 

M. F. Naef (Suisse). Je désire ajouter un mot aux paroles éloquentes de 
notre cher et honoré Président. 

La parole, — il nous l'a prouvé, — exerce sur les hommes une action plus 
directe que la pensée; je voudrais que ceux d'entre nous qui peuvent le faire 
s'engageassent à propager l'œuvre du Congrès par des conférences publiques. 
(Très bien ! très bien ! ) 

M. Lavanchy, secrétaire général. L'idée est excellente. Je l'avais déjà émise à 
Vienne, et nous projetions avec M. Meyer d'organiser des conférences en Hol- 
lande et en France avec M. Nadault de Buffon. Nous sommes heureux que 
M. Naef soit de notre avis et nous ne mettons pas en doute le succès de ses con- 
férences en Suisse. 

M. Meyer. Nous possédons parmi nous un homme illustre qui a de tout 
temps fait du bien dans le grand empire d'Allemagne : M. Roesner, directeur 
de l'Institut des aveugles de Berlin. 

Il me charge de vous adresser ses remerciements pour la bienveillance que 
les délégués allemands ont rencontrée au sein du Congrès. 

Je tiens à me faire une dernière fois l'interprète de nos sentiments à nous 
tous délégués étrangers pour le Congrès, pour son bureau et pour la France 
que nous aimons. 

Notre éminent Président nous a montré, à l'ouverture du Congrès,. la 
France à la tête des nations, portant, non une épée, mais un flambeau ; je 
vous citerai à mon tour ce vers d'un de vos grands poètes nationaux : 

On peut être un héros sans ravager la terre. 

(Applaudissements répétés.) 

M. Nadault de Buffon. Nous allons passer au vote sur le principe de la 
fondation à Paris d'une Société régie par les statuts dont il vient d'être donné 
lecture. 

(Le Congrès, consulté, vote à l'unanimité et par acclamation la fondation d'une 
Société internationale pour l'amélioration du sort des aveugles. ) 

M. Nadault de Buffon. Je donne la parole à l'honorable M. Honoré Arnoul, 
vice-président du Congrès, qui l'a demandée au début de la séance. 

M. Honoré Arnoul. Mesdames, Messieurs, si depuis l'ouverture de notre 



— 230 — 

w n S rèS l^ g f ^ UD P ^ dent Si,ence ' c ' est 1 ue J' e ne »e entais pas une au 
tonte suffisante pour mêler ma voix à toutes ces voix expérimentes etélo 
quentes qu, nous ont tour à tour instruits ou charmés 

Je me décide à la dernière heure, poussé par une force irrésistible, à laisser 
Vous PP vl T CŒUr <IUeiqUeS m ° tS dG " Ve S ^P athie etde -ncère gra Se 
JembleTets S^ ^^ ***** ™^™ ^ales^ur Pet 
Nous avons fait beaucoup de choses en moins de huit jours- mais selon 
moi, la plus grande, la meilleure, celle qui sera la plus féconde c le auï 
do, assurer, comme le désirent tous les cœurs généreux, Tamé iora ton Z 
sort des aveugles, c'est l'association puissante dont nous venons de jeterTe bases 
En parlant des hommes éminents de notre Congrès, il ne faut pas oubher 
dans expression de notre reconnaissance l'homme modeste , p Sr an e 
dévoue, qui se dérobe aux applaudissements avec un soin e un dés ntéres- 
r&nT h ™îT' ^ LaVaUCh * ; C ' 6St lui ' comme l ' a dit M Nadu t 

1 édite Je' ne Te co ^^^ ^ F"*** Gt le P remier archi "^ de 
1 édihce. Je ne le connaissais pas ,1 y a deux mois. Dès qu'il m'eut fait l'hon- 
neur, en me demandant mon concours, de m'exposer son projet je m'ai ach"i 
a la cause pour aquelle, hélas! je n'ai encorerien ij.. . 1 v me n 
J ai fait quelque chose pour elle, puisque j'aurai donné au Congrès et àTotre 
association notre vénéré et digne président! M. Nadault de Buffo^qu , dura 
la période laborieuse de nos travaux, s'est constamment maintenu k haute" 
de sa ache se montrant tout à la fois zélé, impartial, patient, homme de 
bien et orateur éloquent. (Salve d'applaudissements.) 

MM. Lavanchy et Nadault de Buffon, je propose au Congrès de le déclarer 
par un vole solennel , ont bien mérité de J ffunLité. (Vifs fpplaudissement 

1 y a une question grave qui se he à l'amélioration du sort des aveugles • 
c est 1 amélioration du sort des sourds-muets aveugles . 

son L n e p ? t h tiSti<ÏUeSd V 869 accusaieDt > en F ™ce, l'existence de 27 ,ooo per- 
sonnes, hommes et femmes, privées de l'ouïe et de l'usage de la parole Ce 

celemenT CertaiDement P luS «"*' l ™<i»°» procéderai un nouveau re- 

La Lorraine seule figure dans cette statistique pour A,ooo 

nation^'T^f ^ ^^ ff ^^ en France <î ue trois institutions 
nationales de sourds-muets : celle de Paris qui figure au budget pour i 6* ooo 
francs Bordeaux pour 7 5 ooo francs, Chambéry pour 36,0*0 Lu». Total! 
27 i,ooo francs sur laquelle somme il faut prélever n 2 ,ooo francs de frais 

labCmenTs ^ i ^°°° *"* ^ deS b ° UrSeS daQS ces trois 

nourïn;!fr ieurs ' î la Qéc Tn qu,il y a d ' étab,ir une p™ tection <«««* 

pour tant de pauvres êtres que le Gouvernement ne peut secourir. (Très bien M 

n iaut, pouMes sourds-muets comme pour les aveugles, un régime nou- 

Z^ S91? r™ e J°l s e P^are par les soins d'un ministre libéral, M. de 






— 231 — 

Espérons qu'elle sera en harmonie avec l'esprit de bienfaisance qui a fait 
surgir tant d'institutions privées, mais qui atteignent péniblement leur but, 
faute d'une assistance plus active et plus large. 

Nous signalerons à la reconnaissance publique un homme de bien qui, 
depuis cinquante ans, fait à Nancy, pour huit départements, des efforts inouïs 
en faveur des sourds-muets. M. Piroux, directeur d'une institution libre que 
toute la contrée voudrait voir déclarer institution nationale, est, pour les 
sourds-muets, ce que son noble compatriote, M. l'abbé Gridel, est pour les 
aveugles. (Applaudissements.) 

L'institution Piroux s'est fait connaître par des initiatives aujourd'hui répan- 
dues partout. C'est ainsi qu'elle a, la première, ouvert ses portes aux sourds 
parlants et aux entendants muets, aussi bien qu'aux sourds-muets; qu'elle a 
fait admettre dans les écoles primaires les enfants privés de l'ouïe et de la 
parole, et qu'elle a fondé une société de patronage, sans parler d'un journal 
mensuel publié de i838 à i8/i3. 

Je dois une mention toute spéciale à notre honorable collègue du Congrès, 
M. Magnat, pour ses efforts incessants et ses succès obtenus dans l'enseignement 
des sourds-muets. 

A propos de ce qui a été dit des conducteurs d'aveugles, je vous citerai une 
anecdote. Un jeune homme d'origine polonaise avait fait de brillantes études et 
était à la veille d'entrer à l'Ecole polytechnique. Une maladie, la petite vérole, 
l'atteint, il devient aveugle. Il avait un ange gardien : sa mère; mais, d'après 
l'ordre de la nature, la mère doit s'en aller avant le fils, il resta seul. 

11 lui fallait un guide : il prit un enfant de dix à onze ans qui ne savait abso- 
lument rien, pas même prier Dieu. 

Que fit, — j'allais le nommer, — ce pauvre aveugle? Il prit soin de son 
guide, lui donna l'éducation et l'instruction et le mit à même de passer ses 
examens et d'entrer à Saint-Cyr. (Bravo!) 

Mais le jeune homme parti, il fallut le remplacer. Eh bien! l'aveugle a pris 
une jeune fille dans sa propre famille, et celte jeune fille, instruile et conseil- 
lée par son cousin, vient de passer victorieusement ses examens d'institutrice. 
(Bravo! Applaudissements.) 

Voilà, Messieurs, ce que peut faire un homme de bien, quelle que soit 
l'infirmité qui l'afflige. 

Si de tels exemples étaient suivis, il n'y aurait pas de différence entre ceux 
qui guident les aveugles et ceux qui fréquentent les écoles. 

Messieurs, à peine notre Congrès a-t-il ouvert ses portes que la presse de 
tous les partis s'est occupée de nos travaux avec un empressement sympathique 
pour lequel nous demandons un vote de remerciements. (Approbation.) 

Et maintenant, Messieurs les représentants des pays étrangers, vous qui, 
guidés par l'amour du bien, nous avez apporté avec tant d'empressement et 
de zèle le tribut de vos lumières, vous qui êtes venus de villes éloignées, 
délaissant vos occupations, nous vous disons merci. 

Vos mains ont pressé les nôtres, nos cœurs ont battu à l'unisson. Allez re- 
prendre vos utiles labeurs, et croyez que nous ne laisserons pas croître l'herbe 
dans le champ que nous avons défriché ensemble. 









— 232 — 
Allez apôtres du bien et de l'humanité, ite et docete, oui, allez et enseignez ■ 
d, es la-bas, partout où vous porterez vos pas, ce que vou avez v d2 nuè 
ette France qu on croyait morte est encore debout, sortie commë'La are^e 
son tombeau; racontez les merveilles quelle a étalées à vos vl x dan ce 

sa** auxquel,es ont vou]u p rendre ^ p«n- to y u "L ;::;:: 

Attestez que le malheur nous a ouvert les yeux et que, si nous rêvons une 
revanche, une revanche décisive, c'est non par les armes, mais pa l es déc" 
Lidée va plus vite et plus sûrement que le canon. On peut mutiler unifie 
on n éteint ni sa super.onté, ni son génie, ni son caractère. P P ' 

J. ffiudSet 1 ! 4 ) SWe ' 8 ° rger - ^ *™ ^ * ™ d « Kse-, um , 

se Saisir notre crucifieme,u dou,oureu *' ^ ■**■*«*» 

La France va à la conquête des plages bénies de l'avenir, une branche 
d olivier dans une main, et dans l'autre, non la torche qui incendie mais e 
flambeau qui éclaire. (Bravo!) 4 'u^euaie, mais le 

réparateurs -'^alx Tt/^ jf T ™ ^ '" " 0S dr3 P eaUX Ces mols 
réparateurs . «Faix et Iravail, Justice et Fraternité » 

^Pid r £t. aiQe ' épmée " CreUS6t ^ ^ "^^^ —P'- - 
Elle forme des vœux pour que tous les peuples réconciliés, instruits par 
1 expérience, ferment d'un commun accord le temple de Janus forment une 
sainte alliance et se donnent la main. (Longs applaudissements!) 

M. Nadadlt de Buffon, l'adressant à M. Lavanchy. Monsieur le Secrétaire 
gênerai, quelque soin que vous preniez à vous dérober à nos éloge l'heu 
venue de vous témoigner notre reconnaissance. 8 

En ce qui me concerne, je dois vous renvoyer des compliments tron bien 
veillants qui se sont trompés d'adresse. Vous" seul avez L ç Set du 

ce^g^l^r- r VeZ * ** " ^ ^ ~* ™ ^ ^ 
Les aveugles béniront votre nom. 

Nous avons cherché par quel moyen vous témoigner nos sentiments Vous 
nous avez rendu la tâche difficile. Nous avions songé à demander ££ vou 
a ermx qui se décerne en France au courage et aux hommes de bien et de 
n , vous ne nous l'avez pas permis; nous avons dû nous contenter de f ire 
circuler une adresse sur laquelle tous les membres du Congrès ont tenu a f 
inscrire leur nom. Ils vous ont voté le don d'une montre S vous poTre 
en souvenir du Congrès international universel de ,8 7 8, -et, loTsque vou 
la consulterez vous pourrez vous dire qu'à Paris, tel jour, à telle h eTe vou 
vous êtes fait le promoteur d'une grande œuvre, l'avocat d'une noble ca^e- 
et nous revivrons alors dans votre souvenir, ce qui est le plus cher de nos vœux. 
vousnTlr 1 " r J0Uler a r î,° m r ge du Con ff rès < elui d ' u «e médaille que 
humanité ' ° "** d<We ^ CCUX ^ se avouent à 



— 233 — 

Je vous remets la grande médaille des Hospitaliers-Sauveteurs-Bretons, au 
nom de la Société' et de la Bretagne. (Longs applaudissements.) 

( M. le Président et M. le Secrétaire général se donnent l'accolade.) 

Notre médaille est aussi décernée à ceux qui exposent leur vie par dévoue- 
ment et patriotisme. 

C'est à ce titre que je remets la médaille des Sauveteurs-Bretons à M. Anatole 
de la Forge, défenseur de Saint-Quentin. (Applaudissements.) 

M. Anatole de la Forge. Je suis aussi surpris que touché de l'honneur inat- 
tendu qui m'est fait. Je vous demande à tous et à toutes de m'aider à m'acquitter 
envers l'honorable M. Nadault deBuffon;je dis : toutes, parce que tout à l'heure 
il a lancé un trait contre les femmes, - et c'est un ingrat, attendu que j'en ai 
vu pleurer en l'écoutant. Je vous demande de ne pas séparer dans cette suprême 
manifestation, à l'heure du départ, les noms de MM. La\anchy et Nadault de 
Buffon, que l'on pourrait surnommer les frères siamois du dévouement. (Ap- 
plaudissements.) 

M'adressant une dernière fois aux savants étrangers qui ont apporté le con- 
cours de leurs lumières à l'œuvre du Congrès, je les remercie au nom de la 
France, au nom du Ministre que je représente, au nom de la science et de 
l'humanité, et je leur demande d'attester, à leur retour chez eux, de quels 
sentiments hospitaliers, confraternels et généreux est animée la France répu- 
blicaine. (Applaudissements prolongés.) 

M. Nadault de Buffon. Je déclare close la session du Congrès interna- 
tional universel de Paris pour l'amélioration du sort des aveugles et des sourds- 
muets. 

(Le Congrès se sépare après une triple salve d'applaudissements.) 

La séance est levée à midi et demi. 



1 



„ 



ANNEXES. 



I 



237 — 



ANNEXES. 



Annexe n° 1. 



SOCIÉTÉ INTERNATIONALE 

POUR L'AMÉLIORATION DU SORT DES AVEUGLES, FONDEE À PARIS LE 3o SEPTEMRRE 1 878, 
PAR LE CONGRÈS TENU SOUS LE PATRONAGE DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS. 



PROJET DE STATUTS 

RÉDIGÉ PAR M. NADAULT DE BUFFON , PRÉSIDENT DU CONGRES, POliR ETRE SOUMIS À L'APPROBATION 

DU GOUVERNEMENT. 



CHAPITRE PREMIER. 



FORMATION ET BIT DE LA SOCIETE. 



Article premier. La Société fondée à Paris, le 3o septembre 1878, par le Congrès 
international universel pour l'amélioration du sort des aveugles tenu sous le patronage 
du Gouvernement français, a pour objet : 

i° De mettre en rapport les unes avec les autres les institutions d'aveugles du monde 
entier, atin de les faire profiler des découvertes et des progrès réalisés sur un point 
quelconque du globe; 

a De rechercher, d'étudier et de proposer les meilleures méthodes d'éducation et 
d'enseignement intellectuel, moral et professionnel des aveugles; 

3" De multiplier les impressions et les publications musicales et autres à l'usage des 
aveugles, d'en réduire le prix par l'unification des systèmes et l'impression en commun; 
de fournir aux institutions et aux aveugles des machines à écrire, à calculer, des livres, 
des cartes, des feuilles de métal pour la stéréotypie, etc.; 

4° De seconder et d'encourager les efforts ayant pour objet le perfectionnement des 
moyens d'enseignement et d'éducation des aveugles, en mettant au concours tous les 
sujets intéressant leur sort; 

5° De provoquer la fondation d'institutions destinées à compléter les moyens de se- 
courir les aveugles : écoles préparatoires et secondaires, ateliers, asiles, etc.; 

6° De former une société de patronage protégeant les aveugles de tous les pays; 

7 De provoquer de la part des Gouvernements des lois qui mettent partout les 
aveugles sur le même pied que les voyants. 




— 238 — 
des^veugïf 1 ' *"** * *• * S ° àM iate ™^ P°«r l'amélioration du sort 

3. Elle se partagera en autant de sections qu'il v a d'États »%*•»*. m. 
quera la formation de comités locaux. 4 J * adhérents - *■«« P«vo- 

4. Il sera formé au siège social un musée et une bibliothèque 
Uans Je musée seront réunis, conservés et exnnsés im.« i2 ,>k,-„. 

l'éducation et à l'enseignement des aveugles P ^ P ° mmi SerVlr h 

La bibliothèque des aveugles comprendra tous les ouvrages et imprimés en relief i 

Jeu usage et ceux traitant des sujets qui les intéressent ™pnraes en relief à 

Un appel est adressé à cet effet aux auteurs et éditeurs, aux particuliers et à tonfr* 

les institutions d'aveugles et de sourds-muets Particuliers et a toute. 

venÏurÎeT /uleur" Tt t î !" bi ' li0thèqUe P ° rter ° nt ,6S ™» des *>»**«", in- 
Tla Sodélé ! % e " ° Utre 9UX P rocès -verbaux et au Bulletin officiel 

ta-« rtStel dVr mUSée *""?? UDe eX P° sit, '° n Pe™ente présentant l'his- 
toire et I état actue de 1 enseignement des aveugles dans le monde entier 
Le musée et la bibliothèque seront ouverts au public. 

t ioLÏl'f !" K"" 1 avec À im P re ^on en relief, planches et dessins hors texte 

des^où K,eÏst^rSe„ÏÏè POl ^ lte " ^ ""» «• *~ "E 

6. La Société a un insigne et un diplôme; elle décerne des médailles à titre de 

Les diplômes porteront les armoiries des États adhérents 

Les insignes et les médailles de la Société étant des récompenses spéciales et privées 
les personnes qui les auront reçues ne pourront les porter qu P en se conformant Et* 
en vigueur dans leur pays respectif; il est interdit d'en faire usage comme e„^ 
d une exploitation industrielle ou commerciale. 8 enseigne 

h lpl*nc L f S r ïé n é h l 0n °T ' a mém ° ire de 8es ,llembre s en assistant par dépulation 
a leurs funérailles et en leur consacrant une notice nécrologique dans souTounï" eu 
éloge sera prononcé en assemblée générale; la famille sera°ir!vitée à la séaC 

CHAPITRE II. 

CONDITIONS D'ADMISSION. — QUALITE DES DIVERS MEMBBES. — COTISATIONS. 

8. Le nombre des sociétaires est illimité. 

la ZSentlZt^T tali ° n *" *"* T^T ° U SUr <*"* des représentants de 
oocielé en France ou à 1 étranger, sans condition d'âge, de religion ni de nationalité 
Les premiers membres de la Société seront les adhérents au Congrès de Paris au! 

auront manifesté l'intention d'en faire partie. g q 

Ils recevront le titre de membres fondateurs. 

membre ïrief C ° mFend *" membreS titulaires ' des membres ho ™™™ et des 

travaux^" 1 ' 8 Y T* S"^ 5 e " eS P6UVent P rendre P art a son administration et à ses 

^^^^T^Tl^^T unecotisadon 

lioiTo,! n Z b îlf rïTIT ^f CeUX qui contribue nt P« souscriptions, dons, fonda- 
tions ou par des libéralités quelconques à la prospérité de la Société. 



— 239 — 

Le litre de membre honoraire peut être décerné à titre gracieux par le Conseil supé- 
rieur, pour reconnaître des services rendus à la Société ou pour honorer une vie con- 
sacrée au bien. 

Les membres à vie sont ceux qui versent une somme de 5oo francs, une fois payée. 

Les membres titulaires et honoraires sont soumis à un droit d'entrée de i5 francs. 
Ils peuvent s'en dispenser en renonçant à recevoir l'insigne de la Société. 

Il y a une bienvenue facultative. 

Ce qui serait donné en plus sera accepté à titre de don. Les noms des bienfaiteurs et 
donateurs, ceux des personnes qui feront des fondations seront publiés aux procès-ver- 
baux des séances du Conseil supérieur et nu Bulletin olliciel de la Société. 

10. L'encaissement des cotisations, souscriptions et versements faits à un litre 
quelconque à la caisse sociale a lieu contre la remise de quittances détachées d'un re- 
gistre à souche, dans les conditions de l'article 2.'L 

11. Les dignitaires de la Société sont ses hauts protecteurs, ses présidents el vice- 
présidents d'honneur et ses membres à vie. 

Ils ont entrée au Conseil , avec voix consultative. 

Le titre de membre honoraire du Conseil supérieur peut être accordé à titre de- ré- 
compense. 

12. Les admissions des sociétaires sont prononcées par le Conseil, à la majorité 
des voix. 

13. Tout sociétaire peut se retirer en donnant sa démission. 

14. Ceux qui, n'ayant pas donné leur démission, auront négligé de verser leur coti- 
sation malgré une mise en demeure de la Trésorerie, seront considérés comme démis- 
sionnaires, après une année. 

Il sera sursis à cette mesure, lorsque le sociétaire justiliera que le retard provient 
d'un fait indépendant de sa volonté ou d'une gêne momentanée. 

Il pourra être accordé des délais. 

Le Conseil peut aussi réduire la' cotisation et le droit d'entrée, et même en dispenser. 
11 peut libérer de leur cotisation arriérée et même en décharger enlièrement à l'avenir 
les sociétaires hors d'état de continuer à en opérer le versement. 

15. Les sociétaires démissionnaires ou radiés ne pourront prétendre, en aucun 
cas, à la restitution des sommes versées par eux, à un litre quelconque, à la Société. 

Le membre démissionnaire peut rentrer dans la Société; il en sera de même pour le 
membre radié, lorsque la radiation aura eu pour cause un fait erroné. 

Dans l'un et dans l'autre cas, la réintégration donnera lieu aux mêmes versements 
que pour une admission. 

16. La radiation est prononcée par le Conseil supérieur dans les cas prévus par 
le règlement et sauf appel à l'assemblée générale. 



CHAPITRE III. 

ADMINISTRATION CENTRALE. CONSEIL SUPERIEUR. 

17. La Société est administrée par un directeur sous la surveillance d'un Conseil 
supérieur d'administration. 

18. Le directeur de la Société la représente en justice, près des administrations pu- 
bliques et des tiers. 

Il nomme aux divers emplois autres que ceux conférés par l'élection, surveille tous 
les services, assure l'exécution des statuts, signe la correspondance, les diplômes, les 
actes, arrêtés et délibérations. 



I 



— 260 — 

11 donne des ordres pour les réunions du Conseil supérieur et des Commissions 
spéciales aux travaux desquelles il lui convient de prendre part. 

Il fait partie du Conseil supérieur où il a voix délibérative , mais il ne le préside pas. 

Il a la police des assemblées. 

Il adresse, en France, chaque année, à l'autorité, le compte rendu prescrit parl'ar- 
licle 20 du décret du 26 mars i856. 

19. Le directeur de la Société est nommé pour cinq ans, par l'assemblée gé- 
nérale des sociétaires constituée dans les conditions de l'article 38; il est indéfiniment 
rééligible. 

Nul ne peut être proclamé directeur, s'il n'a réuni la majorité absolue des suffrages. 
Au second tour de scrutin, l'élection aura lieu à la majorité relative. 
Dans le cas où plusieurs candidats obtiendraient un nombre égal de suffrages, la 
préférence sera donnée au plus âgé. 

Le procès-verbal de l'élection sera transmis au Ministre de l'intérieur. 

20. Le directeur de la Société est assisté dans son administration par un secrétaire 
général avec deux secrétaires, dont un chargé de la correspondance élrangère, par un 
secrétaire-archiviste, par un trésorier central et deux trésoriers adjoints et par un con- 
servateur du musée et de la bibliothèque avec un conservateur adjoint. 

21. Le secrétaire général, les secrétaires, le secrétaire -archiviste, le trésorier 
central, les trésoriers adjoints, le conservateur et le conservateur adjoint du musée et 
de la bibliothèque sont élus pour cinq ans par l'assemblée générale et toujours rééli- 
gibles. 

Lorsqu'ils ne seront pas pris parmi les membres du Conseil supérieur, ils auront 
entrée au Conseil par le fait seul de leur élection. 

22. Le secrétaire général s'occupe de la correspondance et de la rédaction des 
diplômes et des procès-verbaux des séances du Conseil supérieur et des assemblées gé- 
nérales; lorsque les assemblées générales se tiendront à l'étranger, il sera suppléé par 
un délégué désigné par le directeur de la Société. Il convoque , sur l'ordre du directeur, 
aux réunions du Conseil et aux assemblées générales; il tient tous les registres et étals 
concernant le personnel de la Société. 

Le secrétaire-archiviste est chargé de la conservation des archives, de l'envoi des 
médailles et diplômes et des expéditions qui pourraient être demandées des registres, 
procès-verbaux et autres pièces. 

23. Le trésorier central dirige le service de la comptabilité. 

Il a un ou plusieurs registres à souche d'où sont détachées les quittances pour tous 
les encaissements qu'il fait à un titre quelconque. 

Il paye sur mandats visés par le directeur et marqués du cachet de la Société. 

II opère le placement et le déplacement des fonds, sur un ordre signé du directeur. 
Cet ordre doit mentionner la somme dont le placement ou le déplacement sera opéré et 
l'emploi auquel elle est destinée. 

Les reçus et reconnaissances seront déposés dans la caisse. Les comptes du trésorier 
central seront vérifiés par la Commission des finances , qui lui délivrera des quitus toutes 
les fois qu'il y aura lieu. 

Il lit tous les trois mois un état sommaire de situation au Conseil supérieur; à chaque 
assemblée générale, il présente le compte rendu de la situation financière de la Société 
arrêtée au précédent exercice. 

Il pourra être nommé par le Conseil supérieur un agent comptable qui sera chargé 
de la comptabilité et de la caisse dans les mêmes conditions de surveillance et de con- 
trôle. 



— m — 

24. Le conservateur du musée et de la bibliothèque en dresse le catalogue. H est 
préposé" à la conserva lion des volumes et autres objets, et remercie au nom du di- 
recteur de la Société des dons faits au musée et à la bibliothèque. 11 surveille l'impres- 
sion des ouvrages à l'usage des aveugles. 

11 veille au classement des objets déposés au musée et à ce que les noms des dona- 
teurs et inventeurs y soient exactement placés dans les conditions de l'article à. 

Le catalogue de la bibliothèque et du musée sera visé par le directeur de la Société. 
Les volumes sont estampillés du timbre social. 

25. Le directeur et les fonctionnaires qui en dépendent sont chargés du pouvoir 
exécutif; le Conseil supérieur représente le contrôle. Il contrôle les actes du directeur 
et son administration, et ghe les finances de la Société par délégation de l'assemblée 
générale. 

Le Conseil supérieur se compose d'un président, de quatre vice-présidents, d'un se- 
crétaire et de vingt-cinq membres administrateurs. 

Le président et les membres du Conseil sont nommés par l'ensemble des sociétaires 
dans les conditions de l'article 38. 

Le président du Conseil supérieur est nommé pour cinq ans et indéfiniment rééli- 
gible. 

Le Conseil nomme lui-même ses vice-présidents et ses secrétaires. Il se renouvelle 
chaque année par tiers; les membres sortants sont désignés par le sort; ils sont tou- 
jours rééligibles. 

Il sera pourvu, lors de chaque assemblée générale, au remplacement des membres 
(le 1 administration ou du Conseil, démissionnaires ou décédés, ou dont les pouvoirs 
seront expirés. ' 

Le Conseil supérieur fait lui-même son règlement intérieur et détermine les attribu- 
tions de ses membres. 

Il prononce l'admission des sociétaires, accepte ou refuse les démissions, prononce 
les radiations et les réintégrations, et a l'initiative des propositions à soumettre à l'as- 
semblée générale. 
• Il pourra nommer des comités de dames. 

11 veille concurremment avec le directeur de la Société, à l'observation des statuts 
et prend, dans les mêmes conditions, toutes les mesures nécessaires au développement 
et a la prospérité de l'œuvre. 

26. Le Conseil supérieur d'administration se réunit une fois par mois au sièue 
social. r 5 

Il y aura des réunions extraordinaires, chaque fois que les besoins du service l'exi- 
geront; les convocations sont faites par le secrétaire général sur l'ordre du directeur de 
la Société. 

Le Conseil pourra être convoqué directement par son président pour les réunions or- 
dinaires et extraordinaires. 

Le président du Conseil supérieur d'administration préside les séances; il en a la 
police. 

Le directeur de la Société assiste aux séances et saisit le Conseil de toutes les ques- 
tions de sa compétence ou intéressant la Société. 

Les délibérations sont prises à la majorité des voix; en cas de partage, la voix du 
président est prépondérante. 

Pour que le Conseil puisse valablement délibérer, il faut la présence de douze 
membres au moins. 

Si ce chiffre n'était pas atteint lors d'une seconde convocation, la délibération serait 
valable, quel que fût le nombre des conseillers présents. 



N° 29. 



îG 






— ~2tr> — 

27. Le Conseil se partage en sept commissions : 
1° Commission des finances; 

•2° Commission d'études; 

.'}" Commission de patronage; 

4* Commission d'hygiène et de prophylaxie de la cécité, 

5° Commission de statistique; 

6° Commission des récompenses; 

7° Commission des sourds-muets. 

28. La Commission des finances surveille la gestion du trésorier central, vérifie et 
apure ses comptes, contrôle son service et en général toutes les opérations financières 
de la Société, et propose toutes les mesures nécessaires à la lionne tenue de la compta- 
bilité. l 

Elle prépare le budget à soumettre à chaque assemblée générale. 
Elle peut nommer des commissaires , des vérificateurs ou délégués. 

29. La Commission d'études examine les projets, inventions et découvertes, fait 
son rapport sur les objets et les livres déposés an musée et à la bibliothèque, se pro- 
nonce sur leur valeur et propose les mesures qu'ils comportent. 

Elle signale leurs auteurs pour les récompenses de la Société. 

La Commission d'études proposera la publication d'un manuel à l'usage des institu- 
teurs et des institutrices pour renseignement des aveugles dans les écoles ordinaires de 
voyants. 

Ses rapports pourront être insérés nu Bulletin officiel de la Société. 

30. La Commission de patronage s'occupe de toutes les œuvres annexes de la Société 
internationale. 

Elle dressera un tableau des arts et professions accessibles aux aveugles; provoquera 
la création d'ateliers spéciaux, de cercles, de caisses d'épargne, d'institutions de pré- 
voyance à leur usage, et s'appliquera à leur trouver des débouchés dans le commerce, 
l'industrie, les carrières libérales et les fonctions publiques. Elle s'occupera de leur éta- 
blissement et cherchera par tous les moyens en son pouvoir à diminuer l'étendue de la 
privation dont ils souffrent, en leur assurant une protection efficace devant la loi, dans 
la famille, dans les institutions et dans la société. 

31. La Commission d'hygiène et de prophylaxie de la cécité traite tous les sujets 
concernant l'état physique des aveugles. 

Elle étudie les dispositions législatives et ies règlements se rattachant aux questions 
d'hygiène, de prophylaxie et de salubrité , et en propose l'adoption aux Gouvernements. 

Elle examine les découvertes scientifiques et médicales ayant pour objet de prévenir 
ou de guérir les maladies des yeux, les recommande et les propage, et veille h ce qu'il 
ne se découvre rien d'utile sans qu'aussitôt ce ne soit connu des institutions d'aveugles, 
des oculistes et des particuliers. 

Elle publiera un manuel indiquant les soins à donner à l'aveugle du premier âge. 

32. La Commission de statistique examine toutes les questions se rattachant à la 
statistique des aveugles, provoque de la part des Gouvernements toutes les communi- 
cations et mesures destinées à lui permettre de se rendre compte du nombre des aveu- 
gles, de leurs besoins, des causes de la cécité et d'arriver à eux pour les faire participer 
aux bienfaits de la science et de la civilisation. 

Elle communique les résultats de ses travaux aux commissions compétentes. 
.53. La Commission des récompenses propose chaque année au Conseil siqMÎrieur les 
sociétaires et les personnes étrangères à la Société qui méritent ses récompenses par 



■***>-.. ...,■ 



I Li v -4 



— 243 — 

leur zèle et leur dévouement, par les exemples qu'ils donnent ou les services rendus à 
l'humanité et aux aveugles, en fondant des établissements à leur usage, notamment 
en découvrant des systèmes ou des méthodes d'enseignement, ou de nouveaux moyens 
médicaux ou chirurgicaux pour prévenir ou guérir la cécité. 

3û. La Société internationale pour l'amélioration du sort des aveugles s'occupe 
aussi des sourds-muets, soit isolément, soit élevés en commun avec les aveugles dans 
des institutions mixtes placées sous une même direction. 

Toutes les questions les concernant seront examinées par la Commission instituée à 
cet effet. 

35. Les affaires soumises au Conseil par le directeur de la Société ou les sociétaires 
sont renvoyées par le président à l'examen des commissions compétentes. 

Les Commissions nomment leur président, leur secrétaire et leur rapporteur; elles 
fixent les jours de leurs réunions; les convocations sont faites par les secrétaires. 

Les rapporteurs font leur rapport à la plus prochaine séance. 

Le Conseil statue. 

Le directeur de la Société et le président du Conseil ont entrée au sein des diverses 
commissions. Ils peuvent les présider et provoquer la formation de. commissions spé- 
ciales et de sous-commissions. 

Tous les membres de la Société autres que ceux siégeant dans le Conseil peuvent 
faire partie des commissions ; elles peuvent appeler dans leur sein des hommes spéciaux 
étrangers à la Société, qui auront voix consultative. 



.'■ 






CHAPITRE IV. 



ADMINISTRATION SECTIONNAIRE. 



36. La section française et les sections étrangères sont administrées par un président , 
un conseil d'administration, un secrétaire et un trésorier sectionnaire. 

Les sections fixent d'après leur importance le nombre des membres du Conseil. 

Elles déterminent, par des règlements intérieurs, le mode de leur administration. 

Ces règlements seront soumis à l'approbation du Conseil supérieur. 

Les sections organiseront des comités locaux. Ces comités auront pareillement à 
leur tète un président, un conseil d'administration, un secrétaire et un trésorier. 

Les présidents des sections relèvent du directeur de la Société. Ils sont nommés par 
lui sur la présentation des conseils sectionnaires. 

Ils ont, dans les limites de leurs attributions et sous sa surveillance, les mêmes pou- 
voirs que lui. 

Les présidents des sections sont de droit membres du Conseil supérieur d'adminis- 
tration; ils y assistent avec voix délibérativc lorsqu'ils sont présents dans le lieu où il 
siège. 

37. Les conseils sectionnaires et sous-seclionnaires et les comités régionaux et 
locaux sont présidés par les présidents des sections, des sous-sections et des comités. 

Une expédition des procès-verbaux des délibérations sera transmise par les secré- 
taires au directeur de la Société. 



CHAPITRE V. 

ASSEMBLÉES GÉNÉRALES. CONGRES RÉGIONAUX, NATIONAUX ET INTERNATIONAUX. 

38. La Société se réunit annuellement en assemblée générale dans un des pays 
adhérents et dans la ville qui aura été désignée par le Conseil sur la proposition du 
directeur. 

îG. 






— Ihh — 

Afin de stimuler les sentiments généreux et humains et de provoquer par l'émulation 
les découvertes de la science, le directeur de la Société et le président du Conseil s'en- 
tendront pour donner la plus grande solennité à ces réunions. 

L'assemblée générale pourra être convoquée en dehors des réunions annuelles, à des 
époques indéterminées, par le directeur de la Société ou le président du Conseil, sur 
leur initiative ou a la demande de quatre-vingts sociétaires au moins. 

Les convocations seront faites par lettres individuelles ou par la voie des journaux, 
suivant le mode qui sera adopté par le règlement. 

L'assemblée générale sera régulièrement constituée par la présence du quart au 
moins des membres convoqués. 

Elle sera présidée par le directeur de la Société, le président du Conseil supérieur 
ou leur délégué. Elle élira son bureau. 

Les délibérations seront prises à la majorité absolue des voix. 

Les sociétaires présents à la réunion et appartenant à des pays autres que celui où 
elle aura lieu auront la qualité de délégués. Ils représenteront entre eux un nombre de 
voix équivalant à celui des sociétaires présents, afin que l'égalité soit maintenue entre 
les sections et que le vote représente bien l'universalité des sociétaires. 

Celte répartition se fera entre les délégués en proportion de leur nombre. 

Les décisions, régulièrement prise», sont obligatoires pour tous les sociétaires. 

L'assemblée générale entendra l'exposé de la situation de la Société, le rapport du 
trésorier central sur sa gestion, le rapport sur les prix et récompenses, et les décernera. 

Elle examinera les propositions tendant à la modification des statuts qui lui seraient 
renvoyées par le Conseil supérieur d'administration; elle recevra, en outre, toutes les 
communications qui lui seront faites par le directeur de la Société, par le président du 
Conseil supérieur ou par les sociétaires. 

Les communications individuelles des sociétaires devront être remises, au moins 
quinze jours avant la réunion, au directeur qui les transmettra au Conseil. 

Les propositions directement soumises à l'assemblée générale pourront, néanmoins, 
être mises aux voix si l'assemblée en manifeste le vœu. Elles seront, dans ce cas, ren- 
voyées à l'examen d'une commission formée séance tenante. 

L'assemblée générale procédera, lorsqu'il y aura lieu, au remplacement du directeur 
de la Société, du président du Conseil et des autres fonctionnaires dont les fonctions 
seront expirées, et aussi au remplacement des membres sortants du Conseil supérieur. 

Les délibérations des assemblées générales et du Conseil supérieur d'administration, 
relatives à l'acquisition, à l'aliénation et aux échanges d'immeubles, celles concernant 
l'acceptation de dons et legs, seront soumises à l'approbation des Couvernements inté- 
ressés. 

39. Outre les assemblées générales, la Société pourra se réunir ù des époques indé- 
terminées dans des congrès régionaux, nationaux et internationaux. 

| Le programme en sera arrêté par le directeur, le président et le Conseil supérieur 
d'administration. 

Les bureaux provisoires ou définitifs de ces congrès en feront le règlement. 

CHAPITRE VI. 

FONDS SOCIAL. 

/i0. I-e fonds social se compose : 
l* Des droits d'entrée; 
•j" Des cotisations des sociétaires; 
3" Du droit fixe des membres à vie ; 



— 245 — 

4° Du revenu des fonds placés; 

5° Du produit des loteries, fêtes, ventes, quêtes, concerts donne's par les aveugles 
ou à leur profit; 

6° Des dons manuels; 

7° Des dons et legs dont l'acceptation aura été approuvée par l'autorité compétente; 

8° Des subventions accordées par les institutions d'aveugles ou les Gouvernements 
étrangers, par l'Etat, le département ou la commune. 

Les fonds en caisse ne pourront jamais excéder la somme fixée par le règlement; 
l'excédent sera placé en renies sur l'Etat ou en obligations de chemins de fer auxquelles 
un minimum d'intérêt est garanti par l'Etat. 

Les fonds libres seront déposés chez le banquier de la Société ou dans une caisse 
publique, au fur et à mesure des recettes, afin d'éviter des perles d'intérêts. 

Toute dépense devra être autorisée en Conseil. Elle sera ordonnancée par le directeur 
ou son délégué et mandatée par le trésorier. 

Les écritures seront constamment tenues à jour, de manière à présenter un état 
exact de situation. • 

La comptabilité de la Société est sous la surveillance de la Commission des finances. 

Un rapport sur la situation financière sera adressé chaque année aux Gouvernements 
intéressés. 

CHAPITUE VIL 



m 






MODIFICATIONS AU\ r STATUTS. 



DISSOLUTION. 



LIQUIDATION. 



Al. Les présents statuts sont révisables. 

Ils seront complétés par un règlement intérieur préparé par le Conseil et voté en 
assemblée générale. 

Il pourra être apporté aux statuts, sous forme d'articles additionnels, par la Société 
réunie en assemblée générale et sous l'approbation des Gouvernements intéressés, 
toutes les modifications, adjonctions et perfectionnements dont l'expérience et le temps 
auraient fait reconnaître l'opportunité. 

Toute proposition tendant à modifier les statuts devra être, au préalable, soumise 
au Conseil supérieur, au moins un mois avant la réunion de l'assemblée générale. 

Aucune modification ne sera admise qu'à la majorité absolue des voix. 

/i2. La Société ne pourra prononcer sa dissolution qu'en assemblée générale et à la 
majorité des trois quarts au moins des voix. 

Cette dissolution ne sera valable qu'après l'approbation des Gouvernements inté- 
ressés. 

43. Il sera nommé un Comité international chargé de la liquidation. 

La liquidation s'opérera conformément aux lois. 

Les fonds libres seront répartis entre les établissements d'aveugles ou les œuvres de 
bienfaisance qui auront été désignées par l'assemblée générale ou le Comité interna- 
tional de liquidation. 

CHAPITRE VIII. 

DISPOSITIONS GENERALES ET SPECIALES. 

hh. Les présents statuts seront soumis au vote d'une Commission internationale dans 
un délai de six mois, après quoi ils seront obligatoires pour tous les sociétaires. 

45. Un règlement détermine les conditions de l'administration intérieure de la 
Société, fixe, en cas de besoin, le taux des cotisations el autres perceptions, et pour- 
voit à toutes les dispositions de délail destinées à assurer l'exécution des statuts. 



w 



— 2/i6 — 

Ce règlement est voté pur l'assemblée générale, sur In proposition du Conseil supé- 
rieur. ' 

Il peut toujours être modifié dans celle forme. 

46. Par dérogation aux dispositions qui précèdent et en particulier à l'article 10 
M. Lavanchy, promoteur du Congrès de Paris, est nommé directeur à vie de la Société' 

kl. Par la même dérogation, les emplois dans l'administration supérieure et les 
scellons ne seront confères qu'à titre provisoire pendant la première année d'existence 
de la Société. 






.~«t 



«s»* n 



'■2kl — 






Annexe n° 2. 



L'ÉDUCATION PAR L'OBSERVATION IMMEDIATE OU INTUITIVE, 

RESUME D'UN MEMOIRE DE M. S. HELLER, 

DIRECTEUR DE LHNSTITDT DES AVEUGLES DE 110HEIVWARTE ( PRES VIE»iNE) 

(Irailuit et lu par M. le D r Appia, vice-président du Congrès). 

En considérant les offerts divers faits pour le bien et le progrès de l'humanité, il 
est utile de se demander quelle est la part qui doit être laissée à l'initiative individuelle 
des philanthropes, et quelle est celle qui incombe à l'Etat, au pays, à la commune. 

Du fait d'avoir trop constamment abandonné ces œuvres à l'initiative individuelle, 
est résulté un inconvénient dans l'éducation des aveugles : celui d'obliger de recourir 
à des moyens extraordinaires pour attirer par des résultats frappants la bienveillance 
du public dont ou dépend. 

De cette nécessité pour les philanthropes d'exciter l'intérêt est résulté un dommage 
pour l'aveugle; et aujourd'hui encore nous avons à déplorer l'absence dans leur ensei- 
gnement de la vraie méthode, telle que la fournirait une bonne psychologie de l'homme 
atteint de cécité. Quelque nombreux que soient les points d'analogie entre l'ensei- 
gnement scolaire général et celui des aveugles , il est incontestable cependant que ce 
dernier a sa spécialité bien marquée, et on peut observer que, pour amener l'aveugle 
ii un complet développement de sa pensée, il faut employer des procédés autres que ceux 
qui servent à l'éducation des voyants. On commettrait une grave erreur, si l'on se 
contentait de dire que l'aveugle apprend par le loucher ce que le voyant apprend par 
la vue, et que le premier sens remplace le second. 

L'aveugle, comme le voyant, forme ses idées par l'observation. Mais la dilférence est 
que ce qui, dans les propriétés des corps, frappe le plus le voyant, ce sont leurs qualités 
accessoires, c'est-à-dire la couleur, la lumière, les ombres et les formes; l'aveugle, 
au contraire, entre de suite, au moyen du toucher, dans l'essence même des corps IJ) . 

Si le voyant a de la peine à faire dans son esprit un effort d'abstraction , quant 
aux propriétés essentielles, l'aveugle au contraire se rend dillicilement compte des attri- 
buts accessoires des objets. 

Pour le voyant, les choses sont des parties d'une totalité plus grande; l'aveugle au 
contraire voit tout dans chaque objet et il a de la peine à se rendre compte de ce qui. 
pour le voyant, constitue l'ensemble des choses. 

N'est-il pas évident déjà, d'après ces indications, que les deux modes d'enseignement 
doivent différer l'un de l'autre? 

Le voyant vit beaucoup plus en dehors, et l'accessoire des choses l'occupe nécessai- 
rement davantage. L'aveugle étant privé de cette jouissance, l'enseignement qu'on lui 

W Cette distinction repose sur une erreur de physiologie qui n'a pas une grande importance 
pour le sujet. Le toucher n'atteint pas l'essence des corps de plus près que la vue. 

(Note du traducteur.) 



! I 






— 248 — 
donne doit tendre » l'en dédommager en le faisant pénétrer dans lesscnce Ineme dc8 

Le voyant nmvcra par l'ensemble des objets extérieurs au sentiment de sa uersonnn 
blé" md.v.duel e; I aveugle fl ,,t du s,,,,,,,,,,, de son individualité et se "f 1 
échange avec I ensemble du monde extérieur 

iv, '^,:,t' l '"" ! " Bl,! u "" '"""" ''"' » *** b —"¥ f" T- *« i" <»>•»>. 

h.lffâîiïjSmT"'' '""""" ' |m ' — • •■ ■ -*• - 

ift^sâ Elïrt^*"*' i ™ *"^ m *m « 

U.™ B I« « „ncl,„ 4 « ,l«„„, ,,„ de „, ,,„- if „„ Misil 

de son imagination. ' " création 

Alors le maître a beaucoup de peine à obtenir de son élève le travail plus ardu de 
la pensée nnsonnee, «lest.né à remplacer la jouissance facile ,1'nne création' I f l! 

Quand I aveugle entre en contact pratique avec les réalités de la vie il est «rooaéi 
voir s évanouir toutes ses préoccupations factices ' ' " 

canal le Ï U^/ ?* ^"T^ "* c """"'™»™ ««lide ,les choses, qui seule est 

El: 1 : ';; ç& l;;;:,::^ d un -* où " - h-» *w d « ^ S 

On comprend aussi que, « on ne lui offrait qu'un, imitation de l'enseignement ordi- 
naire donne au w,yant, ,| serait obligé de faire beaucoup trop souvenfannèu e 
même acuité Imaginative qu'il but contenir dans de justes limites ' ' 

Ce «langer existe bien moins chez, le voyant, qui peul toujours compléter et corriger 
les creal.ons de son unaguialion par «les échange, instructifs 'avec la , J,,,, et I1V ,., ' ' 

Ces précieux MmelA.oftrf, , l eolanc pour remplacer ou compléter rWe tôt 

sex.dx.rante ,1e son imagination, sont autant de moyens de développement pn- 
quent en grande partie au jeune aveugle. ^ 4 

Il ne pourra mettre à profit les expériences ,1e la vie et l'étude de la nature pour 
développer élast.ct et l'.nilialive du caractère, et dans cette lutte avec les S II 
sera souvent réduit a lu.re appel à la bie. 1 veillnnce «les autres 

le nos jours, on a compris que l'un des buts que l'on doit poursuivre, c'est de fai,e 

1 un aveugle „„ bon oumer, capable de gagner sa vie, que c'est là ce pu |,„ ,,.„ , 
2 ,bgn, é d homme et son ..dépendance. Mais nous rc jret.ons que ce'ux-la m 

m pcclamenl ce principe demandent que l'on réduise au strict 'nécessaire lensei- 

s:ist:;g t ies ( : eUe ,cadnnce n -*o» «a-* ■■ w* *-• z* ;<««! 

De nos jours, on exige de l'homme de métier beaucoup plus d'instruction «p.'autre- 
fo.s; ce n es donc pas le moment de réduire celle que les écoles olfriront aux .veuX 
«ppel.-s a lutter contre une redoutable concurrence avtug.es 

éJ^Z CmlV ' Ur ï' réMa <leS " Mcr * dpV,a enlrer dn,,s l'«»W**** "*»■ des 

« "les; nous reviendrons sur cette question. 

On objecte qu'un enseignement scolaire complet risque d'éveiller chez l'oveude 
I dé-sirs (|U1 M pourront être satisfaits et qui ne feront qoe troubler sa pan inté- 
neore (.est une erreur. Il n'y a qu'une instruction focliccpii poisse rendre malheu- 
reux. U développement séneuv de nos faculté» ne peul quaug,, ter nos sources de 

vie pra't?, ul ° '" '"" C!C °' e8 or,linairi ' 8 " l <l «' l"'ï''""'' !*#* P*» '■' 

Alii. «le répondre à ce mouvemeni de notre époque, les institutions d'im-upl™ 

rl 8 in''ri ''"'^ l r* fr>"" d ^'«'l'l™< qui contre-balance auiant 

que pnssd.le la lacune résultant de l'absence «lu plus important des sens. Mais pour 



■ 



— 249 — 

atteindre ce résultat, il faut non seulement un enseignement suffisant, il faut encore le 
retour ù celte méthode d'enseignement indiquée par la nature elle-même. 

Or, le premier principe a inscrire en tôle de cette méthode, c'est : l'éducation par 
l'observation immédiate ou intuitive. 

C'est Pestalozzi qui a proclamé dans ce siècle ce principe important. C'est lui qui, 
se fondant sur ce principe, a poursuivi l'idéal d'élever l'enfant le moins favorisé au 
développement le plus complet, le plus harmonique de ses facultés et à sa plus hante 
dignité dhomme. 

La méthode de Pestalozzi trouve son application dans l'éducation des aveugles. 

Le principe de l'étude intuitive comprend l'enseignement par image et par création. 
Les écoles ordinaires visent trop à la quantité du savoir an détriment de la qualité, à 
l'accumulation des connaissances plutôt qu'à l'étude de la nature dans ses diverses 
applications et à la formation du caractère. 

Quelle mine précieuse n'offrent pas l'histoire naturelle, la géographie, l'histoire; com- 
bien la vie de famille ne fournit-elle pas aux parents d'occasions pour agir sur le dé- 
veloppement de l'enfant par la voie intuitive! 

Une école d'aveugles peut réunir les mêmes conditions, si elle est elle-même, ainsi 
que cela doit être, une famille, et si elle sait mettre à profit toutes les occasions d'en- 
seignement et d'expérimentation directe; un institut d'aveugles offre sous ce rapport 
des occasions que l'on ne trouve point dans une famille, et nous affirmons qu'un aveugle 
ne peut nulle part être mieux élevé que dans un institut bien organisé. Mais le meilleur 
enseignement ne suffira pas pour donner à l'aveugle l'indépendance de caractère et 
l'expérience dont il a besoin. 

Cette maturité ne s'acquerra que par l'emploi personnel et effectif de ses forces. Ici 
encore nous retrouvons le principe de l'expérimentation directe. 

L'aveugle fait plus de progrès du côté de l'indépendance et de la dignité personnelle 
par l'œuvre qu'il a exécutée lui-même que par les meilleures exhortations. 

Il suffit d'observer un élève dans son atelier pour s'en convaincre. 

La pratique de la vie pouvant seule développer le caractère de l'aveugle, il faudra 
qu'il soit de bonne heure applique au travail d'un métier, et que celui-ci lui soit payé 
sa valeur réelle. Je considère comme un des buts à atteindre que l'élève arrive à gagner 
l'achat de ses outils. 

Ce résultat (latte chez lui le sentiment de sa dignité et de sa valeur. Le principe 
de l'instruction par l'observation directe est généralement admis dans les écoles de 
voyants; pour l'aveugle, il faut que ce principe préside au développement de sa vie 
tout entière. Il ne faudra pas non plus se borner à exercer le sens du toucher, mais 
tous les sens à la fois. 

On croit devoir commencer par donner à l'élève une description détaillée d'un 
objet que l'on met ensuite entre ses mains pour qu'il reproduise la description qui lui 
a été faite. Cette méthode est irrationnelle, car l'aveugle ne pourra retrouver celte 
description et il n'y aura pas accord entre les idées qu'on aura voulu lui communi- 
quer et celles qu'il se formera lui-même au moyen des sens qui lui restent. Nous ne 
nous rendons pas bien compte à quel point, pour nous autres voyants, les sensations de la 
vue dominent toutes nos connaissances des objets sensibles. La description doit suivre 
et non précéder l'investigation que l'élève aura faite lui-même d'un objet. Cette règle 
est également applicable à l'enseignement du voyant. Partout, chez l'aveugle, il faut 
appliquer l'observation personnelle; les idées qui en naîtront auront pour lui une bien 
plus grande valeur et stimuleront davantage son zèle et sa curiosité. 

J'en citerai un exemple : les jeunes filles de mon établissement montraient aux leçons 
de botanique une (inesse particulière dans l'observation des détails d'une fleur. Je dé- 
couvris qu'elles se servaient de leurs lèvres et de leur langue; depuis lors, j'ai recours 



■ 



r 



I 
I 







— 250 — 

à ces organes quand le toucher ne suffît pas. Par l'habitude d'observer lui-même, 
l'aveugle non seulement acquiert des notions beaucoup plus claires des choses, mais 
il s'accoutume à apprendre par lui-même; il acquiert une indépendance intellectuelle 
qui lui sera profitable toute la vie. 

Une des raisons pour lesquelles on se laisse aller à commencer l'enseignement par 
des descriptions faites au moyen de la vue, c'est lé désir d'initier l'aveugle aux classifi- 
cations et aux généralisations; il vaut mieux que l'aveugle arrive à ce résultat par ses 
observations personnelles. C'est aussi par cette méthode de l'observation que l'aveugle 
arrivera à saisir les rapports existants entre les parties d'un objet et son ensemble, 
entre la cause et l'effet. 

Si, par exemple, un enfant a appris à conclure des formes qu'il a découvertes chez 
un animal à ses habitudes de vie, il sera mieux préparé à expliquer plus tard les 
rapports des causes aux effets dans les événements de l'histoire. 

Mais il ne suffit pas que par l'observation l'aveugle se rende compte de l'état d'un 
objet; dans un moment donné, il faut encore qu'il apprenne à suivre son développement. 
On ne peut mettre en doute qu'il n'en soit capable quand on a observé avec quelle at- 
tenlion il suit le travail progressif d'un ouvrier, écoute les mélodies variées du chant 
des oiseaux , observe jour après jour par le toucher l'épanouissement des bourgeons 
et des boulons d'une plante. 

Noire famille scolaire doit multiplier les occasions de ces éludes, et pour cela j'ai des 
animaux dont je confie les soins aux élèves et je donne à chacun un jardin, ou bien je 
place des pots de fleurs devant leur fenêtre. Qui n'aura été émotionné de la joie 
qu'éprouve le pauvre enfant à ses découvertes journalières? C'est lui qui sème ses 
graines et en suit le développement; il observe la transformation d'une chenille; il a 
une nichée de canaris dont il prend soin; tous les travaux de la maison sont l'objet de 
son attention, et le maître à son tour tire parti pour son enseignement de toutes ces 
observations. 

Mais il faut que l'élève étende ses investigations hors de la maison; c'est pourquoi 
je considère les promenades et les courses comme indispensables dans un institut d'a- 
veugles. C'est là que se développent les notions de géographie, d'orientation, de 
météorologie, d'agriculture, d'histoire naturelle, etc. 

Le principe de l'étude intuitive implique encore le travail personnel de construction 
ou de fabrication. 

On a jusqu'ici donné une place très grande, trop grande, au travail des répétitions par 
la description orale; on a commis de nombreux anachronismes et on a trop assujetti 
l'élève à son livre. 

Mais on commence à comprendre l'importance de faire faire à l'élève un travail plus 
effectif. On lui fait dessiner des cartes de géographie, il construit avec du carton des 
figures géométriques, etc. 

Ce qui empêche de généraliser ces exercices, c'est que leur importance n'est pas 
suffisamment comprise. Et pourtant qui pourrait douter que l'élève ne saisisse une 
chose cju'il a reproduite, même défectueusement, bien mieux que par la démonstra- 
tion de l'objet le plus parfait, ou même de l'étude par le toucher? On l'exerce trop à 
répéter par la parole les choses dites par le maître, et en agissant ainsi on développe 
trop peu son activité volontaire. 

On devrait introduire dans nos écoles d'aveugles les exercices du Jardin d'enfant de 
Frœbel, qui serait une utile préparation aux métiers qu'on y enseigne. Moins un 
élève est doué par la nature de moyens d'investigation, et plus on a le devoir d'utiliser 
ceux qui lui restent. Or, le travail manuel est un des plus utiles, non pas tant pour 
apprendre à fabriquer que pour fixer dans l'esprit les proportions et les relations qui 
unissent les diverses parties d'un corps et pour établir une comparaison entre la repro- 






M 



— 251 — 

duction et l'objet lui-même. Cette règle s'applique, entre autres, à l'élude de la géo- 
graphie. 

On commencera par l'investigation de la chambre, de l'école et de la maison que 
l'on essayera ensuite d'imiter en terre glaise; puis, on étendra l'étude au delà des li- 
mites de la demeure et on reproduira les environs en petit sur un coussin; des rubans 
représenteront les ruisseaux, des têtes d'épingles les localités, des bâtonnets les ponts, 
des attaches les routes, etc.; la terre glaise reproduira les mouvements de terrain. 
L'aveugle mettra ensuite ces images en relation avec l'enseignement géographique 
qui lui sera donné. Ce que nous disons de la géographie s'applique aux autres bran- 
ches de l'enseignement. C'est la même méthode qui développe aussi chez lui iesens des 
formes dont on a bien souvent a déplorer la privation. 

Les travaux manuels du système Frœbel ont été utilement employés à cette fin 
dans les écoles du royaume détaxe. Qu'on n'oublie pas que l'aveugle conçoit les corps 
non par les linéaments qui déterminent leurs limites, mais comme formes d'ensemble. 
De là l'utilité de l'exercer au modelage qui lui fera connaître les surfaces et les lignes 
comme abstraction des corps; l'aveugle ayant un sens très prononcé pour les formes 
régulières, on commencera par les corps géométriques. Avec la faculté de modeler se 
développe celle de goûter l'élégance des formes. Il suffit d'observer avec quel plaisir 
l'aveugle palpe les formes d'un buste pour se convaincre de son aptitude à apprécier 
le beau plastique. 

Une autre activité utile sera celle de Yécri/ure. Je veux que l'aveugle s'exerce à re- 
produire avec un crayon les mêmes lettres dont il a appris les formes par la lecture, et 
qu'ainsi il s'habitue à associer les formes des lettres qu'il connaît par le toucher aux 
images de celles qu'il a écrites. Le principe de l'étude par l'observation immédiate s'ap- 
plique encore aux rapports des diverses branches d'enseignement entre elles. 

Les pédagogues sont divisés sur les convenances qu'il y a d'enseigner plusieurs 
branches simultanément. Je me prononce pour la simultanéité. L'aveugle étant assez 
limité dans la sphère de ses connaissances, il importe que celles qu'il recueille dans 
diverses branches viennent au secours les unes des autres. C'est ainsi que l'arithmé- 
tique s'associe à la géométrie et à l'étude des proportions des lieux où l'élève se trouve. 
L'arithmétique sous celte forme acquerra pour lui un attrait particulier et trouvera une 
application pratique dans la vie et le métier. La géographie, l'histoire, l'histoire natu- 
relle, viendront en aide à l'étude de la langue, qui ne pourra plus alors rester une stérile 
science de formules. Enfin, la poésie ne doit pas être exclue d'un institut d'aveugles, 
mais il ne faut pas qu'elle y soit enseignée à heure fixe. Que l'aveugle se livre sponta- 
nément à ces exercices, alors que son cœur se sent inspiré par la religion, la nature 
ou l'admiration pour les belles actions ou les grands caractères! Que la musique ne soit 
pas pour lui un simple exercice scolaire; qu'elle devienne, au contraire, l'expression 
noble et spontanée des émotions de son âme! 



■ 




— 252 — 






LMVEXE l\ c 



NOTE SUR L'ÉCRITURE DES AVEUGLES, 

PAR ALPHONSE KOECHLIN, 

directeur de lmsile des aveugles DULLZACB (ALSACE), 

MEMBRE HONORAIRE DU COMITÉ D'ORGANISATION DU CONGRÈS INTERNATIONAL 

POUR L'AMÉLIORATION DO SORT DES AVEUGLES. 

Je m'associe de toul cœur à 1 œuvre du Congrès pour l'amélioration du sort des 
aveugles qui, commencé a V le nne en i8 7 3, doit continuer ses travaux à Paris à l'oc- 
casion de I Exposition universelle. Je suis très sensible à L'attention qui m'a fait nommer 
membre honoraire; mais, comme en i8 7 3, des raisons majeures m'empêchent de me 
rendre au Congres , et aveugle moi-même avec cinq années d'expérience de plus je crois 
devoir reproduire en les résumant, les arguments que j'ai présentés au Congrès de 
Vienne en faveur de 1 adoption de {'unification de l'écriture des aveugles 

Parmi les nombreuses questions qui figurent au programme du Congrès, c'est tou- 
jours celle-ci qui me paraît devoir être rangée parmi les plus importantes : .Laquelle 
des écritures a 1 usage des aveugles doit être reconnue la meilleure pour écrire et im- 
primer des livres?» r 

Le désir d'employer une écriture uniforme est bien légitime. D'où vient-il aue les 
aveugles ne possèdent pas encore de bibliothèque? Ce ne sont pas toujours les fonds 
qui manquent. La véritable raison consiste dans la diversité des types adoptés par diffé- 
rentes institutions, chacune croyant employer le meilleur ou cherchant à en inventer 
un nouveau; tous ces essais entraînent à de fortes dépenses. 

Si l'on possédait une écriture uniforme, les ouvrages publiés seraient vendus en bien 
plus grand nombre et pourraient être édités à plus bas prix, au grand avantage des 
aveugles. Des livres de lecture intéressants et instructifs seraient mis plus facilement à la 
portée de tous. La musique écrite pourrait servir de distraction à l'isolement de l'aveugle 
JJ ou vieil j-i aussi que les aveugles s'écrivent si peu ? N'est-ce pas parce qu'ils se servent 
de types dillerents, ce qm les prive de la jouissance de communiquer entre eux? Le but 
(Je nos etlorts doit donc tendre à surmonter ces difficultés. 

Notre asile, avec l'aide de la Société biblique de Stuttgart, a eu l'honneur d'im- 
primer une première édition de la Bible complète en allemand, à l'usage des aveugles 
Lette impression a été faite en caractères latins, et qu'y aurait-il eu de plus simple que 
d utiliser notre presse pour éditer d'autres livres, si l'évidence ne nous avait pas obligés 
de reconnaître et d'apprécier la supériorité de l'écriture française par les points? Tous nos 
aveugles se plaignaient de confondre trop souvent l'O latin avec et Ù et même avec le 
U, de même que de la confusion des lignes courbes avec les lignes droites, etc. La fa- 
cilite de nous procurer en langue française les différents livres d'école en impression 
ponctuée et de pouvoir recevoir de Lausanne des livres allemands avec les mêmes carac- 
tères nous a fait renoncer à tout notre matériel d'imprimerie. 

Nous eussions été bien heureux de pouvoir nous procurer à Lausanne bien des livres 



— 253 — 

eu écriture Braille, espérant que la Suisse et l'Allemagne encourageraient In bonne vo- 
lonté du directeur Hirzel , disposé à imprimer des ouvrages allemands pour l'instruction 
et la récréation des aveugles. Un premier essai ne réussit pas, puisque l'Allemagne ne 
fit l'acquisition que d'un 1res pelit nombre de livres imprimés avec l'écriture Braille. 
Si à cette époque on avait pu s'entendre dans un Congrès sur l'uniformité des écritures 
pour aveugles, des milliers de livres au lieu de centaines auraient pu être imprimés 
pour les aveugles, et le prix aurait pu être en même temps considérablement diminué. 

Il est plus difficile à un instituteur voyant d'apprécier l'écriture Braille qu'à un 
aveugle. Le voyant a toujours la facilité que lui donnent les caractères latins connus de 
ilebold, de Moon , etc., qui sont pour l'aveugle bien plus difficiles que ceux de Braille. 

A l'appui de ce que j'avance, je dirai un mot de ma propre expérience. 

Lorsqu'en i85i ma vue, déjà bien affaiblie, examina pour la première fois à Lau- 
sanne le cadre de Braille grossièrement établi en bois, il me parut ne présenter aucun 
avantage et je lui préférai le cadre de Foucault. 

Je pouvais, par son moyen, former des points noirs et imiter les caractères de la 
typographie française pour correspondre avec ma famille. 

Il me fallait cependant avoir recours à un voyant pour relire ce que j'avais écrit à 
grand'peine. Cet ami me dit un jour : « Dictez-moi ce que vous voulez dire à vos parents , 
ce sera bien plus vite fait.» Mais lorsque un an après, à Mulhouse, j'eus établi dans la 
maison de mon père une petite école pour les aveugles et que j'eus l'occasion de visiter 
l'Institut des aveugles de Nancy, j'y retrouvai le cadre Braille, celte fois avec plaque mé- 
tallique en zinc. Je reconnus de suite une grande différence entre l'appareil primitif de 
Lausanne, où il ne figurait que comme curiosité, et l'appareil Braille, devenu à Nancv 
d'un usage journalier. J'ai été étonné d'apprendre avec quelle rapidité cette écriture, 
quasi télégraphique, s'écrivait. Un aveugle intelligent écrivait en un quart d'heure une 
page de 900 lettres formées avec 3, 000 points ! 

Je ne pensai plus à moi, mais à mes élèves. En une heure, l'alphabet Braille s'était 
si bien fixé dans ma mémoire que le même soir j'écrivais sans faute. Ma joie fut grandi; 
quand au retour je pus bientôt écrire des modèles et de la musique formant le pre- 
mier volume de notre Recueil des mille chants et cantiques que nous possédons aujour- 
d'hui. 

Bientôt je fis part de ma découverte à ma chère Institution de Lausanne, qui en fit 
l'essai, et en moins de trois ans, elle avait adopté l'usage général de l'écriture Braille, 
hautement appréciée par tous les aveugles. La même chose eut lieu pour l'Institution 
des aveugles de Berne, l'eut-on croire après cela que l'Allemagne et d'autres paya 
s'obstineront encore à rejeter l'écriture Braille? Si le Congrès de Paris pouvait amener 
l'unification de l'écriture pour les aveugles , quelles facilités en résulteraient pour l'instruc- 
tion des enfants aveugles, quel avantage pour former des bibliothèques nombreuses et 
à bon compte! Et nos correspondances, si difficiles jusqu'ici, deviendraient fréquentes 
et populaires. Nos recueils de musique accrus à la grande joie des musiciens qui sont 
généralement nombreux I 

Peut-être trouvera-t-on à Paris trop naïf et trop franc le mémoire de l'humble direc- 
teur et aveugle alsacien. 

11 n'en persiste pas moins à penser que la véritable écriture des aveugles est celle 
inventée par l'aveugle Braille, professeur à l'Institut national de Paris; elle a été per- 
fectionnée avec l'aide d'autres professeurs aveugles et clairvoyants qui l'ont adoptée. 
Elle ne manque pas de contradicteurs; mais malgré les résistances, l'écriture Braille 
réalise tant d'avantages qu'elle a opéré en peu d'années une révolution. 

Ceci a eu pour résultat que les instituteurs aveugles furent préférés aux clairvoyants, 
ce qui procura à bien des aveugles des positions avantageuses et une économie aux 
institutions qui les emploient. 



■ 












cultes 



— 254 — 
On put ainsi se convaincre qu'un aveugle sait mieux initier les aveugles à des diffi 
liés qu ,l a du vaincre u,-méme. D'un autre côté, l'instruction des v lui pu L 
poussée plus km, pmsqu'au moyen de l'alphabet Braille les professeurs vivant trou 
ven des élevés ayant déjà acquis l'instruction primaire. Il reste iSaEe fiï" 
traction seulement onde est bien intérieure aux leçons écrites ma ' SCUtaÛ,e <ï ue ' lns " 

dedi nai U r a ^ P0 T^ 1 apr0duit 1 U î 1 P , ' ^ ès P° ur ]a con-espondance, j'ai la joie 
agréâb^ ^ "" ** * «""F»*»" beaucoup plus fajê et S* 

,Ji S ~\~i S îf 1 r I ' entS de " 0S enfants ' 1,ous avons dù oindre de rencontrer de 
réelles difficultés. Gomment pourront-ils lire celte écriture étrange ? Mais Tci encore 

.emières lettres d un enfant envoyées avec un alphabet Braille à sa famille furenbï, 
vite comprises, et quelques parents se servent même de l'écriture des aveuX „ôur 
répondre a leurs enfants, qui en éprouvent une grande joie g P 

altiZVr^^Tr^f "*£* 7 intenant lechiiTre d ' envi ™ cinq 
Il m n ' i ? d0 " C qUek J Ue C,10Se de P lus sim P le q"'"n Point? 4 

fit «,.i and un alphabet ne contient pas de lettre formée avec plus de six points il 

n es certes pas poss.ble de le trouver compliqué. l P ' 

I lus 1 écriture est simple, et davantage l'aveugle éprouvera de plaisir à lire et écrire • 

il ne s agit que d'un peu d exercice. ' ' 

Personne ne contestera que l'éducation intellectuelle de l'aveugle ne soit de la dus 

au te importance et qu'il soit de notre devoir de la pousser aufsi lo n qu po s b 

ences ïe ?fn e ( dn, ' ' "*, ^^ ^traction «■■ ^ «■ «anodiH l de^ré £ 

Si même on trouvait une écriture préférable à celle de Braille, il faudrait l'adopter 
sans hésiter, mais décider qu'elle sera adoptée partout dans tous es pays p ur ôuv 
aux pauvres aveugles si souvent abandonnés à leur malheureux sort/une ère nouS 
supplie le Congrès de Paris de provoquer au moins u„ essai général de l'é lure 
Braille; on reconnaîtra bientôt que les points sont bien plus perceptibles au toucherai 
aveugle que les lettres formées des plus beaux caractères calligraphiques. Une p es e 
typographie ordinaire, maniée par un ouvrier qui peut fini aveugle, et ^typo- 
graphe, peut imprimer par an 5oo volumes de , , aoo pages W 

La pratique amènera sans doute des résultats encore plus satisfaisants. 

Le cadre d écriture Braille peut s'établir partout avec quelques outils et une plaque 

des?veugles 1,aPier "' V™*™* * *" 1 ^^ "* ™ eXerdceS et au * *35 

*E^1ï£^ volonté pourmnt nn,cnei ' cettc iinifiBatio " de «*** ^ 



fe^ïre- - »s. 



— 255 



Annexh; n° à. 



■ 



RAPPORT 
DE M. LE D r MO ON 

SUR SON SYSTÈME DE LECTURE POUR LES AVEUGLES. 

Lorsqu'en i84o je devins aveugle, je m'aperçus avec regret que les travaux de mes 
devanciers dans la création de livres en relief pour les aveugles n'avaient qu'imparfai- 
tement atteint le but qu'ils se proposaient. 

Le type romain devait principalement son abandon à la forme, compliquée de quel- 
ques-unes de ses lettres, et la nécessité d'une orthographe correcte avait élé l'objection 
majeure contre les systèmes sténograpbiques. 

Les jeunes aveugles, le plus grand nombre du moins, et ceux mêmes qui ne sont 
pas habitués à travailler, peuvent aisément lire et écrire la méthode Braille; mais je 
doute qu'elle soit d'un usage pratique à la masse des aveugles adultes, vu la difficulté 
qu'ils éprouvent à distinguer clairement la forme de quelques-uns des caractères clans 
les dimensions actuellement employées pour l'impression des livres. 

Ayant relevé ces imperfections dans l'emploi de la lettre romaine et les systèmes 
sténographiques au cours de mon enseignement de lecture aux aveugles, je projetai 
une métbode ne contenant que des caractères fort simples pour l'alphabet, composé 
principalement de lettres romaines sans modifications ou légèrement transformées, com- 
biné avec une orthographe complète et à la portée des aveugles de tout âge et de toutes 
capacités. 

Chaque fois qu'il ne m'a pas été possible de modifier avantageusement certaines 
lettres compliquées, je leur ai substitué des caractères entièrement nouveaux. 

Cet alphabet, ne consistant qu'en neuf caractères de la forme la plus élémentaire, 
pouvait servir à la fois de lettres et de chiffres. Il est maintenant d'une application 
universelle, et je l'ai adapté à cent trente et une langues différentes; j'espère augmenter 
encore ce nombre déjà considérable. 

Depuis le jour où l'on a commencé, en 1 8 A 7 , à imprimer en relief des livres d'après 
mon système, le nombre des volumes qui ont circulé durant ces trente et une dernières 
années s'est élevé a plus de cent quatorze mille. 

Un grand nombre de personnes non seulement aveugles, mais encore sourdes et 
muettes, ont appris à les lire, et il est impossible d'apprécier la valeur qu'ils ont eue 
pour elles et le bonheur qu'ils ont apporté dans leur triple affliction. 

Plusieurs ministres du culte, dans divers pays, qui, par suite de cécité, s'étaient 
vus contraints d'abandonner le ministère, ont pu y rentrer à l'aide de la Bible et des 
livres de prières en relief. 

Le nombre de nos lecteurs dans le Royaume-Uni s'élève à plusieurs milliers, dont 
plus de la moitié sont âgés de plus cinquante ans; beaucoup ont môme de quatre-vingt à 
quatre-vingt-dix ans. 

La bibliothèque des aveugles, imprimée d'après cette méthode, comprend mainte- 



I 






— 256 — 

«needote, £?r«?ï • , * tl 'f" ! ; <|Mianlenenf de tonte « 
Jïmloiren^relle. de,,, ,"« Teur , m™d „ >, '! '" "*"' « ualr « ,ol ™ e " 

"..ï™S.;f l ;;,;:;r;rdi e ',î:„ l ; s cfcïï - **—?-• 



■ 



257 



Annexe n° 5. 



RAPPORT 

PRESENTE AU CONGRES UNIVERSEL POUR L'AMELIORATION du sort des aveugles, 
PAR M. J.-W. SMITH, DE BOSTON (AMÉRIQUE). 

L'intérêt que nous portons tous à l'amélioration du sort des aveugles me servira 
d introduction près du Congrès de Paris pour lui soumettre mon opinion sur le système 
d écrire et d imprimer de Braille. J 

Le fait que quelques institutions européennes se proposent de modifier ce système 
et mon intent.on de coopérer à cette réforme, selon mes moyens, avec le concours de 
zèles confrères, me font espérer que, par un échange mutuel d'idées, il sera possible 
cl établir I umlormite dans les systèmes littéraires et musicaux 

Les aveugles d'Amérique éprouvent le vif désir d'adopter une méthode tactile d'écri- 
ture et d imprimerie en points, appropriée à l'étude de la musique et des lettres désir 
qui a donne naissance à une grande rivalité entre les défenseurs des deux systèmes de 
points employés dans les mstilulions des Etats-Unis. J'ai été conduit à faire une minu- 
tieuse investigation des mérites respectifs des systèmes de Braille et de celui de New- 
ïork (a points horizontaux). Cet examen m'a paru nécessaire, en vue des décisions à 
prendre dans la convention des instituteurs américains d'aveugles, tenue à Colombo* 

v i 0) Tk y 6 , ,1,01S d f Ut de C6lte annde ' E,le m ' a P ro ^ 1° e les »«««» du 
système de New-York ont été exagérés, et mon opinion sur la supériorité de celui de 
tiraille pour 1 écriture ou I imprimerie en points s'est trouvée confirmée 

Cependant le système de New-York présente un avantage d'une réelle importance 
Le principe introduit par le D' Russ, son inventeur, est d'attribuer aux caractères qui 
reviennent plus fréquemment un moins grand nombre de points. En comparant ces 
deux systèmes i me vint a 1 esprit que lé travail pour écrire, d'après le système de 
Braille, pourrait e re considérablement réduit par l'application du même principe 

L expérience a été faite, et elle surpasse tellement notre attente que je la recom- 
mande respectueusement à votre scrupuleuse attention. Il s'agit d'une économie d'en- 

SA P ' ° /0 ' en . tempS 6t en , traVaii * écril ™> Par la simple transposition de la 
moitié a peu près des caractères du système de Braille 

et dan"s fj^T^ ^ ^T *" ^ et (k NeW - Vork dans ie travail de ^nïure 
donMe .if ° CC | UP ' ° n a S Un Ch ° 1X d6S di(K, ' enls autenrB «"S 1 ™ et américains 
dont le style répond le mieux à la manière d'écrire d'aujourd'hui. Ce choix porta sui- 
des matières en rapport avec l'usage auquel ces systèmes sont destinés dans l'écriture 
comme dans hmpnmene. Outre des passages de l'ancien et du nouveau Testament 
on a cherché tout ce que peuvent offrir de plus convenable Shakespeare, Wordsworlb 
Long lellow, Vhitlier, Macaulay, Ruskin, Géo Mac-Donald, Channiig, Bayard Tylor 
™ï M ï | aUtreS ^ teUFS P° pulaireS ' ° D a P ris des mam,els ^i^oire, de philo- 
Zt'dÏÛtr ^^ malhe ' ma ^ UeS ' *" articles de J", *• coupon- 



I 

i r 



N° 29. 



'7 





— 258 — 

Dans ce gigantesque recueil fournissant plus de cinquante mille lettres, le nombre 
des mêmes lettres et des mêmes combinaisons de lettres pouvant être exprimées par un 
signe dans le système de Braille fut soigneusement évalué. J'acquis ainsi les données 
nécessaires pour calculer le tant pour cent du retour de chaque lettre dans la langue 
anglaise. 

Afin de pouvoir appliquer le principe de l'emploi du plue petit nombre de points poul- 
ies lettres sujettes à revenir le plus souvent en vue d'un alphabet universel, on procéda 
pour le français et l'allemand à des choix analogues, de la même manière et avec le 
même soin que pour la langue anglaise. Ces lettres furent comptées, et on calcula le 
tant pour cent de retour des caractères. 

Des morceaux furent extraits de la Bible et des œuvres de La Fontaine, Racine , Buffon , 
Béranger, Bernardin de Saint-Pierre, Gauthier, Goethe, Schiller, Andersen, Herder, 
Humboldt et autres. Les résultats sont consignés dans le tableau suivant : 

Tableau I. — Ordre et proportion pour 100 du retour des lettres 

EN ANGLAIS, EN FRANÇAIS ET EN ALLEMAND. 















ANGLAIS*. 


FRANÇAIS. 


ALLEMAND. . 


LKTTBES. 


PîlOPOUTION 
POUR 100 

sur 5o,o38 lettres. 


L8TTHKS. 


PROPORTION 
POUB 100 

sur 6,o53 lettres. 


LBTTRKS. 


proportion 

FOUR 100 
sur 6,ao4 lellres. 


e 


ia.5 


c 


16.7 


e 


i8.3 


t 


9-5 


s 


9.0 


n 


10.0 




a 
i 


7.8 

7-6 
6.9 


r 
a 
t 


7-7 
7.6 
7.0 


s 
i 

r 


7.3 

7. a . 
6.6 


n 

h 


6.8 
6.4 


i 

H 


6.9 
6.8 


a 
It 


6.0 
5.6 


s 
r 
l 


6. à 
6.0 
4.2 


U 



l 


6.3 
6.3 
5.i 


d 
t 
u 


5.5 
4.8 
4.3 


d 


4.0 


e 


3.i 


l 


3.9 


u 


9.8 


d 


3.o 


c 


3.7 


c 


9.5 


V 


3.o 


m 


3.o 


f 

m 


a. 5 
n.4 


m 

V 


«.7 
'•9 


S 



a. 4 
a. 3 


!» 


9.1 


/ 


1.4 


b 


9.1 


b 

y 


a.o 
'•9 


1 
b 


1.3 
1.0 


w 

f 


1.8 
».6 


s 
p 


'•9 
'•7 


B 
h 


0.9 
0.8 


k 

t 


i.3 

0.9 


V 


1.0 


i 


0.5 


V 


0.6 


k 


0.6 


X 


0.5 


V 


0.5 


X 


0.18 


y 


o.3 


1 


o.a 


j 


0.16 


: 


o.3 


'i 


0.1 


<t 


0.1 


k 


0.0 


X 


0.0 


t 


0.06 


ta 


0.0 


z 


0.0 


* D'après un tableau reçu du D 1 ' 
cent de lettres a été calculé et s'est 


^uss, et basé sur des choix conlenaDl 
rouvé presque d'accord avec le tableau 


près de 110,000 lettres, le tant pour 
ci-dessus, basé sur 5o,ooo lettres. 






— 259 — 

Si on considère attentivement les colonnes de ce tableau, on verra que l'ordre des 
lettres et le tant pour cent de leur retour diffèrent un peu dans le français et dans l'al- 
lemand et diffèrent de l'anglais dans ces deux langues. Néanmoins, il existe dans les 
trois langues un rapport de ressemblance suffisant pour permettre la division des lettres 
en groupes de un, deux, trois ou quatre caractères pouvant s'exprimer par des points; 
ce qui autorise à se servir d'un même nombre de points pour exprimer les combi- 
naisons de lettres qui leur sont communes. Un court examen montrera que, plus encore 
que l'anglais, le français et l'allemand souffrent de ne pas avoir tenu compte de l'ordre 
du retour des letlres. 

Dans les trois langues, la lettrée est celle qui se rencontre le plus fréquemment. En 
français et en allemand, elle est employée beaucoup plus qu'en anglais. La différence est 
telle qu'an point seulement suffit pour la représenter dans les deux premières langues. 
On économisera ainsi la moitié du travail d'écriture sur 16 à 18 p. 0/0 de l'emploi de 
l'alphabet dans ces langues. 

En français, la lettre * est la seconde dans l'ordre de retour. Elle est dans une 
proportion d'environ 9 p. 0/0. R, qui suit, est dans une proportion de 7.7 p. 0/0. 

Dans le système de Braille, il y a trois et quatre caractères représentés par le même 
nombre de points. B, dont le retour est seulement de 1 p. 0/0. et le, qui se présente si 
rarement que sa proportion peut à peine être reconnue, y sont des caractères désignés 
chacun par deux points seulement. 

Dans la langue allemande, n est la seconde lettre dans l'ordre de retour et représente 
10 p. 0/0 de l'emploi de l'alphabet. S, qui le suit, représente 7.3 p. 0/0. Ici encore le 
système de Braille demande l'emploi de trois et quatre caractères en points pour des 
lettres qui se répètent si souvent qu'elles devraient être représentées par des signes 
n'excédant pas deux points. 

En poursuivant plus loin cet examen, nous trouverions beaucoup d'autres exemples 
du même genre établissant qu'il y a perte de beaucoup de temps et de travail par 
l'emploi d'un plus grand nombre de points qu'il n'est nécessaire pour les lettres qui 
reviennent fréquemment. 

Mais puisque le système de Braille admet beaucoup de contractions et qu'il consiste 
principalement dans leur emploi, l'examen du retour de ses lettres simples ne peut 
seul donner les meilleures bases pour la composition de son alphabet. 

En anglais, il y a un grand nombre de combinaisons de lettres revenant plus souvent 
que quelques-unes des lettres simples. Les signes ou contractions qui représentent 
ces combinaisons devraient donc consister en moins de points que les lettres simples qui 
ne se répètent pas aussi souvent. Par exemple, en anglais, le retour de la combinaison 
cr est, proportionnellement à celui de la lettre j, de six pour un. 

Le tableau suivant montre l'ordre et la proportion de retour des lettres et des con- 
tractions dans le système de Braille, tel qu'il est pratiqué en anglais. 

Ce tableau démontre qu'en employant les contractions du système Braille, e et a 
sont les lettres qui se répètent le plus souvent en anglais et qu'elles représentent en- 
viron aa p. 0/0 de l'emploi de l'alphabet. Ces caractères devraient donc être d'uu 
point chacun ; c'est ce dont on a tenu compte dans le système modifié. En français et 
en allemand, où a n'est pas la seconde lettre dans l'ordre, ces deux lettres représentent 
»4 p. 0/0, ce qui est plus qu'en anglais. 

Les suivantes, dans l'ordre de retour dans le tableau II, sont s, r, i, 0, t, I, n, qui 
représentent environ /18 p. 0/0. 

Le même groupe de lettres offre à peu près la même proportion de l'emploi de l'al- 
phabet en anglais et en français, quand il n'y a pas contraction, et environ /la p. 0/0 
en allemand. Les caractères de Braille pour ces lettres ont été modifiés de manière à 
ne consister qu'en deux points chacune au lieu d'être représentée par deux, trois et 






— 260 — 

quatre points comme auparavant. Ainsi, nous avons environ 70 p. 0/0 des lettres em- 
ployées pour l'alphabet en français, en allemand et en anglais, représentés par des 
caractères ne consistant qu'en deux points. 

Tableau IL — Urdre et proportion pour 100 du retour des lettres 

ET DES CONTRACTIONS EN SYSTEME BRAILLE APPLIQUÉ A LA LANGUE ANGLAISE. 





PROPORTION 




PROPORTION 




PROPORTION 




LETTRES. 


POOB 100. 


LETTRES. 


POUR 100. 


LETTRES. 


POUR 100. 




G 


9-* 


0/ 


1.1 


whîch 


0.20 




a 


8.0 


st 


1.1 


his 


O.18 




s 


6.0 


w 


1.1 


from 


o.i5 




r 


5.8 


V 


1.0 


this 


o.i5 




i 


5.4 


ou 


0.9 


cou 


o.i5 







5.3 


th 


o.85 


corn 


o.iâ 




t 


5.1 


h 


0.81 


7 


o.i3 




l 


5,t 


>"3 


0.80 


nill 


o.i3 




n 


3.9 


ta 


o.65 


shall 


0.1 1 




the 


3.0 


ow 


0.Û7 


ment 


0.10 




d 


3 -9 


, M 


o.63 


z 


0.09 




m 


a -9 


ch 


o.4a 


nets 


0.08 




c 


2.5 


you 


o.ia 


ever 


0.08 




P 


3.4 


that 


0.3g 


f«i 


0.08 




u 


9.3 


wk 


0.37 


can 


0.07 




y 


9.0 


tffc 


o.36 


img 


0.07 




b 


3.0 


$k 


0.34 


dû. 


0.07 




in 


1.6 


tion 


0.33 


sion 


0.07 




h 


1.5 


xrtth 


0.28 


self 


0.06 




S 


1.5 


nol 


0,37 


Uu 


o.o5 




cr. 


1.4 


X 


o.a3 


right 


o.o4 




8 


1.3 


3 


0.39 


very 


o.o4 




and 


i.3 


hâte 


0.99 


down 


o.o3 




en 


1.3 


wat 


0.91 


every 


- o.o3 




ed 


1.3 


but 


0.91 


under 


0.09 



















Le reste des lettres, des contractions et des signes de ponctuation a été étudié uu 
même point de vue, et d'autres transpositions ont été faites; mais l'usage des anciens 
caractères a été conservé en attendant qu'une amélioration à la fois avantageuse et 
considérable puisse être introduite. 

Les nombres n'ont pas paru non plus devoir être l'objet d'un changement; l'avanlage 
qu'on eût retiré de leur transposition eût été minime, comparativement à ceux que 
je viens de faire ressortir. 

En français et en allemand, il est certaines combinaisons de lettres qui, de même 
qu'en anglais, se présentent plus fréquemment que des lettres simples. Il serait très 
désirable de pouvoir obtenir un tableau universel des contractions, faisant suite à l'al- 
phabet universel. Mais ici la difficulté paraît insurmontable, et chaque langue se voit 
contrainte de s'en tenir à ses propres contractions. Cependant je me suis aperçu, 
après examen, que certaines contractions anglaises se retrouvent, même avec plus 
de force, en français et en allemand. Exemple : en et er sont deux combinaisons qui se 
rencontrent plus souvent en allemand qu'en français, et qui, dans chacune de ces 



— 261 — 

deux langues, sont plus fréquentes qu'en anglais. Elles sont toutes deux, dans le 
système modifié, représentées par des caractères de deux points. En français, on est une 
contraction également fréquente; in, si, eh, cm et ment sont beaucoup employés, 
tandis qu'en allemand ch, in et st, comme en et er, reviennent plus fréquemment 
qu'en anglais. Et maintenant, prenons les auteurs anglais dont il a été question pour 
la base de comparaison; calculons le nombre de points nécessaires pour les reproduire 
au moyen du système Braille, tel qu'il a été employé et que j'appellerai l'ancien 
Braille, afin de le mieux distinguer. Faisons le même calcul avec le système nouveau 
ou modifié; nous constatons une économie de 38, 801 points par ce dernier, sur les 
5o,ooo lettres, soit 26 p. 0/0. 

Les détails de cette comparaison se trouvent dans le tableau III. 

Tableau III. — Comparaison du travail d'Écriture, dans la langue anglaise, 

ENTRE L'ANCIEN ET LE NOUVEAU BrAILLE SANS CONTRACTIONS. 



i ■ «< 







BRAILLE 


BRAILLE 






BRAILLE 


BRAILLE 






NOMBRE 
île 


Al 


CIEff. 


NODTEAD. 


SIGNES 

de 


NOMBRE 

de 


À>CIEN. 


NOUVEAU. 


















LETTRES. 




.NOMBRE 


TOTAL 


NOMBRE 

de 
points 


TOTAL 






\OMBBE 

de 


total 


NOMBRE 

de 


TOTAL 






CHAQUE 


poinls 
dans 


(les 


des 


PONCTUA- 


CHAQUE 


points 


des 


points 


des 






lettre. 


points 

pour 


dans 


poinls 
pour 


TION. 


signe. 


dans 
cha- 


pour 


dans 
cha- 


pour 








cune. 


chacune. 


cune. 


chacune. 






cun. 


chacun. 


cun. 


chacun. 




a 


3.826 


1 


3,894 


1 


3.8q4 




9^9 


1 


9^9 


1 


959 




h 


797 


9 


1.594 


3 


9,3 9 . 


i 


i45 


a 


ago 


a 


290 




c 


1.576 


2 


9,559 


3 


3.898 




43 


a 


86 


a 


86 




d 


a.o3a 


3 


6,096 


3 


6,096 




5o3 


3 


1,509 


1 


5o3 




e 


6.973 


9 


19,546 


1 


6,9 7 3 


? 


33 


a 


66 


3 


99 




f 


1 ,'jh-2 


3 


3.796 


3 


3,726 


! 


ifi 


3 


45 


3 


45 




L T 


9 /,5 


/1 


3,780 


4 


3.780 


- 


93a 


9 


464 


2 


464 




h 


3.i 97 


3 


9- 5 9» 


3 


9. 5 9> 


— 


46 


h 


i84 


4 


i84 




i 


3,455 


9 


6,910 


9 


6.910 





8 


8 


64 


8 


64 




j 


81 


3 


243 


5 


4o5 


n n 


99 


G 


5 9 4 


6 


5 9 4 




h 
l 


3 99 

9,l3il 


9 
3 


5 9 8 
6,3 9 6 


4 
2 


1,196 
4,964 




97 


1 


97 


1 


97 
















m 


t,9 ia 


3 


3,636 


3 


3,636 


Totaux.. 


a, 180 


34 


4,358 


33 


3,385 




n 


3,427 


4 


13.708 


9 


6,854 



















3,918 


3 


11,754 


9 


7.836 












V 


876 


4 


3,5o4 


3 


9.698 












9 


5o 


5 


9 5o 


5 


95o 


Total des points ne- 




47,069 


! t5i,427 














cessiiires dans 1 an- 








r 


a>99 3 


4 


11,968 


2 


5.984 


cien Braille pour.. 


\ ponctuation . 


4,358 


S 




s 


3,i86 


3 


9.558 


9 


6.379 












t 
u 


4 .779 
1,417 


4 
3 


19,116 

4,95i 


9 
3 


9.558 
4,95i 


Total des points né- 
cessaires dans le 
nouveau Braille p r 


( ponctuation . 


39.941 
3,385 


' 1 12.626 




V 


5oa 


4 


9, 008 


4 


2.008 












w 


i,o5i 


4 


4.9o4 


4 


4.9o4 


Économie de trava 


il d'écriture procu 


ré par 1 


e nouveau 




X 


87 


4 


348 


4 


348 


Braille : 26 p. 0/0 e 


nviron. 








y 


956 


5 


4,780 


3 


9,868 












z 
Totaux.. 


39 


4 


198 


5 


160 












5o,o38 


84 


147,069 


78 


109.941 




















III 
11 



— 262 — 
ALPHABET BRAILLE MODIFIÉ*. 



b 


C 


d 


e 


f 


S 


h 


but 


could 


down 


ever 


front 


fçreat 


hâve 






• • 










• 
• 


• • 


• 


• 


• • 

• • 


• m 
m 


• 
• • 


k 
know 


1 
like 


m 

my 


n 

nul 





P 


f i 


• 


m 


m m 










• • 










• • 


• • 


• 


• 


• 


• • 


• 


• 


• • 
• 


i 


11 


V 


W 


X 


y 


7. 


Ihe 


upon 


vert/ 


tri'// 




ynu 





r 

right 



and 


anv 


• 


• 




• • 


• • 


• • 


ed 


on 


• 





CONTRACTIONS. 

for «f Hlis with rh gh sh 

s/m// 



• • • • 



tll 


wh 


that 


ivhich 


m 


• • 



ess 


in lnfî 


or 


• • 
• 

• • 


• • 
• 
• • • 

TERMINAISONS. 


• 
■ 


ment 


fui 


self 



able 



PONCTUATIONS, 
virgule point » l vi rgule point Interrogation exclamation trait «l'un 



• • • 


• • 


• 


• 


or 


ou 


ow 


si 


• 
• 
• 


• 

• • 
• 


• • 
• 
• 


• 
• 
• 


self 


tion 






• • 








• • 


• M • 






• 


• 







con 


to 


• • 
• 


m * 
• 




citations 




his wax 



ion tiret apostrophe parenthèses 



i • • • 

> • a • 



Signe 
pour les nombres 1 



CHIFFRES, 
a 3 /i 5 fi 



7 S 9 



Appliqué à l'anglais. 






■1 



■I 



— 263 — 

Tableau IV. — Comparaison du travail récriture avec contractions, 

DANS LA LANGUE ANGLAISE, ENTRE L'ANCIEN ET LE NOUVEAU BRAILLE. 





ANCIEN BRAILLE. 


NOUVEAU 


BRAILLE. 








LETTRES 


NOMBRE 


NOMBBB 




NOMBRE 


NOMBRE 

de 


LETTRES 


K OMBRE 


NOMBRE 

de 




NOMBRE 


NOMBRE 

de 






et 
ponctua- 
tion. 


de 


de 


CONTRAC- 


do 


et 


de 


CONTRAC- 


de 






cha- 
cune. 


points 
néces- 


TIONS. 


cha- 
cune. 


points 
néces- 


ponctua- 
tion. 


cha- 
cune. 


points 
néces- 


TIONS. 


cha- 
cune. 


points 
néces- 










saires. 






saires. 






saires. 






saires. 






a 
b 


2.978 

790 

914 

1.073 

3,466 


2,97s 
1 ,44o 


and 
but 


472 
77 


s.36o 
i54 


a 
b 


'■$ 


9.937 
3.09a 


able 
and 


22 
472 


66 
i.4i6 






c 


1,828 


can 


i54 


54 


c 


995 


9,775 


l. an y 


34 


170 






à 


3,219 


ch 


3o8 


d 


1,091 


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l'îronomie en temps et en 


travail d'écriture c 


Menue avec le nouv 


au Brail 


e : s3 p. 0/0. 


- 





I 




— 264 — 

Lorsqu'on reproduit nos choix d'auteurs avec contractions, l'économie obtenue par 
le système Braille modifié est, ainsi qu'il est indiqué dans le tableau IV, d'un peu plus 
de a3 p. o/o. La raison pour laquelle cette économie est moindre que lorsque les deux 
systèmes fonctionnent par caractères, c'est-à-dire sans l'emploi des contractions, est 
que l'avantage a été calculé d'après la différence d'alphabet, plutôt que d'après celle 
des contractions. 

Dans le tableau V, l'ancien système Braille et le système modifié sont appliqués au fran- 
çais et à l'allemand ; on y verra que le Braille modifié offre un avantage de 27 p. 0/0 en 
économie de temps et de travail d'écriture pour le français et de 26 p. 0/0 pour l'allemand. 

Tableau V. — Comparaison du travail D'Écriture entre l'ancien et le nouveau 
système Braille. — Choix pris dans les langues française et allemande. 







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ANC1E7 


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ALLEMAND. 






B1UILLE. 


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1,090 


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1 


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e 


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9,974 


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p. 


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5 


370 


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5 


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78 


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llemand. ... a.' 


p. 0/0 





■ 



— 265 — 

Je regrette que le temps ne me permette pas de consigner ici les résultats d'un 
examen plus étendu. Ces tableaux ont été préparés avec d'autres pour la convention 
américaine, dans le but de démontrer la possibilité d'un alphabet universel interna- 
tional. 

Le mécanisme de cet alphabet est l'emploi de points pour la représentation des 
lettres. Le principe qui lui sert de base et auquel il est redevable de sa supériorité est 
que les points sont d'autant moins nombreux que la lettre se rencontre plus souvent. 
Sans doute, dans les recherches qui ont été laites, les exigences de la langue anglaise 
ont pu primer; mais, d'un autre côté, les choix embrassaient une telle variété de sujets 
que, pour aucune des autres langues, l'avantage du système Braille ne saurait être 
sérieusement contesté. 

Je dirai encore que le remaniement des lettres et des caractères dont il vient d'être 
question ne concerne en rien le système de Braille comme système de notation musicale. 

D'autres auteurs ou instituteurs d'aveugles s'intéresseront certainement au sujet de 
mes recherches et étudieront la question au point de vue des contractions de chaque 
langue. 

J'exprimerai, en terminant, mon vif désir, que le Congrès partagera, j'espère, de 
voir, sous les auspices de l'Europe et de l'Amérique, se réaliser ce grand progrès, i'al- 
phabet international. 



I 






I 






— 266 — 















1 





Anivexe n° 6. 



RAPPORT 

SM ./UNIFICATION DES SYSTEMES DE LECTURE ET D'ECRITURE 
DANS LES ÉCOLES D'AVEUGLES, 

PAR M. PABLASEK , 

D.RECT^R DE L-IBSTITCTIOB. I. ET R. DES AÏEDCLES , y ,,,„,, (adtriche) 

Les systèmes d'écriture courante et d'impression pour les aveugles, ainsi que les an- 
p re.lsqu, leur sont destmés, sont arrivés, depuis Haùy jusqu'à nos jours, k2e dil- 
té qui excite notre adm.ral.on et quelquefois auss. nos regrets. Sous ce rapport bien 
es heures de labeur aura.ent été dignes d'un meilleur emploi. Pwffita 
d phabets en rel.ef se sont éloignés des caractères romains généralement er usage 
pour introduire des alphabets arb.traires en lignes ou en points, alphabets oui ontS 
acceptés e t plus ou m0lns répandus comme & s |. P J"g«£< 

S,* * ie „ S ë f tures • P^ des Français Barbier et Braillf , du 1 £ 
Carton, de I Anglais Hughes, et de Wait, de l'Amérique du Nord 8 

D autres professeurs, amis des aveugles, ont maintenu les minuscules romaines, en 
le mo Ifianl plus ou moins, comme Galle, à Edimbourg, dans son système triangu- 
laire, et Howe dans ce qu'on appelle communément Yécriture de Boston. D'autres ont 
admis les majuscules romaines avec des variations multiples, comme Fry et Alston 
à i Glascow les institutions de Philadelphie et de Berlin, la Society for publilnc, and dil 

fon Z Z T fv lml ' à L ° ndreS ' J et ' a B ^ l ^ellschaft,{ Stuttgart. L'Institu- 
t.on des aveugles ^de Paris a ajouté, à des majuscules semblables en traits unis les 
minuscules correspondantes et a employé la première l'alphabet double. Gall fils 's'est 
servi des formes ordinaires des majuscules et minuscules romaines; après lui, les im- 
primeurs Taylor et Watts, à Londres, et Eurich à Linz, l'imprimerie impériale! 
Vienne, les Institutions de V.enne et de Copenhague et la Society for providinff cheap 
Iteraturefor the Bhnd, à Worcester. Le D' Lachmann, à Brunswick, choisit Lin la 
orme usuelle de 1 écr.ture courante romaine en majuscules et minuscules; les Institu- 
ions de Hambourg, d Amsterdam et de Milan ont suivi son exemple. 

De cette façon, les inventeurs des écritures arbitraires en lignes ou en points 
ainsi que ceux qui ont transformé les alphabets romains, au lieu de s'unir pour le bien 
commun, ajoutèrent innovations sur innovations, et séparèrent ainsi les aveugles des 
diliérentes écoles par des formes inconnues d'un établissement à l'autre. La division des 
méthodes et des procédés est arrivée à un tel point que des aveugles lettrés d'une 
même langue, d un même pays, d'une même province et d'une même ville, se servant 
de caractères différents, se voyaient privés du trésor de la lecture en commun et de 
I échange de la pensée par l'écriture; de plus, cette manière de s'isoler les uns des 
autres a eu pour conséquence un débit de plus en plus restreint des livres pour les 
aveugles, et, par suite, un renchérissement considérable, ce qui a rendu l'établisse- 






— 267 — 

ment de bibliothèques à peu près impossible. Pour faciliter et généraliser de semblables 
collections , pour rendre accessibles aux aveugles les trésors des littératures nationales 
et étrangères louchant aux sciences, à la poésie, à la musique, et pour rendre possible 
l'échange des pensées des aveugles entre eux, il a fallu songer à l'abolition ou du moins 
à une limitation stricte des différents systèmes de lecture et d'écriture en usage, pour 
s'unir en introduisant un système nouveau et uniforme, résultant du choix et' de la 
combinaison de tout ce qu'il y a de pratique, de bon et d'utile dans les systèmes actuelle- 
ment usités. 

Le Congrès, composé de professeurs d'aveugles, réunis à Vienne en 187.3 , a établi 
un comité de cinq de ses membres, pour examiner la question de l'unification des 
systèmes de lecture et d'écriture dans les écoles d'aveugles. 

La Commission , quoique bien pénétrée du désir et de la nécessité de s'entendre sur 
cette question importante, n'aboutit cependant pas à cet heureux résultat. Elle se divisa 
en majorité et minorité, et cette division surgit, d'une part, de la question de la trans- 
formation du système Braille en une écriture allemande en points, et, de l'autre, de la 
conservation de ce même système comme moyen de communication international pour 
toutes les autres langues. 

Mon opinion et mes propositions concernant l'impression en relief sont les sui- 
vantes : 

1° Le nouvel alphabet double en relief (Relief-Doppelalphabet, avec majuscules et 
minuscules), de l'imprimerie impériale de Vienne, à deux dimensions, en traits unis 
et en points, est particulièrement avantageux pour les impressions destinées aux aveugles, 
et se recommande, pour l'unification générale du système d'impression, surtout par 
l'économie de l'espace et les caractères clairs et faciles au toucher qui lui sont propres; 

2° En dehors des impressions exécutées à l'aide des deux alphabets susmentionnés, 
communs aux aveugles et aux voyants, il y aurait à créer une littérature, pour les 
sciences et la musique, d'après le système en points, de Braille, ou plutôt, celte litté- 
rature existant déjà devrait être complétée et augmentée. 

Pour ce qui concerne l'écriture manuscrite, je résumerai mes propositions comme 
suit : r 

1° Des écritures non tactiles actuellement en usage, c'est celle en majuscules de 
Hebold qui doit être conservée, mais en écrivant de gauche à droite; pour l'écriture 
minuscule, c'est l'appareil de Guldberg qui se recommande le mieux. L'écriture à main 
libre, usitée à Vienne, à l'aide d'une planche de bois sur laquelle ressortent des lignes 
sadlantes, ne doit être appliquée qu'aux aveugles qui ont écrit couramment avant leur 
cécité. 

9° Des diverses écritures en relief, nous recommanderions : 

a. Le système Braille, en points, non modifié, concurremment avec 

h. L'écriture Klein (1) , en lettres onciales latines. 

Voici les raisons sur lesquelles se basent mes propositions : 

L'étude de l'alphabet double rend accessible aux élèves aveugles leur littérature et 
enrichit considérablement leurs lectures, tandis que l'impression avec les majuscules 
seules (m Uncialen) leur ferait perdre une partie de ce trésor intellectuel. 

Dans les écoles d'aveugles, on doit choisir pour les livres classiques les caractères en 
traits unis, parce que le toucher des enfants est assez sensible pour pouvoir se passer 

" Elle consiste à figurer, à l'extrémité de petits morceaux de bois taillés en carrés longs, chaque 
lettre de l'alphabet au moyen de pointes saiilanles qui, appliquées sur un papier placé sous un 
châssis, y pénètrent et y laissent l'empreinte de la lettre piquée. 



r 









V 



— 268 — 

mencerla lecture par les ca -actère Ô ,,l! ' "«^ devient moins délicat. Com- 
près inaccessible SSSSSiZ S ' ^ ^ * ^ « W rendre « P* 

devrait appel- id?,)», ^^^f^y^.^^ on 

aboutirait à la confusion q ' S6U ' et même s, & ne P«" deux sens 

^^!^ d « » un idiome 

presque insurnfontable pour 1^™! £ ," t., f e ^ ££?*> ÏÏ£ 
allemand en points saillants (ftwttfe Punkschrift) ainsi clnn/l Un alphabet 

usage que pour les productions littéraires Pour lï S P î r ' ^ P T rmt être en 

diltS!? dG K ' ein 6St t0Ut , aussi bien une friture courante que celle de Braille- 

^SaïSPïï ?f pa r des r to ] danscelle - ih 2 à ïsc: 

vende ^iS Ï3T. H T g r P °"f 'T ™ et P° Ur Ses relations ™* •'«" 
S'j, y • e Klein a < de plus, I avantage de convenir également au vovant ce 
qn est d une importance capitale, car, de cette manière, l'aveuk ^«paTl 
p tement du voyant; il peut écrire lui-même des adre ses et Ses 1m es Sn 
H* A S T l ^ Ja corres P° n dance est ainsi gardé. Cet échange de panées existe 
depui des années dans toutes les parties de l'Autriche. Ces lettre! dont le adressé 

vovïnto m, ,W P S * ?" *"' tr0UVer leurs destinataires aveugles ou 
etîetuXr ' "^ * ***** CeS *«»" é ^ M <*&»**» pot l'œil 



— 269 



Aninexe n° 7. 



MEMOIRE 

SUR LE STENOPHONOGRAPHE DE M. MICHELA, À L'USAGE DES AVEUGLES, 
PAR M. L. VITALI, 

DIRECTEUR DE L'INSTITUT DES AVEUGLES DE MILAN. 

J'ai l'honneur de présenter au Congrès un mémoire sur la machine sléuophonogra- 
phique Michela, dans ses rapports avec l'instruction des aveugles. 

Cette machine, qu'on peut voir dans la section italienne, a fonctionné pendant les 
premiers mo.s de l'Exposition, en présence d'un nombreux public empressé à la con- 
naître et à l'admirer. 

Je l'ai vue fonctionner à Milan. Ayant demandé à son savant et modeste inventeur 
si, parmi les visiteurs qui entouraient son appareil pour l'étudier, il s'en était trouvé 
qui 1 aient questionné sur son application à l'usage des aveugles, il ne sut pas me 
donner une réponse satisfaisante. 

Je le priai de vouloir bien l'expérimenter dans notre institution, en présence des 
aveugles, les meilleurs juges pour ce qui les touche. 

L'expérience a eu lieu le c, septembre. Le journal la Perseveranza en a donné une 
relation jointe à mon mémoire. 

Les résultats généraux ont provoqué une vive admiration. Au point de vue spécial 
de 1 instruction des aveugles , il y a eu des avis pour et contre. Le Congrès va en 
être juge : ° 

I. DESCRIPTION DE LA MACHINE. 

Cette machine présente l'aspect d'un petit harmonium avec sa caisse, son clavier 
et ses pédales. 

Elle a à peu près 45 centimètres de longueur, a 5 centimètres de largeur et ao cen- 
timètres de haut. En enlevant les pédales, elle peut se porter sous le bras 

Les touches, au nombre de vingt, dix de chaque côté, sont symétriques sur le même 
niveau. J l 

Il y a un intervalle entre la double série des touches; dans cet intervalle se place 
un rouleau de papier qui se déroule automatiquement lorsque la machine est en action. 

Le papier a kk millimètres de largeur, dont ho millimètres sont occupés par les 
signes conventionnels de l'écriture et h millimètres par les marges. Ce papier est le 
même que celui du télégraphe, système Morse. 

Ces touches correspondent à des leviers qui impriment les signes conventionnels sur 
le papier. ° 

Les signes sont imprimés en petit relief. 

Les mots ne sont pas écrits par lettres, mais par syllabes. Si une parole se compose 

de plus dune syllabe, on ne l'écrit pas tout entière sur la même ligne : on écrit la 









— 270 — 
g*£*U». '« seconde sous .a première, , a troi.ème sous , a seconde, etc., de 

Pa 
ris. 
Mi 
lait. 

la fcSSÏ ÏÏ£L^at*— d '" n S6Ul C ° UP " ,6S «»"*- «#*■ dans 

r&XSs£iz ÏÏÏÏs&B*"* t ,etl r *r la «-p-* *» 

signes conventionnels. Y ""* P6Ut demand <>r, selon le cas, cinq et six 

éc-it 6 S'ÏJÎ KtrSS^jfï ^ C ' 6St » a ra P idi <é -ec laque.le on 
ln.it vite , on peut écr.vé ent mial t vi^ °? *** 3USS1 Vlte 1 Ue Voa P arle En P a '- 

«le vingt mots ch t ' un danTle mt p 1 f"' ""? heUre S0,Xante télégrammes 

Quatre £^*Z^*& de ^ la ™**» Miche.a fn trans- 

chacun peut donc lù-e aussi vite qiï ^ ' pr °P° rtl0nnelle ™ ' a « d'écrire; 

II. — PRINCIPE FONDAMENTAL TECHNIQUE DU SYSTEME 

TouTstTe JaptL 8 ",!^ " 6 ' ^ T ^^ logiquement classifiés. 
les mêmes 8 " ^V en aT simpl T (] T ^ L " f DS ^^ la nature ne sont P as *».. 
instantanémenï dis un aZ^elempT^^ ^ ^ ^ ^ *" r ° û forme 

ta composés sont ceux qui demandent, pour être prononcés, deux et même plusieurs 

T7 6 **; il ?' SftP*ïiftKl? ,0 " lf " «- .»■■ « 



J. «; 

a. <?, bref; 

3. i; 

4. e, muet; 

5. o; 

G. î(, toscan; 



7. e, ouvert; 

8. eu, français; 

9. ou, français; 

0. zéro, voyelles; conventionnelle; 

io. o, étroit. 



— 271 



Les consonnes sont au nombre de vingl-quatre; dans ces consonnes sont quelquefois 
comprises l't el Vu. 

II exprime toutes ses lettres , ses consonnes et ses nombres avec les six signes suivants : 



Ces signes ne sont pas tout h fait arbitraires; ils sont rédige's d'après des règles lo- 
giques, dont M. Michela donne l'explication. 

Ces signes correspondent à des numéros dans l'ordre suivant : 



_j_ 
18 



Avec ces nombres, il écrit jusqu'à zh. Veut-il écrire le 4, il écrit 3 
il écrire 2 h , il écrit 18 + 6 = 



Veut- 



1 \. 



Ces signes sont divisés en quatre séries. Ils varient de valeur et de signification sui- 
vant leur série. 

Les quatre séries sont ainsi représentées sur les touches de la machine : 

Dans les dix touches à droite il y a deux séries; dans les dix touches à gauche, il y a 
aussi deux séries. 

Les séries ne résultent pas d'un nombre égal de touches. La série à droite a six tou- 
ches; l'autre, vers le milieu de la machine, en a seulement quatre; il en est de même 
de l'autre côté : la série à gauche a six touches; l'autre, vers le milieu de la machine, 
en a seulement quatre. Les deux séries à droite correspondent aux deux séries de gauche. 

M. Michela n'écrit pas les lettres séparées pour former ces mots; il écrit les syllabes 
qui composent les mots séparément, l'une après l'autre. 

11 écrit donc comme nous l'avons déjà indiqué : 

Pa 
ris. 
Mi 
tan. 

Dans chaque syllabe, il considère le son fondamental et les sons accidentels, secon- 
daires, vraiment consonanls, avec le son fondamental. 

La lettre qui exprime le son fondamental est toujours prise dans la troisième série ; 
les lettres qui expriment les sons secondaires, celles qui précèdent le son fondamental^ 
dans les séries 1 et 3; celles qui le suivent, dans le U. 

QUESTIONS RELATIVES AUX AVEUGLES. 

i* L'aveugle écrivant pour les voyants. La machine Michela ouvre à l'aveugle la car- 
rière de sténographe. 

Cette carrière est bien rémunérée, et d'après les progrès de la science elle tend à se 
généraliser. 

L'aveugle peut écrire aussi vite et avec autant de facilité que le clairvoyant; et, à 
cause même de sa cécité, il est dans de meilleures conditions morales et physiques pour 
réussir. Son ouïe est plus fine, son attention plus recueillie; il demandera un salaire 
moins élev^ et dès lors on l'emploiera de préférence au clairvoyant. 

Il ne pourra pas lire ce qu'il aura écrit, mais il pourra donner son ouvrage à l'impri- 
merie, où déjeunes compositeurs instruits dans la lecture des signes conventionnels 
le liront facilement. 






m 










272 

&££"" °° F """^ q " e d '" ,oir " ,iteM d '^ -ES: 

Cette machine est relativement coûteuse 
^ En la grandissant pour accroître le relief, on en augmentera proportionnent le 

J^Sw'Sr ^ f ie Ce qU ' 1S ° nt éCfit; a D ' en est P as de même Pour l'aveugle 
su. tout s .1 faut éloigner les s.gnes entre eux pour les lui foire bien saisir II fau7aï„i 
beaucoup plus d espace pour l'écriture Michela que pour l'écriture SSL LkZ 
de lecntureBradle correspondent à quatre pagel de l'écriture Michela. P g 

ensuite, i est difficile de conserver ce qu'on a écrit sur le papier en rouleau : il faut 
pour cela coller les bandes sur un autre papier, ce qui occasionne une perte ïe tels 
assez grande et les hvres ainsi façonnés deviennent très volumineux P P 

CONCLUSION. 
Que dire enfin de cette machine? 
Elle est certainement étonnante pour la vitesse et la précision avec laquelle elle écrit 

•esÏmZut ESSE T' " !*"" ^^ ^ = « 

•Jf p" 6 " 8168 P °r° n ' rem P ] °y er utileme <it au service des voyants et pour l'impri- 
mene. Pour eux elle présenterait, à mon avis, plus d'inconvénients que /avan2 
Moyennant des modifications, des améliorations, pourra-t-on en augmenter les 

rs l ;fsVaffiTme: miDUer *" ,DCOnVélientS? " * a ^ de ^ -is^oufnW 
n.ilf" GSt T S T™i aB £ de , donner a '^venteur de cette machine des étoffes bien 
vérance. P0U1 * * " ^ '" '" construisant avec ta » 1 «T**» et de g perT 



— 273 — 



Annexe n° 8. 



EXPOSÉ 
PRESENTE AU CONGRES PAR M. L. VITAL! , DE MILAN. 

aveugles; ,1 y en a maintenant huit. Les deux premières classes ESirT d n h 
chacun pour respirer le grand air &«¥«"» u jeunes lilles, un mois 



I 



I 



N°29. 



18 



I 








— 274 — 
des élèves qui, leur instruction achevée, ne peuvent, faute de famille ou de moyens 
être convenablement placés; cet asile, nous lavons. Il est annexé à l'institution, avec 
un budget distinct , bien qu'il dépende de la même direction et de la même adminis- 
tration. On y a déjà recueilli quatorze jeunes aveugles : dix filles et quatre garçons. 

Vous avez voté le patronage; nous le pratiquons depuis longtemps. Cette année, 
un des élèves qui a quitté depuis peu'i'institution et qui était employé comme organiste 
dans une paroisse de campagne, nous écrit que, faute d'exercice dans le cours de la 
semaine, n'ayant pas de piano et ne pouvant en acheter un parce qu'il est pauvre, il crai- 
gnait de se voir renvoyer. Nous lui avons aussitôt expédié un piano de l'établissement, 
— bien entendu, pas un des meilleurs, — sous la seule condition qu'il nous le rende 
lorsqu'il pourra en acheter un. 

Vous avez proposé que l'on intervînt, en faveur des aveugles, afin d'obtenir une dimi- 
nution de prix dans les moyens de transport; cette faveur, dans une certaine mesure, 
nous l'avons : lorsque M. Raineri, ici présent, dirigeait l'institution, à laquelle il a fait 
tant de bien, il a pu obtenir de la Société des chemins de 1er de la Haute-Italie une 
diminution de moitié dans le prix des places de l'aveugle et de son conducteur. Le jour 
où le Gouvernement italien a pris la place de cette Société, il a, malgré ses finances qui 
ne sont pas très florissantes, et alors qu'il supprimait bien des concessions analogues, 
respecté celle en faveur des aveugles. 

Tout le bien que l'Institution de Milan a pu faire, elle le doit surtout à l'inépuisable 
bienfaisance des Milanais, qui ne cessent pas de lui venir en aide, particulièrement 
par des legs : cette année, un charpentier nous a légué une maison d'une valeur d'en- 
viron 100,000 francs. Nous devons également notre prospérité à l'intelligente muni- 
ficence du comte Mondolfo, qui a donné à l'Institution et à l'asile plus d'un demi- 
million. 

Je me fais un devoir de rappeler au Congrès la mémoire de ce grand bienfaiteur des 
aveugles chez nous. Honorer les hommes qui ont fait le bien dans le passé et dans un 
seul pays, c'est le moyen d'en susciter d'autres pour l'avenir dans le monde entier. 

Puisque le Congrès a bien voulu s'intéresser aux sourds-muets, je lui rappellerai 
aussi la mémoire du comte Palo Taverno, mort cette année, fondateur de l'institution 
des sourds-muets pauvres de la campagne, à Milan, institution dont il a confié la 
direction à un homme d'une réputation universelle, M. Tarra, et à laquelle, après avoir 
consacré tout son dévouement, son cœur et bien de l'argent, il a légué en mourant à 
peu près 3oo,ooo francs, disant à son riche héritier : trJe te recommande mes pauvres 
sourds-muets!» 

Vous avez voté la formation de sociétés de bienfaisance pour imprimer et^ distribuer 
aux aveugles des livres à bas prix , sociétés répandues en Angleterre et aux États-Unis. 
Nous avons une société de ce genre, fondée à Florence depuis peu d'années, sous le 
nom de Société Nicolo Tomaseo, l'éminent écrivain qui, aveugle dans ses dernières 
années, illustra sa cécité par un persévérant travail, en dictant des livres où s'allient 
l'amour de la patrie et le devoir. Cette Société a commencé à publier, dans le système 
Braille, des livres d'école qu'elle distribue gratuitement aux aveugles pauvres de toute 
l'Italie qui en font la demande; elle publie, sous la direction de M. Adriano Balbi, 
uu journal mensuel (système Braille) pour les aveugles, avec des instructions et des 
notices propres à les intéresser. 

Que nous faut-il donc encore à nous Milanais? Développer, à Milan, les travaux 
manuels pour les garçons. Que nous faut-il à tous? Augmenter le nombre des institu- 
tions; on vient d'en fonder une à Turin. Que nous manqne-t-il encore? Des institutions 
spéciales pour les petits enfants aveugles : c'est ce que le Congrès a voté, c'est ce que 
nous allons , en son nom , demander à notre pays , avec la confiance que nous serons 
entendus. 



— 275 — 

Que nous faut-il encore? Intéresser Je Gouvernement dans toutes les branches cen- 
trales, provinciales et communales, à considérer l'aveugle comme un citoyen avant les 
mêmes droils que le voyant à l'instruction publique. C'est ce que nous nous effor- 
cerons de faire en intéressant à notre cause, qui est sainte, la presse et les députés au 
Parlement. l 

Je finis en exprimant un vœu qui est aussi, je le crois, le vœu de mes collègues ita- 
liens : on a réuni un Congrès international pour les aveugles en Autriche , en Allemagne ■ 
maintenant on la réuni en France; j'espère que le jour n'est pas éloigné où on pourra 
en reunir un en Italie. Le choix de l'époque et du lieu doit appartenir à l'Association in- 
ternationale quon va fonder. Combien nous serions heureux de vous recevoir tous! 

L Italie, rendue à elle-même et à la liberté, n'a qu'une ambition : remercier Dieu 
des dons qu elle en a reçus et s'en servir pour venir en aide au malheur et pour donner 
son concours aux nations qui marchent à la tête du progrès. 



I 



I 







— 276 — 



Annexe n° 9. 







L'ÉDUCATION DES AVEUGLES DANS LES ÉCOLES ORDINAIRES, 

PAR M. LE D r ARMITAGE (ANGLETERRE ). 



La question de savoir a I aveugle peut être instruit avec avantage dans les écoles 
pub l.ques ordmaires des voyants est une question fort discutée. Sans doute, il y a 2 
Angle erre et en Ecosse, plusieurs exemples d'enfants aveugles qui, avant reçu 'une 
éducation plus ou m o-ns complète dans une école publique ordinaire, ™tT»eZ 

Q es'on ÏLl e?i 's % CeH r S C3S ' d6S men ? breS di8 "^" és de la soci <^ K 
question est ce e-c. : Sont-ce des cas exceptionnels, ou bien est-il possible que, rejetant 

tonte, nos v.e.lles idées, nous admettions l'enfant aveugle à prendre plaœ à iSë 

côte a côte avec ses compagnons voyants, et à recevoir les mêmes leçons des mêmes 

maîtres? C est ce qu'a proposé M Barnhill, de Glasgow, et ce qui a été pratiqu 

ontéCr r ° SSe P r/ m \ plUS !f UrS ani !f eS - En " m ° ment ^ enFants q aveug 
salilfa'slnîs ^ "' * ^ environnanls ' avec < ] <* résultats fort 

On fait usage pour la lecture des caractères romains, afin que l'enfant aveude puisse 
être aidé par son compagnon voyant. B l 

Le système Braille est employé pour l'écriture. 

Les écoles fréquentées par les enfants aveugles sont visitées par un inspecteur voyant, 
chargé de constater s. es en ants aveugles reçoivent tous les soins qu'il est possible de 
eu, donner dans école et sils sont efficacement encouragés dans leurs familles pour 
Ja préparation de leurs devoirs. * 

A Londres il y a trente-trois enfants aveugles instruits dans des écoles de voyants. 
Le plan suivi diffère un peu de celui de Glasgow. Les livres qu'on emploie pour la lec- 
ture sont imprimés d après le système Moon. Le système Braille est employé pour l'é- 
criture. On fait également usage de la planchette à trous octogones pour l'arithmétique. 
(.es entants sont tous enseignés dans des écoles appartenant au Lonclon School BoLl. 
Au mois de juillet 1876, ce corps tint une conférence à laquelle furent appelés les 
maîtres aveugles et voyants qu'on supposait les plus compétents pour donner leur avis 
sur le système le plus propre à l'éducation des enfants aveugles dans les écoles ordi- 
naires, lous les aveugles à l'exception de deux, se prononcèrent en faveur de la mé- 
thode Braille en raison de la facilité avec laquelle on l'apprend, de l'avantage d'avoir 
e même système pour la lecture et l'écriture et de la dimension relativement petite des 
livres. Un considéra que le seul inconvénient du système Braille était que les élèves 
voyants ne pourraient pas aider les aveugles dans leur lecture, inconvénient auquel 
on pourrait remédier, d'ailleurs, en imprimant les lettres romaines pour les voyants 
dans les interlignes de Braille, comme on l'a fait depuis longtemps dans les feuilles de 
l Éducation élémentaire publiées par the Brilish andforcign Blind Association. On décida 
en outre, quen cas de non-adoption du système Braille, le meilleur pour la lecture 
était le système romain , comme compris des élèves voyants. 



— 277 — 

Des deux membres d'un avis différent, l'un était en faveur des lettres romaines, 
l'autre, le docteur Moon, en faveur de son propre système. 

Le résultat de cette conférence fut que le School Board décida qu'on continuerait à 
faire usage du système Moon jusqu'à ce que les livres d'école fussent imprimés dans 
le système romain. Mais, comme les aveugles se servent de moins en moins de ce sys- 
tème, il est peu probable qu'on imprime des livres dans ce type. On ne peut se rendre 
compte de cette résolution que par la difficulté qu'ont les voyants à comprendre quels 
sont les meilleurs moyens d'éducation par le sens du toucher, et par la tendance à con- 
server les méthodes d'éducation qu'ils peuvent comprendre, et à rejeter celles qui ne 
frappent pas immédiatement leurs regards. 

Toutes ces écoles, où sont instruits les enfants aveugles, sont visitées périodique- 
ment par un maître aveugle dont le devoir est d'enseigner aux enfants la lecture par le 
système Moon , l'écriture au moyen du système Braille et le calcul à l'aide de la plan- 
chette arithmétique octogonale. Les résultats de cette éducation sont peu satisfaisants. 
Les enfants qui ont déjà appris à lire et à écrire avant d'aller aux écoles des voyants 
parviennent à apprendre quelque chose; ceux qui n'ont pas eu cet avantage font en 
général peu de progrès et contractent la mauvaise habitude de rester assis des heures 
entières à ne rien faire, pendant que le maître emploie dans ses leçons le tableau noir, 
les cartes géographiques on les diagrammes. L'enseignement des enfants aveugles dans 
les écoles spéciales de jour a été expérimenté dans plusieurs endroits; mais nulle part 
sur une aussi grande échelle qu'à Londres, dans les classes de Y Indigent Blind fmdna 
Society. 

11 y a, en ce moment, trente-six enfants aveugles qui vont à trois écoles de jour dans 
différentes parties de Londres. Ils n'y vont qu'à certains jours de la semaine, et aus- 
sitôt qu'ils ont passablement appris à lire et à écrire, ils vont les autres jours à une 
école ordinaire. 

Ce plan réunit les avantages de l'école spéciale et de l'école ordinaire. Tout le travail 
élémentaire est conduit par des maîtres aveugles, qui peuvent donner à chaque élève 
des soins individuels qu'on ne pourrait pas demander dans une école ordinaire, tandis 
quen assistant simultanément aux écoles communes, les enfants aveugles obtiennent 
beaucoup de connaissances utiles qu'ils ne pourraient pas acquérir dans une école 
spéciale. Les résultats de cette méthode d'éducation sont des plus satisfaisants, les en- 
fants deviennent intelligents et indépendants et ils sont parfaitement préparés à recevoir 
I enseignement technique du métier qui leur permettra de gagner leur vie. 

U serait possible d'enseigner aux garçons et aux filles d'un certain âge des métiers 
dans des ateliers ou ils pourraient se rendre le jour pendant qu'ils demeurent chez 
eux; mais autant que je sache, cela n'a pas été essayé sur une grande échelle, excepté 
pour ce qui concerne le tricotage, et pour les filles qui, dans les classes de jour de 
Indigent Blind Vmting Society, apprennent tout aussi bien que celles qui sont dans 
les pensions. * 

En résumé il résulte des expériences faites dans le Royaume-Uni qu'avec une bonne 
surveillance, i est possible d'instruire les aveugles dans les écoles de voyants; que, 
<nns les grands centres de population, le moyen à prendre est de leur enseigner 
a abord, dans des écoles spéciales de jour, les meilleures méthodes de travail, et de 
leur inculquer a fond les connaissances élémentaires. Quand ce résultat sera atteint 
I entant pourra suivre avec profit une école ordinaire de voyants, tout en continuant à 
aller a I école spéciale deux ou trois fois par semaine. Lorsqu'un enfant ainsi préparé 
ira a une institution pour apprendre la musique ou un métier, on reconnaîtra (rue ses 
tacu tes seront beaucoup plus développées que chez celui qui n'aura pas été instruit 
des le premier âge. r 

A la campagne même et dans les autres endroits où les enfants aveugles sont trop 



I 









— 278 — 
éloignés les uns des autres pour permettre de les réunir dans des écoles -"-■- A 

SpSSZ ££fi ***** * **■ «*-££t#î: t 






— 279 



Annexe n° 10. 



QUEL PARTI PEUT-ON TIRER DES ÉCOLES ÉLÉMENTAIRES 

DE VOYANTS POUR L'EDUCATION DES AVEUGLES? 
PAR M. A. BUCKLE, DE YORK. ( ANGLETERRE). 



Dans le rapport de l'année 187& de l'Institution des aveugles de Boston (États-Unis), 
feu le vénérable docteur Howe , parlant de l'éducation des aveugles , s'exprime ainsi : 
trLa pratique de l'éducation et de renseignement à donner à un grand nombre d'en- 
fants aveugles ou muets dans les écoles ordinaires est irn des progrès réservés à l'avenir. 
A peine se manifestera-t-il de mon vivant; mais je l'entrevois avec l'œil de la foi, et je 
me réjouis d'avance de sa réalisation. » 

Telles furent les dernières paroles de cet infatigable défenseur de la cause des 
aveugles. Il nous est désormais permis d'espérer que les prévisions de notre collègue 
pourront bientôt être réalisées. 

C'est à nous qu'incombe, malgré les nombreuses difficultés inbérentes à l'entreprise, 
le devoir d'en bâter la réalisation tout au moins partielle, si nous ne pouvons faire da- 
vantage. 

En Ecosse , M. Barnhill et ses amis se sont mis courageusement à l'œuvre pour faire 
adopter ce nouvel état de choses. 

M. Barnhill a rendu compte de ses efforts et a fait ressortir les avantages de sa mé- 
thode dans une brochure intitulée : Une ère nouvelle dans l'éducation des aveugles. 

En Angleterre, un comité spécial de la Society for organizing charitable relief a étudié 
avec soin cette question, parmi beaucoup d'autres se rattachant à l'éducation et à l'en- 
seignement des aveugles , et a donné son opinion motivée dans le rapport de la Société 
de 1876. 

D'après les conclusions du comité sur cette question ainsi que sur d'autres, force 
m'est de conclure que la plupart des instituteurs possédant la pratique de l'éducation 
des aveugles doivent certainement être d'opinions différentes. 

Le comité des écoles de Londres a encouragé l'envoi des enfants aveugles dans les 
écoles de la ville; mais nul rapport officiel n'ayant encore été dressé par les membres 
du comité , nous ne pouvons en déduire aucun résultat. 

Néanmoins, je crois que nous pouvons déjà signaler l'action de deux causes secondant 
ces efforts comme elles avaient précédemment encouragé le docteur Howe dans ses pré- 
visions. 

Ces deux causes me paraissent avoir été : 

i° L'insuffisance actuelle des écoles spéciales, unie à la répulsion qu'éprouvent cer- 
taines familles à envoyer leurs enfants aux écoles spéciales; 

9 ' Les inconvénients qui résultent ou sont supposés résulter de la réunion des aveugles 
dans les écoles spéciales. 











— 280 — 

complète ,1e ce plan d'études. fusantes pour justifier une modification 

On peut considérer sous deux asuects dimWnt. i .- ■ 

est poss.ble de tirer des écoles élémeïtaL de vT ^ants £%£ S ** "* « 
i* E« regardant les écoles ordinales corn „ de 1 T ? " ** ^^ : 

des écoles spéciales ; ' COn,me devant ètre employées au lieu et place 

«#£3*? ^ "P*"- des S- ordinaires comme une p,ép al ,tio„ 

Haut =^oî;:^ es rti^t ffi* *** ^ ^ 

.«• De cinq à quinze ans, .es étants 22*2 mT 77 "T^ ' 
naires; eu 6 les sero «t instruits dans les écoles ordi- 

a ° Les résultats avantageux sont incontestables. 
C'est ainsi : 

que », £, |>rop ,. e! E' e8! * Je S " >"*" de *™"™ «»»B» et d, ne co»U 

Considérons- en quelques-uns. 
i" On provoquera l'émulation. 

organe si important qu'il fa, Jra t Z^êt Sïïff F"** ave, « ,e est P«* *■ 
dans tous les exercices scolaires pafceauîn ^' &%*""**. * Cette ^"rmité 

la ftffle^cS^^T^ ^ k ^ ^ ^ infi ™ ite ' ~ ^" 
ÔS^^ P- a * î - mnrmité, 

^^ sera de 

plus Σtt 2K2 r^ et ia coufianceen soi *** 

■*. Quand des enfants «SriîiÏLiS^îS î'" r^ ^ ** Csl e ^ 
partie des premiers préfèrent avoï ré ,1 ***£ '' °* ' ,ro,,vë l"""' 16 F*»*» 

cher par eux-mêmes CW ïméZ "" y? ux ,les «econds plutôt que de cher- 

désiro'ns écarter dTïffïJii £lZ£ï ^ ¥^ dmS l ° *•»** •»» 
tinguer la lumière de l'oLcÏÏd ^ *** ^ V *®*™™** pOOr dis- 

Je suis fortement d'avis que, dans n'importe qu'elle école ordinaire, lese,/-ke, P et la 



— 281 — 

confiance en soi se produiront d'une manière bien moins heureuse que dans une école 
spéciale bien dirigée, où les exercices gymnastiques font partie du programme scolaire, 
où l'on donne une grande attention aux élèves pendant l'exécution des soins relatifs à 
leur propre personne, tels que toilette, habillement, préparation des lits, etc. , et où ils 
trouvent l'apprentissage nécessaire à un métier convenable. 

Enfin, la plus grande partie de la supériorité attribuée à l'enfant fréquentant l'école 
des voyants est due à l'avantage de l'enseignement que l'on suppose lui être donné dans 
la maison paternelle lorsqu'il n'est pas à l'école. 

Où peut-on , dit le comité susmentionné , trouver un mobile équivalent à l'amour 
paternel pour assurer à l'aveugle une éducation distinguée? — L'enfant aveugle doit-il 
être éloigné de sa famille? 

Du caractère moral des parents dépendra la réponse à ces arguments. Quelle que 
puisse être la supériorité de l'amour paternel comme stimulant pour un enseignement 
consciencieux , il est un fait que , dans la plupart des cas , les parents , malgré leur tendre 
affection, ne sauront pas donner à leur enfant aveugle l'éducation dont il a besoin. 

Dans le Yorkshire, les parents vous disent simplement qu'ils n'ont pas le temps de 
s en occuper à cause des travaux de la maison , et la mère , cpii donne ses soins à d'autres 
enfants, ajoute qu'il lui faut moins de temps pour servir son enfant aveun-le que pour 
lui enseigner à se servir lui-même. 

Nous pourrions fournir encore d'autres arguments pour prouver que l'école spéciale 
est, en principe, le seul endroit où les enfants aveugles de parents pauvres rencontre- 
ront 1 éducation minutieuse que leur état exige. 

Considérons maintenant le sujet dans sa réalisation pratique, savoir : les écoles ordi- 
naires comme préparation aux écoles spéciales. 

Comme nous l'avons déjà dit, la valeur de l'école ordinaire pour l'enfant aveugle dé- 
pend avant tout du caractère moral des parents. Mais admettons que la maison soit 
bonne et que les parents prennent un intérêt actif à l'éducation de leur jeune enfant 
aveugle. Dans ce cas, je crois que la fréquentation de l'école ordinaire de six a neuf ou 
dix ans présenterait des avantages considérables. 

Il faut supposer qu'il n'y a pas de classe d'enseignement pour les aveugles dans l'école 
des voyants. Dans les petites villes, il n'y a pas un nombre suffisant d'élèves avenues 
pour former une classe à part, et, dans les villes plus considérables, si l'on réunissait 
dix a douze élevés aveugles dans une école, on trouverait que l'âge est différent et qu'il 
serait déraisonnable de les placer tous dans la même classe. 

II nous faut donc supposer que dans les écoles de voyants les enfants aveugles sont 
pour toutes les études, répandus parmi leurs compagnons voyants. 
A quel résultat arriverons-nous? 

Nous verrions certainement la lecture se faire avec les lettres romaines en relief; mais 
je doute que nous puissions trouver des professeurs pour enseigner l'usage des carac- 
tères spéciaux pour les aveugles, tels que ceux de Moon et de Braille. 
On ne peut pas établir ici de règle absolue. 

Dans l'écriture, le type de l'épingle pourrait être employé sans beaucoup de difficulté; 
mais la correction et l'examen des exercices en Braille demanderait beaucoup trop de 
temps, et 1 usage d'un appareil comme le Guldberg exige plus de surveillance que 
nous ne pourrions en demander à un professeur. 

L'arithmétique ne pourrait presque être que mentale, et si les différentes parties en 
étaient bien apprises, et la manière de faire l'addition , la soustraction, la multiplication 
et a division bien comprise par le calcul de tète, il y aurait là un grand point d'obtenu. 
Ouant a epelation, la géographie, l'histoire, la grammaire, l'Écriture sainte, 
études qui, dans les petites classes de toutes les écoles, se font presque entièrement à 
Haute voix , I enfant aveugle serait probablement capable de marcher de pair avec ses 







— 282 — 

camarades voyants. Telle est, selon moi, Je point auquel l'enfant aveugle pourrait être 

spTciale UDe 6 V ° yantS ' COmme Féparati0n à son «^dansTe écl 

nïnft!!! °^' e f nse % nementdoi n es tique est négligé, - chose, hélas! fréquente -le 
plus tô que 1 enfant aveugle sera envoyé dans une école spéciale sera le meilleur 

C est ici qu apparaît la nécessité des écoles préparatoires pour les aveudes comme 
celles qui ont été fondées en Danemark et en Saxe P g ' mme 

Je crois avoir ainsi répondu à la question qui nous a été posée. Je dirai en termi- 
nant quelques mots de l'éducation générale des aveugles 

Le système d'éducation des aveugles pratiqué en Angleterre depuis vingt ou trente 
ans a, sans aucun doute produit des résultats heureux. Nous regrettons toutefois qu'on 
n ait pas fa, davantage. Ma.s aucun des systèmes qu'on aurait pu employer pZYen- 

sœtssttî" écoles de voyants nw < j,en suis w-k ^ 

d'i! Pk ?' P, 0ursu ji dans !es ^ onnes écoles "P^"» est, sous certains rapports, digne 

m le \ r iédUCat,0n d6S V ° yan ', S : J' 6 VCUX P"** de la ^thode P suivanX 
quelle après ti-eize ou quatorze ans, dans nos institutions convenablement dirigées 
1 éducation mtellectuelle marche de pair avec l'enseignement industriel pendant Eu 
uiuiii 6 fins. 

Dans l'éducation des voyants, en Angleterre, l'instruction intellectuelle cesse quand 
instruction indus ne! le commence, c'est-à-dire juste au moment où l'élève commence 
a en comprendre 1 importance. 

Il est vrai que l'on obvie à cet inconvénient au moyen des classes et des écoles du 
soir; mais quand on compare le nombre de ceux qui suivent ces cours avec celui des 
apprentis qui ne les fréquentent pas , il est évident que les résultats de ce travail édu- 
catif sont bien peu de chose. 

L'enseignement d'une institution bien dirigée est, à mon avis, bien supérieur, et je 
n hésite pas a déclarer que, si les élèves aveugles d'une pareille institution eussent reçu 
un enseignement suffisant, les résultats eussent été plus complets. 

Mais bien que les aveugles soient privés d'un des plus précieux moyens d'étude le 
plus souvent, nous ne leur accordons pas même le temps que nous consacrons à leurs 
camarades voyants, pour achever leur enseignement industriel. 

Il faudrait donner aux aveugles jusqu'à vingt et un ans accomplis pour compléter 
leur éducation et leur apprentissage d'un métier quelconque. 

Quel doit être donc, en définitive, le but à atteindre? Quel devrait être l'objectif 
constant de nos efforts? J 

Il y a trois points distincts et importants que nous ne devons pas perdre de vue 
lin premier heu, nous devrions faire ressortir la nécessité d'envoyer tous les enfants 
aveugles aux écoles de voyants jusqu'à dix ou onze ans; ensuite encourager la fondation 
d écoles préparatoires pour les aveugles. Finalement, améliorer le plus possible nos 
écoles spéciales d aveugles en obtenant, si nous pouvons, l'appui de l'État. De cette 
manière nous laisserons aux aveugles le temps nécessaire à leur éducation complète, 
proportionnée à leurs aptitudes et à leurs capacités, et nous les mettrons ainsi à même 
de devenir habiles ouvriers. 

Tels sont les principaux résultats que nous devons avoir en vue, comme professeurs 
et instituteurs pratiques. 

Quant aux deux propositions émises par le comité spécial dont j'ai parlé, savoir • que 
les aveugles, en principe, doivent être instruits de cinq à quinze ans avec les voyants 
et que, chaque fois qu'on le jugera nécessaire, les jeunes aveugles pourront être 
envoyés pour un an dans une école spéciale, — elles sont en désaccord flagrant avec 
notre expérience. — De telles idées, si elles étaient mises en pratique, aboutiraient à 



283 — 



une perte irréparable pour les aveugles, en ce qu'elles substitueraient les écoles ordi- 
naires aux écoles spéciales et n'auraient d'autre résultat qu'une perte d'argent. 

Quels que soient nos visées et nos moyens, commençons par faire le meilleur usage 
possible des éléments que nous possédons, en apportant des améliorations partout où 
ce sera utile, et laissons-nous guider par un sens pratique et réfléchi. 



& 










— 284 — 



Annexe n° II. 



L'AVENIR DES AVEUGLES 

CONS.DÉRÉ AU POINT DE VUE DE LEUR ÉDUCATION GENERALE 
DANS LES ÉCOLES ORDINAIRES, 



PAR S 



S. FORSTER, M. A. DE WORCESTER ( ANGLETERRE). 



miinicalive et de l'aiguillon de Tém I lT , association, de la ga.eté com- 

sy.ieme depuis six ans, dans certaines parties de l'Ecosse, des lettres de professeurs 
et d autres personnes compétentes pour donner leur avis sur la qurtta i dSSïï 

UNE ÈRE NOUVELLE DANS L'EDUCATION DES AVEUGLES 

d Mm ÏÏÏ2 îï les ZT F£ ^'T P ° Ur ] ' inst ''» cli °» ^nérale et systématique 

In T.T V> * littéraires les concernant et tendant à augmenter leur 

uZtn V '"? 8VeC e, 7 ressement ; et le petit livre Une ère nouvelle, quTt 'aite une 

z^zsss?* po,,r iwu * ie et ** ** * »•« w^c. Sx 

JkmZZZË cn'f 'l qUeSll '°r de rensei S nen ' en t des enfants aveugles dans nos 
écoles ord.na.res, confondus avec les voyants, non pas comme une tentative occasion- 



— 285 — 

nelle, un effort passager, mais comme un principe reconnu, accepté par les maîtres 
el approuvé par les directeurs d'école. Cette idée n'est pas nouvelle; plusieurs personnes 
en ont fait l'essai dans les écoles ordinaires el aussi dans les écoles supérieures; mais 
elle est nouvelle au point de vue de son adoption par une partie considérable d'un pays, 
et de son application à un grand nombre de sujets. Il existe assez d'enfants aveugles 
pour qu'il soit intéressant de s'en préoccuper. Ils sont en général trop pauvres pour payer 
leur pension dans les instituts, même si on pouvait les y recevoir. La raison et l'huma- 
nité nous font un devoir de rechercher s'il n'y aurait pas possibilité de faire quelque 
chose pour améliorer leur sort dans le premier âge, ou s'ils doivent grandir négligés 
et ignorants. L'auteur de ce volume répond à celte question en engageant à les envoyer 
dans les écoles communes. 

Bien des objections se présenteront à l'esprit de ceux qui considèrent les professeurs 
d'aveugles comme possédant un art occulte, dont la clef ne se trouve que dans les insti- 
tutions. On dira peut-être aussi que les mœurs et les habitudes des enfants aveugles 
résistent à ce mode d'éducation , ou bien encore que le temps du maître sera détourné de 
son emploi normal, et qu'il surgira de nombreuses entraves au cours régulier du plan 
d'études, et cela sans aucun avantage bien réel pour les aveugles eux-mêmes. De toutes 
manières, dira- t-on-, les enfants aveugles ne peuvent recevoir une éducation poussée 
bien loin; mais, en outre, ils se trouveront ici arrêtés par la difficulté des appareils 
spéciaux de classe, qu'ils ne pourront se procurer et que leurs maîtres auront peine à 
comprendre. L'ouvrage que nous examinons donne la réponse à chacune de ces objec- 
tions. 

L'expérience qui se fait en Ecosse a commencé dans les conditions les plus modestes. 
La Mission de Glasgow pour les aveugles a Irouvé, dans ses visites, un nombre consi- 
dérable d'enfants aveugles grandissant dans l'ignorance et l'abandon. Un de ces infor- 
tunés ayant été rencontré à Greenock, on fit une tentative pour le faire admettre dans 
l'école de la paroisse. Après beaucoup d'hésitation de la part du maître, l'autorisation 
fut accordée, et les résultats furent si satisfaisant» que le promoteur de celte idée fut 
conduit à pousser plus loin son expérience. D'autres enfants, au nombre de cinq, furent 
successivement confiés à M. Kay, de l'École de charité, à Greenock, avec un succès égal 
au premier. 

L'attention publique ayant été éveillée sur cette nouvelle méthode d'éducation, au 
moyen des examens publics et des lettres de M. liarnhill, surintendant de la Mission, 
ce système a reçu l'approbation de quelques personnages distingués et a été sanctionné 
par un article du Bill de l'éducation en Ecosse, «autorisant les établissements scolaires 
à admettre des enfants aveugles pour y recevoir l'instruction en même temps que les 
voyants». L'hésitation des maîtres el des parents se trouvait ainsi combattue; l'habi- 
tude s'en répandit à ce point qu'aujourd'hui, dans la Mission de Glasgow et dans d'au- 
tres localités, il y a cinquante aveugles, de cinq à quinze ans, qui reçoivent l'éducation 
dans les écoles communes. En mai 187a, la Société de Londres pour l'enseignement 
au sein de la famille a donné son approbation à cette tentative de sa branche écossaise. 
En avril 187Z1, l'Administration de l'instruction publique a virtuellement adopté le sys- 
tème par l'intermédiaire de la Société d'enseignement à domicile; c'est ainsi que l'im- 






c 1 d 6 ^ CnCOre da " S S °" enfance en Angleterre. Pour le prouver, il nous suffit dédire que 
le Mwol Bonrd, de Londres, enseigne les enfants aveugles admis dans ses écoles, au moven de 
maîtres aveugles faisant usage des caractères du docteur Moon, et donnant deux ou trois 'leçons 
par semaine. En d'aulres termes, ils ont délégué les aveugles aux soins de la Société d'enseigne- 
ment à domicile, qui adopte le système dont nous nous occupons. Ceci constitue une ignorance 
du principe de classes mêlées et perpétue l'isolement des aveugles, deux maux que se propose de 
combattre le svstème écossais. 






— 286 — 

pulsion donnée par Glasgow s'esl. étendue à Londres, et qu'un certain nombre d'enfants 
aveugles ont été admis dans nos écoles publiques. 

L'éducation donnée jusqu'ici en Ecosse a dépassé l'enseignement élémentaire Outre 
la lecture, lepellation et l'interprétation, elle comprend l'histoire sainte, l'histoire pro- 
fane, la grammaire, la géographie, l'arithmétique. L'histoire et la grammaire s'ap- 
prennent oralement. La Bible est traduite en relief, en totalité ou en partie d'après 
différents systèmes. La géographie ne comprend que les dimensions et les positions rela- 
tives des provinces et des royaumes, enseignées sur une carte en relief ou découpée 
m arithmétique, où, comme en géographie, on peut faire usage d'un appareil spécial' 
on nous a cité un élève qui avait depuis longtemps atteint la division. La pratique de 
1 arithmétique mentale pourrait lui faire faire quelques progrès. Plusieurs possèdent 
aussi le système d'écriture pointée qui porte le nom de Braille. Voilà une éniimération 
très respectable et, si les avocats du système pouvaient en garantir aussi la supériorité 
comme simplicité, régularité et constance, il constituerait un bienfait sérieux et durable 
L effet moral de la discipline sur les enfants aveugles est frappant. La vie en com- 
mun avec leurs camarades provoque le développement de leurs talents, de leurs ins- 
tincts et de leurs bonnes qualités. L'exercice est favorable à leur santé et les habitue à 
une vie active. La règle de l'école leur enseigne l'ordre et la soumission. L'émulation 
éveille une industrie et leur innocente ambition de dépasser les autres. Le flambeau de 
'intelligence s'allume, et en même temps s'aiguillonne l'esprit de recherche. La torpeur, 
les imaginations et l'amour de la solitude, caractères habituels de l'aveugle, se dissipent,' 
et les habitudes fantasques, qui font trop souvent de l'enfant aveugle la frayeur de ses 
amis, disparaissent peu à peu. Propre, soigneux, gai, l'enfant n'est plus la même créa- 
ture. Nous n'entendons point affirmer par là qu'il n'y a pas eu, qu'il n'y aura pas de 
déceptions. Les enfants aveugles sont de capacités différentes, tout comme les voyants, 
et ne peuvent progresser que selon leurs talents naturels, sur lesquels les souvenirs de' 
leurs années d'enfance exercent une puissante influence. Les institutions les mieux orga- 
nisées ne sont pas à l'abri des insuccès, et presque partout c'est la médiocrité qui lait 
la règle. Au surplus, les promoteurs du système ne prétendent pas à un succès uni- 
versel, mais seulement à de notables améliorations dans l'éducation des aveugles. 

Il est impossible d'apprécier au juste l'importance de la privation de la vue à l'aveugle , 
relativement aux objets communs de la vie journalière. Sous le rapport de la ca- 
pacité intellectuelle des connaissances théoriques, des langues, de l'histoire, etc., 
ses facultés sont peu ou point inférieures à celles du voyant; mais dans les mille 
objets qui frappent l'œil chaque jour et forment une partie importante de l'éducation, 
il reste à l'état d'enfance. Les formes et les distances lui sont presque inconnues, les 
couleurs le sont absolument à l'aveugle-né. Les cieux et les corps célestes, les plantes, 
les animaux, les cours d'eau et les montagnes ne sont guère pour lui que des noms. 
Il peut bien arriver à comprendre entièrement ou en partie les choses qu'il peut palper; 
mais quand on se rappelle le petit nombre de ces objets, surtout dans l'enfance, on 
s'aperçoit de quelle énorme quantité de connaissances utiles l'aveugle se trouve dépourvu. 
Un enfant aveugle fait l'apprentissage de la vie dans les limites les plus bornées. II peut 
rarement faire librement usage de ses pieds, et quand il a besoin de mouvement, il 
n'exerce que les parties du coq)s qu'il peut remuer en sécurité. De là résultent des 
mouvements irréguliers et disgracieux qui défigurent beaucoup d'aveugles. Petit à petit, 
de nouveaux objets se révèlent à lui, mais toujours dans une sphère limitée; son horizon 
se borne à l'appartement qu'il occupe et aux meubles qui le garnissent; de tout le 
reste il n'a que des conceptions très imparfaites. Alors commence l'exercice en plein air, 
ses rapports avec ses petits camarades, ce qui, par degrés, rectifie ses idées sur 
bien des choses. Il commence à avoir quelques notions du chaud et du froid , de l'hu- 
midité et de la sécheresse, de la lumière, du soleil et de l'ombre, des rues dans les 



— 287 — 

villes et des routes dans la campagne. Les sons constituent l'alimentation dont il se 
nourrit principalement, aussi est-ce sur eux que son imagination se donne carrière 
pendant ses heures de solitude. Il imite le chien, le chat, les oiseaux, et se livre avec 
abandon à toutes les magnificences de la musique allemande. Bientôt il commence à 
chanter, à jouer de quelque instrument, et comme c'est là le côté développé de ses 
facullés, il efface, il dépasse tous les autres, au point de devenir un monoiuane. 
Quant aux choses ordinaires, son esprit n'est qu'un désert aride. Il parlera des jambes 
d'une sardine, des jambes de derrière d'un oiseau, et il s'étonnera que la pluie n'é- 
teigne pas le soleil. Si on se rit de lui, et s'il ne possède pas un caractère énergique et 
investigateur, il retombera dans une habitude de silence qui ira toujours s'invétérant. 
Peut-être vaut-il mieux avoir une idée imparfaite des choses que de n'en avoir aucune; 
mais il est important d'avoir des idées justes, aussi accueillerons-nous a\ec empresse- 
ment les moyens de rectitier le jugement de l'aveugle, ce qui offre le plus de difficultés 
aux maîtres d'aveugles. Par conséquent l'association des enfants aveugles avec les 
voyants pendant leurs premières années, la participation à leurs promenades et à leurs 
jeux, la possibilité d'entendre leurs observations sur tout ce qui se passe, les nombreuses 
occasions qui se présenteront pour eux de recevoir des notions justes, les innocentes 
railleries que provoquera parfois leur ignorance, exerceront une heureuse et conti- 
nuelle influence sur leur jugement, ce qui est un inappréciable bienfait. 

Les difficultés qui ont assailli les promoteurs de ['Ère nouvelle sont grandes. En 
premier lieu, il n'a pas régné une parfaite unanimité entre les maîtres. Tout l'avan- 
tage du système consiste surtout dans la moralisation et l'amélioration par les classes 
en commun. Si on enseigne les élèves à part, le principe se trouve mutilé. Nous ne 
prétendons pas qu'il n'y ait pas là un avantage pour les aveugles, puisque c'est la 
méthode des institutions; mais ce n'était pas là ce qu'on se proposait, et cette mé- 
thode constitue une grave atteinte au système. Le temps et l'expérience pourront con- 
vaincre les maîtres que l'enseignement en commun convient mieux que l'enseignement 
individuel au milieu des voyants. Faute de cela, la méthode devient une sorte de con- 
trainte, système sur l'efficacité duquel nous n'avons pas à nous prononcer ici. 

In point essentiel, c'est la pauvreté des livres classiques. On aurait peine à croire 
qu'il n'existe pas une série complète de bons livres de lecture en relief, dans aucun 
système anglais. On a commencé, il est vrai, à en imprimer quelques-uns. Nous ne 
sommes pas de ceux qui se plaignent de la variété des systèmes, variété qui nous paraît 
indispensable, mais nous nous élevons contre le prix élevé des bons livres classiques. 
Les promoteurs de la méthode qui nous occupe ont fait usage de livres élémentaires de 
lecture imprimés d'après les systèmes Alslon et Moon, dont le premier est un système 
romain, le second un système arbitraire. Les bons livres en romain, n'étant pas ceux 
dont on fait usage dans les classes de voyants, peuvent servir à des leçons particulières, 
aussi bien pour l'épellalion que pour l'orthographe; mais ils ne peuvent répoudre au 
but que l'on se propose, la lecture en classe, ce qui serait fort avantageux. Comme la 
Bible se trouve mise en relief dans deux ou trois systèmes, on pourrait adopter clans 
les classes la lecture de la Bible; mais nous ne savons pas si c'est une pratique observée 
dans les écoles. La même pénurie se remarque dans les livres de grammaire, d'histoire 
générale et de géographie. Tels qu'ils existent avec le caractère romain , comme avec 
tout autre, ils ne répondent pas au but, et cette question des livres est une épine 
aux pieds du système. 

Il est facile de dire qu'avec un peu d'efforts on peut arrivera obtenir les livres en re- 
lief. Quels sont, en effet, les livres de classe à choisir? Il y a, en ce moment, diverses 
sortes de livres de classe en Ecosse. Probablement, il en sera toujours ainsi; car bien 
des gens donnent de sérieuses raisons, et peut-être n'ont-ils pas tort, contre l'unifor- 
mité de livres classiques. La variété stimule l'émulation, et l'émulation est la meilleure 






— 288.— 

d'Ecosse, de cinq. aLTal au nomT^ S lntémSëS - LeS J 6Unes avel, & les 
faible portion deYu? enfers de ceS „r le S"** °? ^f™^ <A* 
^el il n'y en a q ue dKtSi&E S^M toTT ^ 
1 existence de ces d verses séries de livres II f-,.,,!™ a " 1 f 7 , Su PP oson s 

•mh T ... ££; San t: t^rs^r" 

la fois. Et s'il est nécessaire,, au bout de guelaues anné P V 1 E ySlème a 

meilleur des systèmes les p us récenls eues dus iTt Y "f 3 "?™ contre le 
autres choses, ont' leur mode et leur W S u ^ °T ** ,lvres - ^rame les 
promoteurs; ^siSi^X.^tdS^ ^'f 8 T ^ 
nté et les aveugles doivent suivre et non cond "rë. sT ^venait àt P »T T' S Pn °" 

Chez nous, on imprime activement aujourd'hui trois ou quaie sor.es de araSeés 11' 

le rl2 - ff r °tf ÏT? -1, S0,U lr °P fins ' i] resle ceux d'Alslon, de Worcèsler 

de Clarke a moins que M. Clarke n'ait abandonné la mise en relief du beau cS^ 
dont ,1 est 1 auteur. Al. Barnhi.l est opposé aux types arbitraires, pou, ce q i conce™ 
le système écossais. On peut demander les fonds nécessaires à une sousa ïntTon nu 
ÏÏhW I " ."'r ,m(,, " in,eUr ** P" ISSe inVenl - « »—au carac re e C-"r 

P ss on aui s nt P r" 1 8ermt ^ ^ * * ^ ■**■**"*" Les sociS d"i - 
presson, qui sont soutenues par des souscriptions, ne sont pas libres de spéculer sur 
des chances, ma.s doivent se renfermer dans les bornes tracées par IWr „ce Notre 
Gouvernement, à Tencontre de ceux d'Amérique et d'autres pays, abandonne £ que 

on a limfat.ve privée, mais la philanthropie n'a pas encore dirgé ses efforts afcôé 
des aveugles En foule justice, c'est au public, qui profite du système écossa de trouve 

ment avec beaucoup moins d'un millier de livres sterling, on pourrait imprimer ou 

veau tvne Fn pp ' i ^essa.re, subvenir aux fiais d'introduction d'un nou- 

veau type. En recourant aux livres d'une des sociétés existantes, il ne faudrait pas plus 

porter de II lnhtlt t Ut,0nS ' *" «** généralement pauvres et rarement à même d'ap- 
STti 0n d t irtrTf a " tS à leU1 ' 01 ^ nisation ' °» «• opération de l'adm - 
S nerdronî nt d A j 1 Ç ,eter ^' P ou [ 1 ui ,e «««veau système est à l'état d'enfance, 
Ï^naufragc P P ' S a, " fêteront dans leur "««*«. "» ooowrt risque de 






1 



— 289 — 

Le type dans lequel la série d'auteurs qui aura été choisie, pour être mise en relief, 
pourra être un type arbitraire plus ou moins facile qu'un autre, mais qui présen- 
terait peut-être un désavantage moral qui contre-balance cette supériorité. Dans ce 
projet de système, il faut tenir compte non seulement des aveugles, mais aussi de ceux 
qui doivent les instruire, et de cette circonstance que les enfants aveugles seront aidés 
à l'école par leurs camarades voyants et aussi à la maison par leurs parents pauvres. 
Deux ou trois camarades de classe pourraient certainement lire un type arbitraire; mais 
disons hardiment que ni parents, ni frères, ni sœurs ne pourront rarement y parvenir. 
Un type compliqué décourage les personnes ignorantes, et pour quelles se décident 
à l'apprendre, il faut qu'elles y soient poussées par un sentiment bien puissant. Les 
personnes instruites hésitent elles-mêmes à enseigner les aveugles au moyen d'un al- 
phabet qui leur est étranger, et, pour s'y décider, il faut qu'elles leur soient attachées 
par des liens bien étroits. Nous pouvons donc avoir la certitude qu'en règle générale 
les parents ne pourraient instruire leurs enfants à l'aide d'un type arbitraire. L'expé- 
rience condamne positivement une telle croyance. Et comme l'une des conditions essen- 
tielles du système projeté, c'est qu'il ne doit imposer au maître aucune perte de temps, 
il faut adopter le type romain , comme combinant les avantages de la facilité de lecture 
avec le maintien d'une sympathie morale. Aucun maître, bien entendu, ne serait 
capable d'apprendre un type arbitraire, de façon à pouvoir, au bout d'une semaine ou 
deux, suivre le lecteur, tandis que l'usage du type romain ne lui fait éprouver aucune 
difficulté; ces arguments seraient irrésistibles, si on ne pensait pas généralement qu'il y 
a dans le romain, comparé aux types arbitraires, une difficulté telle, qu'en fait, le 
temps perdu à l'apprendre compense ses autres avantages. C'est une erreur; le romain 
peut être lu par des enfants de huit ans et des sexagénaires. 

Le toucher de l'aveugle varie autant que le sens de la vue chez le voyant, et com- 
prend tous les degrés d'habileté et de gaucherie. Ainsi, l'un ne trouve aucune difficulté 
dans l'Alston ou l'Américain, tandis que l'autre préfère le Moon. De sorte que, bien 
loin que la variété de types soit un inconvénient, pour nous c'est un avantage,' puis- 
qu'elle permet de lire à certaines personnes qui n'auraient pu y réussir avec un type 
unique. De plus, les enfants de cinq à quinze ans ne trouveront aucune difficulté 
dans le type romain , attendu que leur toucher, délicat parce qu'il n'est pas altéré par 
un travail manuel, peut surmonter pratiquement toute difficulté. C'est ce qu'atteste 
M. Barnhill, quand il déclare que les enfants ont appris le type d'Alston, que nous 
avons entendu décrire par d'autres comme le type le plus difficile qu'ils eussent jamais 
vu, et M. Campbell, du Collège royal normal, le confirme, en conseillant l'usage des 
caractères américains. Si donc on peut trouver un type dont les dimensions et la clarté 
suppriment cet inconvénient, nous ne voyons pas ce qui pourrait empêcher d'en faire 
l'essai. D'ici à ce que la série de livres aujourd'hui en usage soit épuisée, pour faire 
place à une autre, la question du type pour les aveugles aura été l'objet de discussions 
approfondies, et d'importantes améliorations auront sans doute été réalisées. 

L'auteur ne nous a pas dit comment son système fonctionnera dans les districts 
écartés, où la population est disséminée, les écoles peu nombreuses, les distances 
éloignées et où le mauvais temps règne la moitié de l'année. Il y aurait possibilité 
de loger les enlants dans quelque maison voisine de l'école, assurément nous ne dirons 
pas chez le maître d'école lui-même, car ce serait créer une miniature d'institu- 
tion, sans aucun avantage spécial. Il est probable qu'on saura résoudre la difficulté 
quand elle sera soulevée. Mais, dans les centres de population, où se rencontre un 
grand choix d'écoles, nous ne voyons pas la moindre difficulté dans l'application 
du système. Nous abandonnerions comme chimérique l'idée d'atteindre, dans ces 
écoles, un haut degré de connaissances mathématiques, classiques ou musicales. Une 
bonne et solide connaissance des matières ordinaires, comme la grammaire, l'his- 



N° 29. 



'9 



I 
I 



I 



I 

I 



I 



I 









. — 290 — 

toire et la géographie descriptive et physique, autant qu'on en peut apprendre par 
cœur, l'arithmétique, une étude quotidienne de la Bible et la plus grande facilité 
possible à lire le caractère, surtout en vue d'étudier la Bible plus tard dans une 
autre condition de vie, voilà ce qu'il y a de pratique et d'important. On pourrait 
ajouter la récitation de belles poésies, comme exerçant une influence salutaire sur 
l'expression et le goût, la pratique de l'arithmétique mentale dans une mesure aussi 
étendue que possible, le chant en classe et la gymnastique, autant que le comporte le 
règlement de l'école. Voilà tout ce qu'il faut pour une éducation primaire. Dix-neuf 
enfants sur vingt ne parviendront jamais au delà. Pour perfectionner leur enseignement, 
nous souhaiterions voir adopter la mission des écoles de YÈre nouvelle. On pourrait 
laisser de côté la géométrie, qui coûte fort cher, dont on a rarement besoin, et qui 
prend beaucoup de temps au professeur. Nous ne voyons pas non plus la nécessité d'y 
introduire l'enseignement de la musique instrumentale. Ce serait, d'un autre côté, une 
folie que de vouloir appliquer ce système aux écoles de grammaire, à cause du manque 
de livres et de l'infinie variété que cet enseignement nécessite; notre expérience per- 
sonnelle nous conduit à le condamner absolument. 11 ne serait pas à propos de citer, 
sinon comme exemple d'illustration personnelle, les cas de ceux qui sont parvenus à 
entrer dans les universités; car leur indomptable activité n'aurait jamais pu prendre 
son essor, sans l'attention d'un lecteur particulier et sans la coûteuse mise en relief de 
livres nombreux. 

Sans livres, on ne peut devenir un parfait écolier. Toutes les fois qu'il se présente des 
cas spéciaux, comme une exquise capacité pour la musique ou les langues (facultés qui 
sont généralement réunies), ou pour les mathématiques^ on doit en faire l'objet d'une 
étude spéciale, et ce sera le lien entre les écoles de YÈre nouvelle et les institutions 
actuellement existantes. 

Chacune sera le complément de l'autre, les écoles étant une préparation pour les 
institutions. A mesure que les enfants grandissent, la diversité de leurs aptitudes se 
manifeste, et on peut, dès lors, dresser en connaissance de cause leurs plans d'avenir. 
Un petit nombre retourneront dans leurs familles. Les autres, d'une capacité moyenne, 
seront plus propres aux travaux manuels qu'à ceux de l'intelligence et se dirigeront vers 
les institutions industrielles. Le reste , un très petit nombre , qui auront toujours marché en 
tête, pousseront plus loin leurs études et entreront dans les écoles supérieures. De celte 
manière, on ne les dirigera pas au hasard, et on ne poussera leur éducation qu'après 
qu'ils auront donné des preuves certaines de capacité. Le grand avantage de ces écoles 
pour les institutions est donc bien évident. Elles y enverront des enfants d'une capacité 
supérieure et d'une plus grande activité intellectuelle, qui rendront nécessaires de 
meilleurs modes d'enseignement, de meilleurs livres, de meilleurs instruments, et qui 
forceront l'Administration à perfectionner l'enseignement des aveugles. Si, dans un petit 
nombre de cas, ils enlèvent des élèves aux institutions, ils auront bientôt plus que com- 
pensé ce dommage, car, si les enfants qui étaient, avant cette expérience, complètement 
négligés, et qui constituent la moitié des aveugles d'Ecosse, voient leur niveau intellec- 
tuel s'élever, il y aura plus de candidats pour les institutions , et des candidats d'un 
ordre supérieur. Aussi l'auteur a-t-il tort de dire que sa réforme ne doit exercer aucune 
influence sur les institutions. C'est qu'au contraire elle exercera sur leur situation ma- 
térielle une action directe; les carrières industrielles seront celles qui en retireront les 
plus précieux avantages; car leurs élèves actuels, à cause de l'éducation négligée de 
leurs premières années, sont généralement d'assez faibles sujets au point de vue intel- 
lectuel. Des jeunes gens et des femmes ayant de l'intelligence native et une certaine édu- 
cation viendront remplacer ces vieux pensionnaires et, comme ils apporteront avec eux 
le goût de la lecture, ils obligeront l'Administration à se pourvoir de livres pour donner 
satisfaction à ces louables instincts et leur permettre de se développer. 









— 391 — 

L'étude n'est pas incompatible avec le travail manuel; au contraire, elle l'adoucit et 
le perfectionne. 

La génération présente est remplie de zèle en faveur de la situation de l'aveugle, et 
on a dès lors droit d'espérer que l'expérience faite en Ecosse aura pour résultat final 
de contribuer à son bien-être d'une manière plus effective et plus large que l'auteur du 
système ne l'avait lui-même espéré. 



I 



>9- 



I 



— 292 — 



Annexe n° 12. 



RAPPORT DE LA COMMISSION 



CHARGEE D'ÉTUDIER À L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS LES EXPOSITIONS PAR- 
TICULIERES DBS INSTITUTIONS ET DES INSTITUTEURS D'AVEUGLES, ENFANTS OU 
ADULTES. 



■ 
I 



1 

1 







Celte Commission comprenait MM. Piras, Levitte, Paulasek (Autriche), Boes- 
ner (Allemagne), Moldemiaver (Danemark), Buckle et Johvs (Angleterre), Mar- 
tuscelu (Italie), Simonon (Belgique), Ohsï (Egypte), l'abbé Guide.. (Nancy), l'abbé 
Raineiu (Italie), MM. A.etF.NAEF (Suisse), l'abbé Vitali (Italie), Barmull (Ecosse), 
Meyer (Pays-Bas), tous directeurs ou délégués d'institutions d'aveugles à Paris, à 
Vienne, à Berlin, à Copenhague, à York, à Edimbourg, à Naples, à Namur, au Caire, 
a Nancy, a Rome, à Lausanne, à Zurich, à Milan, à Glasgow et à Amsterdam. 

M. le secrétaire général Lavancby, prié par cette Commission de l'assister de ses 
lumières et de son expérience, a bien voulu prendre part à ses travaux. Il était ac- 
compagné de M. le D r Armitage, Anglais de distinction, qui s'intéresse vivement aux 
travaux du Congrès; frappé lui-même de cécité, il lit et écrit avec facilité tous les 
systèmes, et d consacre son temps et sa fortune à l'amélioration du sort des aveugles. 

M. J.-H. Meyer, directeur d'un institut de jeunes aveugles et délégué pour les Pays- 
Bas, a été nommé rapporteur. 

Egypte. — La Commission a inauguré ses travaux par l'Egypte, dont la remarquable 
exposition se trouvait la plus rapprochée du palais du Trocadéro. Elle a constaté, avec 
une vive satisfaction, les résultats obtenus par l'école khédiviale du Caire. M. le secré- 
taire général Lavanchy, qui avait représenté l'Egypte au Congrès de Vienne, avait fondé 
lui-même une institution analogue. M. Onsy, le fondateur de l'école actuelle, s'est, il 
faut le dire, par son zèle, montré digne d'un tel prédécesseur. Malheureusement son 
dévouement a eu à lutter contre l'état désastreux des finances égyptiennes. Le nombre 
des élèves dut être considérablement réduit, circonstance d'autant plus fâcheuse que l'on 
compte en Egypte jusqu'à a5,ooo aveugles. 

La Commission a pu se rendre compte de l'application de l'anaglyptographie de 
Rraille aux caractères arabes. Elle a étudié un grand nombre de livres consacrés à 
I étude du Coran et à celle des sciences, des machines propres à faciliter le calcul et plu- 
sieurs appareils de la plus haute utilité. Remarquons toutefois que la nature de l'insti- 
tution et ses excellentes dispositions n'ont pu, jusqu'à présent, réaliser à elles seules 
son véritable but. Les mœurs, le climat et d'autres exigences trog longues à énumérer 
ont, en Egypte, mis des entraves à l'instruction et à l'occupation de tous les aveugles, 
entants ou adultes, ce qui fait qu'un très grand nombre de ces infortunés n'ont pu bé- 
néficier des avantages que la philanthropie s'efforce de leur procurer. 

A l'exposition de l'école khédiviale, la Commission a encore remarqué plusieurs spé- 
cimens d'ouvrages manuels fort utiles et faits avec goût, entre autres d'excellents tissus 
de toile et de cachemire. En somme, cette exposition a été pour l'observateur du plus 



^m ^m 



— 293 — 

vif intérêt et témoigne d'une manière saisissante la solidité des bases sur lesquelles son 
honorable fondateur a élevé cette école, et l'excellent esprit qui, grâce à lui, a présidé 
à ses débuts. 

Etats-Unis et Amérique du Sud. — En parcourant la distance qui, dans le palais de 
l'Exposition, sépare l'Egypte des Etats-Unis, la Commission n'a pu se dérober à un sen- 
timent pénible : elle a dû constater que la pari réservée à l'objet de ses examens se trou- 
vait circonscrite dans un cercle relativement fort restreint. 

En effet, l'Amérique est une partie du monde dont les divers Étals rivalisent de zèle 
pour l'amélioration du sort des aveugles. On en peut dire autant de l'Angleterre. Dans 
ces deux pays, la charité publique s'est mise à cette noble tâche avec le plus louable 
élan. Les institutions américaines n'ont pas été représentées comme elles auraient pu et 
dû l'être. Quant aux institutions anglaises, n'ayant pu obtenir un espace suffisant, elles 
se sont abstenues. 

Il existe au Brésil une école pour les aveugles fondée par l'empereur lui-même et 
très bien dirigée. Sa Majesté a parcouru toute l'Eiu-ope incognito, sous la modeste dé- 
nomination de rrdom Pedro d'Alcantero, Brésilien», voulant se rendre compte par elle- 
même, avec son auguste épouse l'impératrice, des progrès accomplis en Europe et de 
ceux qui restent encore à réaliser en vue de l'amélioration du sort des aveugles. La 
Commission eût été heureuse de pouvoir apprécier la portée de tels efforts, de com- 
parer les tentatives faites à Rio-de-Janeiro avec celles des autres parties de l'Amérique; 
elle désirait connaître le degré de supériorité relative des États-Unis, interroger en par- 
ticulier l'Arkansas, l'Ohio, Philadelphie, Boston, New-York, etc.; mais la comparaison 
lui a été, sinon entièrement impossible, du moins fort difficile, car, de toutes les écoles 
transatlantiques, il n'y a que celle de Boston qui, avec les imprimeries (prinling Itouses) 
en relief de Louisville et de Philadelphie, ait exposé des livres en relief du D r Howe. 
Ce système consiste en une espèce d'alphabet romain modifié. En fait d'instruments et 
autres appareils, la Commission a rencontré avec plaisir une machine à calculer, simple 
et pratique, qui, déjà introduite dans plusieurs écoles d'Angleterre et d'Europe et fai- 
sant concurrence à celle qui s'appelle en Allemagne crappareil kley» (appareil disposé 
pour la composition par lettres et non pour le calcul), semble destinée à être prompte- 
ment adoptée dans les meilleurs établissements. La Société The British aid foreign Blind 
Association s'en sert avec succès. On en a fait de même un heureux emploi dans l'école 
de M. Blair, à Worcesler, en l'appliquant au système de lecture et d'écriture Braille. 
Cet appareil consiste en une planche en bois, recouverte d'une plaque de métal dans 
laquelle on a pratiqué un certain nombre de trous ayant la forme d'une étoile. On intro- 
duit dans ces trous de petites barres en plomb ou en verre, aux extrémités desquelles 
se trouvent coupés, d'un côté un petit trait, et deux points de l'autre. A l'aide d'une 
manœuvre, les barres changent de signification selon la disposition qu'on leur donne 
dans les rayons de la petite étoile, où elles glissent avec facilité. Une fois bien familia- 
risés avec la valeur des différentes poses des barres, les élèves peuvent effectuer sans 
peine tous les problèmes d'arithmétique et d'algèbre, sans crainte de commettre ces er- 
reurs involontaires qui, dans les machines ou boîtes ordinaires, avec les chiffres arabes, 
résultent d'une décomposition inexacte. Lin antre avantage important de ces appareils, 
c'est qu'ils sont portatifs (1) . La Commission n'a pas pu juger de la supériorité des barres 
en verre dont on se sert à Boston sur celles de plomb ou de métal généralement usitées; 
mais elle recommande très vivement le système, surtout pour les aveugles-nés. Pour les 
professeurs voyants, accoutumés dès leur jeunesse aux chiffres arabes, cet appareil pré- 
sente cependant des inconvénients qu'il faut beaucoup de persévévance pour surmonter. 
La Commission a également remarqué de très bonnes cartes géographiques. 

(l) Voir page 186. 



I 



— 294 _ 

Parmi les travaux manuels qui ont attiré son attention, elle croit devoir signaler des 
objets de luxe en broderie perlée fort intéressants fabriqués par des aveugles Les tral 
vaux de Laura Bridgmann, sourde-muette très intelligente et très capable élevée a l'Ins- 
titut de Boston, étaient surprenants. 

Adtriche. — L'Autriche se trouve représentée tout d'abord par un appareil fort 
simple et fort ingénieux, inventé par le directeur de l'École impériale des aveugles à 
Vienne, M. Pablasek. 6 ' 

L'inventeur a déjà expliqué le fonctionnement de l'appareil au Congrès de Dresde 
et depuis l'a perfectionné, de sorte que cet appareil répond maintenant à toutes les 
exigences. Il rend possible Wnaglyptographie de Braille. La preuve que son usage n'exige 
aucune préparation, c'est que les aveugles de Paris s'en sont servis avec succès aussitôt 
qu on le leur eut mis entre les mains. 

L'écriture s'écrit comme elle se lit, de gauche à droite, de même que l'écriture des 
voyants, sans qu'il soit besoin de tourner la feuille d'avance. Cette machine est peu 
compliquée et portative, ce qui la rend précieuse aux aveugles ambulants. Elle est 
presque indispensable aussi aux aveugles assistant à une assemblée où ils doivent 
prendre des notes (1) . 

M. Pablasek a exposé en outre un exemplaire de sa publication intitulée: Blinden- 
Bildungs-Anstalten, dans laquelle il démontre avec clarté les moyens d'établir à peu 
de frais une bonne école pour les aveugles, brochure remplie d'ailleurs d'observations 
aussi intéressantes que pratiques. 

La Commission a encore remarqué trois instituts représentés dans la section autri- 
chienne : celui de Brunn, en Moravie, celui de Léopold, en Galicie, celui de Dô- 
bhng, près de Vienne. Ces trois écoles n'ont exposé que des travaux manuels, fort bien 
exécutés sans doute, mais généralement connus et qui, pour cette raison, ne donneront 
pas heu à des observations spéciales. Si la Commission s'en permettait une, ce serait 
que les ouvrages de l'Institut de Léopold sont trop finis pour être l'œuvre des aveugles 
seuls. Le véritable et unique moyen de bien faire juger le travail des aveugles, c'est de 
l'exposer sans que les voyants y aient mis la main. Tous les efforts des instituteurs 
doivent tendre à mettre l'aveugle en état de travailler et de se suffire en produisant des 
ouvrages en dehors de toute assistance. 

H serait bon, pour rendre l'appréciation possible et véridique, de recommander à 
tous les instituts l'apposition sur les ouvrages exposés, les ouvrages manuels surtout, 
du nom de l'élève qui en est l'auteur, contresigné de celui du directeur. Ce moyen a 
été employé à l'Exposition de 1867 pour les travaux des élèves de l'Institution I. R. de 
Vienne, ainsi que de quelques autres. 

Les exposants qui ne remplissent pas cette formalité ôtenl difficilement aux Commis- 
sions chargées d'examiner leur travail l'idée qu'il n'y a pas eu interposition d'une main 
de voyant entre l'aveugle et son ouvrage. 

Bien que l'Allemagne ne soit généralement pas représentée dans la partie industrielle 
et scientifique de l'Exposition , la Commission a été heureuse de rencontrer une carte 
géographique de ce pays ayant une valeur incontestable pour l'enseignement de la 
géographie. Elle a également eu à examiner un appareil simple et pratique, mettant 
l'élève à même de se rendre compte par écrit des formes des corps, des angles, des 
cercles et des diverses figures nécessaires à l'enseignement de la géométrie. 

Cette carte géographique, envoyée par M. Rœsner, directeur de l'Institut royal des 
aveugles à Stéglitz, près Berlin, est son œuvre. C'est un véritable service rendu à ces 
infortunés. 

L'Académie nationale agricole, manufacturière et commerciale de Paris a décerné une mé- 
daille de première classe à M. Pablasek pour cet appareil. 






— 295 — 

Vim - L'Italie présente de fort belles choses et fait des efforts très louables pour 
l'amélioration du sort des aveugles. La Commission a appris avec la plus vive satisfac- 
tion qu'un Institut national va être inauguré l'année prochaine : a lunn. 

Gênes, Padoue, Milan, Naples, ont été dignement représentées dans ce génie den- 

TSÏ't de Gênes a exposé une carte d'Italie sur une très grande échelle, où l'ap- 
plication du système Braille par une mise en relief la rend fort utile aux aveugles s us 
lui ôter de valeur pour les voyants. M. J. Bistolfi, qui l'a dressée en 1876, a bien 
mérité des aveugles de son pays. , 

La ville de Padoue a exposé quelques appareils très simples, pour les aveugles, 
ainsi eue des échantillons de leurs travaux. 

L'Institut Slrachan, de Naples, pour les jeunes filles aveugles, expose les systèmes 
qu'il emploie pour l'enseignement de la lecture, de l'écriture, de la géographie el de 
diverses autres branches de l'enseignement. On ne saurait, en présence de tes témoi- 
«maees, méconnaître le zèle et l'énergie du modeste fondateur de cette école. La Com- 
mission a surtout remarqué l'appareil Rigolo MartuscelU , espèee deguide-nia.ua plume 
inépuisable pouvant rendre d'excellents services à l'aveugle qui connaît 1 écriture des 
voyants. Toute l'exposition italienne a , du reste, été fort appréciée. On s est seulemen 
demandé s'il n'existe pas un rapport très marqué entre certain appareil de Naples et 
celui de Milan. En effet, tous les appareils d'écriture ordinaire ont entre eux beaucoup 
de ressemblance et aboutissent aux mêmes résultats. 11 n'y a que le raplugraphe Brail e- 
Foucaud, invention des deux élèves les plus remarquables de l'Institution nationale des 
jeunes aveugles à Paris, qui fasse exception et qui ne se trouve pas reproduit. Un ne 
l'emploie F uère que dans les institutions de France, en Belgique et en Hollande, ouïes 
élèves de première classe de l'Institut d'Amsterdam s'en servent avec succès. Si la Com- 
mission était appelée à se prononcer sur les divers systèmes ayant pour objet de mettre 
les aveugles en rapport avec les voyants, les appareils de Guldberg, de Copenhague 
et de Braille-Foucaud l'emporteraient a ses yeux; mais la supériorité à attribuer a 1 un 
ou l'autre de. ces appareils ne saurait être que relative. Bien que l'aveugle habile puisse 
s'en servir avec une facilité étonnante, il ne saurait s'apercevoir des tautes qui lui ont 
échappé ni les corriger. Et comme il faut souvent, avec ces sortes de machines, du papier 
à décalquer pour faire ressortir la lettre du poinçon, il peut lui arriver d écrire ainsi 
pendant une couple d'heures, sans avoir rien produit de lisible; 1 appareil Guldberg 

emploie le crayon. ,, 

' L'exposition de l'Institut de Milan était surtout remarquable par des spécimens d une 
écriture d'un système italien ayant quelque analogie avec le système Guldberg. Les 
cahiers contenant les épreuves de cette méthode en diverses grosseurs ont été tort 
admirés. La Commission a également donné une entière approbation aux imprimes 
en majuscules et minuscules. Elle a eu la satisfaction de constater que l'on se sert avec 
succès, dans cet Institut, de l'anaglyptograpbie de Braille et que l'imprimerie de 1 éta- 
blissement fournit des livres dans les types Braille et romain. 

Le tapis brodé en diverses couleurs que la collection renfermait a été trouve très 
joli, mais il n'a été considéré que comme de peu de valeur, à titre d'échantillon de tra- 
vail' attendu qu'il avait dû emprunter le concours d'un professeur voyant. En revanche, 
la Commission a admiré sans réserve les fleurs artificielles, les bobèches, la vannerie, 
les sangles en corde, la passementerie, les lacets faits à la machine, les nattes de spar- 
terie et maints petits objets en verroterie façonnés et coloriés, arrangés avec beaucoup 
de goût Cette exposition lui a paru une des mieux réussies. 

C'est aussi avec un intérêt tout particulier qu'elle a passé en revue la remarquable 
exposition de l' In.slitulo Principe ai Napnli, fondé et dirigé avec autant de zèle que d • 
dévouement par le professeur Domenico Martuscelli, secrétaire de la maison de S. M. le 



'i| 



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sous 
Naples par 



— 296 — 

£3££S2fi£* S tSst te des apparei, . s r p,es et prati i- 

tien de l'établissement. Si e £££ iÏmentTT ? «"^ ^ ^^^ re " tre - 
rable et modeste abbé Gridel S ,„ïïtf 5 PP ' aUdl , 8UX , loUables efforts d " véné- 
à Nancy rivalise avec teSl uï^ t?^ T^"-' d0nt r ' nStitutiou f °"^ 
silence l'exemple d^^SoTASS Jl ^Sf"**?/**. de P asser 
M. le chevalier Martuscelli S^sité et de dévouement donné à IVaples 

^KSÏ/ià £S^Z r ^ eS ï "T"* Pas m ° ins de vingt-neuf 
élèves , ce son? les !^éSbiih!SSkJZ "S*** * ■*" tr3VaUX de ses 
g- * ,ide d'un coffiet spécS SS^S ftffTK S£ 

f-^ifflSÎÏ^'Sr; ° ntétë T a ^ s ™ beaucoup d'inteUi- 
l'école'adroitàl haW s mnatl e^e F* ' "^ T"* 18 deS é,èves ' 
ration du sort des aveugles * P "* CCUX *» 8intér *«nt à l'amélio- 

trouver présent afin de la mettre ». , IfV P ^ aveu S les ' «ait pu se 

r uu auu uc id meure au courant de son invention Fn offia. M vi • u 1 

M. Michela. Prieur ar Je es oTLrn S ^ ? "^oir/sur l'œuvrf de 

«^ et les ^^ic^s-r^s ute uti,itë de ,a s< *^ 

L'éœTrqurreïordtTM^stt d?r S T tée f qUe Œ M " Pa P lonski ' de V ™™- 
et aux o2rds-m uefa Êïe s'a n «„p " ^T 5 ' 6St ° UVerte aux aveu S ies 

des sourds-mue sont dist.v£îS .î i ^^ . î' Vere métierS ' Les Productions 
qui méSdÏ enclilnb ^S" , 6S aVeUgleS " Cesde ™^™t fait des progrès 

tion du file" PL a 1 uT on 'v S '" "V*" 1 ^T ,a b ''° SSerie et la con ^- 
rour la lectuie, on y fait usage d un grand caractère romain en relief 

l'acquisition qu'aux arSesluZrtî'/ ™ F Ê de 3 °° franCS n ' en P ermet 

Juire des LplifSZ quf 1 e nfett'ït 7k Té TeT"'" 1"**,,» * fr 
r 1 ui Je 'ueiuont a la portée de bourses plus modestes' 2 " 

a exDoséT'tv^^ 1 " 81 ? 11 ' ï° y f' P ° UI * leS sour ds-muets et les aveugles de Bruxelles 
^.«ïSarSe'^HV se ( s -t avec avantage dans rétablissement p^T 

Danemark. _ L'École royale de Copenhague se trouve dignement représentée EIIp 

onZsTmmeTe? tSË^ Yr*** ' ^'^ '<* S^SfcJS 
comme les plus efficaces, et l'expos.t.on de cet établissement est des mieux 

ï Vot n!!v A " neXeS ie Mém ° ire de M - Vilali s,,r le Sténophonographe. 
Voir au* Annexes une notice sur Je Diplograpke. 



— 297 — 

réussies. La Commission y a trouvé nombre de cahiers de musique en relief, système 
Braille, imprimés dans l'institut ; des livres de lecture en Braille et en lettres romaines, 
majuscules et minuscules, de deux grandeurs; des appareils pour l'écriture en points 
saillants, pour l'orthographe et pour le calcul; d'autres inventés par M. C.-E. Guld- 
berg, qui se recommandent par leur grande simplicité et par leur prix modique, cl 
à l'aide desquels les aveugles du Danemark écrivent avec une précision et une rapidité 
surprenantes. Aux appareils se trouvaient joints un grand nombre de spécimens de 
cette écriture. Votre Commission a fort approuvé une invention de M. F. Guldberg, 
pour faciliter aux élèves le dessin des figures mathématiques, et qui peut servir égale- 
ment aux professeurs. Elle y a trouvé un fort bon allas avec des cartes de géographie 
en relief, même des cartes à jouer pour la récréation des aveugles et une intéressante 
collection d'ouvrages manuels (vannerie, corderie, cordonnerie, brosses et travaux de 
femmes), tous exécutés par des enfants complètement aveugles. Parmi ces objets, nous 
avons remarqué deux métiers absolument inconnus dans tous les autres instituts d'aveu- 
gles: l'un, pour la cordonnerie, destiné aux garçons; l'autre, pour la lingerie confec- 
tionnée avec la machine à coudre, destiné aux filles. La Commission a fort admiré non 
seulement les bottes, souliers, bottines, pantoufles et autres chaussures solidement 
confectionnées, mais encore toute la série des instruments imaginés par le maître 
cordonnier Eneroldsen. Notre satisfaction n'a pas été moindre pour la lingerie des 
filles. Nous avons constaté avec un vif intérêt qu'il y a là un progrès véritable et en 
môme temps de nouvelles branches à exploiter dans le champ trop limité ouvert aux 
travaux des aveugles. Cette exposition était complétée par des rapports annuels et un 
journal trimestriel sur l'éducation des aveugles, des sourds-muets et des idiots, publié 
dès 1867 par MM. J. Moldenhaver et J. Keller. La haute idée que M. Moldenhaver a 
su nous donner de son institut lui a valu des félicitations bien méritées. 

Pays-Bas. — Ce qui a surtout fait plaisir à la Commission dans l'exposition de l'Ins- 
titut d'Amsterdam pour les jeunes aveugles, c'est la méthode progressive qui y domine 
et la multiplicité des branches que l'on y cultive. Elle y a, en effet, trouvé l'écriture 
Braille-Foucaud, avec une autre imaginée par l'inventeur des signes télégraphiques 
Hughes; puis des livres, soit en Braille, soit en caractère romain en relief (majuscules 
et minuscules). La série commençait par les mots les plus simples et finissait par des 
volumes en allemand et en français : elle était complétée par un recueil de 
morceaux en prose et en vers. La notation musicale et la théorie de la com- 
position en musique s'y trouvaient très bien rendues, ainsi que la manière d'en- 
seigner l'arithmétique et les mathématiques (système Klein). Une carte géogra- 
phique de la Hollande septentrionale, spécimen de l'ouvrage de M. Schokking, un des 
professeurs de l'établissement, a mérité d'unanimes éloges pour la netteté du travail et 
l'excellence de la mélhode. Les ouvrages manuels étaient tous bien achevés et très 
propres. On a surtout remarqué une vannerie de choix et des ouvrages de femmes, au 
tricot ou au crochet, si bien faits qu'on les prendrait pour des broderies ou des den- 
telles et qu'on pourrait les qualifier d'artistiques; car ils portaient non seulement des 
initiales, mais encore des mots entiers, le tout fait à l'aiguille. La confection des sièges 
et la brosserie ne laissaient rien a désirer. 

Toute la collection, en un mot, a démontré d'une manière évidente que cette insti- 
tution, créée par la charité privée, se maintient dignement au rang supérieur qu'elle 
occupe depuis longtemps. C'est à l'année 1808 que remonte sa fondation par la Société 
franc-maçonnique. 

Le directeur de l'établissement a insisté auprès de la Commission pour qu'elle voulût 
bien insérer dans son rapport la proposition suivante, basée sur sa longue expérience : 
«Avec un cours suivi de douze ans, soit de six à dix-huit ans, un enfant, s'il est réellement 



_ 299 _ 

réduit d'un tiers les volumes qui servaient autrefois à l'usage des aveugles et ne pou- 
vaient être imprimés que d'un côté. Un autre avantage considérable, c'est de supprimer 
le matériel typographique, un des plus grands obstacles pour les écoles peu fortunées, 
à cause des grands frais d'installation. L'aveugle devient désormais son propre impri- 
meur et son propre éditeur; il peut, partout où il se trouve, traduire sa pensée à de 
nombreux exemplaires. 

En Anglelerre, la Société The Brltish and foreign Bliml Association se sert avec succès 
de ce procédé, et la Commission espère qu'un des résultats du Congrès sera de voir 
bientôt les aveugles mis en possession des auteurs les plus populaires des diverses na- 
tionalités, et de leur trouver, dans la reproduction des œuvres de la pensée, c'est-à- 
dire dans l'imprimerie, une ressource de plus pour les mauvais jours. 

En fait d'appareils propres à l'instruction, la Commission a examiné spécialement 
tout ce qui était exposé relativement à l'accordage des pianos, profession où les élèves 
de l'Institut ont acquis une réputation méritée. Elle a aussi beaucoup admiré les tra- 
vaux produits par le tournage, métier dans lequel on réussit également à perfectionner 
les aveugles. Mais ce qui a surtout frappé notre attention, ce sont les ouvrages de 
femmes, en filet, tricot et croebet, parmi lesquels une aube, véritable chef-d'œuvre de 
tricotage ou broderie artistique, a provoqué un murmure sympathique à l'adresse 
de l'habile ouvrière 1 ' 1 . 

En somme, tout ce que la Commission a rencontré dans la vitrine de l'établissement 
n'a fait, je le répèle, que confirmer la bonne opinion qu'elle avait déjà de son impor- 
tance et de sa valeur. Le discours de M. le Ministre de l'intérieur au Congrès lui donne 
la certitude que l'Institution nationale des jeunes aveugles tiendra à honneur de rester 
à la hauteur de sa renommée. 

La Commission a constaté de glands progrès réalisés en quelques années, surtoi 
du côté de l'enseignement, et on n'en restera pas là. Plus l'anaglyptographie de Braill 
se généralisera, plus l'on fera de pas en avant. 

La grande question est d'instruire l'aveugle, d'élever son esprit en le cultivant et de 
se servira cet effet des moyens les plus simples, les plus efficaces et qui lui conviennent 
le mieux. La Commission en appelle à tous les aveugles instruits, sans préjugés, qui 
se sont occupés des divers systèmes; à tous les directeurs qui ont étudié la question; 
à ceux qui ont vu enseigner successivement plusieurs systèmes dans leurs établissements.' 
Elle leur demande de bonne foi, au nom de leur propre expérience, lequel de ces deux 
systèmes répond le mieux aux besoins des aveugles, leur facilite le mieux la lecture, 
leur paraît en un mot le plus facile et le plus propre à communiquer rapidement leurs 
idées. La réponse sera certainement favorable au système anaglyptographique de 
Braille. Aussi la Commission n'hésite-t-elle pas à déclarer que si les systèmes Moon, 
Luke, Frère, le caractère romain et autres ont leur mérite particulier pour l'enseigne- 
ment de la lecture, l'anaglyptographie de Braille, le seul qui aplanisse tous les obstacles, 
sera toujours de beaucoup préférable pour les aveugles intelligents, tant qu'on n'aura 
pas trouvé une méthode aussi commode pour eux que l'est l'écriture ordinaire poul- 
ies voyants. 



rtout 
illc 



" M. Krebs, fabricant de pianos, ancien élève de l'Institution de Paris, avait exposé un piano 
qui lui a valu les éloges unanimes de la Commission. 






— 298 — 

g&r. ^^jaBSSSSSSS? 

idée de ces ormes et sont liaKii.,/» ;, • p j , veugies-nes, qui n ont aucune 

est conséquent d ffi Jet a initier TZn ^^ ** ^'^ et à *"» i! 

SS dé rSuS'- " S ° Urds - muets ' soit P ,a ^ -us ia direction d^Minis 

a «SStivi Sï&S à r nC ° ntre !' qUei( î Ue Ch0se de su P érieur *^ le P*y« <J»i 

ueçue, sa bonne opinion a été pleinement confirmée. P 

Jin eHet, c est avec le bon goût particulier à la nation française nue tous les annaml-, 
pour Instruction se sont trouvés réunis, a côté douvra^manKe! plsTmat 

Si l'Institut national de la France a toujours été célèbre pour sa belle imprimerie 
presque entièrement desservie par des aveugles, et a rendu d'eminents se "vie S to te 

ïdeîï, r ' T CeSSant paS de ' eUr rou "»> à u " P* ^ès mode é lh ,s dÏ 
tade et es cahiers de musique que l'Administration a fa t composer d'après lé système 

nouveau procédé d impression a 1 usage des aveugles, inventé par M Victor Laass 

J^'m£$S2? s,m,,,tanément par M - J Lltte ' en Fi - i " * ^ 

r^&ÏÏSÏ œ n0 T U - F °f lé: un ™ feuille de laiton, bien laminée, 
3, ' a . e / lllle de P a P ler ordinaire. Sur cette feuille de laiton, l'aveugle imprime en 
rebelles points convent.onnels qui lui servent de lettres; après quoi il ifstéréo 1 en 

L tSXHÏ t3blette ^ a i" e f ^ S ° D P ° inÇOn ^ rap P elle ^'Xe. 

relief ser aln t ^ C ° UVerte fe*"" CÔtés ' r6Ct ° et VerS0 de li S™ ^ ^ en 

m in' 0l d'ut n,t ,mP ' nmer e " ^' ef Une felli " e de P a P iw ' La si "'P' e P"*»*" de la 
main ou d une presse a copier suffit pour obtenir ce résultat. 

un peut ainsi tirer sur une même planche un nombre indéfini d'exemplaires et on 



300 



Annexe n° 13. 



LE DIPLOGRAPHE. 

(Extrait du Journalde Genève du h novembre 1875.) 

Pour nous qui avons le bonheur de jouir de la vue , il suffit , pour que nous puissions 
ire, que les lettres soient dess.nees en noir sur un fond blauc. Pour ceux qui sont at- 
teints de cécité et chez qu. le toucher doit remplacer la vue, il faut que les lettres se 
présentent en relief et qu elles fassent saillie, de telle sorte qu'en promenant ses doifWs 
sur les l.gnes, 1 aveugle puisse suivre les contours des figures et reconstruire les signes 
flans son esprit, a mesure que son loucher lui en révèle les détails. 

Si maintenant on réfléchit d'un côté qu'il serait impossible de donner aux lettres des 
dimensions un peu considérables, sans que le plus petit ouvrage imprimé en relief 
iorme un volume énorme et revienne très cher, on comprendra , d'un autre côté que 
nos lettres, portées même à la dimension des majuscules ordinaires, ne soient pas' tou- 
jours tac.les a lire. Les formes en sont simples pour nous qui pouvons les voir; mais 
les lignes qui les composent sont compliquées pour les aveugles, et surtout pour ceux 
dont le toucher est émoussé. C'est ce qui fait qu'on a cherché à substituer aux lettres 
ordinaires d autres signes plus simples. 

Les inventeurs des systèmes actuellement en usage sont partis de divers points de 
vue, ce qui explique les différences qui caractérisent leurs alphabets. 

Les Anglais ont adopté, pour représenter les lettres, des combinaisons très simples 
de la ligne et du point ou de la ligne droite et du demi-cercle. Ces signes se lisent aisé- 
ment, mais les aveugles ne peuvent s'en servir que difficilement pour écrire. Des sys- 
tèmes anglais, nous ne mentionnerons que celui de M. Moon. L'auteur, qui est lui-même 
privé de la vue, a tiré son alphabet des lettres ordinaires qu'il a simplifiées en retran- 
chant les lignes les moins nécessaires. Ainsi I est représenté par un trait vertical; T par 
un trait horizontal; A par l'A ordinaire sauf le trait transversal; V n'est pas changé- 
D par un demi-cercle ouvert à gauche; C n'est pas changé, etc. (l) . 

Les Français se sont préoccupés de donner aux aveugles un alphabet qui leur permette 
d écrire et de lire ensuite ce qu'ils ont écrit. Pour atteindre ce but, ils ont eu recours à 
un autre système d'alphabet. Dans cet alphabet, lesleltres sont toutes représentées par 
un petit nombre de points groupés d'une manière simple et facile à retenir. Les points 
se placent sur trois rangées horizontales comme trois lignes d'une portée de musique. 
Pour les dix premières lettres, les points occupent les deux lignes supérieures seu- 
lement. A est indiqué par un point sur la première ligne; B par un point sur la pre- 
mière ligne et un second sur la deuxième ligne; C par deux points l'un à côté de l'autre 
sur la première ligne; D par trois points, deux sur la première ligne et le troisième 
sur la seconde ligne, au-dessous du point de droite, et ainsi de suite. 

Pour les dix lettres suivantes (de K à T), les points sont les mêmes que ceux des 
dix premières lettres, plus un point placé un peu à la gauche sur la troisième ligne. 
Pour les dix lettres suivantes (de T à la fin de l'alphabet, plus les lettres à accent ou 
doubles), les pomts sont disposés comme ceux de la première dizaine , plus deux points 
placés sur la ligne inférieure. 

M Voir système Moon, planche E, à la suite des Annexes. 






— 301 — 

Les dix premiers signes sur les deux lignes inférieures représentent dix' signes de 
ponctuation; aucune lettre ne se trouvant sur les deux lignes inférieures, il ne peut v 
avoir de confusion. 

Les dix premiers signes représentent aussi les chiffres de 1 à o , mais toutes les fois 
qu'ils ont la valeur d'un nombre, ils sont précédés de quatre points formant un angle 
droit. C'est ainsi, par exemple, qu'avec celte addition, A devient 1, B devient 2, etc. 
Ce signe est désigné dans l'alphabet sous le nom de signe des nombres (l) . 

Ce système très simple fut inventé, il y a cinquante ans, par M. Braille, aveugle lui- 
même, et depuis cette époque, de nombreux livres ont été imprimés avec l'alphabet 
que nous venons de décrire. Voilà une bonne méthode pour donner aux aveugles le 
moyen de lire'; ce système leur offre aussi l'avantage d'écrire eux-mêmes. 

Il suffit de faire quelques essais en lisant les yeux fermés les lettres majuscules qu'une 
autre personne aura piquées sur une feuille de papier afin de se rendre compte des 
difficultés qu'on a eu à surmonter avant de trouver un alphabet facile à lire au simple 
toucher et de permettre, parla, aux aveugles de correspondre entre eux , tandis qu'avec 
les autres procédés d'écriture, ils ne peuvent relire ce qu'ils ont écrit, parce qu'ils ont 
de la peine à former un relief aussi saillant que celui des points. 

A Paris on a adapté ce système à l'impression de la musique. Partout où on a l'ait 
une sérieuse application de cette méthode, on a vu les aveugles, surtout les jeunes, la 
préférer à toute autre. Ils ont bien vite appris cet alphabet par points et ils s'en servent 
pour noter leurs compositions musicales; or, l'on sait combien les aveugles sont, en 
général, amateurs de musique. 

Mais comment cet alphabet s'adapte-t-il à l'écriture? Figurez-vous une plaque de 
zinc, épaisse de trois millimètres, à peu près de la grandeur d'une feuille de papier or- 
dinaire, et sur laquelle on applique un cadre mobile. Cette plaque est, sur toute sa sur- 
face, creusée de sillons transversaux parallèles, exactement comme des lignes de mu- 
sique non interrompues; il y a entre eux la distance précise qui doit séparer les trois 
lignes sur lesquelles les points se placent en rangées pour former les signes. Pour écrire 
I aveugle dispose une feuille de papier sur la plaque de zinc, applique ensuite le cadre 
mobile pour la maintenir; puis il place dessus, pour servir de guide à sa main , une règle 
métallique plate, dans laquelle sont percées à jour de petites fenêtres carrées, de la 
grandeur du signe qui représente une lettre, et c'est dans chacune de ces fenêtres qu'il 
écrira une lettre. Les choses étant ainsi disposées , l'aveugle , armé d'un poinçon mousse , 
tait des points dans la feuille en l'enfonçant jusqu'au fond des rainures de la plaque 
d étain sous-jacente. Pour placer ces points à l'endroit voulu, il se guide sur le bord de 
a fenêtre où il va écrire l'a lettre. La profondeur des rainures est calculée de façon que 
instrument produise un relief suffisant sans déchirer sensiblement le papier. Lorsque 
a feuille est écrite, l'aveugle l'enlève, la retourne et peut lire ce qu'il vient d'écrire. 
1 sera obligé d'écrire de gauche à droite; du reste, l'expérience démontre que cela ne 
lui offre aucune difficulté. 

A l'aide de l'alphabet en points, les aveugles ne peuvent correspondre qu'entre eux, 
parce que cet alphabet n'est pas connu des voyants ; pour les mellre en rapport avec ces 
derniers on a imaginé des instruments dont le prix est élevé, le maniement assez 
long, et I étude assez difficile. Si ces appareils ont l'avantage de reproduire l'écriture 
ou 1 impression ordinaire du voyant, ils ont l'inconvénient de ne pouvoir être lus par 
1 aveugle, les caractères n'étant pas en relief. 

M. Ernest Becordon vient d'inventer un appareil des plus simples qui obvie aux in- 
convénients inhérents aux systèmes d'écriture actuels, tout en en réunissant les avan- 

!" Cette description qui précède est en partie tirée du journal la Famille, année 186a (Voir 
le système Braille à la suite des Annexes, planche A.) 



— 30:2 — 
l«ge« et en reproduisant, en mène le.nps, nne double écriture: une pour l'aveude 

ssMSiar 1, G est en raison de cetie douL,e ëc,itu - e *» S5wssft 

tou^d.fnl 1 ? C6S e f Sentidles de <** a PP a ™' «ont deux disques tournant ensemble au" 

ou rûn t? "m ' I 8 Î7 Ceftam î dlStanCR '' Un de raulre - "" y *«*■ « leur ou - 
tour, I un de alphabet des aveugles, en points, l'antre de celui des voyants- les leZs 
se corresponde,, exactement : A des aveugles avec A des voyants, et a nk de suite 
Deux feuilles de papier sont placées en face du pourtour de cLque^d nûëfles carac' 
teres des voyants semblables à ceux de l'imprimerie, sont encrés ave 2 ' "encre à t n~ 
pop). Par un mécanisme très simple, les caractères des deux disques vfeSu 5" 
pnmer en même temps sur les deux feuilles de papier, et produise,,? de cett manièT 
une double impressmn. Il va sans dire que, pour chaque lettre tes feu 1 ÏdT Z er 
doivent avancer d'un pas, ce qui a lieu pV un mouven/ent automatique ans aK 

&£ S a S 6 f ° CC ? er - U " ^ dk ^ eB ( ],autre "«"*«* e « mêm q e teinps) do te" 
tourné chaque fo,s, de manière à présenter la lettre voulue à l'impression P j 




Cet appareil est tellement simple qu'un aveugle appelé à en faire usage en a com- 
pris immédiatement le mécanisme et s'en est servi sans difficulté 

De celte manière un aveugle peut facilement écrire pour être lu par un autre avéoffie 
en même temps qu i imprime une autre feuille pour le voyant, et à l'inverse , un voyant! 
tout en ignorant alphabet des aveugles, peut leur écrire en ne «'occupant que du 
disque qu, porte les caractères ordinaires. l l 

Un autre avantage est celui-ci : c'est qu'en changeant le disque de l'aveugle en un 
autre, il peut imprimer avec un autre système, à lui connu; on peut même lui faire 
imprimer en relief avec un autre système qu'il ne connaît pas, à la condition nue le 
disque por.e latéralement, comme les heures sur un cadran de montre, les caractères 
quil connaît et sur lesquels ,1 se guide par le toucher; ces caractères correspondront 
avec ceux qui sont sur le pourtour du disque. 



303 — 



Anivexe n° 14. 



RÉCOMPENSES 

DÉCERNÉES PAR LE JURY DE L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 



CLASSE VI. 



AVEUGLES. 



MEDAILLE D'OB. 

*"•"#«? Ministère de l'intérieur (direction de l'instruction publique). 

MÉDAILLE D'inCENT. 

EsPiG!ili Collège national des sourds-muets et aveugles de Madrid. 

MÉDAILLE D'ABGEKT. 

? TATS " t]MS Imprimerie pour les aveugles de Louisville (Kenlucky). 

Etats - U,is Perkins-Institulion (Boston). 

Danema1,k Institut des aveugles à Copenhague. 

StEDE Maison de travail des aveugles à Manifla. 

Autriche M. Pablasek, à Vienne. 

■UrPEL DE MÉDAILLE D'ARGEM. 

1talie Institut des aveugles de Milan. 

MÉDAILLE DE BBO\ZE. 

AuTBicHE-HoNCBiE. . . . Inslitut d'aveugles de Moravie et Silésie. 

Pats-Bas Institut des aveugles d'Amsterdam. 

AuTB,cuE-HoNG,„E. . . . Institut des aveugles delà Basse-Autriche (directeur Kntlicher, à Vienne). 

U * ADA Institution des jeunes aveugles à Montréal. 

lrALIE Institution Principe di Napoli, à Naples. 

Ba»MUbk M. Nielsen. 

meution honoiiable. 

BeL( ' iq " e Institut des sourds-muets et aveugles à Schaerbeck. 

AuTiuciiE-Ho.vGBiii .... Institution des aveugles de Galicie. 

AoTaicHB-HosGaiB M. Pablasek, à Vienne. 

Itaue Institut Straclian pour les aveugles à Naples. 



Li, 




— 304 



Annexe n° 15. 



ESSAI SUR L'AMKLIORATION DU SORT DES AVEUGLES, 

PAR LE D r DESRUELLES. 

Paraîtrons-nous présomptueux de venir dire ce que nous avons observé, consigné 
jour par jour, a des savants autrement autorisés que nous dans une question qui de- 
mande une grande expérience et une égale observation pratique? Mais après avoir 
amassé des matériaux, pourquoi n'apporterions-nous pas, nous aussi, notre pierre à 
une reconstruction entrevue, convaincus que nous sommes que la voie suivie jusqu'à 
ce jour presque partout, et particulièrement en France, pour l'amélioration au sort 
des aveugles, n est pas la bonne en tant qu'éducation, et qu'elle n'est pas la voie pro- 
gressive en tant qu instruction? ' v 

Que doit-on chercher avant tout dans la méthode à suivre vis-à-vis des jeunes 
aveugles? Les arracher a cet isolement qui nous navre par un intérêt constant affec- 
tueux, et non par une pitié malsaine. 

Leur donner une instruction qui les rapproche le plus possible de leurs semblables 
Poursuivant donc le but philanthropique et scientifique du Congrès, nous recher- 
cherons avant tout l'importance de l'intervention de la famille dans les soins du pre- 
mier âge et dans l'éducation tout entière de l'aveugle; nous envisagerons les ressources 
quelle oilre, les connaissances qu'elle peut aborder pour lui procurer une carrière 

Quelle institution pourrait donc dépenser comme la famille une somme de dévoue- 
ment, de patience, de volonté assez grande pour mener à bien cette œuvre si belle 
mais si ditlicile dans ses détails pratiques? 
Est-ce la charité privée ? 
Est-ce l'État? 

Sont- ce les établissements fondés pour eux, pourvus de moyens d'instruction parti- 
culiers, mais ou on les astreint à un enseignement fixe, invariable pour tous, quelles 
que soient leurs capacités? 

Toutes ces forces combinées sont nécessaires, soit qu'elles agissent ensemble ou sé- 
parément mais ces différentes méthodes d'enseignement ont toutes leurs lacunes, leur 
impossibilité matérielle dans l'exécution; toutes pèchent par un double desideratum, 
oui- les soins a donner aux premiers pas de l'aveugle, pour les ressources intellec- 
tuelles a développer dans un âge plus avancé, qui donc mieux qu'une mère pourra 
combler ces lacunes en guidant cet être hésitant que la lumière ne conduit pas, en 
veillant a lui éviter tous les obstacles, à prévenir tous les dangers! Cette sollicitude 
maternelle suffira-t-elle à cette tâche, où il n'est pas permis d'avoir une distraction, 
un oubli? 

CHAPITRE I". 

DU RÔLE DE LA FAMILLE DANS LE PREMIER AGE. 

Est-il de toute nécessité que l'enfant aveugle doive chercher son développement 
moral et intellectuel dans un institut spécial? 



— 305 — 

Nous n'hésitons pas à répondre par la négative à celle question nui divise depuis 
longtemps les savants et les moralistes. J P 

Pour nous l'enfant déshérité est celui qui doit être conservé le plus longtemps à la 
direction bien a.sante de la famille, chaque Ibis que celle-ci est à même de le f ï i h 
doit e re confié à des étrangers que dans les cas d'absolue nécessité, ou s'il n'a ^as de 
parents, ou s, ces parents ne peuvent suffire à son entretien. Une seule préoccupation 
o,t guider ceux qn, 1 élèvent : développer sa santé, remédier aux inconvénients phv- 
s ques de son in irnnte par des soins que la famille seule peut donner; c'est avec sa 
me e que 1 enfant peu apprendre à redresser les défectuosités de sa nature pour arriver 
a être un jour semblable aux autres hommes. 

s'hÏÏir ide) ! 7 l "', CI "i e, ' S PaS " ' ,l,i J" 1 ' !vitern ,es obstac,es < ?™ llli «PP^dra à 
babdle , a se tenir di-oit et non penché, à se laver, si ce n'est une mère, un père 

et nn!!l' e ' T d "T' S ^l' aCC0,1,|,lil ' " ne l ,i,,eille ll ' che? Cal ' *»* ^ Pér« h)U 
est nouveau pour I avcug e-ne; ,1 laut le guider; il faut lui apprendre à se servir à table 

du couteau, de la fourchette, de la cuiller, à ne pas porter à sa bouche une trop 

grande quant.te d aliments à la fois, à manger sans gloutonnerie, à boire propre m eï 

ne pas avoir 1 air de regarder à ses pieds comme les aveugles en ont la tendance, en 

m mot a suffire a tous les soins physiques. Ces détails, qui pourront paraître puérils 

ni ssnr yn ' TW-*r raVei ' ffle ' Car ^ S ° nt a ' Ua " 1 de ~ ce F" 

h . assurer sa vie pour lu. faciliter le contact avec les autres et lui éviter des observa ions 

et Ues critiques blessantes pour son amour-propre 

Il faut savoir l'arracher de bonne heure à son isolement par des promenades rené- 
ees a I air hbre, des marches régulières qui développent ses forces physiques le dis- 

jSe P touther eUX t0Ule S0, ' te '™ eXelCei '° nt le sens si de ' licat ^ doit le guider un 

Les exercices physiques sont d'autant plus nécessaires chez ces enfants qu'ils sont en 

K™ Tf J"'? " U ' UVa,Se lenU f, qni ' ,eul entraîner a la lo % rue des déviations du 
corps Ne se rendant pas compte qu ,1s peuvent être observés, comment ne seraient-ils 
pas indifférents a {importance de telle ou telle attitude? Peu leur importe de devenir 

T™ '! e f 6 ^ leui ' '"'irmilé par cet aspect hésitant et contraint qui leur est 
pa.Uculiei. A cet effet une gymnastique spéciale leur est nécessaire, ainsi que des le- 
vons de n.amfen la danse. Dufau {Êssak, ,8,6) dit avec raison que les élèves, dans 

es instituions, devraien être dressés à des marches militaires au son des instrumente 
a ues manœuvres exécutées en mesure. 

C'est une erreur de croire que les mouvements de l'aveugle doivent toujours être 
cages, toujours surveillés avec une rigoureuse sollicitude. Une fois ses premiers 
pas guides, la crainte des obstacles, les dangers une fois écartés, il doit, au contraire 
contracter peu a peu la hberté de se mouvoir seul au dehors de chez lui comme au 
d dans, sinon on le rendrait impropre à tout et constamment tributaire d'autrui. Une 

le i", 6 7 i' Q ?' g,,1,é de ril0 ' nme! Du re8te ' ,es >««8«" «auront éviter 
les pente tourner les obstacles avec une prévoyance, une adresse dont nous, voyants, 

som ™ 7 P T 'e 001 "' n0US P îaÇaDt "^ à nolre P° iut lle ™^ '«• Zèbres 

son pou, les aveugles-nes, 1 état naturel; ils n'ont jamais connu la lumière; le regret 

corn me 1 tes T'' !" 7 ' l ™ *"" ^^ ^ ^^ ils " e 8ont P- **«■ 
comme tes sourds-muets. ' 

Au point de vue médical, le séjour à la campagne, l'exercice à l'air libre, peuvent 

" ^::;" Ue, ' C : ia 7 abl ° SU1 ' ,le , S , n,a ! adies ^ ■ abandonnées à elles-mémes'conmie 
les cata. actes, son parfois susceptibles de modifications et de tentatives de résorption- 
si des opérations doivent être faites à un certain âge, ces considérations ont une valeur 
pour les résultats plus ou moins favorables à en attendre. L'éducation morale de l'a- 
veugle ne demande pas moins de ménagements que son éducation physique. 
N° 29. 















— 306 — 

Le père et la mère en le suivant pas à pas comprendront avec quelle douceur quelle 
patiente mansuétude il faudra conduire cette nature peu expansive, peu communica- 
tived abord, de trop bonne heure portée à la réflexion sur sa situation et, par suite 
a m misanthropie. 

Privés que sont les aveugles de relations, il faut les empêcher de vivre trop repliés 
sur eux-mêmes, les distraire de toutes les manières, faire appel à leur sensibilité 
jusqu'à un certain point émoussée par le contact avec des personnes gaies, par la lec- 
ture, le récit de faits émouvants; car ne jugeant pas de l'impression triste ou gaie pro- 
duite sur nos visages par les malheurs ou les joies qui nous frappent, ils ne prennent 
qu une part indirecte à nos émotions. Ils pourraient donc, si on n'y prenait garde, de- 
venir égoïstes et indifférents sans le vouloir, presque sans le savoir. Aussi la religion 
doit-elle non les soumettre à des pratiques austères, mais les charmer par les chants 
elles porter, par son esprit de charité, à l'indulgence pour les autres; incapables 
qu ils sont de concevoir, par la vue de la nature et de ses merveilles, une idée première 
de la grandeur de la divinité, il faut l'éveiller en eux par des instructions intimes; c'est 
a la lumière seule de la raison qu'ils pourront comprendre la notion du bien et du mal 
e sentiment du devoir, l'idée de Dieu, et, par suite, nos obligations envers les hommes' 
la société et la famille. 

Abandonnés à eux-mêmes, certains d'entre eux, sombres, découragés, deviendraient 
sceptiques. 

Largement interprétée, la religion apportera le calme, la résignation et les hautes 
conceptions à leur esprit penseur. 

Cette première mission de la famille une fois remplie et le développement physique 
de 1 enfant assuré, le temps est venu de lui donner les premières notions d'instruction à 
un âge où les souvenirs se gravent pour toujours. Instruire en amusant, former le goût 
éveiller 1 intelligence , exercer la mémoire, tel est le but. C'est à la direction patiente,' 
a ingéniosité de la mère et du père de trouver le moyen de l'atteindre. Et comment 
cela pourra- t-il mieux se faire que par ces lectures, par la conversation, l'échange 
oral continu d'impressions, de jugements sur des faits et des actes qui se renouvellent à 
toute heure dans la vie intime? Il faut charmer son oreille par des chants rythmés, 
par la poésie, l'audition d'instruments harmonieux; il faut interroger ses aptitudes en 
lui donnant des notions de langue, d'histoire, de littérature, de sciences physiques et 
chimiques, d'histoire naturelle, et on sera bientôt fixé sur les tendances de cet esprit 
impatient de s'instruire et d'occuper des loisirs si grands pour ceux qui ne lisent pas! 
L'éducation de l'aveugle dans le premier âge paraît avoir été mieux comprise dans 
les pays étrangers qu'en France, qui a eu cependant l'honneur de l'initiative des asiles 
pour les aveugles, puisque saint Louis fondait en ia5i, pour 3oo d'entre eux, l'asile 
connu par cette raison sous le nom d'hôtel des Quinze- Vingts '. Avant cette fondation, 
la chanté publique soutenait seule la corporation des aveugles qui imploraient les pas- 
sants à la porte des églises. On confondit longtemps les aveugles et les sourds-muets 
dans un même établissement. C'est à Valentin Hauy, frère du célèbre minéralogiste, 
qu'on doit un établissement spécial pour l'éducation des enfants atteints de cécité. L'A- 
cadémie des sciences approuva l'impression en relief dont il était l'inventeur, et Louis XVI 
prit l'œuvre sous sa protection. 
^ L'Institution des jeunes aveugles de Paris rend ses élèves à la société pourvus 
d'une éducation ordinaire et spéciale, d'une profession industrielle et de la connaissance 
de la musique. Les divers établissements de ce genre, fondés en Angleterre, à Vienne, 
en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Hollande, en Suède, à Saint-Pétersbourg, 
l'ont été sur le modèle de celui de Paris, ou sont dus à l'initiative de quelques savants 
"> La première institution pour les avenues fut fondée à Memmingen, par Weef, en 1178. 







— 307 — 

et philanthropes, comme le D' Klein à Vienne, Altofer à Schaffouse. Soutenus en général 
p. la chante privée et par l'Etat, ils sont établis sur des bases plus pratique Vu e le 
notre. Certains ont adopté les secours à domicile; la plupart ont'sapomen 'pa S e 
temps passé a 1 établissement entre les études littéraires, intellectuelles les Sa, x 
manuels et les récréations avec exercices physiques 

Chez nous l'institution unique de Paris, soustraite à toute initiative privée ou pu- 
blique sous la direction de l'État, entravée par une administration officielle incon - 
■en e du progrès, a persévéré dans la voie primitivement tracée, et, malgré e beaux 

e fd™r Te dé" ," 1 " 168 "'rt 8 ^-^ ''instructif , n'est fiL à la W 

f '■ f 3i , n dëve °l'P ement P h y s '«i«e de l'enfant y est trop sacrifié aux études. 

L instruction, (elle qu elle est organisée dans l'Institut des jeunes aveugles de Paris 

.resente des lacunes et des défauts incontestables. En limitant de huit àluaôrze ans 

h .durée destruction, n'impose-t-il pas à l'élève un programme Jep S eî Z 

vaste pour le peu de temps qu'il a à passer dans l'établissement? * l 

Comme £ l? me "*?" fâcheUse "" le P^™1™ et sur l'intelligence v 

Comme dans nos collèges, en général trop peu préoccupé du développement Sun 
■le 1 enfance, on néglige à l'Institut des jeune' aveugles de Paris les exe c^s du o p 
onexaltelesvsfèmenerveux; on demande à ces natures, déjà inactives i ai edT e^n- 
tuât on physique, un travail de dix, douze, et quatorze heures par jour sur lésa ué 1 
eux heures a peine sont distraites pour les repas et les récréa tio ns , il qu es X 

<lêt,e distrait de ses préoccupations est trop absolue; l'instruction, rendue mécanique 
et aride par la lecture et l'écriture en relief, ne développe pas asse W n 7 1 

ve.il.uice, de conseils, puisque cest celui où tous les penchants physiques où toutes 
le aspirations du jeune homme s'éveillent et fermentent. Malgré le's sŒ "re "dus n 
cet etabhssement , des modifications dans son fonctionnemeuf sont urgentel ' 

CHAPITRE IL 
mtttm «miMtoiu,. m Heurts particulières à v mmiEi SENS TOWI i*» 

TA.RES A LA VUE; BU CONTACT AVEC LES VOVANTS, SON UTILITÉ. SES IN ONVÉNIENtI ^ 
SOURCES QU'ON PEUT EN TIRER POUR L'AVEN.R DE L'AVEUGLE. ' 

L'aveugle intelligent, par cela seul qu'il n'est pas distrait par le monde extérieur 

est susceptible d un développement remarquable des facultés de l'âme- la ra o ne 

ugement, la mémoire - ce qui faisait dire à Klein, de Vienne : £ sais s"e ,• 

tiennent avec promptitude et sont doués d'un bon jugement » saisissent, .e 

Aussi sont-ils animés du désir de connaître dès qu'on leur en fournit l'occasion • il 

laul en conséquence s'efforcer, dans l'instruction qu'on leur donne, d'inte. ro e ï dê^ 

elopp ei .,eu.-s ap itudes par tous les moyens. C'est ce qu'on ne fait pasi.sï 'avtde 

.mues/ incontestablement, si vous savez vous en donner la peine, puisqu'il iouit des 
mêmes facultés que nous avec des nuances différentes. L'ave Lie a ■ iv I la œ , a ls 
sance des choses moms promptement que nous, mais cette connaissance une fo 
qu.se est plus profonde H en tirera les conséquences plus facilenien t, r e qu i p - 

et et rr anC v abStl ' aCtl ° n P1,,S 8 rande LeS ave W'es devancent L"éJ JTk 
suiete et la maturité du raisonnement. e ^ 

L'attention qu'ils prêtent à la lecture, aux explications qu'on leur donne mûrit 
promptement es idées jetées dans leur esprit. Nous avons vu™ enlhn TZ en 2 e 
se passionner à la lecture des ouvrages de iules Verne , se monter lÏJlS; 

1!0. 



I 

I 






I 



— 308 — 

puis en extraire des notions scientifiques tellement précises et réfléchies qu'il concevait 
en peu de jours des appareils, des machines, des plans entiers. 

Les faits frappent leur esprit parce qu'ils sont pour eux simples, moins chargés 
cl images et de circonstances étrangères que chez nous. Aussi, l'analyse de ces faits est- 
elle nette et précise. Combien au contraire les distractions éparpillent notre attention 
égarent notre réflexion quand nous lisons! 

Tout ce qu'on leur enseigne les intéresse; un défaut d'application de leur part prouve 
seulement une mauvaise méthode d'enseignement. Philosophie, sciences, arts surtout 
ce qui est science des mots, histoire, géographie, les intéresse moins et se grave plus 
dilhcilement dans leur esprit; la raison, le jugement, sont moins en action. 

La mémoire présente des particularités, des ressources non moins surprenantes si 
on 1 exerce de bonne heure, si on l'entretient d'une manière continue; bien qu'elle ne 
soit pas aidée comme chez nous par des signes qui lui servent de points de repère 
elle est plus vaste, plus présente, plus spécialisée si je puis dire. Un enfant à qui 
on avait lu a plusieurs reprises les mêmes passages d'un ouvrage volumineux savait 
retrouver textuellement dans sa mémoire lus pages où étaient relatés les faits qui l'avaient 
intéressé. ^ 

Ce même enfant savait par cœur la tragédie d'Athalie tout entière et pouvait donner 
la réplique à un vers pris au hasard dans cette tragédie ou continuer une tirade com- 
mencée. 

Il a appris par cœur sur le violoncelle des sonates de Beethoven, d'Haydn, Mozart 
des concertos, des morceaux séparés ou d'ensemble. 

Un autre enfant, ayant appris les fables de La Fontaine, jetait des vers ou des frag- 
ments de vers très à propos comme critique, comme leçon dans la conversation. 

Comment le cerveau peut-il emmagasiner de si vastes connaissances? 

C'est le cas de dire avec Bouilland : rrOn aurait tort de croire que les membres soient 
les seules parties pour les mouvements desquels il existe dans le cerveau des centres 
particuliers; il en est de même de tous les organes chargés d'exécuter des mouvements 
sous 1 empire de l'intelligence, entre autres la langue, l'œil, etc. ; tous les mouvements 
combinés, associés, coordonnés de divers organes appropriés à un usage, un art par- 
ticulier, supposent un sens spécial avec sa mémoire spéciale. Tous ces sens de mou- 
vements déterminés exigent une sorte d'apprentissage, d'éducation, comme les autres 
espèces de sens. » 

C'est pourquoi il ne faut pas négliger dans l'éducation les moyens qui pourront les 
développer, moyens que l'aveugle saura trouver selon ses besoins; ses idées, ses 
iacultés intellectuelles trouvent des adjuvants puissaDts dans certains sens dont la déli- 
catesse et la perspicacité excessives nous confondent, l'ouïe et le loucher. L'ouïe perçoit 
chez les aveugles non seulement les sons, mais leur direction ; ils en déduisent des con- 
séquences, ils écoulent et inclinent la tête du coté où ils se sont produits; ils recon- 
naissent des personnes à la voix; ils disent d'un camarade : il a un mauvais son, 
comme on dit: il a un mauvais regard. 

Le bruit de la respiration, le moindre frôlement d'étoiles, tout est saisi par eux poul- 
ies guider; le toucher n'est plus chez eux une simple impression passive des corps; c'est 
du tact et dans le sens métaphorique du mot, c'est une perception intellectuelle; avec- 
son aide ils jugent la forme, le poli, la limite, les moindres aspérités des corps, leur 
distance, leur étendue, leur température, en moins de temps qu'il ne nous en faut 
pour avancer la main. En tàtant du doigt une montre, ils indiqueront l'heure; en po- 
sant la main sur le bras d'un camarade, ils l'appellent par son nom. 

Pressentant les obstacles avec une sûreté qui tient du prodige, s'ils se heurtent entre 
eux, ils se disent : Es-tu donc aveugle? voulant dire : Ne m'as-tu pas senti ou entendu? 

On demandait à l'un d'eux, qui tenait ses yeux tournés fixement vers le ciel , ce qu'il 






loin une expli- 
si parfaits que 



— 309 — 

faisait : J'écoute le soleil, répond-il; comme si la chaleur el ta lumière nvaienl un bruis- 
sement perceptible pour eux. 

C'est en raison de cette perfection du toucher que des philosophes ont prétendu 
ramener tous les sens à ce sens unique, le loucher. La vue, dans celle hypothèse, ne 
serait plus que le toucher s'exerçanl par le nef optique et ainsi des autres sens. D'autres 
se sont demandé si la perte d'un sens tourne à l'avantage des antres. 

Ces deux opinions sont également exagérées et vont chercher trop 
cation qui est plus à notre portée. Le toucher et l'ouïe ne deviennent 
parce qu'ils sont incessamment développes; c'est par l'exercice répété qu'ils deviennent 
sens supérieurs. 

Ce développement peut paraître exagéré, maladif dans certains cas. Certains aveu- 
gles ne supportent le bruit qu'avec peine el irritabilité : quelquefois ils deviennent 
sourds, comme certains yeux privés de la lumière ressentent de la photophobie. 

Ce développement extraordinaire de certains sens les rend nerveux, méfiants, irri- 
tables; forcés qu'ils sont de vivre isolés , ils rentrent trop en eux mêmes et deviendraient 
promptement égoïstes si on n'y remédiait en les mettant en contact avec d'autres 
enfants. 

Le contact avec les voyants est une chose délicate el qui demande de la prudence, 
mais utile pour l'aveugle arrivé à un certain degré de développement des idées, des 
sentiments et des facultés morales. 

Ce contact serait dangereux dans le premier âge par la légèreté des impressions, 
l'espièglerie des caractères; il ne pourrait que froisser les natures ombrageuses et dé- 
fiantes, parce que l'enfant déshérité deviendrait bien vite la victime des mauvais pen- 
chants, des instincts pervers, cruels parfois, de cet Age sans pitié. Mais quand le feu 
des premières années est amorti, quand les sensations seront moins passagères, 
l'aveugle, au choc des idées, des sentiments, aura de nouveaux aperçus, pressentira 
de plus vastes horizons dont son esprit attentif saura profiter; les conversations 
échangées lui révéleront des goûts, des aptitudes, des sympathies qui ne demandaient 
qu'une occasion pour naître; il prendra bientôt de l'affection pour son semblable, qui 
ne lui inspirait d'abord que de la méfiance et de l'éloignement. Son caractère deviendra 
plus souple, sa volonté moins absolue; son amour-propre très développé, excessif même 
lorsqu'il a acquis un certain degré de connaissances, s'accommodera mieux à la dis- 
cussion et à la contradiction. 

C'est donc à tort que le public ignorant s'élonne des efforts que nous faisons pour 
nourrir leur intelligence. A quoi sert, entendrez-vous dire bien souvent autour de 
vous, à quoi sert de leur donner une instruction qui les fatigue et dont ils ne pourront 
faire aucun usage? Double erreur! Ces connaissances, ces occupations seront, dans le 
jeune âge et en tout temps, un remède contre l'ennui et l'inactivité. Dans l'âge 
adulte, ces connaissances trouveront une application quelconque; quelque imparfaites 
qu'elles puissent être, elle n'en constitueront pas moins une ressource importante pour 
la vie de l'aveugle! 

Les voies ouvertes pour son avenir sont limitées s'il ne peut ni lire ni écrire, et c'est 
là une bien grande préoccupation pour la famille et pour lui! Les établissements spé- 
ciaux ont su tirer parti de la puissance du loucher pour lui apprendre à lire, à 
écrire, en rendant sensibles aux doigts des lettres, des signes, des notes gravées dans 
des conditions convenues. L'emploi du relief a élé une révélation; complété par l'en- 
seignement oral, il a produit d'heureux résultats; mais il exige un palper prolongé, 
un fonctionnement lent, encombrant, trop spécial, trop mécanique, qui ne met pas 
l'aveugle en communication avec les voyants. Ce travail mécanique qui ralentit sa 
pensée, ne dévoloppe pas son intelligence: c'est pourquoi nous préférons au système 
Braille l'enseignement oral par la famille ou les professeurs. Combien, en effet', cet 









— 310 — 
enseignement ne lui apportera-t-il pas de lumières plus variées! La musique est par 
hculièmnent accessible aux aveugles , parce que , guidés par l'oreille , ils aZnnenfpar 
cœur 1 harmonie le : solfège le chant, l'exécution instrumentale, t peE deven 
un jour, grâce à la finesse la justesse de l'oreille, de bons J^SSLJSE 
estimés des accordeurs habiles, même des professeurs distingués °'S an «"«. 

Avec le secours du toucher ils deviennent aptes à des métiers même délicats à des 
applications mécaniques intelligentes. WWWHH d fl es 

Ils peuvent apprendre les langues étrangères et servir d'interprètes dans nos hôtels 
nos bureaux commerciaux. Leur esprit méditatif, porté à l'abstraction, les rend ap^ 
aux mathématiques, aux sciences physiques et chimiques, à la mécanique C'est ai n s 
que notre enfant a inventé, de toutes pièces, une niachine magnéto - lectriqul cru 

T^iX:::: s doanées par un fabricant - marche 5 et Pe g ut ,ja % g gs 
uonde^gt;: i^stiSsï d ' appliquer leurs c ™ nces * ,a <» 

Combien d'autres, initiés à des connaissances variées, exceptionnellement doués 
pourraient, avec le secours des voyants, trouver des ressources étendues et former des 
associations sérieuses et profitables soit dans le commerce, soit dans l'indu trT so 
même dans des carrières élevées : la diplomatie, l'histoire, les voySpEuS 
Thierry, Jacques Arago, n'éta,ent-ils pas des hommes célèbres, et tant d'autres " g 

Désormais les associations commerciales et industrielles sont possibles entre voyants 
et non voyants rapprochés par l'intelligence. voyants 

L'un sera le jugement, l'âme, le conseil, la raison de la maison par son esprit ob- 
ervateur, abstrait, par sa nature attentive, réfléchie; l'autre en représentera l'a ivhé 

Ssl'unf 7 SemCe ï ^^r' Sa / aC J ,ité 8 V ° ir ,6S ° bstacles * les défau s m " 
nels d une entreprise, il en sera le guide. Ils se compléteront l'un par l'autre- c'est un 

monde nouveau pour 1 aveugle; ce sera la récompense et la satisfaction légitime ,1e 
ceux qui se seront dévoués à cette œuvre intéressante: assurer une carrière une po- 
sition à ceux qui s'en croyaient exclus ! P 

OBSERVATIONS SUR UN ENFANT AVEUGLE. 

CÉCITÉ PAR CATARACTE CONGÉNIALE AMAUROTIQUE (HÉRÉDITÉ). 

L'enfant n'est pas venu au monde aveugle; il a toujours été dans ce cas de cécité qui 

con serve une yague perception de la lumière et des objets entrevus confusément. V 

11 est né à terme fort, bien portant; quinze jours après la naissance, on constatait 

dSSnS ^ ^ aV9nCée ^ rœi ' 8amhe ' d ° nt ' e Ce " tre étail 

En i85o, l'existence de cette cataracte fut confirmée par plusieurs médecins; à six 
semâmes, Desmarres non seulement confirma la maladie de l'œil gauche, mais me dé- 
clara après avoir examiné les deux yeux à l'ophtalmoscope, qu'il existait au fond de 
œil droit une tache noire qui était l'indice d'une cataracte qui se développerait de ce 
côté; a celte époque, 1 enfant voyait de l'œil droit à une grande distance. Dès son pre- 
mier âge, nous lui avions appris ses lettres à l'aide de certains jouets en bois 

Deux ans plus tard le diagnostic de Desmarres élait confirmé. En 186a , à trois ans 
I enfant à son retour de la campagne, dans des lieux qu'il ne connaissait pas, tâtonnait, 
cherchait les objets, ne voyait plus les trottoirs ni ses lettres. De ce jour on dut le con- 
duire, car il se heurtait à tous les objets: à table, il mangeait sans tenue, ramassait 
les morceaux sur son assiette et ne les piquait plus à sa fourchette; il ne savait plus 
s occuper Je le vis attentif aux moindres bruits, cherchant à s'assurer avec les mains 
des moindres obstacles; dans cette situation, je me demandai comment je pourrais 



I 






— 311 — 

instruire cet enfant. J'allai visiter rétablissement des jeunes aveugles de la rue de Sèvres. 
Cette visite, qui me révéla un mode d 'instruction tout spécial par le toucher, ne me 
satisfit pas. Je regrettai de voir ces enfants confinés dans un établissement, séquestrés 
de la société, par le mode d'enseignement employé, et je pris la résolution de conserver 
à mon enfant le bienfait du contact en commun et d'une instruction qui ne s'éloignât 
pas trop des autres. 

Nous n'eûmes d'abord que la lecture à haute voix pour le distraire; mais ce moyen 
de distraction devint bientôt, im moyen d'instruction; en eflét, je fus frappé de ce qu'il 
retenait de chaque lecture. Dès l'âge de sept ans, il commença la musique, le solfège 
par la mémoire; quand il s'agit de choisir un instrument, nous procédâmes de même: 
nous choisîmes le violoncelle; mais pour lui mettre les doigts sur les cordes d'une façon 
exacte et jouer juste, il y avait une grande difficulté; elle fut vaincue très vite, grâce 
aux explications excellentes et patientes de son professeur et à l'intelligence précoce de 
l'enfant. 11 apprit par cœur des sonates de Beethoven, de Mozart, des concertos, et son 
bagage musical devint en quelques années très volumineux et très varié. Sa mémoire 
suffit à tout; il se rappelle avec une facilité surprenante tous les morceaux abandonnés 
même depuis fort longtemps. Il a fait plusieurs compositions musicales. 

Nous avons continué l'enseignement oral par la lecture et un peu par l'écriture au 
tableau; il a appris ainsi le français, un peu de latin, l'anglais, l'histoire, les éléments 
des sciences physiques et mathématiques; l'électricité et la cbimie ont particulièrement 
séduit son esprit. 11 a bientôt cherché à appliquer ses connaissances scientifiques de di- 
verses manières; c'est ainsi qu'il imagina, dès l'âge de quatorze ans, un commutateur 
beaucoup plus pratique que ceux inventés jusqu'alors; puis, étendant de plus en plus 
I application de ses connaissances sur l'électricité et la mécaiùque, il inventa de toutes 
pièces un moteur magnéto-électrique qui, réalisé par un fabricant d'appareils d'électri- 
cité, peut mettre en mouvement des machines de différentes sortes et représente une 
force de 3 kilogrammètres; elle est aujourd'hui à l'Exposition universelle. 11 fait en 
outre des essais de piles sèches qui ont donné des résultats satisfaisants. 

L'adresse développée par le toucher et par les efforts de l'intelligence dans la confec- 
tion de ces appareils, dans l'agencement méthodique de leurs parties, est réellement 
très remarquable; au reste, son intelligence et son jugement s'appliquent avec bonheur 
à tout ce qu'il entreprend. H a appris la langue anglaise avec promptitude, et la parle 
avec une facilité et un talent d'imitation surprenants en conversant avec des dames 
anglaises. 

H semblerait que cette facilité d'imitation a lieu par l'ouïe chez l'aveugle, comme 
elle se manifeste chez les voyants par le geste. 

Nous devons toutefois faire remarquer que cet enfant n'a été tout à fait aveugle que 
pendant trois ans, de quatre à sept ans; puis la nature ayant déterminé une tentative 
de résorption spontanée, l'œil primitivement atteint a, par une scission médiane pro- 
duite dans la cataracte, pu revoir la lumière par un pertuis qui l'obligeait, toutefois, 
à regarder de très près et de côté. 

Nous ferons remarquer à ce propos que cette résorption très incomplète, qui a fait 
l'étonnement de tous les médecins, même spécialistes (à tel point que certains d'entre 
eux, niant la résorption spontanée, ont cru que l'enfant avait été opéré), cette ré- 
sorption, dis-je, peut être le résultat des conditions hygiéniques exceptionnellement 
bonnes auxquelles je me suis efforcé de le soumettre. 11 passe tous les étés cinq ou six 
mois à la campagne, où il est soumis à des exercices de corps réguliers, à une nour- 
riture substantielle; il fait chaque année, depuis l'âge de douze ans, un séjour d'un 
mois à la mer, et dont il retire le plus grand bien, séjour qu'il affectionne d'une ma- 
nière particulière, remarquant lui-même que pendant ce lemps sa vue s'améliore sen- 
siblement. Cet exemple pourrait faire croire à la possibilité d'une résorption spon- 



— 312 — 
fanée des cataractes coloniales par tri traitement hygiénique et tonique soutenu un 
séjour prolonge à la campagne, le travail étant convenablement intZnpûTa r ' c s 
promenades et des exercices de toute nature. pu P ar tles 

En 1866, la résorption sembla marcher des deux vput ■ t'«»«w •. 1 

objets très éclatants de œil droit dont i, TJ££ Q* ^3?=Sï 
conduire dans a rue, distinguant les trottoirs et lisant les grosses lellres En 867 H 
pouvait écnre a la , craie sur un tableau noir; il se heurtait seulement aux objets ne 
co ores ou noirs. Lœ.l gauche, pendant ce temps, marchait aussi vers une nméuo 
m ?rZ- " Y 1 T mpJ S Phlt0t *" COn ' inUe; la P- tie centr e dure dml 

En 860 tan Î! r ' , " ' Pm ' tle infén ' eUre P|US *»* la P artie -Périe, re 

Jin 1869, étant a déjeuner, d s'écrie tout à coup avec joie: «Oh! comme je vois!, 
H peut isoler sur son assiette cinq ou six petits morceaux Je viande quTvSnl ?£ 
pés. 11 dis tingue les tableaux de l'appartement, les rosaces du plafond, el rainur s des 
parquets, les clous d'acier d'un canapé. , , 

En 1 864 1 865 et 1866, l'amélioration s'était prononcée sensiblement non d'une 
manière continue, mais comme par saccades. Après chaque été passé à h™„ u 
a la mer, une résorption plus accusée se révélait par des changements constatés «fans ï 
portée visuelle et dans l'aspect physique de l'œil, à ce poinfque ZS!!SS£. 
ans et de chirurgiens hés.taient à intervenir par une opération II en fut ainsi presque 

J SZ;S R rS éV,!,leraentS ; le ' 8 7°< 5- cinq mois consécuEJI 
campagne, piès de a mer, on remarqua des progrès sensibles L'enfant peut recon 

5Xnï ma,ns - vue est très impa, ' fnite ' parce * ue ]es dei,x y™ -£ ™£& 

En i8 7 4, les progrès sont assez sensibles pour qu'il puisse à peu près se conduire 

t ÎTlXZ ^ £"72 aVeC Z Pr0fe T r de ScienC " S ' des oP-aE daH 1 mé- 
hqi e, les figures de géométrie, et disposer les colonnes respectives d'unités, dizaines 
centaines, etc. les unes sous les autres très régulièrement. 

Un traitement médical fut essayé sans résultat. 

L'enfant demandait instamment l'opération et, l'état restent stationnaire, nous réso- 
lûmes que le moment était venu de la tenter. Il avait seize ans et demi , nous Tons en 

a M ' ^ D ^ Pan , aS \ qui j Vit ap , rès de aomh "®* chirurgiens des hôpitaux, nos maîtres 
Ll'T^rï P°' 6t t m( \ deCinS <&*»*&" distingués (iLmarres ^fst 

les mV d,l 'r 6 '"''" 1 ' GUSC0) 'i r6Ste " ,Certain S " r ' a mtare de '«cataracte molle pour 

les uns, dure, s.hqueuse pour d'autres, mais non pour l'opération; il veut opérer l'œil 
lro, le premier; on se décide à une opération, pa'rce que les progrès de l'ab pt oT 

très len s, paraissent depuis deux ans stationnais, parce que Ion craint que la £' 

5 nl t 7 0n '"T " natl,re ' S,, '' t0Ut 6 ****• «veloppemeot, n'arrive à s'affaibl r 
au point de ne plus pouvoir être excitée plus tard d'une manière suffisante par la lu- 
mière; parce que le moment est venu de compléter son éducation, de le livrer s'il est 

X £ | C0,m " e . les . a,,tres < a des , occupations suivies; parce qu'enfin l'enfant désire 
sortir de la position incertaine où il vit. 

,viY 8 i ma | 1 , 8?5 \ une 1 P remière opération a donc été pratiquée par le docteur Panas, 
avec la dextérité qu on lu, connaît, de l'œil droit, sans chloroforme (temps sombre 
orageux) ir.dectom.e, extraction, accidents sérieux inflammatoires vaincus par les an- 
tiphlogistiques. ' 

f-e 90 mars 1876, opération du second œil: iridectomie. discision. cataracte molle. 



— 313 — 

Le résultat obtenu est celui-ci : l'enfant peut désormais se conduire seul; il ne se heurte 
à aucun obstacle, va, vient seul dans Paris, à pied, en voiture, monte sur le haut de? 
omnibus; il ne lui est jamais arrivé" d'accident; sa vie matérielle est donc assurée; il a 
pu faire cotte année, tout seul, un voyage de près de cent lieues à la mer, y vivre, s'\ 
suffire. Sa vue est cependant très insuffisante; il peut écrire avec fatigue, mais nette- 
ment, proprement; il écrit mieux dans l'obscurité qu'à la lumière dû soleil ou artifi- 
cielle; il ne peut lire que les gros caractères et les moyens, s'ils sont bien nets, mais 
nullement dans les livres, — les caractères des lettres ne s'isolant pas; il ne regarde pas 
Iranchement, mais voit cependant des choses minutieuses; son éducation physique a 
été faite par sa mère, ainsi que son instruction clans la famille. Sa mère ne l'a jamais 
quitté; il était bien doué, intelligent, perspicace; il est instruit, peut eau er sciences, 
littérature, art; il est particulièrement bon violoncelliste; il a de la voix; il la conduit 
bien et chante agréablement, avec goût et intelligence; il a une aptitude prononcée 
pour les sciences mathématiques, physiques et chimiques; il a inventé plusieurs appa- 
reils. Il cherche toujours; sa conversation est One, substantielle, ses connaissances pré- 
cises, très variées; il fait des vers avec Aicilité. 

Son état physique laisse à désirer; est-ce le résultat de la croissance qui, depuis 
trois à quatre ans, a été rapide, presque exagérée; il est d'ailleurs très nerveux. 

CHAPITRE III. 

Conchmon. — Quelques aperçus sur la cécité. — absence regrettable dans la science 

DE TOUTE PROPHYLAXIE DES MALADIES DE L'APPAREIL VISUEL. — ESSAI SUR LES CONDITIONS 
QUE DOIVENT RÉUNIR LES ETABLISSEMENTS SPECIAUX" POUR LES AVEUGLES. 

Avant de conclure, quelques mots sur la cécité nous paraissent indispensables. 

La cécité existe quelquefois de naissance, comme elle peut être le résultat des pro- 
grès de l'âge; mais elle est souvent la suite d'accidents, de maladies des yeux : à ce 
sujet, qu'il nous soit permis de signaler au Congrès une lacune regrettable dans la science 
ophtalmologique, à savoir combien la prophylaxie des maladies de l'appareil de la 
vision a été négligée. 

Combien de familles, si elles avaient connu les précautions nécessaires à employer 
pour prévenir les maladies, n'auraient pas eu la douleur de voir les yeux de leurs en- 
fants perdus par la fonte de l'œil dans l'ophtalmie purulente des nouveau-nés, par la 
variole, par des conjonctives scrofuleuses amenant des ulcérations de la cornée, par des 
glaucomes, des amauroses! Combien d'enfants incomplètement surveillés dans les 
campagnes plus encore que dans les villes, auraient pu éviter des cataractes trauma- 
tiques, causées par des piqûres d'épines, de fragments de bois ou par le maniement 
imprudent de pointes de ciseaux, canifs, aiguilles et stylets! 

Combien certaines professions, certains tempéraments qui prédisposent aux maladies 
des yeux auraient du prendre de précautions pour les éviter ou demander avis pour les 
combattre a temps! Il y aurait là tout un manuel pratique à écrire. Des maladies peu- 
vent même se rencontrer chez les aveugles; la cécité n'est pas une immunité; elle n'est 
pas toujours I abolition complète de la vue. 

Elle peut consister dans une vague perception de la lumière et des objets entrevu* 
conlusément; des personnes sont môme affectées congénitalement de cécité pour tontes 
les couleurs ou pour quelques-unes; c'est moins une cécité qu'une aberration de la ré- 
tine La cécité enfin peut être congéniale, provenant de causes qui ont agi sur le fœtus 
pendant la grossesse ou provenant de vices de l'organisation primitive ou de prédis- 
positions maladives apportées par les parents ou par les familles: celle-ci est souvent 
héréditaire. Nous ne vouions pas nous occuper ici de la thérapeutique de la cécité- 






— 314 — 

c'est encore une question à part. Nous resterons dans la question de l'aveugle Les 
stafstiques de M. Dumont médecin principal des Quinze- Vingts, sont pie nesXéri 
nous es résumerons a la fin de ce travail. Les familles nui ont le maZTL f ' 

dans leur sein des enfants frappés de cécité peuvent se trlve ^ P r ne dtne Se 
absolue, incurable le plus souvent, ou en présence d'enfants qui consul S 
ur vie une vague et confuse perception de la lumière. La tâche des parents deî £ 
dans ce second cas moms ardue, les résultats à obtenir moins bornés P moTn sné n 
-ses pu.sque selon toute probabilité, l'enfant dans cette dernière conSS ï Z Z 

S î^ïsft: pas moins êire consmé dans ia *-*. ■** - as 

Les enfants aveugles de naissance ou qui le seront devenus par maladie ou acci 
-lent rentreront dans es hypothèses prévues aux deux premières partie de ce es a" 

Nos conclusions s adresseront donc à l'ensemble de ces variétés qui exLnt a mê e 
surveillance, les mêmes soins assidus. 4 "igem la même 

Les enfants aveugles du premier âge doivent être élevés, instruits par ou chez leurs 
parents. Qnand ,1s sont arrivés à l'âge de douze à quatorze ans, alors qui eur fau 
une d,rect,on plus ferme, une instruction plus solide, alors que l'enseignement c 
lettres, des sciences, des arts réclamera des connaissances que \l familles fe poss de 
pas ordmairemen , i s seront remis dans les mains de professeurs vovants^u nô 

ré,SL S ÙiÏ S P Vlendr ° nt " "^ à œUX - d 6t 8UX é,èveS en faisant l - étions Te 

L'enfant complètement aveugle sera initié pour la lecture et l'écriture au système 
Bradle; mais nous ne sommes pas d'avis de faire de ce système une applicationVené- 
«le pour instruction de l'aveugle qui sera plus complète, en développant son intell - 
gence par la lecture a haute voix et les conversations avec les voyants 

Quant aux enfants ayant conservé une vue même imparfaite et confuse, il v aura 
avantage a exercer le plus possmle le peu de vision qu'ils possèdent et à les faire ren- 
te* dans I éducation commune si c'est possible : c'est le cas dans lequel nous nous 
sommes trouvés. Ici la lecture seule fait défaut : notre enfant écrit aujourd'hui conve- 
nabement, il ne peut lire que les caractères gros et moyens. Ses connaissances, ses 
aptitudes , sont très variées. 

Nous ne saurions faire un appel trop pressant au dévouement des familles éprou- 
vées. Que leurs efforts ne se lassent pasl Que les exigences et la multiplicité de leurs 
devoirs ne les enrayent pas Qu'elles ne songent qu'à leur satisfaction le jour où elles 
pourront y 01 r cet enfant déshérité, élevé, instruit, intelligent comme les autres I 

Le problème a résoudre par les établissements spéciaux nous semble pouvoir être 
résumé ainsi : établissements vastes, situés, de préférence, hors des grands centres 
avec jardins, promenoirs .couverts, soutenus par l'Etat et par l'initiative publique des 
hommes charitables actifs, indépendants et instruits; surveillance par des commis- 
sions composées d hommes pris dans toutes les branches littéraires, scientifiques 
administratives dans les corps de l'Etat; maîtres et maîtresses voyants ou non voyants 
adjoints a I établissement, largement rétribués et auxquels on faciliterait tous les moyens 
a instruire les enfants intelligemment plutôt que mécaniquement. 

Les femmes-maîtresses seraient prises dans les dames laïques de la société qui s'of- 
nraient comme parmi les religieuses qui se consacrent à l'enseignement; elles présen- 
terai des garanties sévères de moralité, de bonne éducation, d'instruction solide sans 
esprit de coterie soit religieuse, soit politique. 

Elles s'appliqueraient à remplacer autant que possible l'éducation de la famille 
Des promenades auraient lieu fréquemment au dehors, sous la conduite des profes- 
seurs. Les promenades ne seraient pas seulement des mesures d'hygiène; elles devraient 
avoir une part dans l'instruction , en exerçant les enfants sur la connaissance des plantes , 



pfe-tfW 




— 315 — 



<le leurs usages, sur leurs propriétés, l'histoire naturelle, l'étude sommaire de la géo- 
graphie, météorologie, exercices du toucher. Ne seraient reçus dans les établissements 
que les enfants qm n'ont pas de parents, ou ceux dont les familles ne pourraient se 
charger. l 

Ils seraient, vers l'âge de dix à douze ans, répartis, d'après l'étude faite par les pa- 
rents, par les professeurs, des aptitudes de chacun, en deux divisions. 

Ceux qui, n'ayant que des moyens bornés et peu de disposition au travail, mais qui 
posséderaient une adresse particulière des doigts, ne recevraient qu'une instruction 
élémentaire dans les lettres, les sciences, et s'adonneraient ou à la musique ou ù des 
travaux manuels; ceux qui seraient bien doués du côté de l'intelligence et possédés du 
désir de s instruire seraient de plus en pins versés dans des connaissances spéciales- 
ils pourraient être initiés aux langues, aux mathémaliques et empiéter leur instruc- 
tion par des examens avec les voyants; ils formeraient un jour des professeurs ou abor- 
deraient, avec le secours de l'association, des carrières honorables. Encourager sti- 
muler le zèle l'amour-propre des élèves par des récompenses et des voyages pendant 
les vacances , de six mois en six mois. 

Leur procurer des positions de tout genre dans la société, ce qui les rendra heureux 
il utiliser leur vie et de rentrer dans la loi commune. 

Ecole-mère à Paris : deux degrés d'instruction. Écoles secondaires plus nombreuses 
dans nos départements. Ne pas perdre de vue les aveugles sortis des établissements Le 
nombre des aveugles en France est assez considérable pour réclamer une plus lame 
part d enseignement. ° 

D'après les statistiques dressées par le D' Dumont et le Ministère de l'agriculture ei 
du commerce, on comptait en France 3 7 ,6oo aveugles en i856. La moyenne serait 
de io5 par 100,000 individus; le minimum serait dans le département de l'Allier le 
maximum dans ceux de l'Hérault et de la Corse. 

La moyenne serait plus faible en Belgique et en Prusse. 

On pourrait établir cetle loi que les cas de cécité sont nombreux dans les ,é F ions 
les plus septentrionales, vont en diminuant dans les zones tempérées et aup-mentenl 
a mesure qu'on se rapproche de l'équateur. 

Les départements maritimes seraient les plus éprouvés : 1 15 à 1 k, sur 100 000 

Lamaurose est une des causes les (dus fréquentes (545 sur 1.160 environ) plus 
commune chez les femmes; la cécité congéniale (38 à /,o sur 1,000) reconnaît aussi 
I amaurose comme cause la plus fréquente, par hérédité assez souvent! 

D'après des statistiques du 1" janvier 18/18 au 3i décembre 1879, il y a eu à l'Ins- 
titution de Paris 5i/i admissions. 3 9 décès; -.-.i ont été retirés par les parents avant 
I achèvement des études; 

16 ont été rendus à leurs familles, leur état sanitaire ou mental ne leur permettant 
pas de profiter de l'enseignement; 

6 sont sortis avec la vue assez améliorée pour pouvoir s'en servir; 

5o reconnus absolument incapables; 

Ai renvoyés pour fautes graves. 

Des 198 élèves qui ont complètement terminé leurs études : 

6 ont été nommés aspirants professeurs à l'Institution; 

•39 sont pourvus d'un emploi; 

53 sont capables d'exercer la double profession d'organistes et d'accordeurs de 
pianos; 

3i sont organistes , maîtres de chapelle; 
Zi5 accordeurs de pianos; 



m 






— 316 — 
9 sont employa dans une fabrique de filets; 

9.6 gagnent bien leur vie comme empailleurs'ou canneurs de chaises- 
u sont tourneurs; 
k brossiers ; 

à seulement n'ont pas répondu aux espérances qu'ils avaient données. 
Ces chiffres, ces résultats obtenus par des établissements qui, malgré leurs louables 



— 317 



Annexe iv 1(>. 



DE L'ÉDUCATION DE L'ENFANT AVEUGLE DANS LA FAMILLE, 

PAR M. A. GlïlDON, 

OROABISTK DE l.l CATHÉllllALE DE COUTiNCES (s)AM:EIe). 



PREMIERE PARTIE. 



Messieurs, en réponse à l'une des questions de votre programme, je viens vous sou- 
mettre un exposé analytique d'un Traité de l'éducation de l'enfant aveugle dans la 
famille. 

Ce Traité serait, je crois, une solution pratique de la question qui vous occupe, 
puisque , prenant pour ainsi dire l'enfant aveugle des bras de ses parents, il les aiderait 
à diriger sûrement dans la vie ce cher et intéressant petit être au moyen des méthodes 
particulières que réclame la position exceptionnelle dans laquelle le place son infirmité. 
L'ouvrage dont je vous propose l'étude, et que nous appellerons, si vous le voulez, 
Y Instituteur des aveugles, pourrait être divisé en trois parties : 

La première partie traiterait : 

1° Du devoir pour les parents d'instruire leur enfant aveugle; 

9° De la possibilité de le faire ; 

3° Des résultats admirables que donne l'instruction de l'enfant aveugle. 

Certes, Messieurs, il y a des parents qui comprennent le devoir d'instruire leur enfant 
aveugle et dont tous les soins et la sollicitude redoublent en raison de l'affliction de 
l'être chéri qui leur doit le jour; des parents chrétiens qui, pénétrés de la dignité hu- 
maine, de la dignité d'enfants de Dieu, ont d'autant plus de souci de la conserver chez 
leur enfant qu'elle leur semble plus compromise par l'absence du sens qui contribuerait 
puissamment à son développement. Pour ces familles vraiment éclairées et chrétiennes, 
l'Instituteur des aveugles serait un ami, un conseiller expérimenté, qui leur servirait 
d'encouragement et de guide. 

Mais à côté de ces parents de bonne volonté , il en est d'autres qui , dans leur égoïsme , 
oublient absolument un devoir sacré; il eu est d'autres encore qui, moins coupables,' 
le négligent plus ou moins, suivant qu'ils obéissent au sentiment d'inutile pitié qui 
les domine. Il faut que l'Instituteur des aveugles montre aux uns leur crime, aux autres 
l'erreur née de la fausse interprétation du sentiment paternel. H faut encore que notre 
Instituteur leur apprenne à bannir de leur cœur un égoïsme qui les déshonore, une 
torpeur qui ne sait porter aucun fruit, et il atteindra ce but en excitant leur ému- 
lation par la clarté de ses méthodes, et en les encourageant dans leurs difficultés par 
l'exemple des résultats, aussi consolants que merveilleux, obtenus par les philan- 
thropes qui, comme Haiiy, comme vous, Messieurs, se sont occupés et s'occupent 
encore de l'amélioration du sort de nies frères d'infortune, du sort des aveugles. 




— 318 — 
Examinons donc si l'éducation de l'enfant aveugle est chose si d,ffî,;i n 

comme toute »M»ÎE£5^^ 

oM aux parents que D.eu t'a donnés, lu fais comme le ruiL; q^n litïe las 

vï I H"' maU , <1U - j r alS de Se "H* au k,t Mue lui a assole bon £ V 
Voila ^onc no re mtéressant pelit bonhomme nanti, par un%xe. cace bien diWé d P 
orne des premières notions de la connaissance de Dieurt de celï *de 1 obéistl e 

isasssr!: Ies auteurs de ses jours ' notions ** ^ ]a ^tx;: 

mémoire un charme un intérêt qui réjouira et surprendra son maître toTeTétanï 

5Ti U, J.°r K£î^7 Déplus ,'enfanfaveugle, sus^bie' ^J "p£ ! 
1011 de la vue de plus de loisir d espnt que le voyant, repassera dans sa mémoire les 
leçons au on y aura gravées; aussi, ^Instituteur des aveugles devra-t-il inÏÏter i la 
bonne direction à donner au développement de celle facufté, dont l'a clhnlerlTe a 
plu haute importance sur 'esprit et sur le cœur de son jeune disciple 

Il nous reste à parer du sens du toucher, si délicat, si fin chel le ieune avende 
qui sent facilement le besoin d'en faire le remnlacinl ,1-1, « « „# a J ave T e ' 

tellemenl habilp» ,r,,' ii c , , , lem P ,acaiU ue la vue et rend ainsi ses mains 

lies C'est n, 1 i G .- t tlaVaUX d ° nt ° n ne les eût J' araais c ™<* ca- 

pables. Lest par le toucher que l'enfant aveugle apprendra la nature et la forme des 

ses dévoirf lu » ', ' eSt aVeC Se , S d01 ^ ts ^ il a PP''endra ses leçons et qu'il fera 

P TalTe a„i sans"^" 8 ' £H* ^ " m T?"*- aU niveaU de celle Voyant, 
Clique qui, sans être auefflrap.de, n'en produira pas de moins bons et moine sure 

av/ul^enserat" 113 ' VA^T' d0OneT réduCation et action' de l'enfant 

ce Sk corns ™ T > J T-^" m ^ S8tot 9 Ue de *™ re le développement de 
ce peut corps qui semblait voué à l'inertie? Ne sera-ce pas pour les narenti une bien 

î:::ziT: a r insr't r^ de ^^^^vz^z 

eue enfin dont on attendait si peu, duquel, peut-être, on avait désespéré. 




— 319 — 

Mais, sans suivre pas à pas la marche progressive des aptitudes, des talents de notre 
intéressant eleve, disons dès maintenant combien seront dédommages de leurs peines 
et récompensés de leurs efforts les parents, les maîtres qui auront fait un màth'éma- 
ticieu comme Pingeon, un musicien comme Gauthier. On pourrait citer bien d'autres 
noms d aveugles remarquables, qui fourniraient la matière de biographies qui, annexées 
a t Instituteur des aveugles, en seraient comme le corollaire. 



DEUXIÈME PARTIE. 

J'arrive à la méthode proprement dite. 

Cette partie toute pratique, et dont il suffira d'indiquer les divers paragraphes 
traiterait dans un premier chapitre de l'enseignement et de l'éducation du premier Éeè 
(de deux a cinq ans). Ce chapitre pourrait être divisé en deux paragraphes, «'occupant le 
premier du développement du corps, jeux, promenades; conseils sur le moyeu d'exciter 
et de taire tourner au profit de l'âme et de l'intelligence les observations de l'ouïe- moyeu 
de tirer parti de la tendance mstmctive des aveugles à palper les objets qui sont à leur 
portée; disposition ula.de de laquelle ils suppléeront à l'absence de la vue pour se 
rendre compte de la forme et de la nature des corps. Animaux en bois, fleurs et fruits 
sculptés, christs statuettes de la Vierge, mis avec intelligence sous les dôfels de notre 
jeune eleve, profiteraient à son développement intellectuel et moral. 

I.e deuxième paragraphe de l'éducation du premier Age s'occuperait des exercices de 

mémoire, qui ne diffèrent pas pour le jeune aveugle de ceux de son émule le voyant 

puisque ni 1 un m 1 autre ne lisent encore. Seulement. l'Instituteur des peuples mdi- 

quera. es recueils les plus substantiels dans lesquels on devrait puiser les morceaux 

susceptibles dornerde connaissances utiles, de principes solides, cette faculté si pré- 
cieuse chez 1 aveugle. ' J 

Enfin, dans un troisième et dernier paragraphe, les petites maîtresses d'école, les 
sœurs de Saint-Vmcent trouveraient des conseils, des indications spéciales nui leur 
permettraient de recevoir l'enfant aveugle dans leurs écoles, dans les salles d'asile et 
de s en occuper fructueusement. 

Toutefois, pour les parents aisés et qui n'auraient pas le loisir de s'occuper eux- 
mêmes de leur enfant, 1 école serait, il me semble, préférable à la salle d'asile d'abord 
parce que 1 agglomération d'enfants y est moins considérable; ensuite parce nue la 
maîtresse, stimulée par une légère augmentation de salaire, par un légitime amour- 
propre enfin par sa douce sensibilité de femme, prendrait de son élève un intérêt 
susceptible des plus heureux efl'ets. 

Quant aux parents riches, ce qui conviendrait le mieux pour les remplacer dans la 
tache de 1 éducation d un jeune aveugle, ce serait une pieuse et intelligente institutrice. 

Le second chapitre de notre méthode traiterait de l'éducation et de l'instruction des 
enfanta aveugles de six a dix ans; il s'occuperait du développement des observations de 
mue, .1 perfectionnerait le toucher en apprenant à rendre les mains et les doigts 
liabdes aux usages usuels de la vie, en leur enseignant de petits travaux : travaux 
d aiguil le, tricots, filets, etc et expliquerait la méthode de lecture au moven de lettres 
en relief, celle en points saillants de Louis Braille, la manière de se servir du poinçon 
et de ia planche pour écrire suivant ce procédé. 

Ainsi préparé, le jeune aveugle apprendra ses leçons dans les précis d'histoire, dans 
les choix de lecture, dans les traités élémentaires de grammaire, d'arithmétique im- 
primés soit en points saillants, soit en lettres ordinaires; toutefois on devra spéciale- 
ment recommander de recourir aux leçons apprises par l'intermédiaire d'un lecteur • ce 
mode d apprendre est plus rapide et permet à l'enfant aveugle de retenir en moins' de 
temps des leçons d une plus grande étendue. Le catéchisme ne pourrait d'ailleurs 






— 320 — 
s'enseigner autrement Avec son poinçon, notre élève pourra écrire ses devoirs: devoirs 
d orthographe, de style, même de calcul, au moyen de la planche à chiffres mobiles 

Ces divers procédés, expliques par Y Instituteur des aveugles de façon à être appliqua 
sur enfant aveugle par son maître voyant, permettront à tous dé mener à boLe fin 
une tache qui, au premier abord, peut sembler bien difficile. La chose ira de soi pour 
les parents qui (.occuperont eux-mêmes de leur enfant ou pour ceux qui posséderont 
une institutrice; les parents moms fortunés pourraient remplacer l'institutrice par un 
répétiteur, déjà moins coûteux, ou par une subvention offerte à un maître adjoint- cette 
subvention pourrait même être donnée en faveur d'un aveugle pauvre, soit par des 
personnes nches et charitables, soit par la commune; souvent même une simple 
recommandation des parents suffirait pour qu'un instituteur dévoué, un bon frère des 
écoles chrétiennes, donnât toute sa sollicitude au pauvre déshérité de sa classe 

Le troisième chapitre du Manuel s'occuperait de l'enfant aveugle depuis dix 'ans jus- 
qu a son âge d homme. 1 n aurait plus à conseiller que deux procédés spéciaux les 
cartes géographiques et les planches en relief propres à l'élude de la géométrie, mais 
il devrait, en même temps, rechercher les moyens les plus sûrs et les plus pratiques 
comme aussi les plus économiques , pour atteindre son but. Nous n'indiquerons que deux 
de ces moyens. D abord, s. s'agit d'un garçon, l'mstitutrice devra être remplacée par 
un précepteur, qu. s adjoindra les maîtres nécessaires pour développer tel ou tel talent 
telle ou telle aptitude. Cette observation s'adresse aussi à l'institutrice de la jeune fille 
et aux parents qui continueraient à confier leur enfant soit à un répétiteur particulier 
soit a un instituteur. r 

Enfin, les institutions d'aveugles, notamment celle de Paris, pourraient admettre de 
préférence les > enfants pauvres, ou ceux des campagnes qui justifieraient d'une bonne 
éducation et d une bonne instruction élémentaire. 



I 



TROISIEME PARTIE. 

Cette troisième partie renfermerait deux traités ou cours absolument distincts : cours 
de musique et cours de travaux manuels. 

Le cours de musique expliquerait aux professeurs voyants la lecture et l'écriturp 
musicale en points saillants de Louis Braille; il indiquerait, en les rendant intelligibles 
es méthodes de solîège, d'instruments, d'harmonie et de composition musicale à 
1 usage des aveugles, ainsi que les recueils d'études ou de morceaux en points en 
rehet, de manière qu'un maître de musique intelligent puisse initier son élève dans 
un art pour lequel les aveugles montrent généralement tant de goût et une si remar- 
quable aptitude. 

Le second traité serait un cours de travaux manuels; il expliquerait les métiers que 
expérience a montrés accessibles aux aveugles: tricots, tissage, filets, tours, rempail- 
age, horlogerie, etc.; il donnerait des principes propres à conduire la main, à guider 
les doigls, dirigerait le maître dans la conduite de son apprenti, substituant ainsi à un 
tâtonnement, à un instinct, qu. ont quelquefois donné des effets si surprenants, la pré- 
cision et la perfection de la méthode. 

Enfin, pour obtenir une solution absolument pratique de la question, il y aurait à 
examiner par qui devrait être provoquée la publication de Xlnsdtuteur des" aveugles 
qui en entreprendrait la rédaction? Serait-ce l'œuvre d'un seul ou de plusieurs? Enfin, 
qui fournirait les fonds nécessaires à l'impression de cet ouvrage, dont il me semble 
que chaque maire, chaque curé, chaque instituteur, devrait posséder un exemplaire 
pouvant être. mis à la disposition des familles? Le Congrès n'aura à examiner cette 
question que dans le cas où l'idée de l'Instituteur des aveugles serait prise en considé- 
ration. ' 



— 321 — 

Si j'ai pu, Messieurs, éclairer vos recherches de quelque lainière, je m'en réjouirai 
non par un motif de vain amour-propre, mais par un triple sentiment de piété filiale 
de reconnaissance et de respectueuse gratitude. 

Oui, Messieurs, c'est le pieux souvenir de la sollicitude et des soins que m'ont pro- 
digués, dans ma jeunesse, mes parents et les bons frères des Écoles chrétiennes auxquels 
ils m avaient confié; c'est ma reconnaissance pour les professeurs dévoués de l'Insti- 
tution des jeunes aveugles, qui, en achevant ce qu'avait commencé ma famille, et avec 
le secours de Dieu, m'ont procuré la position modeste, mais honorable, que j'occupe 
dans mon pays, honoré de l'amitié des uns, de l'estime de tous, entouré de ma weille 
mère, de nia vieille tante, de ma douce et bien-aimée compagne et des caresses de 
ma petite Jeanne; enfin, c'est un sentiment de profonde et respectueuse gratitude pour 
vous, Messieurs, qui m'ont fait entreprendre ce travail et répondre à votre appel au 
risque de paraître téméraire. 

Puisse le Dieu qui guérissait les aveugles bénir votre Congrès et procurer par lui 
au plus grand nombre possible de ces infortunés, sinon la lumière du jour, du moins 
celle plus utile encore de la foi, de la vertu, de l'intelligence, et peut-être du génie 






N° 2«J. 



— 322 — 



Ajnn 



EXE N c 



17. 




EXTRAITS 

DBS VINGTIÈME ET VINGT-QUATRIEME RAPPORTS ANNUELS 
DES COMMISSAIRES ET DU SURINTENDANT 

DE L'INSTITUT INDIANA POUR L'ÉDUCATION DES AVEUGLES, 
PAR W. H. CHURCHMAN, ESQUIRE ET A. M. SURINTENDANT. 

A la page a& du vingtième rapport de 1866, sous le titre Du Travail, le 
surintendant dit : 

Sous l'administration intelligente de l'entrepreneur actuel, M. J. W. Bradshaw nui 
a eu a gestion des ateliers depuis le 1" avril, ils ont été conduits avec plus de méthode 
et ont donné de meilleurs résultats pour l'instruction des aveugles qu'on n'en avait 
obtenu depuis la fondation de l'établissement. Il les gère comme une entreprise 
particulière d après le plan introduit depuis cinq ans, et nous sommes convaincus de 
1 excellence de son système dans son application aux ateliers de ce genre. L'Institut est 
affranchi de toute préoccupation : il n'a pas à faire l'acquisition des matières premières 
ni a engager les maîtres nécessaires; il ne s'occupe ni de la vente, ni de l'expédition 
des produits; il na plus à craindre de les voir s'accumuler en magasin, ni de subir 
une dépréciation par suite de l'encombrement du marché; les apprentis acquièrent 
plus d habileté deviennent plus industrieux et apprennent à faire un emploi plus 
économique de la matière première qu'avec le système des inslructeurs salariés! Tout ce 
qui est à 1 avantage de l'adjudicataire tourne au profit de l'instruction de l'apprenti. 
5>i 1 intérêt du premier l'engage à obtenir du dernier qu'il se mette vite au travail et 
quil travaille avec rapidité, industrie et talent, qu'il tire le meilleur parti possible 
des matières qui lui sont mises entre les mains, sans déchet , assurément l'apprenti eu 
contracte une plus grande habileté mécanique et se trouve dans les meilleures con- 
ditions pour trouver un emploi à la fin de son apprentissage. 

Notre institution est, croyons-nous, la seule de ce genre où a prévalu ce système, 
dont une expérience de plus de cinq années nous a démontré les avantages. 

On nous a objecté que, dans notre système, le maître pourra négliger les sujets 
les moins intelligents pour ne s'attacher qu'aux plus habiles; nous n'avons jamais eu à 
constater d inconvénients de ce genre, et nous croyons qu'ils ne sont pas plus à redou- 
ter quavec 1 ancien système. De plus, nos engagements avec le chef des ateliers ren- 
ferment des clauses spéciales en vue de prévenir cet inconvénient. 

L"^ S ° b '' eCte enC ° re f l uavec un P areil traité l'adjudicataire ne peut réaliser au- 
cun bénéfice pas plus qu'aucune institution n'y a réussi; mais voilà plusieurs années 
que notre entrepreneur y est parvenu, de sorte que l'objection tombe d'elle-même, 
bii devait se restreindre au seul travail des élèves, travail nécessairement inférieur 
pour beaucoup, puisqu'ils ne sont en réalité que de jeunes apprentis, l'enlreprise 



— 3:23 — 

pourrait être moins fructueuse. Mais nous lui permettons a employer, en même temps 
que les apprentis, autant d'ouvriers, aveugles ou voyants habiles, que le comporte sa 
besogne, et nous trouvons qu'il y a, dans cette combinaison, autant à gagner pour 
les apprentis que pour les entrepreneurs. L'exemple des ouvriers accomplis les sti- 
mule à travailler mieux et plus vite, et leur caractère général est favorablement 
mfluencé par un contact intime avec des voyants expérimentés du dehors, circonstance 
qui devrait avoir une valeur considérable pour un intelligent éducateur des aveugles 

Quant à l'entrepreneur, l'emploi d'ouvriers additionnels lui présente certains avan- 
tages. Il lui permet d'étendre ses affaires et de donner à son exploitation le caractère 
d autres établissements où se fabrique le même genre d'articles; de faire finir les pro- 
duits inférieurs de ses apprentis inexpérimentés, de manière à les mettre au niveau des 
meilleurs produits fabriqués par les bons ouvriers; et quand le nombre des élèves, dans 
les ateliers, est trop restreint pour lui permettre de suflire aux commandes, cela le met 
àmême de conserver ses clients en les empêchant d'aller ailleurs. Par exemple nous 
n avons pas en ce moment d'élèves désirant apprendre le tissage des tapis; et cepen- 
dant, c'est un article fort demandé sur le marché; il faut donc ne pas en manquer la 
vente, si on ne veut pas priver l'Institution de cette branche de commerce. Aussi les 
métiers sont-ils tenus par des employés voyants jusqu'à ce qu'il se présente des élèves 
pour étudier cette spécialité. 

11 est à peine besoin de dire que, dans aucun cas, il n'est permis à l'entrepreneur 
d employer dans les ateliers des ouvriers voyants à l'exclusion ou au détriment de nos 
élevés. 

A la fin de la page 65 du même rapport, M. Ghurchman dit, en parlant 
des <c résultats» de l'instruction donnée dans les écoles d'aveugles : 

Les élèves ont quitté l'école après avoir suivi un cours d'instruction et en avoir relire 
d excellents résultats, mais néanmoins sans avoir acquis ce développement pratique du 
caractère si nécessaire pour les mettre sur le pied «l'égalité avec les voyants dans le 
combat de la vie. 

On n'atteindra ce but qu'en assurant aux enfants aveugles les mêmes facilités qu'aux 
voyants pour arriver à une complète éducation intellectuelle et physique 

A en juger d'après ce qui se pratique dans les institutions, les fondateurs et les ad- 
ministrateurs se sont imaginé que, prendre un enfant aveugle dans sa famille alors 
que ses facultés intellectuelles ne sont pas encore éveillées et que ses facultés physiques 
n ont pas encore pris leur développement, et le placer dans une institution pour une 
période de cinq, six ou sept ans, c'est le mettre sur le pied d'égalité avec son frère 
voyant. Dans ce court espace de temps l'aveugle doit acquérir une éducation complète 
commençant a 1A B C et devenir un exécutant ou un professeur de musique ha- 
bile, se perfectionner dans un ou plusieurs arts mécaniques. Pendant ce temps le 
voyant avec les avantages d'une éducation de famille toute différente , avec d'excellentes 
écoles de tout degré avec la ressource de toutes sortes d'ateliers ou de maisons de 
commerce, a devant lui toutes les années de sa minorité pour se préparer aux devoirs et 
aux épreuves de la vie. 

D'un autre côté nos institutions d'aveugles sont dépourvues des ressources et appa- 
rus qu. abondent dans les maisons d'éducation à l'usage des voyants. Beaucoup de ces 
objets doivent être construits spécialement pour les étudiants aveugles; on en fabrique 
si peu qu ils sont très coûteux , et nous n'en avons qu'en nombre insuffisant. En outre 
la plupart de ces appareils sont grossiers et ne répondent qu'imparfaitement au but 
qu on se propose. ' 

Déplus, comme conséquence soit du court séjour des élèves dans nos institutions, 
soit du manque d idées bien fixes relativement aux meilleures méthodes d'enseigne- 






— 324 _ 

ment, l'esprit des élèves est fatigué par la multiplicité des études et des travaux divers 
auxquels on les soumet à la fois. 11 faut qu'ils s'occupent simultanément de leur ins- 
truction classique, de leurs études de musique vocale et instrumentale d'un métier 
Autrement le terme de leur instruction serait expiré avant qu'ils aient pu remplir 
le but de leur entrée et de leur séjour à l'école. Quant au développement physique on 
ne s en occupe généralement que peu ou point. D'abord il n'a pas place dans le plan 
d éducation ; ensuite on n en apprécie pas la nécessité. 

Nos administrateurs d'institutions d'aveugles ne se sont jamais imamné qu'en obli- 
geant leurs eleyes à apprendre un métier, une profession qui doit leur servir à (ragner 
leur vie, en même temps qu'ils acquièrent l'instruction classique, ils leur demandent 
plus qu on n exige des voyants de même âge, avec leurs avantages supérieurs. On a 
bien essaye, dans quelques cas, les écoles de travail manuel pour les voyants- mais 
toujours le peu de succès des expériences les a fait abandonner. Leurs gradués ne font 
m de bons écoliers, ni de bons ouvriers, encore moins l'un et l'autre. Pourquoi vouloir 
alors pratiquer ce système pour l'éducation des aveugles? 

Nous lisons à la page 68 du même rapport: 

D'ailleurs, pour ce qui concerne la musique et l'apprentissage d'un métier, en vue 
de subvenir plus lard à ses besoins, on ne rencontre pas d'habitude celte perfection 
d exécution que l'on peut trouver dans les établissements pour les vovanls. Et il ne peut 
en être autrement, tant que l'on continuera la pratique de ce système à outrance si- 
gnale plus haut. De plus, relativement au travail des ateliers, si les personnes qui en 
sont chargées étaient directement intéressées dans les bénéfices, comme cela a lieu poul- 
ies établissements manufacturiers, les apprentis seraient mieux soignés, et par suite 
mieux préparés à faire leur chemin dans le inonde, après avoir terminé leur instruc- 
tion. 

Il y a plus. L'organisation de nos institutions, relativement aux maîtres, n'est pas de 
nature à donner les meilleurs résultats possibles. Il y a là, à côté d'un grain de sagesse, 
une iohe. Nous n avons pas, comme dans les écoles de sourds-muets, à offrir des ap- 
pointements suffisants pour déterminer des maîtres capables à se consacrer à notre 
œuvre et à en faire l'occupation de toute leur vie. 

Notre enseignement ayant un caractère élémentaire, on s'est imaginé qu'un maître 
ordinaire des écoles de voyants serait compétent pour instruire les aveugles. Tout au 
contraire; l'enseignement rudimenlaire d'intelligences qui souffrent de l'occlusion de 
lun des principaux moyens de s'instruire exige, dans le professeur, de plus hautes 
capacités que pour l'enseignement des branches que l'on étudie successivement au fur 
et a mesure que les facultés acquièrent leur développement. 

Si on assurait à nos élèves, au lieu de notions imparfaites sur quelques sujets, avec 
un talent de quatrième ordre à jouer de quelque instrument de musique ou à pra- 
liquer un art manuel à moitié appris, un développement complet de toutes leurs fa- 
cultés intellectuelles et physiques, fruit habituel de l'éducation reçue par les voyants 
les résultats seraient bien différents. 

Dans le rapport de 1870, page a3, M. Churchman expose, après une nou- 
velle expérience de quatre années : 

Le système de gestion de la partie industrielle d'établissements comme Je nôtre est 
d employer des instructeurs salariés, ainsi que des contremaîtres qui ont mission, 
sous la direction du surintendant, d'acheter les matières premières et de vendre les 
produits fabriqués, ce qui a lieu sans le moindre risque ni la moindre responsabilité 
de la part de ces employés. Avec un pareil système, les ateliers ne peuvent se suffire à 



■l 



■ 



— 325 — 

eux-mêmes, et donnent souvent lieu à des dépenses considérables. Et cela surtout poul- 
ies raisons suivantes : i° les ateliers n'étant considérés que comme de simples ateliers 
d'apprentissage, les ouvriers ne sont que des apprentis peu habiles, et les objets qu'ils 
fabriquent ne sont pas vendables ou ne s'écoulent qu'à des prix qui ne donnent aucun 
bénéfice ; a les achats et les ventes ne se font pas par des employés salariés; 3° ces 
employés ne se montrent pas aussi soigneux de tirer du travail des ateliers la même 
quantité d'ouvrage et n'apportent pas la môme économie dans l'emploi de la matière 
première, que ceux qui sont intéressés dans le produit des ateliers qu'ils dirigent. 

Nos ateliers ont été ouverts en 18/17, suivant le système d'organisation qui prévalait 
alors ; ils ont ainsi continué pendant les quatorze premières années qui ont suivi l'ou- 
verture de l'Institut. Mais, en 1861, on en vint à penser qu'on obtiendrait de meilleurs 
résultats avec plus d'économie en adoptant ^m nouveau plan, et on se résolut à faire 
l'essai de notre système actuel, que nous avons constamment pratiqué depuis plus de 
neuf ans, à notre entière satisfaction. Ce principe, c'est celui de l'intérêt dans les béné- 
fices et de la responsabilité du chef des ateliers. Nous lui fournissons le local et les 
outils sans aucune subvention déterminée, et il doit instruire à ses frais les élèves dans 
leurs métiers. Les achats, les ventes, les opérations relatives aux ateliers sont faites par 
lui, pour son compte, et seul il profite du bénéfice ou subit la perte. La seule part que 
nous prenions à sa gestion c'est de veiller à ce que les ateliers soient dirigés conformé- 
ment aux règles de l'Institution et que les élèves soient sérieusement instruits dans la 
profession qui leur est assignée par le surintendant. 

Comme le produit du travail des apprentis est insuffisant pour subvenir aux 
frais des ateliers ou pour répondre aux commandes d'une clientèle soigneusement mé- 
nagée, l'entrepreneur est autorisé à employer d'habiles ouvriers voyants ou aveugles, 
pour suppléer au travail imparfait des élèves. Il n'y a pas de meilleur moyen de dé- 
cider quelqu'un de capable à se charger d'une telle entreprise que de l'y* intéresser 
directement. Et pendant que cette combinaison nous permet de parfaire l'instruction 
de nos élèves sans qu'il en coûte rien à l'Institution, il devient, pour eux, un puis- 
sant stimulant en les mettant en contact avec des ouvriers adroits et habiles qui leur 
servent de modèles. 

L'état suivant met bien en relief les résultats économiques du système actuel com- 
paré avec l'ancien. 

Pendant les sept années qui ont précédé l'adoption de ce système, les dépenses des 
ateliers ont été supérieures aux recettes de 6,306 liv. st. G.'!, constituant une perte 
moyenne annuelle de 88G liv. st. 06, et cela, sans tenir compte des appointements 
des instructeurs. 

Si on multiplie par neuf ce déficit annuel, on a 7,979 liv. st. 9/1; si on ajoute à 
ce chiffre les 5, /100 livres sterling représentant les appointements d'un maître et d'un 
directeur capables, au prix de 600 livres par an, émoluments des plus modestes pour 
un emploi de cette importance, on aura le total de 1 3,379 liv - st - 9 ; '< P°ur ce qu'aurait 
coûté à l'Institution la gestion des ateliers avec l'ancien' système', dans les neuf der- 
nières années. Or, avec le système actuel , il n'a été dépensé dans la même période 
de temps que 5i 9 liv. st. 66, pour achats d'outils et de 'mobilier qui nous restent. 
Assurément, cette économie de i3,ooo livres sterling, sans tenir compte des autres 
avantages du système, mérite bien qu'on s'y arrête. 

Dans cet état comparatif, il n'a été tenu aucun compte des frais de chauffage et de 
l'entretien des locaux. 

Dans les Institutions, où le travail des ateliers se fait sous l'empire de l'ancienne or- 
ganisation, les résultats sont moins bons. 










- 326 - 


















— 327 








* 








Annexe 


t 18. 




















ÉTATS-UNIS 


D'AMÉRIQUE. 










STATISTIQUE SOMMAIRE DES 


ECOLES POUR LES AVEUGLES, 


P\R M. PIIILBRICK, DÉLÉGUÉ DU DÉPARTEMENT DE L'INSTRUCTION 


PUBLIQUE. 




NOMBRE 


NOMBRE 

de 


NOMBRE 




NOMBRE 


BIBLIOTHÈQUES. 


VALEUR 


MONTANT 

DES ALLOCATIONS 


RECETTES 

INDIVIDUELLES 


TOTAL 


DÉPENSES 






ÉTATS. 


dans 
chaque 

ÉTAT. 


PRO- 
FESSEURS 

et 

autres 

employés. 


D'EMPLOYES 

et 
d'ouvriers 
aveugles. 


NOMBRE 

D'ÉLÈVES. 


D'ELBVES 

admis 

depuis 

l'ouverture. 


lfOHDRE 

de 
volumes. 


AUGMENTA- 
TION 

pendant 
la dernière 

année 
s'olaire. 


DES TERRAINS , 

constructions 

et 

appareils. 


gouvernemen- 
tales 
et commerciales 

de 
l'année dernière. 


et perceptions 

dans 
les autres États 

pendant la 
dernière année. 


DB8 RECETTES 

de 
l'année dernière. 


TOTALES 

de 

l'année dernière. 


OBSERVATIONS. 








2 

12 

b 3l 

i3 

a 9 
3o 


Il 

3 

ii 
4 

7 
4 


12 

35 
3i 

5? 

86 

107 


4o 
n3 

88 
161 


a II 

65o 

// 
85o 


Il 

11 
il 

5o 


dollars, 
a // 

3n,ooo 
il // 

80,000 

1 55,558 
5oo,ooo 


dollars. 
a 11 
b, b 8,000 
11 
17,000 
3i,337 
3a,5oo 


dollars. 
// 
II 
1,4 7 8 

3n 
1,769 

;/ 


dollars. 
;/ 

9> 58 9 
37,77.3 
17,311 
33,076 
32,5 7 8 


a 

a 


dollars. 
il 

g,4o, 

11 
16,737 
28,974 
3i,33i 


d. Reporté à la section des sourds- 
muets. (Voir l'autre tableau. ) 

0. Pour les deux sections réunies. 

b, b. Les salaires ne sont pas com- 
















5ig 

54i 


96. 
3,5oo 






pris. 

c. Comprenant les recettes pour la 
section des sourds-muets. 




Iruliana 












34 


8 


112 


33 9 


35o 


a 


3oo,ooo 


26,584 


48o 


2g,45o 




27,573 


d. Sur cette somme, g5,ooo dol- 














2 

7 

// 

i5 

34 

n 
n 

2 

5 

10 

i4 
5 


42 




9° 

871 

200 

186 

i,4o3 




4 0,000 

100,000 

1 ,5oo 

255,ooo 

284,820 


9,100 

2 0,235 

4,000 

12, 875 




9,100 
34,i 4d 

4,000 
1 5/172 
64,325 




9>°97 

22,124 
4,000 

i5,84a 
60,767 

II 










22 
6 

16 
46 


95 

J 7 

64 
i4g 

a 11 


3 7 4 

/< 

!99 

9°9 


7 l 

II 

3o 

3 97 


// 

;/ 

9,337 

15,760 




des bâtiments détruits par un incen- 
die et à l'ameublement des nouveaux 
bâtiments. 

e. Comprenant le montant ofïeclé 
aux constructions et à l'ameublement. 












Massachussetts 








5o 


a 11 




// 


a 








3 


32 

26 


35 


i35 
2.55 


10 
45 


a5,ooo 


4,200 


11 


4,200 
10,000 




4,000 
g,5oo 

21,500 

344,683 
n 
43,453 














25 

77 

8 

54 


110 
368 

93 
i56 


n 
i,554 
23o 

9°7 
i5 

gi5 

// 


600 
i,o5o 
11 
43o 


100 
i5o 

// 

3a 


300,000 

703,4 5a 

a n 
5oo,ooo 


2 1,500 

100, 5oo 

a 11 

46,95o 

4,000 

39,500 

a ;/ 


11 

8,218 

n 

11 


ai,5oo 
2 54,oi 5 
// 
46,960 


a 






New-York 








Ohio 








2 

34 


ii 

3 7 

// 


1 1 
207 

25 


ia5 

75o 

// 


100 

5o 


// 


11 
8,24o 


4,ooo 
63,198 

// 




4,000 
6i,3i8 










Caroline du Sud 




4 


n 


a 11 


n 




11 










i3 
i5 

6 


»7 

n 

2 

a 


5i 
60 

3 7 
2 4 


aSi 

n 

2l4 


656 

363 

1,600 


n 
60 

// 


85,ooo 
5o,ooo 
a 11 


3i,ooo 
1 4 , 1 2 
« a 


i35 

II 

c 7.87 


3i,i35 

1 4,i 20 

c 42,737 

31,497 


a 


38,ooo 
i3,93g 

11 


















4 


35 


1 00 


3o 


a 11 


a 11 


a 


n 










21 


3 


86 


a55 


1,200 


i5o 


1 55,ooo 


d n3,ooo 


;/ 


e 83,8ù3 


e 


70,321 






Total 




3 9 


58o 


171 


s,o83 


7,684 


1 6,32 5 


1,196 


3,68o,33o 

t — 


576,391 


39,445 


893,969 


736,55g 








— 328 



Annexe n° 19. 




DE L'ÉDUCATION DE L'AVEUGLE. 

«SMO.nE PBÉSEKTE A D CONGBÈS PAU LES P„OFESSEU„S DE L, NST1TUT10S ^^ 
DES JEUXES AVEUGLES DE PARIS. 



I. De LA NÉCESSITÉ D'UNE statistique générale 

Outre les renseignements touchant aux causes, aux caractères de la cécité faits inlé 

enf.iil. phaMtaM ,„, p„„„.»enl élre dans fa écofe, pr»p, ra iire T.'erailt k 

II. — Sur l'état actuel de L'Éducation des aveugles. 
En France beaucoup d'aveugles restent privés du bienfait de l'instruction- il est 
nécessaire de la leur procurer dans l'avenir. Cependant il ne faut pal r sZri eue 
la populat,on scolaire des aveugles soit bien moindre relativement iu c eHe dèsl ul 

III. — Rôle de la famille dans les soins du premier Âge. 

â ff e C rî'enit mment 1 la fami "? 1 u ' incombe ie ^voir de donner les soins du premier 
dge a I enfant aveugle, ma.s il est certain qu'elle ne sera que rarement ante à K 
donner dune manière satisfaisante. 4 laiement a P te a ,es 

et c L omm a en e t n n S n n eurei OUtent Ç^' ™»' P as de ce 9™ H* «» on enfant aveugle, 
ei comment il peut être amené a accomplir une fou e de choses dont on le iuffer.il Hp 

E? itaraît'dr' 16 ' f/ "J «*" °" ■"** ~ ^^VflPSït 

3 d'&ofe dX.& 7 e aiT,Ve efttre les mains des P arents - du ^ et du 

mame d école de I enfant aveugle, sans que ses éducateurs naturels aient besoin d'avoir 



— 329 — 

à rechercher s'il existe; il pourrait et devrait arriver par les soins de l'administration 
centrale qui le signalerait chaque année aux préfets et sous-préfets, qui l'indiqueraient 
aux maires et aux conseillers d'arrondissement qui connaissent généralement les en- 
fants de leur région frappés de cécité. Non seulement les parents se procureront ainsi 
les connaissances nécessaires pour donner les premiers soins à leur enfant, mais, par 
eux-mêmes, ou avec l'aide du curé ou du maître d'école, ils pourront lui apprendre 
à lire, à écrire, etc. 

IV. Le JEUNE AVEUGLE PEUT-IL ETRE ADMIS DANS LES ECOLES PUBLIQUES DE VOYANTS? 

Le jeune aveugle peut être admis dans les écoles primaires publiques de voyants; 
un certain nombre d exemples ont démontré le profit qu'on peut en tirer, et il ne s'est 
pas présenté d'inconvénients sérieux. Le contact avec les enfants voyants a plus d'avan- 
tages que de désavantages. 

V. DES ÉTABLISSEMENTS DE SOURDS-MUETS ET D' VVEUGLES. 

Quant a la réunion des sourds-muets et des aveugles dans le môme établissement, elle 
est nuisible et même funeste; cela paraît aujourd'hui démontré. (Voir plusieurs ar- 
ticles de V Instituteur des aveugles, par J. (iuadet.) Les deux infirmités sont analogues, 
niais elles ne vont pas ensemble. 

Une certaine économie administrative est le seul avantage qu'on ait pu y trouver 
dans les cas où un nombre restreint d'aveugles et de sourds-muets ne permettait pas 
de former deux institutions distinctes. 



VI. — Des ÉCOLES PRIMAIRES pour les enfants de quatre à DOUZE ANS. 

11 est de la plus haute importance que les enfants aveugles ne restent pas sans édu- 
cation, jusqu'à leur entrée dans l'établissement d'instruction professionnelle, vers l'Age 
de onze ans. Il faut que l'éducation de l'enfant soit commencée ou dans sa famille, ou'à 
l'école primaire, ou dans des établissements préparés à cette fin, établissements fort 
souhaitables; mais il y aurait inconvénient à enlever, avant l'âge de sept ans, les en- 
fants à leur famille et à décharger trop tôt celle-ci d'un devoir; d'ailleurs il faudra 
prendre des précautions pour que de pareils établissements ne deviennent pas trop 
coûteux, sans donner, en compensation, des résultats suffisamment importants. 

VU- — Des écoles professionnelles pour les jeunes cens 

DE DOUZE À VINGT ET UN ANS. 

L'école professionnelle de Paris est en bonne voie, à part des améliorations de détail 
très désirables; mais elle est insuffisante pour le nombre des aveugles français; il faut 
en fonder d'autres ou donner de l'extension à celles fondées en province. 

VIII. — Des systèmes dépression et d'Écriture. 

DE LEUtl UNIFICATION. 

Nous pensons qu'il est de la plus haute importance d'unifier les procédés appliqués 
aux aveugles: i° pour faciliter entre les instituts des diverses nations l'échange des 
publications littéraires ou musicales, ou de tout autre instrument spécial à l'aveugle- 
a" parce que l'unification, devant donner lieu à un plus grand débit des objets propres 
aux aveugles, en diminuera le prix de revient. 

Le système de Braille ayant été reconnu, après une étude approfondie, le seul qui 



■— 330 — 



se prête à l'unification, nous le proposons comme celui qui convient le mieux aux aveu- 



gles 



PLAN D'ÉTUDES. 

(A.) — Etudes intellectuelles. 
S 1 er . Pour les ouvriers. 

AS:j?^ ^^ dans ,es écoles primaires - 1 *»w 

S 2. Pow /eg musiciens. 

tJ^A^^T 8 1 né [ a,e ' & éo S ra P hie ™selle, rhétorique, éléments de littéra- 
ture, de philosophie, de droit, cours complémentaire d'arithmétique; éléments de léo- 
nine histo.re naturelle, éléments de cosmographie, de physique de chimie dYy- 
giène, notions de latin pour la compréhension des textes liturgiques. 



S 3. 



Pour les élèves qui se destinent à l'enseignement des sciences et des lettres. 



Le programme ci-dessus devra être suivi, mais il faudra en approfondir les diverses 
matières et y ajouter l'étude des principales langues vivantes 

Renseignement religieux devra être continué aux élèves dès leur entrée à l'école 
professionnelle et poursuivi jusqu'à la fin de leur séjour. 

(B.) — Etudes musicales. 

Cours supérieur de solfège; cours d'harmonie, de contrepoint et de fugue, de com- 
pos.tion libre; cours d histoire et d'esthétique musicale, comprenant une analyse cri- 
tîque et une étude comparée des Maîtres; continuation des études de piano et début 
ou contmualion de 1 étude des instruments d'orchestre, depuis l'entrée de l'élève à l'é- 
cole jusqu à la fin de son séjour; élude du piano à pédales pour préparer à l'étude de 
I orgue; cours d orgue comprenant tout ce qui concerne l'organiste, spécialement l'im- 
provisation, voire même la composition pour orgue; classe de chant; classes d'en- 
semble comprenant 1 orchestre, les chœurs et la réunion de l'un et de l'autre 

Ces classes d'ensemble sont indispensables : i° parce qu'elles complètent l'éducation 
musicale des élèves en leur permettant d'étudier d'une manière plus approfondie 
que par «a simple audition la musique d'ensemble; a' parce qu'elles offrent aux com- 
positeurs de 1 école les moyens de se faire exécuter et, par là, de mieux apprécier la 
valeur de leurs œuvres. rr 

Il nous paraît utile au perfectionnement des études musicales que les élèves donnent 
chaque année en public quelques concerts. Ces exécutions musicales sont importantes • 
i parce quelles sont une application des études musicales; 2 ° parce qu'elles familia- 
risent 1 élève avec ie public; 3° parce qu'elles exposent aux yeux de tous les résultats 
obtenus dans 1 école et quelles permettent par là de faire apprécier la valeur de son en- 
seignement, de constater ses progrès et de voir de quelles améliorations les études sont 
susceptibles; 4° parce qu'elles font connaître les écoles, ce qui facilite le placement 
des élèves Suivre pour l'éducation musicale les méthodes les plus nouvelles est une 
recommandation de première importance. Il serait bon d'habituer les élèves à donner 
«es leçons de musique aux voyants. 

Nous considérons comme le complément nécessaire de ce plan d'études musicales de 
procurer aux élèves des cours supérieurs de nombreuses auditions musicales en les 




— 331 _ 

faisant assister aux meilleurs concerts et aux représentations de nos premiers théâtres 
lyriques. 

Dans les examens, l'élève devra être interrogé autant sur la théorie que sur la pra- 
tique, afin de s'assurer qu'il possède bien son art et qu'il sera capable d'en expliquer 
les règles lorsqu'il enseignera. 

Pour les jeunes filles, l'étude des instruments d'orchestre sera remplacé par celle 
de la harpe et de l'harmonium. 

Nota. — Pour remplir complètement un pareil programme, huit années d'études 
sont suffisantes tant qu'il n'y aura pas d'écoles préparatoires. 

DES LIVRES SCOLAIRES. 

Les livres scolaires sont actuellement insuffisants; il faudrait au moins un ouvrage 
pour chaque enseignement, et autant que possible pour chaque degré de ce même en- 
seignement. 

Pour augmenter les livres scolaires, il faut donner aux imprimeries le matériel né- 
cessaire, un personnel suffisamment nombreux et assez habile pour produire beau- 
coup. Rechercher les modes d'imprimerie qui fournissent le plus, se servir de la stéréo- 
typie, surtout de celle qui permet d'imprimer le recto et le verso de la feuille, pour les 
ouvrages des meilleurs auteurs. - 

Employer une sténographie qui ne soit pas nuisible à l'orthographe, si nécessaire 
aux aveugles. 

L'unification des systèmes facilitera beaucoup l'augmentation du nombre des livres 
scolaires. 



IMPORTANCE DE L'ENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE AUX AVEUGLES. 

La musique est une des ressources les plus importantes dont l'aveugle puisse dispo- 
ser : i° parce que la musique est mi art pour l'exercice duquel la vue n'est pas indis- 
pensable et pour lequel les aveugles montrent généralement d'heureuses dispositions- 
9° parce que c'est jusqu'ici la carrière la plus profitable aux aveugles. 

ADMISSION DES DEUX SEXES DANS LE MEME ÉTABLISSEMENT. 

La réunion des deux sexes sous une même direction , lorsque les mesures nécessaires 
ont été prises, ne peut avoir aucun inconvénient; elle n'offre, au contraire <rae des 
avantages pour l'un et l'autre sexe. ' 

Elle est indispensable à l'enseignement musical, pour pouvoir exécuter, dans de 
lionnes conditions, la musique des Maîtres. 

Elle permet aux jeunes filles d'assister, sans quitter l'établissement, à des auditions 
musicales dans les répétitions d'orchestre des garçons et de profiter de leur concours 
de leurs soirées musicales et de leurs concerts. 

L'impulsion imprimée à l'enseignement d'un sexe sert de modèle à l'autre et le fait 
progresser. 

RECRUTEMENT DES MAITRES. 

Recruter les maîtres dans les principales écoles professionnelles; les choisir parmi 
les élèves sortants signalés pour leur talent et leur valeur personnelle 

baire passer ces élèves par des cours supérieurs, où ils se prépareront à un ensei- 
gnement spécial, tout en développant en eux les autres connaissances qu'ils auront du 




— 332 — 
N'admettre au pensionnat que des candidats qui, aux conditions précédentes join- 

a s* szss? avec succès ' dont ,e pr ™ - «■ sid * J»K 

DES MAÎTRES AVEUGLES. 

L'enseignement des aveugles par les aveugles est le seul qui puisse produire d'asse? 
bons résultais pour motiver 'existence d'une institution : ,° "parce que nul ne eonnai 
mieux les besoins de l'aveugle et les procédés pour l'instruire que «Llui qui ép Z 
ces beso.no et qui a eu à vaincre des difficultés analogues; 3 - parce que* jusqu'ici le 
expériences tentées pour résoudre la question ont conclu en faveur de IWle e 
que les observations de choque jour montrent, dans les institutions où l'enseignement 
es partagé entre les voyants et les aveugles, que les résultats les plus satisfais*" 
obtenus par ces derniers ; 3° parce que ce serait confesser que les institutions d'aveugles 
sont ,nut.les , s. ces établissements refusaient pour professeurs ceux qu'ils proposent 
pour un enseignement plus difficile : celui d'aveugle à voyant. ' P ,0 P 0sent 

CARRIÈRES OUVERTES AUX AVEUGLES. 

Parmi les carrières ouvertes aux aveugles, la pédagogie n'a encore été que peu ex- 
ploitée; nous croyons cependant qu'elle peut offrir de grandes ressources, 'surtout 
dans 1 enseignement des langues vivantes. 



MARIAGE DES AVEUGLES. 

Le mariage s'impose à l'aveugle comme à tous les autres hommes, et même il est 
pour lui d une plus grande nécessité: ,° parce que l'homme atteint de cécité ex.Ve des 
soins particuliers, qu .1 ne peut recevoir entièrement que dans sa propre famille- 
s parce qu .1 est certains intérêts dont l'aveugle ne peut s'occuper et qu'il ne peut' 
confier qu à un autre lui-même; 3» parce que le mariage rend pour ainsi dire la vue à 
aveugle en lui attachant une personne qui ne voit que pour lui et par lui ce qui 
hu garantit son indépendance; 4* parce qu'en lui donnant une famille et des enfants, 
.1 multiplie autour de lu, 1 ass,stance dont il a besoin, les distractions et les jouissances 
qu. lui son indispensables ; 5° enfin parce que l'œuvre de Valentin Haûy n'est eom- 

fait erïe * J ° L "" ° U US ' e "^^ da " S U SOdélé k P ' aCe 1 Ue " céci,é ,ui a 

MOYENS D'ASSURER L'EXISTENCE DES AVEUGLES. 

Pour assurer l'existence des aveugles, il faut : ,• que les écoles professionnelles con- 
sidèrent moralement leur œuvre comme inachevée tant que leurs élèves ne seront pas 
placés; a .1 faut combattre les préjugés contraires à l'aveugle par de nombreuses pu- 
blications; 3 créer des sociétés de patronage, de placement et de secours pour trouver 
des emplois aux élèves sortant de l'école professionnelle et venir en aide aux nécessiteux • 

4 fournir aux élèves sortants et qui n'ont pas trouvé de place le moyen de conserver et 
d accroître leur talent en les envoyant dans des maisons spéciales ou en leur donnant 
temporairement dans les écoles d'aveugles un emploi en rapport avec leurs capacités; 

5 créer des établissements qui, a l'aide d'une organisation particulière, assurent aux 
ouvriers aveugles du travail et un salaire suffisant; 6° recevoir dans les hospices ou 
maisons de retraite tous les aveugles incapables de pourvoir à leur existence. 

HYGIÈNE. 

Des gymnases, dans les institutions d'aveugles, aideraient au développement phy- 



— 333 



sique des jeunes gens; les aveugles ne jouent pas assez. Des congés, en rapport avec le 
travail qu'on exige des jeunes aveugles, seraient profitables au développement du 
corps et en môme temps à celui des facultés intellectuelles. Les enfants aveugles, aussi 
bien que les enfants voyants, ont besoin de longues promenades à la campagne. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Il y a accord pour demander une littérature à bon marché à l'usage des aveugles. 

Les aveugles restent trop isolés les uns des autres : un journal périodique les unirait, 
leur expliquerait les progrès qui les intéressent, leur parlerait des progrès réalisés dans 
renseignement dans les diverses institutions d'Europe et d'Amérique, et les mettrait 
en communion d'idées, formant ainsi un faisceau fraternel de tant d'individualités 
éparses. Il faut encourager la publication de mémoires et d'articles concernant les 
aveugles; car si on n'éveille pas l'attention et la sympathie publiques dans leur intérêt, 
on ne trouvera jamais l'argent nécessaire pour fonder des écoles primaires, des écoles 
professionnelles, des maisons de travail, des sociétés d'aide, de secours et de protection; 
plus on connaîtra les aveugles, davantage on s'intéressera à eux, et plus grandes seront 
leurs chances de réussite. Des concours donnant naissance à des inventions nouvelles, 
à des instruments à l'usage des aveugles, seraient très utiles. 

Si l'éducation des aveugles n'a pas donné jusqu'ici des résultats entièrement satisfai- 
sants, — les nombreuses questions mises à l'étude par ce Congrès le prouvent assez, 
— c'est parce que l'enfant aveugle est trop négligé; parce que le jeune homme, à de 
rares exceptions près, ne peut arriver à développer ses facultés; parce que l'homme, 
mal aidé parla charité publique, reste pour la société une charge sans compensation; 
parce qu'enfin la société, par ignorance, n'a pas fait jusqu'ici tout ce qu'elle devait 
faire pour améliorer le sort des aveugles. 



334 — 



Annexe n" 20. 



INSTITUTION NATIONALE DES JEUNES AVEUGUES. 



DISTRIBUTION SOLENNELLE DES l'HIV. 
(Dans le mois qui a précédé la réunion du Congrès de Paris.) 






ANNÉE SCOLAIRE 11877-1878. 

L'on mil huit cent soixante-dix-huit, le vendredi seize août, à onze heures et demie. 
a eu heu sous la présidence de M. Lepère , sous-secrétaire d'État au Ministère de l'in- 
téneur, la distribution des prix à l'Institution nationale des jeunes aveugles. 

M. le Sous-Secrétaire d'Etat a été reçu à son arrivée à l'Institution nationale par 
M. I iras, inspecteur général des établissements de bienfaisance, directeur de l'Institu- 
tion auquel s'étaient adjoints MM. Biollay, conseiller maître à la Cour des comptes 
et de Thiac, membres de la Commission consultative de rétablissement, plusieurs fonc- 
tionnaires du Ministère de l'intérieur et le personnel de l'établissement. 

M. le Président et son cortège, s'étant rendus dans la salle des exercices puhlics de 
I Institution, disposée pour la solennité, ont pris place au bureau. 

M. le Président, ayant ouvert la séance, a donné la parole à M. Piras, inspecteur 
général, directeur de l'Institution nationale, qui a prononcé le discours suivant : 

«Chers Elèves, 
«11 existe depuis peu, à quelques pas de votre Institution , un grand palais dont vous 
avez tous entendu parler, et (pie quelques-uns d'entre vous peut-être ont parcouru, je 
voudrais pouvoir dire : ont visité. Ce palais, qui s'est élevé comme par enchantement, 
pourrait s appeler à bon droit le palais des Merveilles, car jamais on n'a vu réunis dans 
si peu d espace autant de riches productions, autant de créations du génie de l'homme, 
autant de brillants témoignages de ses progrès dans les sciences, dans les arts et dans 
1 industrie. 

« Malgré certaines prédictions sinistres et peu patriotiques, l'Exposition universelle à 
laquelle la France, cruellement éprouvée, mutilée, mais toujours confiante dans ses 
destinées, avait convié les nations, a réussi au delà de toutes les espérances et marqué 
de la façon la plus heureuse cette année 1878 qui sera, j'espère, pour notre chère patrie 
le commencement d'une ère nouvelle, d'une ère de vraie liberté, de vraie prospérité. 

cr De tous les points du globe les étrangers arrivent en foule comme à une fête, sont 
saisis d'étonnement à la vue de nos richesses industrielles et artistiques, et se demandent 
si le pays qui les a produites est bien cette même France qu'on a vue agonisante, il n'y 
a pas encore deux lustres. 



— 335 — 

<rLe spectacle qu'offre l'Exposition universelle est en effet plein de magnificence et a 
de quoi remplir d'admiration même les plus indifférents. La marche du progrès depuis 
cent ans est si rapide dans les produits de l'intelligence qu'une génération suffit pour 
enfanter des prodiges et créer un monde d'idées nouvelles, et on peut croire que les 
grands esprits du siècle de Louis XIV seraient aussi étonnés que ceux du temps de Pé- 
riclès s'il leur était donné, comme au plus simple de nos concitoyens, de visiter notre 
magnifique palais du Champ de Mars. 

"Mes chers enfants , si dans cette fête defamille, en vous adressant le discours d'usage , 
votre Directeur a cru devoir commencer par vous parler de notre superbe Exposition, 
ce n'est pas , croyez-le bien , pour accroître vos regrets ; c'est plutôt pour les atténuer, 
car dans ce palais où se voient tant de merveilles, l'objet le plus précieux, celui que 
Dieu lui-même a plaisir à comtempler, est absent : je veux parler de l'homme , de l'homme 
perfectionné au point de vue moral et religieux. 

rr Est-ce oubli ou négligence! Non, mes amis, c'est uniquement impuissance. Et cette 
impossibilité où l'homme se trouve d'offrir aux regards sa propre personne comme me- 
sure du progrès, et de rendre clairs et évidents pour tout le monde les pas qu'il fait 
dans le chemin du bien et de la vertu , est une nécessité inhérente à la loi même du 
mérite qui ne peut être apprécié à sa juste valeur que par Dieu seul. 

rrEh bien! mes chers enfants, ce produit si précieux qui manque à l'Exposition uni- 
verselle, qu'on ne trouve pas même dans votre vitrine, pourtant si intéressante, ce 
produit dont lous les Gouvernements ont si grand besoin pour durer, surtout les Gou- 
vernements dont la vertu est le principe, ce produit qui, s'il pouvait être mis sous 
les yeux des visiteurs, serait la chose la plus belle, la plus admirable, la plus digne de 
récompense, vous pouvez le créer, vous les déshérités, aussi bien que les voyants, 
que les voyants les plus riches, les plus instruits, les plus habiles. Vous avez déjà 
tous compris de quoi il s'agit; vous avez déjà tous deviné que je veux parler de vous- 
mêmes, de votre éducation personnelle, c'est-à-dire du soin que tout homme se doit 
pour développer et perfectionner sa nature, pour cultiver ses facultés et devenir vrai- 
ment digne de celui qui l'a créé. Ce soin, mes amis, vous pou\ez le prendre à foute 
heure, à tous les instants de votre vie; oui, à tout moment, dans n'importe quelle con- 
dition et quelle que soit la nature de vos occupations , vous pouvez vous rendre meilleurs 
et par conséquent méritants devant Dieu et devant votre conscience. 

ir Mais pour travailler efficacement à obtenir un pareil résultat, ilfaul bien comprendre 
le devoir et l'avoir toujours présent au moment de l'action. 

«Le devoir, chers Élèves, c'est un mot bien simple, devenu banal, qui parait très clair, 
et qui cependant est rarement apprécié à sa valeur. Qui serait bien pénétré de fout ce 
qu'd contient, de tout ce qu'il exprime, du mérite qu'il procure, des titres qu'il 
donne et de la grandeur qu'il ajoute à l'âme, n'éprouverait jamais d'hésitation quand il 
commande d'agir ou de s'abstenir. Un homme qui fait toujours son devoir, mes chers 
enfants, atteint, comme Dieu, la perfection. Ne vous récriez pas et ne me blâmez pas; 
ce n'est là ni une hérésie ni un blasphème, c'est une vérité qui est sortie de la bouche 
même du Christ, quand il a dit : Soyez parfaits comme mon père est parfait. Dans les 
sciences, dans les arts, dans l'industrie, la perfection échappera toujours à l'homme, 
car H lui faudrait atteindre l'infini; mais dans le bien, ce résultat peut être obtenu, 
car l'acte réellement vertueux est par lui-même parfait. 

« Cette faculté de mériter en faisant notre devoir est la plus belle que nous possédions; 
elle surpasse en importance tout notre pouvoir sur la nature extérieure dont elle nous 
sépare par un abîme, car il y a dans elle plus de divinité que dans la force qui fait mar- 
cher l'univers. C'est cette faculté qui rend l'éducation personnelle possible et qui fait 
que, dans la condition la plus humble, on peut acquérir cette grandeur morale qui nous 
rapproche du créateur, et qui par cela même doit être l'objet principal de notre ambi- 



— 336 — 

tion, le bot le plus sérieux de notre vie. Si je place si haut l'accomplissement du devoir, 
ce n'est pas, mes cliers enfants, pour vous enorgueillir en déclarant que tous vous 
êtes capables de vous y conformer, niais pour vous exhorter et pour vous encourager 
au bien. Vous êtes malheureusement du nombre de ceux qui ont le plus besoin de 
résignation et d'efforts ; ne soyez donc pas surpris s'il est souvent question du devoir 
dans cette enceinte et si mon langage est sérieux dans une solennité où l'on ne devrait 
entendre que des paroles de satisfaction et d'allégresse. D'autres peut-être désapprou- 
veront ce langage, ces réflexions un peu sévères; mais vous, mes chers enfants, vous 
y verrez une preuve de la hante estime que j'ai de vos intelligences et de vos cœurs. 

cr Habituez-vous de bonne heure à faire votre devoir, à vous conformer à la règle; 
songez toujours au noble but que vous poursuivez, au plaisir que vous faites à Dieu en 
obéissant à sa loi, aux satisfactions que vous vous ménagez, et vous trouverez toujours, 
quelle que soit Fépreuve, quel que soit le labeur, la volonté et les forces nécessaires 
pour triompher. 

crDans le monde ancien, je devrais dire dans le monde païen, l'idéal pour le grand 
nombre a été la beauté physique; dans le inonde chrétien, qui est le vrai monde mo- 
derne, l'idéal qu'il faut poursuivre, c'est la beauté morale. Et cette beauté, cet idéal, 
pour être atteint, pour être réalisé, n'exige pas le spectacle de l'univers, la contempla- 
lion de ses grands horizons et de ses belles harmonies; l'étude, la contemplation de soi- 
même suffit. De cette contemplation vous en êtes, Dieu merci, aussi capables que les 
voyants, et peut-être plus capables, car pour vous le recueillement semble phis facile 
et les séductions moins nombreuses. Si je vous interrogeais, beaucoup n'hésiteraient pas 
à répondre hardiment : oui, car il n'est pas un de vous qui ignore ce que c'est que le 
devoir, et, s'il n'en comprend pas toute la portée , qui n'ait déjà fait des efforts vers le bien , 
et qui ne sache que la lutte entre la raison et l'intérêt personnel, les sacrifices si pé- 
nibles au devoir, les consolations de l'avoir rempli uniquement pour obéir à la loi et à 
Dieu, son véritable représentant, que les victoires remportées par le principe moral et 
religieux, que la véritable grandeur de la vie humaine enfin, sont choses qui échappent 
complètement à nos regards et ne sont visibles que pour rame et pour Dieu. Et en effet , 
l'acte le plus héroïque peut s'achever, le plus noble projet peut être médité avec amour, 
le plus grand sacrifice peut s'accomplir en silence , sans même (pie nous nous en dou- 
tions. 

rrDans ce travail, dans ces efforts vers le bien auxquels je vous exhorte avec ardeur, 
vous savez, mes chers enfants, que vous ne serez pas abandonnés à vos propres forces; 
une sollicitude toute paternelle vous entoure, et si l'Administration supérieure n'a pas 
encore réalisé tout le bien qu'elle voudrait vous faire, c'est que l'heure n'a pas toujours 
été propice. Mais nos espérances se sont réalisées et le gouvernement de la République 
ne voudra pas attendre, pour vous venir en aide d'une manière plus large et plus effi- 
cace , un triomphe qui est assuré. 

rrLa présence de M. le Sous-Secrétaire d'État à celte solennité m'en est un sûr garant. 
Son amour pour le bien et son désir de faire aimer la République égalent son libé- 
ralisme et son dévouement à la France. Ni l'intelligent Ministre qui dirige le dépar- 
tement de l'intérieur, ni son honorable représentant à cette solennité ne permettront 
que l'Institution nationale des jeunes aveugles, si justement appréciée par les juges 
les plus compétents , reste stationnaire dans un pays où le mot d'ordre désormais est 
d'avancer toujours , avec sagesse, bien entendu, mais aussi avec utilité et profit. 

ffUne preuve irrécusable que l'Administration supérieure ne vous oublie pas, c'est 
que, dans quelques jours et dans ce palais dont je vous entretenais en commençant, 
doit se réunir, sous son patronage, un Congrès universel où seront examinées toutes les 

auestions qui se rattachent à l'amélioration du sort des aveugles. On parle beaucoup 
ans les Congrès , mes chers enfants ; voire Directeur espère que le prochain Congrès 









**-■ 






— 337 — 

universel produira autre chose que des discours. Son programme est sérieux et complet, 
et l'étude des questions qui le composent pourra se faire avec soin et en comiaissance 
de cause, car presque toutes les Institutions d'aveugles auront leurs représentants dans 
cette réunion solennelle, et leurs connaissances et leur expérience permettront d'éclairer 
la discussion et de la mener à bonne fin. 

s Une fois que la lumière sera faite sur renseignement qu'il faut donner aux aveugles, 
sur les modes d'assistance qu'il convient d'employer pour subvenir à tous leurs besoins; 
une fois que les lacunes auront été signalées et les voies et moyens pour les combler 
indiqués et démontrés réalisables , j'ai la conviction que les ressources qui font défaut et 
qui rendraient nos efforts plus ellicaces ne nous seront pas refusées. La République 
aime tous ses enfants et ne voudra pas qu'on puisse dire qu'elle se montre marâtre en- 
vers vous; c'est pourquoi ma confiance est grande. 

« Le jour où une parole autorisée exposera vos besoins et les besoins de tous ceux qui 
en France sont privés du don de la vue, les secours arriveront en nombre suffisant, 
n'en doutons pas; de nouveaux Etablissements seront fondés, de nouveaux movens d'en- 
seignement et d'assistance seront créés, et aucune voix d'aveugle ne s'élèvera pour 
accuser le pays d'ingratitude ou d'oubli. L'œuvre si bien commencée par Valentin riaiiy 
recevra son couronnement, et la France aura payé ainsi sa dette envers vous tous et 
envers cet homme de bien qui, le premier, fit de vous des hommes, et qui a été et res- 
tera toujours votre grand bienfaiteur et votre bon génie. » 

Après ce discours, M. le Président a prononcé l'allocution suivante : 

* Mesdames, Messieurs, Jeunes Élèves. Nous avons tous applaudi aux paroles qui 
viennent d'être prononcées, et vous, chers élèves, ce n'est pas sans quelque fierté que 
vous avez dû les entendre. Cette éloquente leçon de morale, résumant et couronnant les 
leçons que vous avez reçues au cours des années passées dans cette maison, montre en 
quelle estime lient votre intelligence et votre cœur celui qui a pour tâche de former et 
d élever 1 une et I autre. Aussi, dois-je, avant tout, le remercier en votre nom de vous 
avoir mis a même de comprendre un pareil langage et de vous avoir préparés à mettre 
en pratique des préceptes aussi élevés et aussi féconds. 

«Je dois le remercier au nom de l'Administration dont il remplit si bien les intentions 
et les vues, et sur la bienveillance de laquelle, aujourd'hui plus que jamais a le droit de 
compter cette Institution si véritablement nationale. 

« Cette affirmation, j'ai mission de vous la donner, au nom de M. le Ministre de l'inté- 
rieur qui a vivement regretté que les exigences multiples de sa situation ne lui aient pas 
permis de se rendre à la solennité qui nous réunit. Il vous eût dit, avec une autorité plus 
grande, sinon avec un plus vif sentiment d'intérêt et de sympathie, combien le gou- 
vernement de la République a de sollicitude pour votre malheur immérité et quels 
eltorts H est dispose à faire pour vous continuer et pour rendre plus efficace encore 
s il est possible, 1 assistance qui vous est due. 

«r Votre Directeur vous le disait tout à l'heure : <r La République aime tous ses enfants , * 
et 11 eut pu ajouter : „ Comme les mères vraiment bonnes, elle aime surtout les faibles 
fret les souffrants, parce qu'ils ont plus besoin de ses soins et de son amour., Gouverne- 
ment de réparation , de justice et de progrès , la République se doit à elle-même de sou- 
ager infortune, de rendre aux déshérités leur part de bien-être, d'améliorer la condi- 
tion physique et morale de ceux que condamneraient à une sorte de vie végétative 
I infirmité de leur nature et l'inculture de leur intelligence. Elle ne reculera pas devant 
cette tache auguste; elle voudra mettre son honneur à engager une lutte sans relâche 
contre le mal et la misère; car elle considérera comme ses plus glorieux triomphes 
ceux qu elle aura pu remporter su les fatalités de la nature et les imperfections de 



N° 29. 



— 338 — 

« Voilà pourquoi vous devez espérer, mes enfants, dans un patronage chaque jour 
plus fécond. Il n'y a pas cent ans que la science, s'inspirant d'une ardente charité, a 
commencé pour vous son œuvre de libération; et, cependant, que de progrès accomplis! 
que de pas faits sur le terrain des connaissances humaines qui vous était presque 
interdit! r ^ 

«Avec quelle facilité vous trouvez un accès dans les arts, dans l'industrie, dans 
ce domaine de la vie sociale où seuls quelques rares génies avaient pu pénétrer 
ayant le jour où Valentin Haùy, votre immortel bienfaiteur, engendra, par un effort 
d'amour, l'admirable méthode qui fut le premier rayon de lumière dans vos té- 
nèbres. 

a Autrefois l'histoire citait comme.de merveilleuses énigmes un Saunderson , un Ken- 
nedy, un Huber. Les archives encore jeunes de cette maison ont retenu déjà' les noms 
des François le Sueur, des Louis Braille, des Penjon, des Gauthier, des Montai, élite 
d'inventeurs, d'artistes, de producteurs, derrière lesquels grossit votre groupe toujours 
plus instruit de musiciens, de compositeurs, d'exécutants, de travailleurs patients et 
habiles. Moms d'un siècle a suffi à cette œuvre d'émancipation, grâce au dévouement 
de vos professeurs. 

ce Désormais le vaste champ de l'esprit et les larges horizons de la pensée vous sont 
ouverts. Vous êtes initiés sans obstacle, sinon sans travail, à ce qu'il y a de plus élevé 
dans les lettres et dans les sciences, et lorsque vous exécutez les chefs-d'œuvre des 
Maîtres, c'est avec une admiration mêlée de surprise qu'on voit combien vous est fami- 
lière la forme la plus idéale de l'art. 

«Continuez donc de suivre ces dignes et savants initiateurs qui vous ont tant donné; 
aimez-les pour ce que vous leur devez déjà; aimez-les pour ce qu'ils vous donneront 
sûrement demam au sortir de ce Congrès dont on vous parlait tout à l'heure, où, de 
concert avec les hommes les plus expérimentés, ils vont rechercher les moyens de vous 
rendre l'étude et les progrès plus faciles. 

«Le gouvernement de la République associe sa reconnaissance à la vôtre, et votre ho- 
norable Directeur avait raison tout à l'heure d'exprimer sa confiance dans le concours 
sans cesse plus efficace des pouvoirs publics. Il sait quel prix l'Administration attache à 
ce que cette Institution, cela première du monde», garde son rang et son prestige. La 
France vient de convier toutes les nations à la fête la plus merveilleuse qu'aient jamais 
donnée le travail et le génie humain. Dans ce concours de toutes les intelligences et de 
toutes les forces vives de la civilisation moderne , l'Administration a voulu vous faire 
votre place, et la collection de vos produits, de vos méthodes et de vos procédés figure 
avec honneur au pavillon du Ministère de l'intérieur, à l'Exposition universelle du 
Champ de Mars. Vos professeurs et plusieurs de vos camarades ont assisté à la fête 
d'inauguration de cette exposition spéciale; ils ont pu vous rapporter le tribut d'éloges 
que vous ont décerné le Ministre de l'intérieur et ses invités. L'attention publique vous 
est fidèle et profondément sympathique, et je ne crois pas être téméraire en vous fai- 
sant espérer des récompenses qui brilleront à côté de vos médailles de i8a3, de 1897, 
de i83/i en France; de 186a à Londres; de i855 et de 1867 à nos deux premières 
Expositions universelles. 

«La France vous saura gré, à vous, ses enfants moins privilégiés, du lustre que 
votre patience, vos efforts, vos progrès auront ajouté à son prestige. Le savoir est le 
premier de ses besoins , en cette ère de travail et de paix où le génie national rend à 
la patrie sa grandeur et sa prospérité. 

«La diffusion de l'instruction , sans laquelle votre condition serait si douloureuse, sans 
laquelle le voyant lui-même reste au milieu de la société comme l'était au siècle der- 
nier l'ayeugle-né, doit être le premier souci des gouvernants, comme elle est l'objet des 
plus légitimes aspirations des citoyens. 



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— 339 — 

ffAyez donc foi en ces efforts de tout un peuple, de toute une génération ardente à 
reprendre sa place à la tête de la civilisation; vous ne sauriez que gagner à ce que, 
dans ce inonde de la pensée, où toutes les intelligences peuvent marcher de pair, le 
mol d'ordre devienne ce cri passionné que poussait Goethe mourant : «De la lumière ! 
if encore plus de lumière !» 



— 340 — 



Annexe n° *21. 






RAPPORT DE LA COMMISSION K, 
présente' au congrès par M. P1RAS, 

DIRECTEUR DE L'INSTITUT KATIONAL DES JEUHES A?EUULES, RAPPORTEUR. 

La commission K, composée de MM. Nadaclt de Bdffon, Moldenhaver, 0\sï Ou- 
dart, Colucc-Pacha, Mdkby, Del Re, Gridel, B.stolfi, A. Naef et Piras, avait à' exa- 
miner les questions comprises dans la troisième partie du programme général des sec- 
tions. Les questions, au nombre de huit, étaient les suivantes : 

i° Comment préparer et assurer l'indépendance et l'entretien des aveugles, à leur 
sortie des instituts ? 

a° Quelle est la proportion des aveugles qui se suffisent entièrement par leur travail 
et a quelles causes attribuer la différence considérable qui existe sous ce rapport entre 
certains pays ? ' r 

3° Quelles sont les institutions les plus propres à aider les aveugles à mettre leur 
savoir en œuvre ? 

h° Mariage des aveugles ; 

Patronage; 

Création d'ouvroirs ; leur régime ; 

Conditions d'admission aux hospices ; 
8° Mendicité, vagabondage, comment les éteindre ? 

^ Six mémoires se rattachant plus ou moins à ces questions ont été communiqués à la 
Commission et lus ou analysés dans sa séance du 28 septembre. 

Le premier^ adressé directement à M. le Président du Congrès, a pour titre : Projet 
de fondation d'un institut national de bienfaisance pour les aveugles, et pour auteur 
M. Victor Guyot, officier d'académie, attaché au Ministère de l'instruction publique. 

Le deuxième, intitulé : Etudes sur diverses questions se rattachant à l'éducation physique 
et morale des aveugles et les carrières qui peuvent leur être ouvertes, émane de M. Sicard, 
de Marseille. 

Le troisième, de M. le D r Georges Martin, de Cognac, a pour titre : Amélioration du 
sort des aveugles devenus tels particulièrement à la naissance. 

Le quatrième, intitulé : Des aveugles et de leur éducation, a pour auteur M u " Eugénie 
Niboyet, quia publié plusieurs ouvrages de philanthropie, dont un , concernant spécia- 
lement les aveugles, a été couronné par l'Académie des sciences morales et politiques. 

Le cinquième, en anglais, consiste en une simple lettre de M. le major général Bain- 
brigge. J e 

Le sixième, aussi en anglais , signé Watson. 

Tous ces rapports témoignent, de la part de leurs auteurs, de sentiments très sympa- 
thiques pour les aveugles et d'une grande sollicitude pour l'amélioration de leur sort. 

Quelques-uns renferment d'utiles et précieuses indications, mais la section, obligée 



5° 

6" 

7° 




— 341 — 

de ménager le temps du Congrès, n'a pas cru devoir demander la lecture en séance 
générale d'aucun de ces mémoires. Elle n'en remercie pas moins leurs auteurs de leur 
empressement à répondre à l'appel du bureau du Congrès et de leurs efforts pour 
éclairer ses membres et leur faciliter la solution des questions à l'étude. 

M. Nadault de Buffon, qui présidait la commission K, a exposé, avant d'ouvrir la 
discussion sur les questions renvoyées à l'examen de la Commission, que, suivant lui, le 
moyen le meilleur et le plus net d'améliorer le sort des aveugles consisterait à créer 
des sociétés de patronage dans les principaux centres de population et de rattacher 
ces diverses sociétés au Comité central, dont le siège serait à Paris; qu'il conviendrait 
de dresser un tableau faisant connaître les industries qui peuvent être exercées par les 
aveugles; que ce tableau devrait être envoyé à chaque société de patronage dont le 
but principal devrait consister à assurer le travail en commun ou individuel aux aveugles 
de tous les âges et de toutes les conditions; que la création des sociétés de patronage, 
qui auraient aussi pour but de centraliser les propositions faites par les chefs d'in- 
dustrie, devrait précéder la fondation des ateliers et des asiles pour les aveugles, cette 
création n'exigeant ni des avances de fonds, ni une statistique très exacte. 

Après cet exposé de M. le Président de la commission K, la discussion s'engage suc- 
cessivement sur les huit questions qu'elle est chargée d'examiner. La section, tout en 
regrettant de ne pas être en mesure d'approfondir l'étude des questions de son pro- 
gramme, croit cependant devoir prendre les décisions suivantes : 

i° Le Comité international devra s'occuper au début de dresser un tableau de sta- 
tistique des aveugles de tout âge, pour chaque pays, et de fonderie plus grand nombre 
de sociétés de patronage possible, en tenant compte, bien entendu, de l'organisation 
administrative de chaque pays représenté au sein du Comité directeur. 

9° La statistique seule, de l'avis de tous les membres, permettra de répondre d'une 
manière satisfaisante à la seconde question du programme. Les maires, les curés et 
les médecins cantonaux devront être invités à prêter leur concours au Comité central 
pour la formation de la statistique, conformément au tableau qui sera approuvé par le 
Congrès; ce travail ne devant, du reste, offrir aucune sérieuse difficulté et ne demandant 
que de la bonne volonté. 

3° La société internationale doit rester étrangère à la question h , concernant le 
mariage des aveugles, cette question louchant à la liberté individuelle. La section re- 
connaît toutefois que le mariage des aveugles dans certaines conditions peut beaucoup 
contribuer à améliorer leur sort, sans entraîner de conséquences fâcheuses pour les 
enfants. 

4° La section ne se reconnaît pas en mesure de prendre une décision au sujet des 
questions î, 3, 6,7 et 8, les éléments propres à éclairer celle décision faisant défaut. 
Ces questions pourront être résolues d'une manière satisfaisante par les sociétés de 
patronage au moyen de la statistique des aveugles et du tableau des industries qu'ils 
peuvent exercer. 

Les membres de la commission K, avant de clore la séance, ont été unanimes pour 
insister sur la création des sociétés de patronage et la production de la statistique géné- 
rale des aveugles, et du tableau des industries qui peuvent être exercées par eux d'une 
manière plus ou moins fructueuse. 



— 342 



Annexe n° 22. 



APPEL À LA PHILANTHROPIE 

POUR LA CRÉATION À COGNAC H) D'UN INSTITUT OPHTALMIQUE À L'USAGE DES INDIGENTS 
DE LA REGION, ATTEINTS DE CECITE CURABLE OU D'AFFECTIONS GRAVES DES TEUX , 

PAR LE D r GEORGES MARTIN, 

LAURÉAT DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS. 



«D'autres temps, d'antres soins.» 

Le but que nous nous proposons est de démontrer l'utilité des instituts ophtalmiques 
flans les petits centres, et notamment les services que rendrait un établissement de cette 
nature à Cognac. 

C'est un appel à la philanthropie que nous venons faire pour les nécessiteux de la 
contrée , atteints de maladies d'yeux remédiables. 

Avant d'arriver à l'objet particulier de notre demande, il convient de passer en revue 
ce que les amis de l'humanité ont fait jusqu'ici pour les malheureux dont l'état de la 
vue réclamait leur bienveillante attention. 

Nous verrons d'abord la philanthropie s'occupant des aveugles et instituer pour eux 
un système complet d'asiles, d'enseignement et d'avenir social. 

Nous la verrons ensuite, profitant des récentes et importantes découvertes de i'ocu- 
hshque, élever, dans les centres populeux, des hôpitaux spéciaux pour recevoir les 
malades atteints d'affections graves des yeux. 

Nous montrerons l'utilité des instituts ophtalmiques en dehors des grandes villes 
et, en particulier, au sein des contrées agricoles. 

Enfin, après avoir signalé les services qu'un te) établissement rendrait dans nos Cha- 
rentes, nous recommanderons cette fondation à la bienveillante générosité de nos compa- 

I. 

CE QUE L'ON A FAIT DEPUIS UN SIECLE POUR LES AVEUGLES; CE QUI RESTE À FAIRB. 

«Le problème consistait à trouver les moyens de replacer dans la vie com- 
mune , de rendre utiles à eux-mêmes et aux autres , et ainsi plus heureux , 
des infirmes longtemps voués à une existence misérable et dégradée.» 

Dunu. — Des Aveugles-nés. 

Le mot philanthropie date du xiv" siècle. D'une apparition tardive en notre langue, 

(l) La Commission a cru devoir recommander au Congrès l'impression de l'important mémoire 
présente par M. le D r Georges Martin. Les besoins qu'il a signalés dans les Charentes existent 
dans de nombreux pays. Il y avait là un exemple précieux à signaler à l'attention de tous ceux 
qui s intéressent aux moyens de prévenir la cécité et «le secourir ses trop nombreuses victimes. 



Bksb 



— 3/4 3 — 

ce mot, néanmoins, a été créé longtemps avant le jour où l'idée qu'il représente ait été 
appliquée au soulagement moral des aveugles. 

A part, en effet, l'établissement des Quinze- Vingts, dû au roi saint Louis, jusqu'à 
la fin du siècle dernier, on ne s'est occupé ni du sort ni de l'instruction de ces êtres 
disgraciés de la nature ou victimes des événements. Ils étaient reçus sans difficulté dans 
les hôpitaux, mais leur unique perspective d'existence était la charité. 

Soit préjugé, soit indifférence, l'homme privé de la vue était, pour la majeure partie 
des autres hommes, un paria de la société et même quelquefois un instrument de dis- 
traction pour la cour et ses courtisans et pour la foule ignorante et barbare "'. 

Il faut arriver jusque vers la fin du xvni" siècle pour voir surgir de l'heureuse alliance 
île l'esprit philosophique et d'un sentiment de charité éclairée les premiers efforts de 
renaissance sociale de l'aveugle. 

En 1780, Valentin Haùy imagina une méthode spéciale d'éducation, d'après la- 
quelle le toucher suppléait à la vue. Il fut encouragé dans ses essais par l'Académie des 
sciences. C'est sur ses indications que la Société philanthropique fonda, en 1786, la 
première institution de jeunes aveugles, qu'un décret de l'Assemblée constituante re- 
connut comme établissement d'utilité publique et mit à la charge de l'État. Un peu plus 
tard, la Convention porta de 3o à 86, un par département, le nombre des places gra- 
tuites. 

A compter de ce jour commence une ère nouvelle pour les aveugles. L'idée fécor.de 
de Haûy, digne émule de l'abbé de l'Épée , change le sort de ces infortunés. 

De nombreuses institutions s'élèvent pour leur instruction. 

On leur enseigne les sciences, la littérature, la musique, les arts et métiers reconnus 
les plus propres à développer leur habileté. 

L'instruction terminée, les établissements ne les abandonnent pas. Ils distribuent 
chaque année une certaine somme aux élèves qui sortent, pour les aider à acheter soit 
des outils ou matières premières, soit des instruments de musique, de façon à les 
mettre ainsi à même de se créer des moyens d'existence. 

Quelques maisons possèdent une société de placement et de secours, et ce n'est pas 
la ressource la moins précieuse , pour venir en aide aux élèves pauvres jusqu'au mo- 
ment où ils peuvent se suffire. 

Il existe encore des sociétés de patronage qui reçoivent ceux qui veulent s'occuper en 
qualité de tisserands, vanniers et rempailleurs, etc.; ces sociétés abandonnent aux 
ouvriers aveugles le produit intégral de leur travail et leur accordent, en plus, les 
secours, qui diminuent à mesure que le gain augmente. A l'aide de ces secours, joints 
au produit du travail , l'ouvrier aveugle supporte non seulement toutes les dépenses de 
sa nourriture, de son entretien et de son blanchissage, mais encore le prix des matières 
premières et les menus frais d'atelier. Un compte courant est ouvert à chaque aveugle, 
et, si les recettes dépassent les dépenses, le bénéfice lui appartient. 

A Paris, outre l'Institution nationale des jeunes aveugles, il existe plusieurs externats 
et écoles d'apprentissage. 

La ville de Lille possède deux maisons d'éducation , une pour les garçons , l'autre 
pour les filles. 

Cl On en met quelques-uns aux prises et en champ clos; on les couvre de fer et d'armures; on 
les munit de longs bâtons et l'on s' égayé de la maladresse des coups qu'ils se portent. Quelquefois 
un porc de forte taille est lancé dans l'arène; heureux celui des combattants qui parvient à lui 
ôter la vie ; l'animal devient le prix de sa victoire. Mais, pour atteindre ces résultats, que de rudes 
coups, au lieu de tomber sur le porc, tombent, au grand plaisir des spectateurs, sur les jouteurs 
eux-mêmes. C'était, comme on peut se le figurer, une sorte de Colin-Maillard dont, en France, 
à Paris, se divertissaient nos rois Charles VI et Charles VII, et dont s'égayaient, à leurs côtés, la 
cour et le peuple. 



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I: 



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blis L r e ^ati;g u r ,le ' NanC - V ' S ~ • "-NW Arras, Clermon, ontdes fa. 
Lœuvre de Valenlin Haùy a eu des imitateurs à l'étran ff er 

mSus scss; as? a,ion - *• "^ *** ** - ** i 

Quel, eSbrt, resle-t-il donc encore 1. accomplir, en France, ponr l'atteindre» 

e, n d r ,,„d, gM ce, -t-ss-ïï r e "Sr r:^:rs d ,r,;: 

SS S~£ a«= isL*. : 

Il faut que chaque aveugle, ayant d'autres infirmités, incapable de se créer .Les 

vn^n Une cei : tai | ne ^ q u e, par un préjugé malheureusement très accrédité on n'a 

esid^ts'tmlL^h'? mend ! antS S»*' 6n DOtre ** -^tnsidéron 
n j comme une honte pour la société. 

Q*e1ilTt n ; 7 e :™ sies mfirmes ' mais les aveu ^ ies - doi - nt p- ■«■*■ 

Leur ouvrir des asiles et i'eur y prodiguer nos secours. 

Une plaie humiliante pour notre société moderne sera miérie 
Voila le but! L'accord est unanime I 

insEiZ Sen G f} r T Vé et ° n S ' en trouve momentanément distrait par d'autres 
institutions qui ont également en vue les aveugles P 

sienne." 1 ^' ^ ^ ^^^^ faisait s °« œ ™e, la science accomplissait aussi la 
implante 6 FéVient * ST? 7*%**? des ma «* » ^ desquels elle était naguère 
pritSns! m ° UVement scient %^ la philanthropie a aussitôt voulu venir en aide aux 

vœu^ete ht^n^r,^:^ ^.^ de *-* » 



tous 



— .'565 -- 

tttut n'auront pu empêcher d'arriver à la cécité, asile où on leur procurera un travail 
rémunérateur. 

Là où l'on ne pourra guérir le mal physique, que le mal moral puisse au moins 
trouver im adoucissement. 

II. 

UTILITÉ DES INSTITUTS OPHTALMIQUES; ÉTABLISSEMENTS QUI EXISTENT; LEUR INSUFFISANCE. 



«Un intérêt hygiénique, thérapeutique et scientifique, en d'autres termes : 
l'intérêt de la société, celui de l'individu malade et celui de la science ré- 
clament la fondation d'établissements spéciaux pour le traitement des 
maladies des yeux, et en font une nécessité de notre époqu